‹ Un terrible secret [microforme]Chapitre 6 sur 6 · LOUISE · texte numérisé non relu

LOUISE

“J'y vais, dit Madame de Montreuil, Hector, veux-tu m'accompagner ?

“Où demanda-t-il ?

‘Chez Marie, elle se meurt et me fait appeler.”

‘Louise est là, reprit le marquis, non ma mère, je ne puis la revoir à présent, allez chez la pauvre femme ét permettez que je me retire, je sens que j'ai besoin d'être seul afin de pouvoir remettre le calme dans mon esprit. Et se dirigeant lentement vers la porte, il sortit.

Oh alors un changement complet s'opéra sur tous ses traits, le courage déployé pour paraître calme devant sa mère l'abandonna pour faire place à un désespoir terrible ; 1n chaos immense s'ouvrait devant lui, la vie où il allait désormais poser ses pas ne serait qu'un aride désert. Quoi Louise âu'il adorait Louise qui l'aimait, il n'avait plus le droit d'y songer ; cette femme, dont il vonnaissait les riches qualités de l'âme, cette nature si fine et si bien douée, auprès de laquelle il avait toujours vécu, il faudrait la quitter ! faudrait arracher de son cœur son amour. Cette femme qu'il avait rêvé avec tant de bonheur être la sienne, un autre viendrait un jour la réclamer ; un autre recevrait sa tendresse, ses baisers, son amour, Ah !non, non, non, mille fois la mort plutôt qu'un pareil supplice. Il sentait son cerveau en délire, un seul mot résonnait à ses oreilles, ma soeur ! elle est ma soeur ! ! Pourquoi ses pas chancellants le conduisirent-ils à l'appartement de la jeune fille, il n'aurait pu le dire ; mais il entra machinalement dans cette petite chambrette à rideaux roses, que Louise avait ornée avec un goût exquis deces mille bibelots dont la femrm>

élégante aime À s’entourer, et, dans ce réduit charmant, il lui sembla que son

- Ame allait le quitter. Il s'était laissé tomber sur une chaise lorsque soudain un

à \ENTFERRIBLESECRET 229

s'anrdes souliers de satin de la jeune fille oublié sur le-bureau de-toilette, frappa ses regards:. Cette vue sembla raviver sa douleur, Enieffet,. quel. objet. pent d'une manière plus touchante rappeler au souvenir l'être qu'on a perdu ? : Avez-vousivu quelquefois une mère éplorée presser sur son cœur‘: avec-amour : la petite:chaussure. de son. enfant pe n'est: ne ? Il lui semble que c'est encore - une part de lui-même ‘ac: 6 lp 2% 4 0 dique où gun di dut Puis À «Pour Hector;:les deux petits: PRE de satin: dtabiahcaires image: trop vivante de Louise, ils le rendaient fou de douleur, et les portant soudain À ses - lèvres,'il les'saisit avec angoisse et s'enfuit avec:eux s'enfermer dans sa cham- : bre. Sur sa table reposait son grand fusil de chasses:il. le: prit d'une ‘main : tremblantes rune pensée horrible traversa son cerveau, d'unrseul: eoup:: il pou- -’ vaitmettre un terme À:ses souffrances ! Pourquoi hésiter, qui le rétenait.? Une :‘minuterencore etitout serait.fini:! Oui,- mais une: voix lui cria èn même.temps : : Etta mère tu la tuerais aussi: il:remit. l'arme sur la table ;:alors une autre : voixlut cria : Mais Louise;'tu l'as perdue ! Hector:sentitsa tête tourner: le sol : fléchir; il s'accrocha au tapis dela table, les forces l'abandonnéèrént complètement:et il roula:surile sol privé de connaissance:entrainant dans sa chute le ta- : pis avec-tout ce qui reposait sur la table, l'armeen tombant.fit feu et :vint le + frapper Ad’épaule. -Le-bruit dela détonationattira-les. et qui accôururent ‘et trotryèrent:le jeune homme baïgnant dans son sang...4..::.:..,.,.. ‘‘# ÆElleiétaiti partie l'âme déchirée la: marquise ‘pour :aller-aù RAR M là mourante, Combien de pénible pensées l'envahissaient, elle-avait laissé der- : rièreiellé un-fils-au-désespcir pour.se rendre,près d'une femme qui toute sa vie luiavait été dévouée, :et que la mort:allait bientôt glacer. Le passé.de la rarquise se déroulait devant ses yeuxi; elle revoyait ses heures d'ivresse écoulées près de;celui qe'elle avaititant aimé;-puis les heures de la séparation:} les heures de l'épreuve ; le moment si cruel où Marie avait reçu son. enfant, premier né. Oh tique d’horribles souffrances lui faisaient aujourd'hui éprouver cette maternité: Gette.femmeaimante, à l'âme si impressionnable réssentit.doublement-le chagrin de: ses-enfants:et elle aurait: voulu towurir. pour pouvoir. leur. . rendre. le:bonheur, Hélas-!elle était impuissante ; tout son. amour .ne pouvait rien-et sans ‘cesse elle:aurait devant les yeux le:malheur qu'elle avait fait. ! : : Ainsi le cœur déchiré, ielle:entra ‘dans l'hüumble: maisonnette. de. Marie: et vint to mber en-pleurant aux pieds-de celle-ci qui reposait dans uñ‘fauteuil.… En voyant entrer s4tante;. Louise se retira discrètement dans la pièce :

