IV
42 Tirr TOTJRLOUROU.
» — Eh hen!... où qu'est donc l'ome- » lette?... — L'omelette!... finie... avalée! » tu l'as mangée depuis longtemps ! — Je » l'ai mangée!... tu crrrois... c'est drrrôle, » je ne m'en suis pas aperçu!... — Parce • que tu parlais en mangeant... quand on » cause en mangeant, vois-tu, on avalerait » un bœuf sans s'en apercevoir. — Ah! c'est » donc cela !... — Si elle ne t'a pas rassasié , » pourtant, et que tu en désires une qua- » trième... tu es toujours le maître, et nous >' sommes là pour t'obéir! — Ah! ma foi » non... puisqueje mange sans m'en aperce- » voir, c'est pus la peine. — Je pense que » tu as raison et que trop d'omelette te ferait » du mal ; mais je t'engage à boire par-des- » sus... — Oh! ca me va... Tiens , il n'y a » plus de vin... — Si tes désirs t'excitent à Il demander une autre bouteille , je ne te « contrarierai point dans tes idées. — Oui, » oui, je veux boirrre... comme tu dis, ça me » ferrra couler l'omelette que j'ai mangée en » causant... Holà!... gaiTrçon ! du vin !...
» — Camarades!... écoutez donc , » dit
Pierre en sortant tout à coup de sa rêverie, « il me semble que j'entends une voix de » femme... tout près de nous...
» — Qu'est-ce qu'il y aurait d'étonnant » qu'il y eiit des femmes chez ce traiteur, » répond Fleur-d' Amour en se versant à boire, « on vient dîner ici avec son amoureux... » Mais nous ne voyons plus clair... finissons » vite cette bouteille, puis en route, car » nous sommes loin de la caserne... Bois » donc , Pierre. »
Carabine trinque avec Fleur-d'Amour; mais Pierre ne boit pas, il écoute, car cette voix qu'il a cru entendre lui a causé une émotion dont il ne peut se rendre compte. Bientôt on ouvre une fenêtre au premier étage dans une pièce où il y a de la lumière , une femme paraît contre la croisée el prononce fort distinctement ces mots :
« Laissez-moi , monsieur , laissez-moi ! ou » mes cris attireront bientôt du monde » ici!... votre conduite est intanie! je veux » m'en aller sur-le-champ. »
Pierre n'a pas entendu la fin de ces der-
niers mots, et déjà il est sur le mur ; il grimpe après un treillage, le bois casse sous ses pieds; mais il s'accroche à tout, il monte toujours, il atteindra la fenêtre , car il a reconnu la voix de Marie , de Marie qu i est en danger, qui implore du secours et qu'il va sauver encore.
En effet, pendant que ses deux camarades ébahis le regardaient grimper au mur, Pierre est parvenu à la fenêtre du premier, et il saute dans la chambre au moment où M. Bellepéche, qui venait de ressaisir Marie, cherchait à se porter aux plus coupables excès, parce que le Champagne , qu'il avait bu à triple dose, avait fait de lui un profond scélérat.
A l'aspect de ce soldat, qui semble tomber du ciel pour arriver par la fenêtre, Bellepéche reste pétrifié; la jeune fille profite de son étonnement pour s'échapper de ses bras et se réfugier dans ceux du soldat, qu'elle a sur-le-champ reconnu.
« Pierre!... Pierre!... » s'écrie Marie. « Ah! je ne crains plus rien à présent.
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» — Oui, Marie, c'est raoi!... c'est a Pierre qui remercie le Ciel de l'envoyer » toujours près de vous quand il vous faut » un défenseur.
