CHAPITRE II
TJn traiteur sur les boulevards neufs.
Depuis sa tentative nocture, Bellepêche s'aperçoit que Marie n'est plus la même avec lui. La jeune fille semble craindre les tête-à-tête; elle retire sa main lorsqu'il veut la baiser; elle l'interrompt lorsqu'il va lui parler d'amour. Enfin, elle se retire de bonne heure dans sa chambre , et le vieux garçon a aussi remarqué qu'elle ne laissait plus sa clef sur sa porte.
La gouvernante suit une autre marche , mais qui a évidemment le même but. Elle est sans cesse sur le dos de son maître; il ne peut faire un pas, aller dans une chambre sans que madame Grosbec le suive des
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yeux. S'il cause avec Marie, la gouvernante a mille prétextes pour entrer, sortir, et être sans cesse à ses côtés; la nuit même elle ne ferme pas l'œil, afin de surveiller toutes les actions de son maître.
Placé entre la jeune fille qui l'évite, et la vieille qui l'espionne , Bellepêche voit bien qu'il atteindra difficilement le but qu'il s'est proposé. Cependant, la collation et le vin muscat avaient produit de forts bons effets; le séducteur aurait été téméraire, il s'était senti capable de faire des prouesses; il était donc bien malheureux que l'occasion ne se présentât plus de renouveler le souper, et surtout le tête-à-tête.
Chaque jour Marie s'informait si madame de Stainville était revenue. Bellepêche lui répondait qu'elle était toujours absente. Mais il sentait bien que ses réponses finiraient par sembler suspectes à celle qui n'était venue chez lui que provisoirement. Alors Marie pouvait le quitter, le fuir comme elle avait fui Daulay, et il en aurait été pour ses dépenses, ses sacrifices, les
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propos de madame Grosbec, et les regards malins de son portier; le vieux garçon jure qu'il n'en sera pas ainsi.
« Je ne réussirai jamais chez moi, » se dit un matin Bellepêche en admirant dans une glace le beau nœud de sa cravate.
« Mais qui m'empêche d'être heureux ail- » leurs!... Oh! qu'elle idée délicieuse... coni- « ment ne l'ai-je pas eue plus tôt!... Il est » vrai que j'en ai eu tant d'autres depuis » mon voyage en Suisse... Mais aujourd'hui » même je la mets à exécution. «
En déjeunant, Bellepêche dit à Marie :
» Ma belle demoiselle, depuis que je vous » promène dans Paris , je n'ai pas encore » songé à vous mener au Jardin des Plantes, » où il y a des animaux; on voit des ours , » des biches, des lions, des léopards; on » leur donne à manger. C'est très-gai, très- » varié! c'est là que se réunit la meilleure » société de Paris. Si vous le voulez, au- » jourd'hui nous réparerons cet oubli. »
Marie , qui ne cherchait que des occa~ sions de plaisir et de distraction , accepte la IV. 3
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proposition de son hôte. Elle s'occupe surle-champ de sa toilette, et hientôt elle se présente à Bellepêche, ravissante de fraîcheur , de charmes et de coquetterie. Ce n'était pas pour son conducteur que Marie se faisait si jolie; mais elle était femme, et elle s'étudiait à plaire. En devenant duchesse, elle pensait que ce serait sa seule occupation.
Bellepêche se sent plus enflammé à l'aspect de celle dont il se flatte d être l'heureux vainqueur; mais il cache ses transports pour ne point éveiller les soupçons de Marie.
Madame Grosbec est dans un coin du salon qui regarde d'un air colère la jolie toilette de Marie.
« — Allez nous chercher une voiture ! » crie Bellepêche en se tournant vers la gouvernante, a Ma nièce ne peut sortir à pied... » le pavé est gras. »
Au lieu de faire ce qu'on lui dit, madame Grosbec va s'asseoir dans une bergère.
« Je vous demande une voiture, un fiacre, « madame Grosbec, » répète Bellepêche en faisant tourner ses deux poings pour imiter le roulement d'un carrosse.
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c — Oui , jevoisbien que vous allez sortir,» dit la gouvernante d'un air railleur. « Oh ! » vous promenez votre nièce; Dieu merci, » elle en a de l'asTrément !
