‹ Un tourlourouChapitre 43 sur 55 · IV · texte numérisé non relu

IV

62 UN TcauLonROU.

Le jockey baisse le tablier; ce monsieur va monter dans son cabriolet, lorsque Marie, qui a reconnu sa voix, s'écrie :

« Ah! mon Dieu... monsieur le comte » d'Aubigny ! »

C'était en effet le brillant Alfred , qui venait de faire une visite dans la maison où s'était abritée Marie ; en s'entendant nommer, il s'arrête, tourne la tête, aperçoit une femme, et s'approche d'elle.

« Qui donc est là, qui me connaît ?... — » C'est moi, monsieur le comte!... — Vous... i> eh mais! cette voix!... se pourrait-il!... » c'est Marie. . . la charmante Marie. . . — » Oui, monsieur, c'est bien moi. — Eh, » mon Dieu! que faites-vous là... seule... » sous cette porte ?... — Monsieur, il pleut » tant ; j'attends une voiture. — Mon ca- » briolet est tout à votre service. — Com- » ment ! c'est votre cabriolet qui est là ? » — Sans doute... mais vous êtes mouillée... » vous tremblez, je crois... — C'est que j'ai » bien froid. — Vous ne pouvez pas rester " là !... cela n'aurait pas le sens commun...

UN TOUULOUROU. 6â

» Montez donc dans mon cabriolet.... — » Mais... c'est que... j'attendais... on devait

» revenir Encore une fois, vous ne pou-

» vez pas attendre là... ce n'est pas conve- » nable... vous vous exposez à être insultée... » d'ailleurs le portier va fermer sa porte; » vous voyez qu'il s'y dispose ; que ferez- » vous dans la rue par le temps qu'il fait ? » — Oh bien! alors... je vais monter avec » vous... d'ailleurs il ne revient pas... il est » peut-être encore à la salle de police. »

Marie a dit ces derniers mots assez bas pour que le comte ne puisse les entendre. Celui-ci fait monter la jeune fille dans son cabriolet; il s'y place à côté d'elle , le petit Tony monte derrière, et le cheval est lancé.

« — En vérité , je ne reviens pas encore » de ma surprise, » dit le comte tout en fouettant son cheval. « Comment , c'est » vous, mademoiselle, vous que l'on a cru » perdue... enlevée!... qui avez disparu si » subitement de la maison de campagne de » madame de Stainville !... Savez-vous que, » pendant quelques jours, on s'est imaginé

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» que c'était moi qui vous avais fait dispa- B raître !...

» — \ous! monsieur... ah I on se trom- » pait bien ! — Certainement qu'on se trom- » pait, et personne ne le savait mieux que » moi. Mais enfin il a clii vous arriver bien » des aventures ! — Oh ! oui , monsieur , » et je vous les conterai, si vous le voulez... » — Vous me ferez grand plaisir. . . Mon » Dieu, cette pluie nous va dans la figure... » heureusement nous voici arrivés... — Où B cela, monsieur? — Mais chez moi... Ah, «mon Dieu!... vous m'y faites penser!

» Et moi qui ne pense pas avons demander « votre adresse , pour savoir où je dois vous » conduire... — Mon adresse, mais je n'en » ai pas... — Comment, vous ne demeurez » pas quelque part. — Non, monsieur. — » Ah ! c'est fort drôle !... Et où donc comp- » tiez-vous aller ce soir?... — Je vous dirai » tout cela, monsieur... Si vous vouliez me » mener... me conduire chez madame de » Stainville. — Chez madame de Stalnville ? » très-volontiers ! mais c'est bien loin d'ici !