“voisine, , elle + savait: que-.la. malade avait - une...confidence. à faire

et ne voulait pas géner par sa présence. Marie prit les mains de sa sœur de lait et les porta à ses lèvres. ‘Ne pleurez pas, dit-elle, la mort ne me fait pas peur.”

Oh ! Marie, c'est moi qui voudrais mourir à ta place, répondit la marquisé, à travers ses sanglots, car la vie est pour moi un horrible fardeau, que je ne me sens plus la force de supporter ; toi qui de tout temps a reçu mes confidences, écoute le terrible malheur qui me frappe, mes deux enfants ignorant qu'ils sont frère et sœur s’aiment d'amour !

Marie tressailit, un soupir de soulagement souleva sa poitrine, et, tout-àcoup serrant la marquise dans ses bras. ‘Ah ! ne pleurez plus dit-elle ; mais pardonnez-moi ma faute puisqu'aujourd'hui elle ramènera le calme dans votre âme. Louise n’est pas votre enfant, Louise est ma fille, rappelez-vous la ressemblance de ces deux petits êtres lorsqu'elles naquirent, mon enfant et le vôtre semblaient être jumelles, votre malheur m'avait tellement affectée que durant ma grossesse je n'avais qu'une pensée, la vôtre et mon enfant en venant au monde fut votre image vivante, cette ressemblance qui me flattait m'aida plus tard à la faire passer pour votre fille. Je vous écrivis un jour que mon enfant n'étais plus, c'était votre pauvre petite que le croup avait subitement enlevée. Vous me crûtes et ma fille devint la vôtre, vous l'avez élevée comme telle, vous l'avez aimée, aujourd’hui elle est une femme accomplie, me pardonnez-vous de vous avoir trompée, d’avoir désiré pour mon enfant une position meilleure que celle que je pouvais lui donner ?"”

Madame de Montreuil la regardait avec stupeur, sans trop savoir sielle ne rêvait pas, tout ce qu’elle venait d'entendre était si imprévu, enfin elle prononça ces mots : ‘‘Marie ce que vous venez de me dire est-il bien vrai ?

‘Madame, bientôt je paraitrai devant le Tout-Puissant, ce n'est pas ls moment de tromper.

“Oh ! alors mon fils peut donc encore être heureux, il peut aimer Louise et ainsi elle deviendra ma véritable fille, et, élevant ses mains jointes jointes vers le ciel : Oh ! mon Dieu, dit-elle, je vous remercie, vous m'avez pardonnée!

Marie pleurait de joie ; elle allait mourir, mais mourir contente, sa fille épouserait le fils de celle qu'elle avait toujours tant aimée ; comme la marquise elle serait une véritable dame, entourée d'honneur, c'était pour elle trop de

bonheur, elle sentit qu'elle ne pourrait pas en jouir longtemps et pria Madare. de Montreuil de rappeler Louise. La marquise obéit et prenant la jeune fille

par la main : “Viens, mon enfant, dit-elle, viens dire adieu À celle qui t'a don-

- UN TERRIBLE SECRET a

né le jour, Marie est ta mère !" à

“Ma mère, fit la jeune fille, ah ! voilà donc pourquoi j'ai toujours eu pour elle tant d'amour. Et elle cacha sa tête dans le sein de la mourante.

‘Ma fille chérie, dit Marie, Dieu a gxaucé mes prières, je meurs contente, madame la marquise veut que tu deviennes son enfant.”