» — Madame Grosbec, une voiture... et » sur-le-champ , « reprend Bellepêche en allant placer sa bouche sur l'oreille de la vieille fille. Celle-ci fronce le sourcil en murmurant : « — Une voiture... — Oui. — Pour- » quoi faire ? — Pour ne point aller à pied, » apparemment. — Je ne sais pas où il y en a. » — Vous vous en informerez. — D ailleurs, » il ne pleut pas... — Ah !... je vous dis qu'il » me faut une voiture... et que vous irez en » chercher une,... quand j'ai donne un ordre, » vous savez bien qu'il faut qu'on l'exécute.» Madame Grosbec regarde son maître, et prend une prise de tabac. Alors celui-ci exaspéré, saisit sa gouvernante par le bras , la fait sortir du salon... et sort avec elle pour aller chercher une voiture.
L'n fiacre vient, ramenant Bellepêche et madame Grosbec , qu'on a beaucoup de peine à décider à en descendre. Enfin le vieux
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£[arcon est aller chercher Marie : il la fait monter en voiture et se fait conduire avec elle au Jardin des Plantes.
Là , le conducteur de Marie s'érige en véritable cicérone , il fait parcourir à la jeune fille toutes les parties du jardin , lui fait voir les animaux, les plantes et le Cabinet d'histoire naturelle. Rien n'est oublié, tout est examiné avec un soin minutieux^ et Marie ne trouve pas le temps long , parce qu'elle voit pour la première fois à Paris quelque chose qui l'amuse et captive son attention.
Cependant nos promeneurs ont passé près de quatre heures au Jardin des Plantes ; ils songent à le quitter; et Bellepêche dit :
« Cette promenade m'a donné im grand » appétit. .. c'est comme lorsque je faisais » des excursions dans les montagnes de la » Suisse... J'avais une faim dévorante... j'au- » rais mangé un daim !... On en mange beau- »coup, en Suisse... c'est très-bon rôti... » avec un filet de citron.
» — J'ai très -faim aussi, » dit Marie.
« — Ah! fort bien... c'est là que je voulais
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» en venir! Parbleu, au lieu de relourner » chez moi... et il y a loin, qui nous em- » pêche de dîner par ici ?.., — Comment ! » est-ce qu'on peut dîner hors de chez soi ? ■ Certainement, belle Marie, à Paris il y a » des restaurateurs dans tous les quartiers... » c'est même fort bon genre d'y mener des » dames... et par ici, sur le boulevard neuf, » il y a des restaurants où l'on est très-bien; » où il y a surtout d'excellentes matelottes... » Je crois que vous l'aimez ? — Oui , mon- » sieur. — Voulez-vous que nous dînions sur » le boulevard voisin ? — Tout ce que vous » voudrez, monsieur. — Allons-y, en ce cas. » Je vous réponds que nous dînerons fort » bien. Oh ! je connais les bons endroits. »
Bcllepêche est rayonnant. Marie se laisse conduire sans aucune défiance , car elle croit que les traiteurs de Paris sont comme les auberges de villages, et elle ne suppose pas à son compagnon d'autre intention que de l'aire un bon dîner.
On arrive chez un traiteur des boulevards neufs. La maison est sur le devant , et on
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aperçoit un jardin sur le derrière. Une petite femme , qui a l'air d'être excessivement complaisante pour le public, vient au devant du monde qu'elle aperçoit en faisant force révérences, et s'écriant comme les paillasses des petits spectacles : « Entrez , monsieur et ma- » dame... vous serez bien servis , vous trou- » verez tout ce qui vous fera plaisir... J'ose » me flatter que vous ne serez pas mëcon- » lents... la cuisine est très-bien fournie... » Donnez-vous donc la peine d'entrer. »
Marie ne peut s'empêcher de sourire , car elle se rappelle le Tourne-Bride, et se dit : « Monsieur Gobinard aimait bien quand il » lui venait du monde! mais il n'en a jamais » tant dit que cela aux passants... »
C'est Bellepêche qui porte la parole. Il entre sous un vestibule, en tenant toujours Marie sous son bras; et il regarde la dame du restaurant d'un air très-significatif, tout en lui disant :
« — Madame, nous voudrions dîner...