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» rue Saint- Dominique, faubourg Saint- » Germain. — Je ne sais pas ou c'est, nion- » sieur. — Et vous êtes mouillée... ce ca- » briolet ne vous abrite pas... Tenez, vou- » lez- vous reposer un instant chez moi ?... nous allons trouver un bon feu... et deux » de mes amis qui doivent m attemlre pour » dîner... je leur avais donné parole pour » six heures; il en est plus de sept... Pen- » dant que vous vous chaufferez , on ira » chercher une voiture, puis je vous mène- « rai chez madame de Stain ville... qui sera » enchantée de vous revoir ! car elle vous » croit perdue... morte même, et elle est » désolée!... Eh bien! cela vous convient-il » ainsi? — Oui, monsieur, je le veux bien. » Le cabriolet s'arrête devant une fort belle maison de la rue d'Antin. La porte cochère s'ouvre, la voiture entre dans la cour, d'Aubigny descend , donne la main à Marie , et la fait monter par un superbe escalier; jusqu'au second étage; un valet attendait avec de la lumière. La jeune fille se laisse toujours conduire par son guide, qui lui fait IV. 6.

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traverser plusieurs pièces meublées avec luxe ; enfin il s'arrête dans une chambre plus petite, toute tapissée en cachemire. Là le feu pétille dans une jolie cheminée gothique; là, les pieds ne se posent que sur des tapis épais et soyeux; des globes artistenient travaillés sont suspendus au plafond , et recèlent vine lumière douce qui a quelque chose de mystérieux; des coussins disposés tout autour de la chambre invitent au repos, tandis que des glaces fixées au-dessus répètent l'image des personnes qui entrent dans ce délicieux séjour.

Marie s'assied près du feu, en jetant les yeux autour d'elle, et l'on voit dans ses regards l'admiration que lui fait éprouver l'aspect de cet élégant boudoir.

« Chauffez- vous... mettez-vous là contre » le feu, » dit d'Aubigny en jetant de côté son surtout. « Biais vos pieds sont mouillés... s — Oh! oui... mes jolis souliers sont per- » dus... j'en suis bien fâchée! — Qu'impor- » tent les souliers!... c'est de vous qu'il faut » s'occuper... je n'ai pas ici de souliers de

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» femme; mais j'ai de délicieuses pantoufles » fourrées , dans lesquelles vos petits pieds » se sécheront... Legris, apportez des pan- » toufles à madame. »

Le valet de chambre s'empresse d'exécuter les ordres de son maître; Marie se laisse faire: elle chausse les pantoufles pendant que le comte dit à son domestique:

« Eh bien! où sont ces messieurs ?... au » salon ? »

» — Monsieur, ces messieurs se sont las- » ses d'attendre. Ils ont prétendu que vous » les aviez invités pour six heures; ils ont » attendu jusqu'à sept, et sont partis.

» — Quoi, vraiment? Dalville et de » Fombreuse ?... — Ils sont partis il y a dix » minutes, monsieur. — Ah! ah' c'est fort ■ plaisant... Gomment me ftouvez-vous, ma- » demoiselle Marie, j'invite du monde à » dîner chez moi, puis j'oublie mes convives, » et je ne rentre pas!... — Moi, monsieur, » je vous aurais toujours attendu. — Oh! » mais vous c'est que vous êtes femme , et » que vous êtes bonne... non que je veuille

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r> dire que vous êtes bonne parce que vous » êtes femme!... A propos, avez- vous dîné? » — Oui, monsieur. — Ah ! c'est dommage» » car je vous aurais priée d'accepter mon » dîner... — Vous n'avez donc pas dîné, » monsieur? — Non... j'ai oublié l'heure » dans la maison où j'étais, et c'est bien » pardonnable quand on est avec celle.... »

Le comte s'arrête , comme s'il pensait qu'il n'est pas convenable de prendre Marie pour sa confidente ; celle-ci le regardait et semblait attendre la fin de sa phrase. D'Aubigny reprend : 1 Je vous avouerai que j'ai très-faim !

