‹ Un tour dans les prairies à l'ouest des États-Unis [microforme]Chapitre 38 sur 44 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Une république de chiens des prairies,

En revenant de notre expédition à la recherche du jeune comte, j’appris qu’on avait découvert sur le plateau d’une colline, à un mille du camp, un grand terrier, ou, comme on l'appelle ici, un village de chiens des prairies. Sur le soir, je partis avec un compagnon pour le visiter.

Le chien des prairies est un petit animal de la famille des lapins et de la grosseur d’un lapin ordinaire. Il est d’un naturel vif, prompt, sensible et un peu pétulant. Du reste, il est très-sociable et vit en nombreuses communautés qui s'étendent souvent sur une surface de plusieurs acres de longueur, où les traces foulées et refoulées qui sillonnent le terrain, prouvent l’incessante mobilité de ses habitants.

On les voit, en effet, toujours occupés soit de leurs jeux, soit de leurs affaires publiques et privées, allant et venant de tous côtés, comme pour se faire des visites, se réunissant en plein air et gambadant ensemble à la fraicheur du soir, après les pluies

d'orage. Quelquefois ils passent la moitié de la nuit à se divertir, et aboient ou plutôt glapissent comme de très-jeunes chiens ; mais, à la moindre alarme, tous se retirent dans leurs cellules, et le village reste désert et silencieux. Quand ils sont surpris et n’ont aucun moyen d'échapper, ïis prennent un air d’audace et une expression tout à fait comique de défi et de colère impuissante.

Cependant les chiens des prairies ne sont pas les seuls habitants de ces villages. Des hiboux et des serpents à sonnettes y prennent aussi leur domicile ; mais on ne sait si on doit les considérer comme des hôtes bien venus, ou des intrus importuns. Les hiboux appartiennent à une espèce particulière ; ils ont le regard plus perçant, les pattes plus longues et le vol plus rapide que les hiboux communs; en outre ils sortent en plein jour. Quelques-uns disent qu’iis, habitent 5 demeures des chiens, seulement quand ceux-ci les ont abaïdonnées par suite de la mort de quelqu'un de la famille : car il paraît que la sensibilité de ces singuliers petits animaux ne leur permet pas de rester dans un lieu où ils ont perdu un ami. D’autres affirment que les chiens se servent du hibou comme d’une espèce d’intendant ; et même ils prétendent, vu la ressemblance de leur cri, que l’oiseau apprend à japper aux petits chiens, et remplit ainsi les fonctions de précepteur dans les familles.

A l’égard du serpent à sonnettes, on n’a encore rien appris de satisfaisant sur le rôle qu’il joue dans

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l’économie domestique de cette intéressante communauté. Quelques personnes pensent que cet animal n’est qu’un flatteur et un fripon qui trompe indignement le chien crédule et honnête dont il veut faire sa proie. Il est certain qu’on a découvert parfois dans son estomac les restes des petits de ses hôtes, d’où l’on peut conclure qu’il ne se contente pas de ce qui est ordinairement accordé aux parasites.

Tous les détails qu’on m'avait donnés sur ces singulières communautés me firent approcher du village avec un vif intérêt. Malheureusement dans le courant de la journée il avait été visité par quelques-uns de nos cavaliers, qui avaient tué deux ou trois des citoyens. Toute la communauté était donc outragée etirritée. Des sentinelles avaient été placées sur les limites du village ; à notre approche, nous les entendimes décamper pour donner l'alarme, et aussitôt les citoyens qui se tenaient assis à l’entrée de leurs demeures s’enfuirent sous terre, après un court jappement , agitant leurs pattes de derrière comme s’ils faisaient le saut périlleux.

Nous traversâmes tout le viilage, qui couvrait un espace de trente acres. Pas un seul habitant ne s’y montrait. On y voyait d'innombrables trous, ayant chacun à l’ouverture un petit monticule de terre formé par le petit animal creusant ses galeries. Tous ces trous étaient vides aussi loin que nous pûmes les sonder avec nos fusils, et nous ne pûmes dénicher ni chien, ni hibou, ni serpent à sonnettes.

Nous nous retirâmes doucement, et, nous étant couchés à quelque distance du terrier, nous restâmes assez longtemps immobiles et en silence, dans l'espoir de voir quelques-uns de ces animaux.

Petit à petit, nous aperçûmes de vieux citoyens passer le bout du nez hors de leurs trous, puis disparaître en un clin d’œil. D’autres, plus éloignés, sortaient tout à fait; mais à peine avaient-ils remarqué notre présence, qu’ils faisaient leur saut ordinaire et se plongeaient dans leur terrier. A la fin, les habitants du côté opposé du village, encouragés par la tranquillité continue qui régnait autour d’eux, non-seulement sortirent de chez eux, mais encore se hasardèrent à courir à d’autres trous situés à une assez grande distance, comme s'ils allaient chez un parent ou un compère, pour se faire mutuellement part de leurs observations sur les derniers événements. Quelques-uns même, encore plus hardis, se mirent à former de petits groupes dans les rues et sur les places publiques, causant des outrages récents faits à la république et du meurtre barbare de leurs concitoyens.

Nous nous levâmes et nous voulûmes nous approcher à petit bruit pour tâcher de les voir de plus près; mais le jappement ordinaire fut répété ‘sur toute la ligne, et la fuite devint générale. De tous côtés nous vimes des pattes qui s’agitaient en l'air, et en un instant tout disparut sous terre.

L'obscurité croissante de la nuit mit fin à nos observations ; mais la nuit était déjà bien avancée que

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nous entendions encore du camp une faible clameur s'élever du village, comme si ses habitants pleuraient er commun la perte de quelque grand personnage mort récemment dans leur communauté.

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