Elle ne put achever, les paroles expirèrent sur ses lèvres avec son dernier soupir. Un pâle rayon de lune vint en ce moment éclairer la chambre demeurée jusqu'alors dans une demie obscurité, et le visage de la morte apparut calme et souriant aux deux femmes qui pleuraient à son chevet. On sentait en la voyant ainsi avec cet air de sérénité répandu sur tous ses traits que son âme n'avait fait que passer dans un monde meilleur.........,.........,... “s

Etendu sur un lit de douleur, Hector Sinait dans le délire, une inflammation cérébrale s'était déclarée chez le jeune homme et l'avait conduit aux portes du tombeau. La blessure qu'il avait reçue en tombant n'était pas grave ; mais la perte du sang avait considérablement aflaibli ses forces ; pendant plusieurs jours on perdit toute espérance de le sauver.

Qu'on juge du désespoir de la marquise, C'était elle qui l'avait tué ! ce que tout le monde avait reconnu être un acciderit, elle.se disait : Cela n'est pas, Hector a voulu se suicider,ic'est moi qui ai armé sa main ; je suis la meurtrière de mon enfant ! Chaque seconde était une éternité, la marquise faisait encore plus pitié que le mourant.

Ce fut en ces jours d’'affliction que chacun put apprécier les riches qualités de Louise, elle était l'ange consolateur de Madame de Montreuil, la gardemalade du marquis, et jamais une plainte ne s'échappa de ses lèvres qui put révéler tout ce qu'elle souffrait ; elle qui voyait disputer à la mort celui qui était plus que sa vie ; combien de courage il lui fallait pour paraître calme lorsque son âme agonisait Si parfois Hector semblait recouvrer sa lucidité pendant quelques instants, il regardait la jeune fille avec tendresse, puis soudain son regard changeait d'expression, ses yeux redevenaient hagards, il la repoussait avec violence et le délire le reprenait plus fort. ‘Non, disait-il, je ne veux plus la voir, enlevez-là de devant moi, sa vue me fait mourir.”

On conçoit ce qui ce passait alors chez la pauvre Louise, c'était autant de - poignards aigus que l’on enfonçait dans son cœur.

Madame de Montreuil seule comprenant ce que son fils voulait dire, s'était souvent penché sur le jeune homme pour lui murmurer à l'oreille qu'il se

42 “UN TÉRRIBLE SÉCRET . trompait, que Louise. n était pas sa sœur ; 3 mais sit Yepoüsééit : La mèté et séuvent il fallait l'aide des ‘domestiqt iques pour parvenir A le SRE et le faire demeurer dans son lit. : ft pr 4 ‘’Le médecin déciara' ‘qué le jeünéhortiid savait sans ‘'dbute ‘éprouvé un violent chagrin dont le soüvenir’le hahtaït'et que‘ si dähs les’ rares” momént de : lucidité qu'il avaît on ne parvenhit pas à le faire pleurer, il serait ipossible \ | pour lui dè répondre dela guérisôn ; ae sait er recutivrera la santé £ mais Son esprit sera perdüe pour toujours" A AA rs 11 1 C'était une güérisün pire que (‘mot " "4: F1 25: US 7e raie Le teéfips s'écôülait dirisi dans cétte térrible anxiété sans’ PRE aucun chaagément: Un jour que Louise étdit adsise au chiévét -du ‘maläde,; ‘qu’elle ‘avait velllée durant une semaine entière; sans avoir fermé l'œil, elle sentit ses “fortes l’'abandonner'} brisée par le:chägüin’ et lé besoin de soiimeïl,’ elle crut |

” qu'eîle allit ioutit! “Mon Dièu; ditielte, ét prenant un petit crucifix dans ses

‘ mäins, que vütré volünté'sbit faite; retiféz mbi dé éé monde si vous lé voulez ; ‘frais Féndez lui Î4/s4nité." Püis sé pi al La rade ét épuisée ‘ellé me dans un sommeil de plomb. ”""""" SAONE TIM PTE TER OT HR

EP OUR 'gratid' changent : s “était ofière chez la jéeuné fille depuis un mois ; les ‘évènéments cruels; qui pout'elle s'étaient Succédés, avaient considérablément