» Mon Dieu, monsieur, dînez, ne vous » gênez pas , je vous en prie ; je puis très- » bien attendre.... Maintenant je ne suis plus » sous une porte cochère. — Oh ! que vous » êtes aimable! eh bien! je vais profiter de » votre permission ; mais enfin de ne point » vous quitter, si vous le permettez, je dî- » nerai ici près de vous. — N'êtes-vous pas » le maître, monsieur?... — Je ne le suis ja- » mais lorsqu'une dame est avec moi. Le- B gfris!... servez-moi à dîner ici... Un seul

UN TOCnLOUROU. 69

» couvert, madame ne veut rien prendre. » Legris s'empresse d'exécuter les ordres de son maître. Bientôt une petite table élégamment servie est apportée dans le boudoir , et placée près du t'eu. Marie regardait de temps à autre autour d'elle, comme pour s'assurer qu'elle ne rêvait point. Il lui semblait si extraordinaire d'être maintenant chez le comte d'Aubigny, qu'elle était forcée de rassembler les circonstances qui l'avaient amenée là, pour se dire qu'elle n'était pas le jouet d'un songe ; cependant l'émotion qu'elle ressentait n'avait rien de pénible, el les battements précipités de son cœur n'étaient point causés par 1 effroi.

D'Aubigny se met à table, puis il dit à Marie :

« Je n'ai pas oublié que vous m'avez * promis le récit de vos aventures... et je » suis bien curieux de l'entendre.... Si vous » étiez assez aimable.... — Oh!.,, je ne de- » mande pas mieux... Je vais vous dire tout « ce qui m'est arrivé depuis que vous ne » m'avez vue. »

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Marie commence son récit. D'Aubigny l'écoute avec altention; mais il l'interrompt pour s'e'crier :

« Daulay!... qui l'aurait cru!... c'est Dau- » lay qui vous avait enlevée!..,. Cet homme » dissimule comme un traître de mélodrame! » Pauvre madame de Stainville! si elle avait » su cela... elle se serait peut-être repentie de » vous avoir offert ses services. Mais con- » tinuez, je vous en prie. »

Marie poursuit son récit, et le comte s'écrie bientôt : « Ce Pierre est un brave gar- » con !... on voit qu'il vous est tout dévoué ! » Si j'étais colonel de son régiment je l'avan- » cerais, rien que pour ce qu'il a fait pour » vous. »

Marie continue de conter, lorsqu'elle arrive à ses aventures avec Bellepêche, d'Aubigny ne peut modérer l'excès de sa gaîté, il lit à en pleurer, en s'écriant :

» — Comment! Bellepêche aussi!... le » vieux garçon est devenu un Don Juan!... » un roué!... Oh! c'est pour en mourir... » Pauvre Marie!... voilà les inconvénients

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» de la grandeur : c'est votre futur titre de » duchesse qui vous a fait faire ces deux » conquêtes... car... permettez-moi de vous » le dire, malgré votre charmante figure, » je crois que ces messieurs n'auraient point » pensé à vous, si vous étiez restée... ce » que vous étiez autrefois.

B — C'est ce que Piei-re me disait aussi , » monsieur. — Il vous aime hien ce jeune j> homme-là... — Il me l'a dit, monsieur... » — Il vous a connue lorsque vous n'étiez » qu'une paysanne? — Oui... et même » alors... il a voulu m'épouser... mais je l'ai » refusé... parce que... je n'éprouvais pas » d'amour pour lui. »

Le comte réfléchit quelque temps, et dit ensuite à Blarie :

« — Si vous m'en croyez , mademoiselle, » lorsque vous seri^z.chez madame de Stain- » ville, vous ne lui parlerez pas de vos aven- » tares avec MM. Daulay et Bellepéche.

» — Pourquoi donc cela , monsieur ?

» — Parce que, dans le monde, il y a beau:. « coup de choses qu'il faut savoir pardon-

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» ner. Madame de Stainville ne sera certes » pas contente de savoir que M. Daulay » vous avait enlevée... vous devez en com- » prendre le motif... — Ah ! vous avez rai- » son , monsieur... je ne voudrais pas lui :> causer de peine... je ne parlerai point de » M. Daulay. — Fort bien , mais si vous r. êtes généreuse pour l'un , pourquoi ne le ). seriez-vous pas pour l'autre? et, entre » nous, la fin de l'aventure, la chute de !> Bellepêche au milieu des assiettes et des y verres cassés, l'aura, je crois, suffisamn ment guéri de son envie de faire le séduc- » leur!... Le pauvre homme se souviendra » de la leçon !... — Si vous me le conseillez, e monsieur, je veux bien aussi ne pas par- » 1er de la conduite de M. Bellepêche avec » moi... mais, mon Dieu!... que dirai-je i> lorsque ma protectrice me demandera ce » qui m'est arrivé... ce que je suis devenue » depuis que je suis partie de chez elle?... » D'Aubigny sourit en disant : « En effet, » nous n'avions pas pensé à cela... Il faudra «bien que vous disiez quelque chose... car