» et fort bien dîner... je ne regarderai pas » au prix... surtout d'excellents vins!... Nous
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» prendrons du Champagne... dès le second » service.
» — Monsieur sera satisfait du notre! il » mousse et il part que c'est une bénédic- » tion!... il nous a déjà taché trois plafonds • et cassé trente bouteilles... mon mari en » est enchanté... Où désirez-vous dîner? » Bellepêche fait jouer son œil et ses sourcils, mais Marie répond : « Dans le jardin... » il me semble que c'est plus gai... »
» — Oh ! madame , je ne vous y engage » pas! » s'écrie la petite femme, qui a compris les clignements d'yeux du monsieur... « d'abord la saison n'est pas propice... il fait » froid , et puis , dans le jardin , nous avons » des soldais qui boivent... Je crois que leur » société ne vous conviendrait pas...
» — Fi donc! fi donc! » s'écrie Bellepêche, « ces gens-là disent tout ce qui leur » passe par la tête... Tiiettez-nous...
» — Dans votre salon alors, » dit Marie.
Bellepêche cligne toujours des yeux. La
petite femme reprend : « Ah! mon Dieu,
» mais... j'y songe... je n'ai plus de place
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» dans la salle... toutes les tables sont oc- » cupées... C'est étonnant comme j'ai du » monde aujourd'hui!... mes cabinets sont » pris aussi... tout est pris!...
» Alors , madame , ce n'était pas beaucoup » la peine de nous engager à entrer, » dit Marie en se disposant déjà à rebrousser chemin. Mais la femme l'arrête en s'écriant: « Permettez... permettez!... avec les gens « comme il faut il y a toujours moyen de » s'arranger; savez-vous ce que je vais faire, » je vais vous donner ma chambre; elle a » vue sur le jardin , vous y serez parfaite- » ment... Vous pensez bien que je ne la » donnerais pas à tout le monde... mais on » voit bien à qui l'on a affaire. — Va pour » votre chambre! » dit Bellepeche en souriant. — a O mon Dieu! cela m'est bien » égal , » dit Marie.
Et la petite femme fait monter son monde au premier, et leur ouvre une pièce dans laquelle il y a un lit, et Marie ne trouve pas cela extraordinaire, puisque la femme du traiteur a prévenu que c'était *« chambre , et Bellepc-
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che se fi'otle les mains, en se disant: Voilà un dîner qui me coûtera cher!. . mais cette fois je veux que mon argent mt rapporte. Bellepêche commande un diner succulent; Il ne lésine sur rien ; il veut des truffes, des petites pieds, des vins fins. Il est lancé , il devient un sybarite. Les avares se montrent quelquefois prodigues; d'ailleurs, le vieux garçon avait ses raisons pour en agir ainsi, et lorsque Marie lui disait : « Mais, » monsieur, vous demandez trop de cbo- » ses!... ï il lui baisait la main en répondant : t C'est la première fois que nous » dînons ensemble chez un traiteur. . je » veux qu'elle fasse époque dans ma vie. — • Mais si vous mangez trop vous vous ferez » du mal... — Je veux me faire du mal!... » c'est mon bonheur à moi !... je veux me » livrer à mille folies,.. — Comment! mon- » sieur... — Surtout, je vous en prie, ne » me parlez pas de la Suisse... Oh! je ne » veux pas entendre parler de la Suisse en » dînant.... ça me distrait trop... ça m'em^ » pèche de manger. »
Et Bellepêche se verse force rasades , et il fait son possible pour égayer, pour animer Marie; mais la jeune fille ne cède point aux sollicitations du célibataire, dont les instances commencent à lui paraître singulières, et qu'elle trouve plus ridicule qu'à l'ordinaire.
Pendant que dans la chambre du premier on demandait les mets les plus délicats et les vins les plus généreux , dans le jardin avait lieu un autre .'cot. Ti'ois soldats, assis contre une table, avaient devant eux une bouteille , un pain , des verres et une énorme omelette.