» — Ha ça ! que ce soit Pierre ou Paul !... » balbutie Bellepêche en revenant de sa preinière surprise, « je trouve très-singulier » qu'on se permette d'entrer par la fenêtre... » lorsque je dîne en tête à tête avec une » jolie demoiselle... Dans ce cas-là, on ne » doit pas même entrer par la porte!... c'est ■ indiscret... Soldat, vous allez sortir par » où vous êtes venu... sinon , je me porte à » des extrémités... Prenez garde!... j'ai la tête » montée!... je ferais reculer une armée!... »
Bellepêche, qui était rouge comme un homard, et roulait des yeux animés par le vin , l'amour et la colère, s'avance vers Pierre, et fait im geste pour ramener Marie de son côté; mais, au même moment, le jeune soldat, d'un coup de poing qui sentait encore le laboureur, repousse Bellepêche et l'envoie tomber sur la table qui était au milieu de la chambre , et chargée des dé-
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bris du dessert. Bellepêche était colossal , et son état d'ivresse devait rendre sa chute encore plus lourde; la table ne peut supporter un aussi rude choc, elle se renverse, le gros homme tombe dessus, et il écrase sous lui deux assiettes, un compotier, une bouteille, deux veiTCs, trois poires, une pomme d'api et cinq biscuits de Reiras.
Les fruits et les biscuits s'écrasèrent sans faire beaucoup de mal à Bellepêche; mais il n'en fut pas de même des assiettes et des verres , et lorsqu'il se sentit entrer en différents endroits de son corps des morceaux de porcelaine et des tessons de bouteilles , le gros monsieur ferma les yeux , en criant qu'il était mort.
« Ah^ mon Dieu! » dit Marie, « si vous » l'avez tué... qu'allons-nous devenir?
I) — Eh non !... non... il n'a que quelques » contusions sans doute.... mais n'importe, » il ne faut pas rester ici... il faut nous » éloigner promptement... — Oh! oui, sau- » vons-nous bien vite... car je tremble qu'il » ne nous arrive malheur... ■'
Pierre serait bien redescendu par la fenêtre; mais il sent que Marie ne peut prendre ce chemin. La jeune fille a déjà ouvert la porte; elle regarde dans le couloir, et ne voit personne.
a Venez vite, » dit-elle à Pierre, « dépê- » chons-nous.... mais que dira t-on en bas, » en me voyant sortir avec vous ?... — Don- » nez-moi le bras, ne tremblez pas, Marie, » et je vous réponds qu'on ne se permettra » pas de vous rien dire. »
La jeune fille suit le conseil de son défenseur. Elle prend le bras de Pierre et descend avec lui. Sous le vestibule ils rencontrent la dame obligeante qui a bien voulu prêter sa chambre.
« Ce monsieur dort, » lui dit Marie, « et, )' pendant son sommeil , je vais me prome- » ner un peu avec mon cousin.
» Votre cousin ! » répond la petite femme en souriant, « ah! très-bien.... très-bien , je »> comprends!.... allez, mais par prudence, » ne soyez pas trop longtemps. »
Pierre et Marie ne lui répondent pas, ils
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sont déjà dehors. Ils marchent très-^ite, n'échangeant encore que quelques paroles.
« Chère Marie!... que je suis heureux de «vous avoir retrouvée!... — Ah! Pierre, » quel honheur pour moi que vous ayez été » là! — IMais pourquoi aviez-vous quitté cette » honne madame Dumont , chez laquelle je » vous avais conduite? — Mon Dieu!... j'étais » sortie... pour me promener... je m'en- » nuyais; vous ne veniez pas — Ce n'était » pas ma faute, j'étais à la salle de police. — » J'ai rencontré IM. Bellepêche; c'est un ami » de madame de Stainville , il était avec moi » à sa campagne.- J'étais enchantée de cette « rencontre; car je pensais qu'il allait me >' conduire chez ma protectrice; mais il m'a » dit qu'elle était aux eaux, puis que M. Dau- » lay était chez elle... enfin il m'a proposé » d'attendre chez lui que madame de Stain- » ville fut revenue des eaux... et j'ai ac- » cepté !... — Ah ! Marie , quelle imprudence I » — Mais pouvais-je me douter, moi^ que » ce monsieur, qui serait mon père... qui a » l'air respectable, se conduirait de même
UN TOtTRLOUROU. 49
que M. Daulay!... Mais les hommes sont
donc tous des polissons à Paris? — Ah! » mademoiselle Marie... vous êtes si jolie!... » On dit que vous serez fort riche, voilà » pourquoi tous les hommes vous font la » cour. — Oh! désormais je prendrai bien » garde !... je me méfierai de tout!... Mais je » n'en puis plus.. . Ah! voilà qu'il pleut, à » présent!... Quel dommage! j'ai un si joli » chapeau!... il va être abîmé... — Eh bien... » tenez, mettons-nous à l'abri sous cette » porte cochère. — Ah! oui, je le veux bien... » car ce serait grand dommage de gâter » mon chapeau.