UN TOtJKLOUROU. /•}

» le pi'emier soin de madame de Stainville » bera de vous questionner, .tla loi, aloi's... • il faudra inventer un roman... une his- » toire... n'importe quoi... vous pourrez » dire tout ce que vous voudrez, je vous » garantis que MM. Daulay et Bellepêche se » garderont bien de vous démentir.

» — Mais , monsieur , c'est que je ne sais » pas faire de romans, ■> dit Marie, en fixant ses beaux yeux sur le comte.

« — Oh! c'est singulier! toutes les fem- » mes savent en faire! Eh bien, écoutez, » je vous aiderai... nous allons chercher » tous deux ce que vous pourrez conter à » madame de Stainville... Legris , ôtez-nous » tout cela. »

Le valet de chambre s'empresse d'enlever le couvert, la table , de refermer la porte du boudoir. Alors le comte revient s'asseoir près du feu, tout à côté deMai'ie, qui depuis longtemps n'avait plus froid.

« — Voyons, faisons un roman à nous » deux, » dit d'xAubigny en regardant la la jeune fille qui est près de lui, et qui IV. 7

74 UN TOURLOtlEOU.

baisse les yeux depuis qu'elle se voit seule avec le comte.

« — Ce doit être une chose fort agrea- » ble que de composer un roman en so- » cieté avec une jolie femme, » reprend le comte en souriant.

« — Je ne sais pas, » re'pond timidement Marie ^ « j'ignore ce que c'<ist qu'un ro- » inan...

» — Je vais vous l'expliquer : On ap- » pelle ainsi des aventures imaginaires que » l'on compose, et que l'on imprime pour » recréer ce pauvre monde, qui a tant be- • soin d'être amuse. Mais quelquefois » aussi, dans un roman, l'auteur ne ra- » conte que ce qu'il a vu, ce qu'il a ob- » serve ; ses caractères sont pris dans le » monde, dans la société; alors il les fait » parler naturellement, et comme parle- » raient les personnages eux-mêmes ; il ne » donne point à un paysan le langage d'un » marquis, à une grisette le bon ton d'une ■ dame; il ne prête point à ses héros ties » vertus que l'on ne rencontre jamai» driis

VS- TOURI.OLT.OII. 7.31

» In monde; il n'eiitasse pas non plus crime • sur crime, et forfaits sur forfaits, parce » que, grâce au Ciel, les criminels sont » aussi des exceptions, et qu'il prend ses » tableaux dans la généralité; enfin, il » peint les mœurs de l'époque avec le lan- ' gage de l'époque, et ne juge pas néces- ' saire de fouiller dans un dictionnaire de » vieux mots, et d'y prendre des. expres- <- sions qu'on n'emploie plus, pour parler » d'objets qu'on emploie encore. Celui-là » ne s'adresse pas spécialement à une classe, « en disant : J'écris pour vaus qui savez » lue comprendre ; il tâche d'être compris » par tout le monde ; et, s'inquiétant peu »- des critiques ptklanles ou -des injures » grossières de ces aristarques qui mépri- » sent le naturel, parce qu'ils ne peuvent » y atteindre^ il poursuit sa carrièi'e, per- » suadéque, dans tous les genres, il n'y a » de vrais succès que pour le vrai mérite, » rendant hommage au talent partout où il » retrouve, et ne demandant pour lui que » la justice qu'il rend aux autres.

76 t:n tourlourou.