C'était Carabine qui avait reçu quelque argent de son pays et s'était promis de le manger avec ses camarades. Il ne lui avait pas été difficile d'entraîner Fleur-d'Amour avec lui; il avait eu plus de peine à décider l^ierre à les accompagner, cependant il y était parvenu, et, après s'être promenés au Jardin des Plantes, endroit favori de Fleurd'Amour, les trois soldats étaient entrés pour se rafraîchir dans le jardin d'un res-
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taurateur, où Carabine avait voulu régaler ses deux camarades.
« L'omelette est bien faite, tout de » même! » dit Carabine en se coupant un énorme morceau de pain, « on est trrrès- » bien serrrvi dans ce rrrestaurrrateur.
» — Oh ! à Paris , on perfectionne les » omeletîes! » dit Fleur-d'Amour, « on m'a » même assuré qu'on en faisait sans œufs » quand ils sont rares.
» — Ah! bath!... et alors comment donc » qu'on fait ces omelettes-là? — C'est tout » simple, on ne les fait qu'au lard, proba- « blement! — Ah! parrrbleu ! tu as deviné » la chose... serrrs donc, Fleur-d'Amour. »
Fleur-d'Amour donne une petite portion à Carabine, une bouchée à Pierre, et prend pour lui tout ce qui reste sur le plat en disant : <« Il est inutile d'en laisser au traiteur... » ces gens-là sont déjà trop nourris.
» — Mais tu en donnes bien peu à Pierre.'' » — Je lui en donne encore trop, puisqu'il » ne mange pas... tu vois bien qu'il est re- » tombé dans ses idées noires, dans sa som-
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» hrerie... Allons, Pierre, voyons.,, tiens- » nous donc tète, sacrebleu! »
Pierre passe sa main sur son front et s'efforce de sourire en répondant :
« A votre santé , camarades !
» — A la tienne !... Tiens , il n'y a plus de » vin... Carabine, est-ce que tu aurais l'idée » d'en demander une autre bouteille ?
T — Je le crrrois bien !... je suis en fonds... » il est là le bourrrsicaut!... Holà ! du vin! »
On apporte du vin aux trois soldats. G'egt toujours Fleur-d'Amour qui verse et il ne se ménage pas. L'omelette est mangée, il n'en reste plus vestige sur le plat. Fleurd'Amour bat la retraite avec sa fourchette en disant : « Elle était bonne, l'omelelte... » mais elle était bien petite.
» — En veux-tu une autrrre? » dit Carabine. « — ■ Je le veux bien, parce que » je vois que ça te fera^laisir. — Garrrçon ! » une seconde omelette... la même chose... » mais meilleurrre.
» — Nous faisons un joli repas ! » reprend Fleur-d'Amour, « mais ça ne vaut pas celui
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» de mamselle Félicité... Ah! Dieu ! c'est là » que nous avons fait une bombance à che- » val!... des plats de toutes couleurs! des vins » de toute façon !... des liqueurs à boire ses » moustaches... t'en souviens-tu, Pierre.
» — Oui... oh ! oui , je m'en souviens ! » répond le jeune soldat en poussant un profond soupir.
« — Pourrrquoi donc que vous ne m'avez » pas mené là ? » dit Carabine , « j'aurrrais » tenu ma place avec agrrrément.
» — Ah ! pourquoi !... demande à Pierre ; » et les événements , donc!... il y en a eu de » fameux ! Moi qui croyais que le camarade y B allait tout simplement dans l'intention d'en » conter à mamselle Félicité!.... j'étais de- ■ dans. . . c'était pas ça. Pierre avait retrouvé » là sa belle, son objet, sa payse, quoi, qui » se trouvait être la maîtresse de sa domes- » tique , qui l'avait enlevée.... et qu'il vou- » lait la ravoir... comprends-tu, Carabine?
» — Oui, oui... Ah! pourrrtant non, je » ne comprends pas.
» — Eh bien ! voilà ce qui fait que nous
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» ne sommes pas retournes chez mamselle « Félicité... A ta santé... Tiens , il n'y a plus » devin... aurais-tu la fantaisie d'une autre » bouteille ?
» — Cerrrtainement î puisque je te dis que ■ je suis en fonds!.... Garrrcon ! du vin. » ' On apporte du vin et une seconde omelette que Fleur-d' Amour fait disparaître en très-peu de temps, et dont il n'a point jugé nécessaire d'offrir à Pierre qui est retombé dans ses réflexions.