Le soldat et la jeune fille entrent sous la porte d'une belle maison, devant laquelle est arrêté un joli cabriolet dans lequel est étendu un petit jockey. Il faisait alors nuit, la pluie commençait à tomber avec force, et le vent qui soufflait était très- froid.
« Où allez vous me mener? » demande Marie à son conducteur.
» — Mais chez la mère Dumont. — Ah ! » j'aimerais bien mieux aller chez madame de IV. 5
50 Xm TOTJRLOUROU.
« Stainville; car sans cloute ou m'a trompée» » et elle est à Paris. — Je veux bien vous » conduire chez elle... savez-vousson adresse » maintenant ? — Mon Dieu non! ce vilain » Ijellep(}che ne me l'a pas dite! Toutes les » fois que je la lui demandais , il se contenr> tait de me répondre : C'est fort loin , c'est » une rue que vous ne connaissez pas; mais » je vous y conduirai moi-même. — Alors, 0 puisque vous ne savez pas où c'est, vous » voyez bien qu'il faut aller chez la mère » Dumont. — Mais c'est que... moi... je m'en- » nuie beaucoup chez votre ravaudeuse. — » Rassurez-vous , Gaspard doit venir de- » main à Paris, il me l'a fait dire. Il sait l'a- « dresse de votre protectrice , et dès demain » il vous conduira chez elle. — Oh! tant B mieux... en ce cas, allons chez la mère » Dumont.... Mais c'est encore bien loin » d'ici !... et la pluie redouble... et mon pau- » vre chapeau serait gâté... et il est bien » gentil. — Je ne veux pas que vous alliez à » pied... lc{ temps est trop mauvais... nous » allons prendre une voiture. — Oh! je le
TJX TOURLOUROU. 51
» veux bien; d'ailleurs; j'aime beaucoup à » aller en voiture. — Si ce cabriolet pouvait » nous mener... — Demandez au cocher, il » est dedans. »
Pierre s'approche du cabriolet, et dit au petit jockey :
« — Voulez-vous nous conduire?... nous » avons une course à faire...
» — Pour qui donc me prenez vous ? » répond le jockey avec insolence, « est-ce » que vous ne voyez pas à qui vous par- » lez?...
» — Ah ! pardon !... ne vous fâchez pas ! » dit Pierre, puis il retourne à Marie, qui lui dit :
« — Veut-il nous conduire? — Non, il » paraît qu'il ne fait pas de courses, celui- » là. Mais attendez-moi un moment ici , » Marie, je vais courir chercher une voi- » ture... — Ne soyez pas longtemps... car il » fait froid... et on n'est pas bien sous cette » porte. — Soyez tranquille... je vais cou- » rir... il doit y avoir des fiacres par ici... » Oh! je vais être bientôt revenu. »
53 UN rOTJRLOUROU.
Pierre se met à courir en regardant toujours à droite et à gauche s'il verra des voitures arrêtées , mais il pleuvait avec violence, et l'on sait que lorsqu'il fait de l'orage, il n'y a plus de fiacres sur les places. Le soldat criait à chaque voiture qu il rencontrait :
« — Étes-vous libre ?... voulez-vous me » mener ?... »
Les cochers faisaient un signe de tête négatif, et continuaient leur chemui. Le pauvre Pierre était désolé, car il sentait bien que plus il courait, et plus il s'éloignait de Marie qui était seule sous une porte cochère. Cependant il ne voulait pas revenir sans voiture, et il allait toujours, s'arrêtant pourtant quelquefois pour bien regarder le chemin qu'il prenait, la rue où il était, afin de retrouver sa route pour revenir; car, connaissant fort peu Paris, il ne savait pas le nom de la rue dans laquelle il avait laissé Marie.
Enfin, au détour d'une rue , Pierre aperçoit un fiacre arrêté. Jl court au cocher qui
avait l'air de chercher du foin pour ses chevaux, et lui dit :
c — En route, cocher, marchons, vite^ » vite, on m'attend...