■ — Je ne comprends pas encore ce qui » me regarde dans tout cela, » dit Marie f n levant un peu les yeux sur d Aubigny,

a — Ah ! pardon, pardon, mademoi- » selle !,.. je me laisse aller à une digres- - sion qui n'a aucun intérêt pour vous. " Revenons à notre sujet... ou plutôt clier- ' chons notre sujet, puisque c'est cela qui » nous manque. Un roman est souvent un » conte... Faisons donc un conte pour » madame de Stainville.

» — Un conte, je comprends cela beau- » coup mieux.

» — Il est permis de mentir lorsque c'est » pour éviter une peine à quelqu'un. Vous pourrez donc sans remords mentir à » madame de Stainville.

» — Mon Dieu... je vous ai déjà dit...

' que je me conduirai comme vous me le » conseillerez. — \ous êtes vraiment trop » aimable... mais revenons à notre roman. • Ordinairement, dans ces ouvrages-fà , » c'est l'amour qui forme le fond de l'in- » Irigue.

UN TOUKLOuaor. 77

« — L'amour ! » répond Marie en baissant de nouveau les yeux.

« — Sans doute... quoi de plus naturel, » de plus ordinaire que ce sentiment?... C'est » lui qui bouleversa le monde... c'est lui qui » !e renouvelle sans cesse... partout où il y » aura un jeune homme et une jeune femme , » l'amour viendra se mettre en tiers... sur- » tout lorsque la femme sera jolie... comme » vous... »

Marie rougit , en repondant bien bas :

« Vous croyez donc que l'on peut m'ai- » nîer ?...

» — Devez-vous en douter !.^. ce qui vous B est arrité déjà ne vous le prouve-t-il pas » aussi ?■'

» — Vous m'avez dit qu'on ne m'avait en- " levée que parce que je serai duchesse.

» — Gela n'empêche pas que d'autres ne " puissent aussi vous aimer pour vous- » mème.^ — Ah !... je l'ai cru... lorsque je » n'étais qu'une pauvre fille d'auberge !... » mais j'en doute à présent. — Cependant, 3 ce jeune soldat, ce Pierre, vous a prouvé

:M|irit avait toujours pour vous le meine alta-

* olienxent... — Pierre... oui... Pierre a de lu..

• méinoire, lui... luais il en est d'autres... ».qui m'ont dit des chosijs... qu'ils ont ou- » bliées depuis. »

Marie se tait. DAubigny en fait- autant ; mais il rapproche sa chaise du coussin sur. Kiquel est la jeune fille, et, comme sans y. penser, prend la main de IMarie qu'il presse, ilans les siennes.

« Et ce roman? » dit Marie après quelques i;istanls de silence.

« — Ahloui, vous avez raison... ce roman... » nous disons d'abord : un jeune homme qui ï.aime unejeune fille... C'est vous quiserez hi. > jeunefille.,.puisqueo'estvousquidevezêtre B l'héroïne du roman que nous allons faire.

» — Et puis apiès, monsieur.''— Un jeune, r homme est devenu éperdument amoureux ï de vous... il vous a. vue... larsque vous, s, t'tiez encore au Tourne-Bride...

» — Celait un jeune homme do. grand»

» monde... etquoiquejenefusse alors qu'une !> prtysanne... il m'a dit qu'il m'adorait...

» — Oh! non... non... pour uotie roman, >> j aimerais mieux que ce ne fVit qu'un villa- » yeois... quelque riche fermier...

» — Non... moi je veux. (]ue ce soit un » homme du grand monde...

» — Si vous y tenez absolument... ceper- » dant j'aurais préféré un villageois, parce * que notre roman allait tout seul... vous » aimant déjà, il vous aurait aperçue dans >• 'es jardins de madame de Stainville, vous «-aurait épiée, puis , profitant du départ t'e » la société, vous aurait enlevée., conduite » dans une maisonnette éloii^née , où il vois » aurait tenue enfermée... vous auriez tou- » jours résisté à son amour, et enfin un jour, » vous seriez parvenue à vous sauver. Vous » voyez que le roman va tout seul.

» — (^omme vous voudrez, monsieur, »

lépond Marie, en retirant vivement sa main que d'Aubigny tenait toujours.

« — Est-ce que mon roman ne vous » p!aît pas? » dit le comte surpris de la iristesse qu'expriment les traits de la Jeuue fiHe.