« Et sa bonne amie, la rrra-t-il ? » demande Carabine en se bourrant de pain , tandis que son camarade achève le plat.
« — De quoi ? de qu'est-ce ? quelle bonne » amie que tu veux dire ? — La celle de » Pierre ? — Eh non ! il l'avait retrouvée , » mais je te dis qu'il l'a reperdue, et voilà le » pourquoi de son air sauvage et pénible... » A ta santé , Carabine. Tu ne veux plus rien • demander? — Moi.... si fait, toujours.... » si nous prrrissions encorrre une omelette ? » — J'y consens , parce que je m'aperçois » que tu l'airaes. — Garrrcon ! une troisième
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B omelette, et de plus en plus meilleurrre. » — Carabine je t'estime, parce que tu es » un bon enfant. — C'est mon devoir. — Et » que tu ne manges pas vilainement ton ar- » orent en égoïste, auand tu en as. — Les » camarrrades avant tout. — C'est bien , ça. » Aussi quand je recevrai de l'argent de mes » parents , je te rendrai la pareille. — Il me » semble que tu m'as dit que tu n'avais pas » de parents. — C'est vrai; mais ça ne fait » rien... il peut m'en arriver... le hasard!.. A » ta santé... Voyons, Pierre! bois donc... que » diable!... un soldat ne doit pas se dépérir » pour une femme. Moi je ne vois plus mam- » selle Joséphine... eh ben! est-ce que ça • m'empêche de manger!.... jamais... Ah! » voilà l'omelette.., elle sent encore plus bon » que les autres.
>' — Veux-tu que je serve? » dit Carabine, en respirant avec satisfaction le fumet de l'omelette.
« — Non ]... non... tu ne sais pas décou- » per!.... tu te briMerais les doigts.... avec » moi, c est fait en deux temps. »
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Effectivement, Fleur-cV Amour, qui a Vair de faire des tours de passe-passe avec les omelettes, fait encore disparaître celle-ci pendant que Carabine goûte au petit échantillon qu'il lui a servi.
a Oui , « reprend Fleur-d'Amour en se couchant à demi sur la table pour que son camarade ne voit plus le plat. « Oui, j'ai lâché Joséphine , et je n'en ai point de regrets : c'était une fille avaricieuse, qui ne m'engageait presque jamais à aller la voir dans sa cuisine^ sous prétexte que ses bourgeois lui faisaient des scènes. Je ne tiens pas à un bouillon... mais je veux des procédés. A ta santé... et toi, Cai'abine, qu'as tu fait de ta grosse ?... — Qui ça?... Adélaïde?...
— Oui, je crois que c'était son nom propre. — Ah ! ben nous sommes fâchés aussi , parrrce qu'un jour qu'elle avait affairrre chez un cousin, elle m'a donné son petit à garrrder... Tu sais, ce petit Auguste qui se perrrdait souvent. — Oui!... un gaillard qui buvait de l'eau-
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» de-vie... qui voulait déjà fumer! Dieu! r que cet enfant promettait pour l'esjirit !... y eh ben ! est-ce que tu l'as perdu tout à » fait, toi? — Non, au contrairrre , je le » garrrdais forrrt bien ; l'enfant se plaisait » même beaucoup avec moi ; si bien que » deux jours aprrrès Adélaïde me prrria » encorrre de le prrromener pendant » qu'elle irait chez une tante ; puis en- » corrre le jour suivant pendant qu'elle » allait chez un oncle. Finalement je me » dis : Alorrrs je ne suis plus soldat, je » suis bonne d'enfant. Mais je ne crois pas » qu'on devienne coronel en promenant » des moutards ; c'est pourquoi je dis alors » à Adélaïde : Cherrre amie, vous prrro- » mènerez l'enfant vous-même , moi j'en ai » assez 1 Là-dessus elle se fâcliLt et je la » lâcha .'...
» — Tu as bien fait, Cai^abine, on doit » des égards et des complaisances au beau » sexe ; mais cependant le défenseur de la » patrie ne doit pas se changer en aiguille » à tricoter... A ta santé !