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On était ?.u milieu de l'été; après une journée ]:er.dant laquelle la chaleur avait été accablante, on commençait à respirer plus librement; un peu de hàle s'était élevé, et les habitants de la campagne, que les travaux pénibles du jour avaient bridés, venaient sur le seuil de leur porte , ou sous le feuillage d^une tonnelle, se rafraîchir à la brise du soir.
Quelques paysans travaillaient encore, il restait des gerbes à rentrer, des voitures de foin àciiarger, des légumes à cueillir; puis l'heure était venue pour le bon jardinier d'arroser ses plantes desséchées par le soleil ; et pour peu que le jardin soit grand, il faut retourner bien souvent au puits pour mouiller cette terre qui ne donne qu'à ceux qui ont soin d'elle. Beaucoup de cultivateurs emploient la soirée à tirer de l'eau et se couchent pour se relever au point du jour et arroser encore. La vie de l'homme des X champs n'est pas celle d'un paresseux; elle est tout active et le corps fatigue beaucoup; en revanche, il est vrai que l'esprit se repose : à la ville c'est tout le contraire; c'est la tête qui travaille tandis que l'on y prend grand soin du reste de sa personne, et, comme au total , on se porte mieux aux champs qu'à la ville, je conclus de là que notre physique est plus robuste que notre moral. r C'est un beau spectacle que celui du coucner du soleil dans une campagne riante, sur le sommet d'une montagne , d'où l'œil
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plonge à plusieurs lieues aux environs. Le village de Vëtheuil, situé sur la rive droite de la Seine ^ tout près de la Roche-Guyon et à deux lieues de Mantes , offre des sites charmants, des points de vue admirables ; mais c'est surtout au moment où le soleil nous quitte qu'il faut aller se placer sur le sommet d'une colline pour jouir du spectacle ravissant de la campagne. Auprès de vous des massifs de verdure auxquels la lumière rougeàtre du soir donne une teinte de feu, un peu plus loin quelques arbres qui se détachent avec vigueur sur l'horizon, puis au fond des nuages pourpres qui se mêlent à ces lignes bleues formées par les montagnes , et qui , vues de loin, ressemblent à l'Océan; voilà ce que l'on peut admirer lorsqu'on habite la campagne, voilà ce que les Panorama , Diorama, Géorama etNéorama ne parviendront jamais à vous faire voir , malgré tout le talent de nos artistes, dont quelques-uns font une nature de convention au lieu de faire une nature toute naturelle.
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Après cela , vous allez peut-être me dire qu'il y a mille choses que vous préferez au coucher du sokil , comme, par exemple , la vue d'une jolie femme, ou une table somptueusement sex^vie , ou une salle de spectacle bien garnie, ou une partie de bouillotte, ou je ne sais quoi encore. Je ne me permettrai pas devons blâmer... d'ailleurs j'aime beaucoup aussi les femmes, la table, le spectacle et le jeu; mais croyez-moi, un petit coucher du soleil a bien son charme, et les doucesjouissances que l'on goûte aux champs nous font ensuite retrouver avec une nouvelle volupté les plaisirs de la ville.
Un jeune paysan montait lentement un sentier tracé à travers la luzerne, sentier qui, après avoir été une route sur laquelle pouvait passer une voiture, était devenu un chemin dans lequel un cheval seul pouvait avancer, puis enfin n'était plus qu'un étroit passage pour les piétons, grâce à la cupidité des paysans qui , pour gagner quelques pouces de plus , empiètent davantage chaque année sur la route que bordent leurs pro-
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prîëtés et qui souvent finissent par l'obstruer et la supprimer entièrement. Vous penserez sans cloute, comme moi, que les maires devraient veiller à ce qu'on ne fermât pas ainsi les voies de communication et faire cesser les rapines de terrain qui ne prouvent nullement en faveur delà loyauté de l'homme des champs; mais les maires de villages sont presque toujours cultivateurs et propriétaires eux-mêmes ; voilà pourquoi ils n'osent pas défendre ce qu'ils ont fait ou ce qu'ils feront à la première occasion.
Revenons à notre paysan ; il avait vingt ans : c'était un grand et beau garçon ; ses cheveux noirs et bien plantés laissaient voir un front élevé, ce qui est fort rare chez les gens de la campagne dont les cheveux poussent ordinairement à deux pouces des sourcils. Le teint de ce jeune homme était brun et passablement brûlé par le soleil; mais les lignes de son visage avaient une élégance rare parmi nos villageois de France; ses yeux bien fendus étaient à la fois fiers et doux , son nez régulièrement taillé aurait ». 1.
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fait honneur à un profil grec, enfin sa bouche avait une expression sérieuse qui allait bien au reste de sa physionomie et qu'elle perdait rarement : ce jeune homme aurait pu figurer sans désavantage dans les beaux tableaux de ritalie, et à côté des admirables Moissonneurs de Robert. En France , et surtout aux environs de Paris, ce genre de beauté est rare ; nos villageois qui sont bien , sont ordinairement trop joufflu s, trop roses, trop poupards ; puis leur beauté n'a pas d'élégance.
Pierre, c'est le nom du jeune paysan, suit l'étroit sentier tracé encore dans la luzerne, s'inquiétant peu s'il marche ou non sur la récolte. Mais, arrivé hors des champs sur un chemin que bordent plusieurs habitations, Pierre s'arrête, se retourne^ et regarde tristement au loin dans la vallée qu'il vient de traverser.
Et alors, le soleil couchant embellissait le tableau ; mais ce n'était pas de cela que Pierre était frappé. Il y a des moment où l'on est fort indifférent à toutes les beautés
de la nature. Il faiit que l'esprit , que la tète soient libres pour bien voir, pour bien observer.
Plusieurs paysannes étaient devant leurs portes. Les unes lavaient du linge , et les autres écrémaient du lait ; un grand nombre ne faisaient que se reposer et causer entre elles- Une foule d'enfants, dont quelques-uns n'avaient pour tout vêtement qu'une petite blouse sans chemise , ou une chemise sans blouse, couraient et se roulaient cà et là devant les habitations^ tenant à la main un morceau de pain bis qu'ils roulaient avec eux dans la poussière, et dans lequel ils mordaient ensuite avec délices; puis des canards, des poules, des oies, barbottaient et se promenaient autour des enfants avec lesquels ils vivaient dans la plus grande intimité. Puis, enfin, de temps à autre, un âne ou un cheval en passant sur la route causait un hourra général parmi tout cela. Les enfants se sauvaient en marchant sur les canards , et les mères leur donnaient une petite tape pour les faire rentrer.
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Mais en ce moment les paysannes s'occupaient moins de leurs marmots et de leur volaille, que du jeune villageois qui s'était arrêté à peu de distance de leurs habitations. Le costume de Pierre n'avait rien qui le distinguât des autres paysans. Un pantalon et une veste de toile bleue, un gilet rayé à large revers, et un chapeau rond , telle était la toilette du jeune paysan. Ce ne pouvait pas être pour cela que les yeux s'attachaient sur lui. Mais il était jeune, il était beau, et j'ai oublié de vous dire qu'autour de la forme de son chapeau étaient attachés plusieurs rubans de différentes couleurs, enjolivement dont ne manquent point de se parer les jeunes gens qui viennent d'être de la conscription; enfin ^ un grand numéro tracé sur un carré de papier blanc était attaché sur le devant de son chapeau, c'était le numéro ISO.
« V'ià Pierre!.... V^là Pierre!.... » se disaient plusieurs paysannes, en montrant du doigt le jeune villageois. « Eh ben! il a • tiré, il était conscrit de c't' année. —