! amaïgii'et'altéré ses'tthits"; les: jolies ‘couleurs rôsés'qui naguère rendaient ses ‘joues si Hratchés’avaient complètement disparus, pour faire place 4 une pâleur marmoréenne, il y avaït sur toute sa figure un air de:souffrancte qui, faishit "peine X Voir. Ên l'Apercevdnt Ainsf dans èé' grand: fauteuil; toute: vétue dé blanc, car la Chäteur”était Extessive, 'et'elle avait changé: ses ‘vêtements : de deuil poür cé costunre plus téger { les ‘deux iaïns'jointées ‘sur 'sa: poitrine! sèr- ‘fant'le crücifix; on l'eut fut morte. Tout aussi‘’dans'l’appartemerit prétait! À éétte illusion, lés' bouquets de fleurs-naturelles reposant sur le büreau,'les rayons du soleil pénétrant à démi dans‘ la chaibre,” À travers les épais‘rideaux ide

* ‘damäs et Venant se jouer 4 ses ‘pieds Atgmentait encore la pAleur transparente

| de soh visage! En cét'instañt le‘niarquis‘qui reposait-depuis près d'une heure ouvrit tés yeuk ; le délire Semblaïli l'avoir quitté; ses ’régards demeurèrent

longtemps fixés dans lé vide. ‘I avaïît'en ce moment un vague souvenir deice ‘! qui‘s était passé durant $a malädie,'le dévouemeui de Louise; ‘sa patience, sa

tendresse à le soigner ; ; il sé Sèntäit étnu d'être l'objet d'un attachement: auissi

. © gran, aüsdi tendte, éette femimé aux 'sentiments si délicats, A l'Âme ‘si poétique Sélui avait donné tout sonamour, Ah: !'qu'ilétait heureux: Le-souvenirde la: ter

rible confidence de sa mère l'avait quitté ; il jouissait à cette heure d'une joie parfaite. Soudain, il chercha du regard celle qui lui faisait éprouver tant de bonheur ; il l'aperçut près de lui, livide, les traits altérés, pâle étendue dans ce grand fauteuil. Un cri s'échappa de sa poitrine, et se soulevant, il saisit les mains de la jeune fille, les porta à ses lèvres en l'appelant des noms les plus tégndres ; lui demandant si eile était malade, mais Louise ne répondait pas, |. l'accablement qui s'était emparé de son être l'avait rendue parfaitement insensible à tout. Une terreur subite s'empara du jeune homme.

“Morte, s'écria-t-il, elle est morte !”

Il se laissa retomber sur son lit, épuisé, brisé par une douleur immense ; des sanglots convulsifs soulevèrent sa poitrine, il pleura avec amertume.

“Morte, répétait-il, elle est morte, pourquoi ne suis-je pas mort aussi ?”"

Au même moment la marquise entra et aperçut son fils ainsi sanglotant, le visage enfoui dans ses oreillers. Etait-il vrai ? Il pleurait, donc il était sauvé. La pauvre femme ne put retenir un cri de joie.

‘‘Hector, mon enfant adoré, dit-elle en se penchant sur lui, regarde moi, tu me reconnais, n'est-ce pas, puisque tu as pleuré, tu es sauvé maintenant, oh ! mon cher enfant que d'angoisses nous avons éprouvées à ton endroit ; mais Dieu soit béni, tu nous es rendu.”

“Louise, dit-il, elle n’est plus.”

La marquise crut qu'il faisait allusion à la confidence qu'elle lui avait faite et qu'il voulait dire : Louise n'est plus pour moi qu'une sœur, il m'est défendu de l'aimer, et que c'était là le sujet de ses larmes.

‘““Rassure-toi, dit-elle en pressant la tête de son fils sur son sein, Louise n'est pas ta sœur, tu peux lui faire partager ta tendresse, elle est l'enfant de Marie, ma fille est morte lorsqu'elle était encore au berceau.”

Et la marquise raconta tout ce que la nourrice lui avait appris. Le jeune homme l’écoutait ; il lui semblait sortir d'un rêve pénible, le souvenir lui revenait, les souffrances terribles qu’il avait éprouvées avant sa maladie, son désespoir à la pensée d'avoir perdu Louise, puis aujourd’hui sa mère lui disait que tout cela n'était qu'une erreur. Il pouvait aimer la jeune fille mais elle n'était plus.

{Ma mère, fit-il, pourquoi me dites-vous tout cela ae Et Louise est morte.”

“Morte, répéta I{ marquise, Hector tute trompes, Louise est brisée de fa-

tigue, elle n'est qu'endormie, la pauvre enfant n'a pas fermé l'œil de la semai-

ne, voilà pourquoi elle ne s’est pas éveillée.

CLS

Et s'approchant de sa nièce, elle mit la main sur son cœur.

“11 bat, dit-elle, chère petite, elle vivra pour te rendre heureux, Hector, pour te faire oublié tout ce que ma faute t'a fait souffrir.