> — Oh! en route!... vite, vile!... et » mes chevaux qui n'ont pas mangé depuis » ce matin... ils ont faim. Mais je vous dis » qu'elle m'attend... Partons , cocher... par- » tons tout de suite. — Mou brave, vous » ne savez pas que de ce temps-ci nous » autres, nous fesons nos conventions. — Je » vous paierai bien , tout ce que vous vou- » drez... Tenez, voulez-vous cent sous de » suite?., les voici, mais, par grâce, mar- » chons! — Ah! c'est différent! v'Ià un » langage que je comprends. . . Ecoutez » donc, les orages c'est notre récolte à » nous. Montez.... nous allons filer... Où » allons-nous ?. . . • — Nous allons. . . nous » allons, mon Dieu ! je ne sais pas le nom » de la rue... mais je sais bien où je l'ai » laissée... — Où vous avez laissé, quoi? » — Une dame qui m'attend sous une porte » cochère- — Diable ! elle sera un peu hu- IV. 5.
54 Vy TOURLOÎTROU.
» mide de ce temps-ci... — Ecoulez , je vais » monter sur le siège à côlé de vous ; et » comme cela je vous indiquerai le chemin » qu'il faudra prendre. — Je le veux bien , » mais par le temps qu'il fait, vous seriez » mieux dans l'intérieur que sur mon siège! » avec ca que vous êtes déjà trempé, et que » vous n'avez pas comme moi un carrik en » toile cirée!.. . — Oh! qu'importe que je » sois mouillé!... c'est elle qui doit s'impa- » tienter ! Partons, partons... — Montez, » mon camarade. »
Pierre monte sur le siège , le cocher se place à côté de lui; il fouette ses chevaux, la voiture part. L'orage redoublait, la pluie tombait nar torrents, mais Pierre semblait ne pas s'en apercevoir , il n'était inquiet que du chemin à prendre pour retrouver Marie; sa main guidait sans cesse le cocher^ il lui disait : « Par là... par là... à gauche... puis à » droite. »
Et le cocher fouettait ses chevaux , tout en jurant après la pluie qui lui baltait le visage.
UN TOURLOITROU. 55
On arrive dans la rue où Pierre a laissé Marie ; le jeune soldat dit au cocher : « Je » reconnaîtrai bien la porte cochère, car il » y avait un cabriolet arrêté devant. — Aii ! » ben ! si vous n'avez que c't'indication-là > » nous ne risquons rien !... Par le temps » qu'il fait , le cabriolet peut être parti — » C'est égal... je verrai bien Marie sur la » porte... — La porte... et si on l'a fermée... » c'est même étonnant à la nuit quand on » en trouve encore d'ouvertes. — Allez tou- » jours... Mon Dieu!... il me semble pour- » tant que c'était par ici... et je ne vois pas » ce cabriolet... point de porte ouverte... » — Fallait prendre le numéro , c'était » bien plus simple. — Je n'y ai pas pensé... » Attendez... il me semble que nous pas- » sons... — Faut donc retourner?... — Non... » — Faut donc arrêter?... — Non... si... » — Ah, ben! décidez-vous, les chevaux, » c'est pas comme les hommes , voyez-vous. « — Mon Dieu !... ne la retrouverai-je plus... » Ah! laisse-moi descendre, je chercherai » mieux à pied... — Au fait, si vous vous
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» arrêtez à toutes les portes cochères... des- » cendez, mon camarade... Faut-il vous at- » tendre là ? »
Pierre ne répond pas au cocher. Une fois descendu, il se met à courir, regardant chaque porte cochère, s'arrêtant, revenant sur ses pas, et appelant Marie de toute sa force, mais* personne ne lui répond.
Pierre est désespéré ; il court comme un fou, puis il revient dans la rue qu'il a quittée. Il reconnaît parfaitement celle où il a laissé Marie, il sedécide à frapper à plusieurs portes cochères. On lui dit : « Que demandez-vous ?
» — Une jeune dame que j'ai laissée ici » tout à l'heure pour aller lui chercher une » voiture. — Laissez-nous done tranquille !... » Est-ce que nous avons ici des femmes qui » attendent des soldats ?... »
Pierre n'obtient pas d'autres réponses. Il passe plus de trois heures à courir les rues, appelant toujours Marie, et frappant encore aux portes cochères, où il n'est pas mieux reçu. Le pauvre soldat est trempé par la pluie, et pourtant la sueur coule aussi de
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son visage. Il se sent frissonner , trembler , sa tète brille, elle est en feu. Il ne peut se résoudi'e a retourner à la caserne , et pour tant il voit bien que c'est en vain qu'il appelle Marie.