ÎÎO rx TOURLOLllOU.

f'ayoïie que j'en avais fait un autre^ » ^'pond Marie en cherchant à retenir ses la:Mies prêtes à couler. « Oh! oui... j'en - avais fait un... car à présent je com- • prends très -bien ce que c est qu'un » roman.

» — Voyons le votre , alors... — Ce n'est » pas la peine. D'ailleurs, vous ne voulez » pas... vous ne concevez pas qu'un nion- » sieur bien élevé puisse ni'aiiner... Ah ! » vous avez raison... et moi j'étais une sotte » de le croire... mais c'est fini... Oh ! c'est » fini!... je ne le croirai plus jamais!... » Et Marie sanglotte en achevant ces mots, car elle n'est pas maîtresse de cacher ce qu'elle éprouve. En voyant pleurer celte jeune fille si jolie et si naïve encore, le comte se sent vivement ému. Il se rapproche d'elle, l'entoure de ses bras, en lui disant :

« Marie... pourquoi donc pleurez-vous » ainsi... qu'avez-vous?

■ — Ce que j ai... vous me le denian- » dez!... — Serais-je assez maUieureux pour

tlN TOUKI.OUROU. 81

» VOUS causer du chagrin? — Vous... Oh l » non, monsieur... c'est moi qui ai tort... » qui ai cru... aussi pourquoi m'embrasser » si tendrement quand j'étais à l'auberge... » pourquoi me dire que vous m'adoriez... B je me suis toujours rappelé vos paroles... » — Quoi ! Marie... c'est pour cela... — Oh ! » non... c'est mon roman que je vous conte... » c'est une histoii^e que je fais... Tout cela » ne peut pas être, je le sais bien... c'est » comme ce jour... où dans un bosquet... » dans le jardin de madame de Slainville » vous m'avez rencontrée... alors vous êtes » encore venu près de moi... vous m'avez » tenue dans vos bras longtemps... — Vous » vous rappelez tout, Marie !... — Mais c'est » encore le roman que je vous i^aconte... je » me suis imaginée tout cela... car cela n'est » jamais arrivé... Est-ce que vous pouvez. » m'aimer, moi... non , non , c'est un rêve... " je ne sais pas pourquoi je pleure... Ah î » tenez, je ne sais plus ce que je dis. »

La jeune fille pleui-ait toujours. D'Aubigny la presse dans ses bras en s'écriant :

îïî UN TOUULOUKCU.

- Xon , ce n'est point un rèvt; , Marie... je » vous tii dit que je vous aimais,.. Ahîje » vous le dis encore... qui pourrait voir ^ t.'int de charmes sans en être épris... Chère »• Marie, ne pleurez donc plus...

» — IVon... non , vous ne pouvez pas » m'aimer! » répond la jeune fille en repoussant doucement le comte.

« — Marie! vous ne pensez pas cela...

» chère Marie... c'est peut-être parce que e je redoutais le pouvoir de vos yeux , que » je fuvais les occasions de me trouver seul

> avec vous.

» — Ah! ne me dites pas cela... je vous » croirais encore, et après je serais plus » malheureuse.

' — Ah! Marie que vous êtes jolie!... Ah!

> ne me repoussez pas... vous m'avez avoué ».que vous m'aimiez...

» — Mais ce n'est pas une raison... et ce

s roman... Oh! laissez-moi, j*:; vous eu prie...

• — 3Iarie, ne me permettiez-vous pas de

> \ous embrasser comme autrefois.. .. Vous » me laissiez faire quand vous étiez pay-

• saune... la petite duchesse ne sera-t-elle

• plus la même pour moi ?

» — Oh! si... toujours la même... mars » vous ne m'embrassiez pas ainsi... O mon » Dieu... et ce roman... Ah! si vous m'ai- » niiez toujours !...

D'Aubigny avait perdu la raison en en)~ brassant Marie; bientôt le roman fut entièrement fini, et cette fois, Pierre ne se trouva pas là pour mettre obstacle au d-énoiiment.

UN TOCRLOUROU.

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