Et prenant la main de Louise, elle la plaça dans celle de son fils, afin dele convaincre de ce qu'elle lui disait,

“Elle n'est pas froide cette main, mon enfant, elle n'est qu'amaigri par M souffrance."

Le marquis à ce contact, si doux, qu'il s'était trompé et l'émotion de la joie eut sur lui le même effet que celle de la douleur, il pleura avec un abandon bien grand.

La marquise émue ne chercha pas à sécher ses larmes, c'était sa guérison.

Plusieurs heures s'écoulèrent avant que Louise ne rouvrit les yeux. On l'avait transportée dans sa chambre et déposée sur son petit lit tendu de rideaux blancs ; le grand fauteuil dans lequel elle avait veillée toute la nuit auprès du marquis, avait aussi été transporté dans son appartement, et le jeune homme avait voulu s'y installer afin de voir s'éveiller celle qu’un instant il avait cru endormie pour toujours. Sa mère ne s'était pas opposée à ses désirs, elle se sentait si heureuse de voir que la raison était rendue à son fils, qu'elle n'aurait pu lui refuser aucune de ses demandes, même les plus extravagantes.

Hector sortit des portes du tombeau, son apparence était celle d'un mourant ; mais la joie lui donnait une force toute nouvelle et il ne sentit aucune faiblesse À se sentir assis plusieurs heures dans le grand fauteuil, épiant avec une impatience fébrile le réveil de la jeune fille.

Sa mère lui demandait souvent : “ART n'y a-t-il pas de l'imprudence à demeurer si longtemps sans te reposer.”

‘Non, je ne sens aucune fatigue depuis qué je sais que Louise n’est pas ma sœur, ma mère, il n’y a plus aucun obstacle, n'est-ce pas ? Je pourrai bientôt la nommer ma femme, vous ne vous opposerez plus à notre union.”

“Que par ton mariage elle devienne véritablement ma fille, Hector, c'est mon vœu le plus cher.”

Un rayon du soleil couchant vint en ce moment illuminer la chambre. Louise tressaillit et rouvrit les yeux. En apercevant Hector et sa mère près d'elle, ses regards témoignèrent l'étonnément, que s’était-il passé ? la marquise ne lui laissa pas le tenps d'exprimer sa pensée, elle alla au-devant d e ses Juestions.

“Ma chère petite Louise, dit-elle, réjouis-toi avec moi de la godes

notre pauvre malade, Hector n'est plus en danger, il a pleuré en te regardant, en voyant tout ce que tu avais éprouvé d'angoisse et d'inquiétude à son endroit ; ma Louise bien aimée, c'est toi qui a sauvé mon fils et c'est de toi aussi

qu'il attendra désormais tout son bonheur !

Lu * +

L'heure aimable du jour s'enfuyait ; la nuit n'était pas encore venue, ün demi crépuscule seulement envahissait l'océan atlantique, qui ce soir là calme et majestueux offrait aux regards du matelot l'aspect du repos et l'oubli des tempêtes. Assise sur le devant du navire, une jeune personne belle comme un rêve, mignonne comme un amour, tenait les mains d'un grand et fort cavalier, qui penché tendrement vers elle lui murmurait tout bas : ‘“‘Ma petite femme chérie, combien je t'aime !”’ Et le ciel encore bleu, et les étoiles commençant à scintiller dans l’espace semblaient répéter, avec le jeune homme, à l'immensité des mers : Combien je t'aime. Oh ! refrain si doux, que de fois vous avez rendu à l'âme désespérée la joie et le bonheur ; vous en rappelez-vous encore viellards aux cheveux blancs de ce jour béni où la femme de votre choix par cet aveu fit tressaillir tout votre être d'ivressé ? non, on ne l'oublie jamais ce mot suprême qui change toutes les destinées. Amour don précieux de la Providence n’es-tu pas ici bas le charme de la vie. Qu'il est à plaindre celui quin'a jamais aimé ; qui n'a jamais senti battre son cœur aux accents d'une voix adorée, qui n'a jamais faibli à l'approche de l'être attendu, qui n'a jamais senti par la présence de la personrz chérie son Âme toute entière s'envoler dans cette région d'allégresse où règne l'oubli des chagrins de notre pauvre humanité.

Ils étaient bien heureux Hector et Louise et la vie se déroulait à leurs yeux ravis comme un beau chemin de roses. Leur voyage de noces durait depuis trois semaines et ils se disaient bien bas que la lune de miel ne cesserait jamais.

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