« Perdue!... encore perdue! » se dit-il en se frappant le front. Tout-à-coup une espérance le ranime : « Si ÛMarie, ennuyée de » l'attendre , était allée seule chez la mère » Dumont. »
Pierre se met à courir, sans s'arrêter, jusqu'à la rue de Crussol. Il arrive épuisé, en nage, ses habits trempés d'eau. La vieille femme s'écrie en le voyant :
« C'est vous, Pierre... Ah ! mon Dieu !.., • dans quel état! —Marie est-elle ici?... » est-elle venue ?... lavez - vous vue .''... — » Mademoiselle Marie, mais vous savez bien,
■ mon ami , qu'elle m'a quittée un matin ,et » depuis ce jour... — C'en est donc fait! plus » d'espoir!... je l'ai encore perdue!... Adieu!... » adieu, mère Dumont... — Mais, mon ami, » il faut aller bien vite changer... vous serez
■ malade, j'en suis sûre... — Eh, qu importe,
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» moi!... c'est Marie qu'il fallait retrouver... » Adieu... demain... je la chercherai encore.»
Pierre s'éloigne et retourne à sa caserne. On va l'envoyer à la salle de police parce qu'il n'est pas rentré à la retraite; mais on s'aperçoit qu'il a la fièvre, qu'il peut à peine se soutenir , et c'est à Thôpital qu'il est conduit.
Le jeune soldat est huit jours très-malade; il a une fièvre brûlante, et, dans son délire, appelle sans cesse Marie; enfin, au bout de ce temps, la nature l'emporte sur la maladie- Pierre est mieux, il recouvre sa connaissance , et la première personne qu'il aperçoit près de son lit est Gaspard qui a obtenu la permission de venir veiller son ami.
« T'as joliment battu la trémontane! » dit le paysan en serrant la main au soldat. « Mais j'ons toujours dit: 11 en reviendra ! » parce qu'à vingt ans on ne dégringole pas » sans se retenir !
» — Y a-t-il longtemps que je suis ici, » Gaspard? — iSeuf jours, mon garçon.
» — Neuf jours! Ah! Gaspard, quel
» dommage.... j'avais retrouvé Marie et je
UN TOCKLOCKOU. 59
» l'ai de nouveau perdue! — Eh bien!
» calme-toi, tu la retrouveras encore, tu » vois qu'elle fait la navette, c'te petite » fille. »
Pierre raconte à Gaspard toutes les circonstances de sa rencontre avec Marie et la manière dont il l'a perdue.
« Ah ! c'est M. Grossepéche qui l'avait » enlevée , c'te fois ! » dit le paysan. « Oh !
» je me le rappelle ben aussi, celui-là
» c'est un grand, gros, vieux, qui a le des-
» sous des yeux tout soufflé! Quand je
» te disais; ils veulent tous avoir la pe-
» tite duchesse !... Ah ! Ah ! Ah !...
» — Tu ris, Gaspard, quand Marie est I encore perdue! — Je te dis qu'on la re- » trouvera, c'te fille, mais je ris parce que » tu es sauvé et que je suis content de voir » que bentôt tu seras sur tes jambes. Allons , » Pierre, ne te laisse pas aller au chagrin,
» ça ne mène à rien! et, d'ailleurs, il
« faut se bien porter pour chercher une » femme qui court toujours !... — Tu as » raison, Gaspard , je veux être honune en-
60 ex TOrULOUROTT.
r fin. — Je Tas retourner d'un pied le'ger «jusqu'au pays , parce que j'y ai affaire. » Mais je reviendrai bientôt te voir, et, j) pour célébrer ta convalescence, nous » nous en repasserons queuques coups par » la cravatte. »
Gaspard embrasse Pierre et s'éloigne.
Quelques jours après le jeune soldat était dans sa caserne. Mais dès qu'il était libre, il allait se promener dans la rue où il avait laissé Marie.
CN TOURLODHOU. 61
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