IV. II
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» aussi ben avoir laisse deux paquets qu'un!.. » c'était pas mon affaire !...
» — Il est vraiment original! » dit la duchesse en souriant.
« — Monsieur le marchand de prunes , » dit Daulay, « votre conduite dans cette » circonstance est aussi rusée que perfide !...
» — Oui , » dit Bellepêche , « ce grossier » paysan s'est permis de se jouer de nous !... » il mériterait une sévère punition.
» — Ah ! oui da... vous trouvez ca, vous » autres! » répond Gaspard en toisant les deux messieurs d'un air gfo'ïuenard , « ah ! » on devrait me punir... parce que j'ai laissé » croire à une petite fille coquette , vani- » teuse, et fière de ses grands yeux , qu'elle » était la fille d'une duchesse... Et quoi qu'on » vous fera donc , à vous deux ? à vous » d'abord, monsieur Daulay, qui avez enlevé » Marie de chez madame , qui l'avez envoyée » à Paris dans une chambre^ en lui faisant r> croire qu'elle était chez sa protectrice , » et puis qui vouliez la traiter en cosaque , » si un brave soldat de mes amis ne s'élail « pas trouvé là pour la défendre. »
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Daulay devient blenie. Madame de Stainville s'écrie : « Serait-il possible !... M. Dau- » lay avait enlevé cette petite fille... il était » amoureux d'elle... Ah! quelle horreur!... » quelle indignité !
» — Ce paysan ne sait ce qu'il dit ! » balbutie Daulay.
« — Je ne sais ce que je dis ! » s'écrie Gaspard , « ali ! n'ayez pas le malheur de » me démentir, où je vous aplatis les épaules » comme des côtelettes !... D'ailleurs, si on >' avait besoin de preuves, je n'en nianque- » rais pas,., et demandez à Marie si je mens. » Quant à vous , monsieur Grossepêche , » qui faites votre fanfaron , vous avez voulu » aussi faire le séducteur. Vous avec re- » cueilli Marie chez vous, en lui faisant » accroire que madame de Stainville était » absente ; puis vous avez voulu lui faire la » cour, et vous l'avez menée dîner du côté » du Jardin-des-Plantes... et là , vous aviez » sans doute un coup de soleil... car vous ' vouliez faire le jeune homme , et sans ce » même soldat de mes amis, qui vous a fait
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» nsseoir clans des assiettes , je ne sais pas » trop ce qui serait arrive. »
13ellepêche a l'air de chercher sa tabatière , tout en murmurant :
« — IMonsieur. . . monsieur!... cela n'a » pas été jusque là... D'ailleurs , c'était pour 1 le bon motif!... — Oui, parce que vous » croyiez JMarie grande dame et riche ; eh » ben ! épousez-la donc à présent qu'elle n'a » plus rien , v'ià le cas de lui prouver votre » amour.
» — J'en serais bien fâché ! » s'écrie Bellepèche , » et je regrette assez tout ce que » j ai dépensé pour elle.
» — Marie... tu l'entends, » dit Gaspard, • tu vois le cas qu'il faut faire des conquêtes » qui te reluquaient quand on te croyait » duchesse. Et maintenant que j'ai tout dit , » je m'en vas ; et si tu veux t'en revenir avec » moi au pays, et c'est ce que tu as de mieux » à faire, je vais t'attendre jusqu'à quatre » heures sur le boulevard , devant le Châ- » teaud'Eau... en face d'où ce que monsieur » l'avait logée. levons salue ben, messieurs,
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■ mesdames, la compagnie, ne vous deran- » gez pas. »
Gaspard s'est éloigné, et Marie atterrée , confondue , cache sa tête dans ses mains. Cependant madame de Stainville, qui est l)!en aise d'exhaler sa colère et sa jalousie , s'approclie d'elle, en s'écriant :
a — Ah, mademoiselle!... vous avez été » enlevée par deux hommes... et vous ne » m'en avez rien dit, et vous me faites une » histoire... un récit... qui n'avait pas le sens » commun ! car je ne sais vraiment pas com- ». ment j'ai pu un moment v ajouter foi. » Voyons , mademoiselle, pourquoi ne ra'a- » vez-vous pas dit que M. Daulay vous » avait... mise dans une chambre?...
« — Je craignais... de vous faire de la » peine, madame, » répond Marie sans lever les yeux.
« — De me faire de la peine!... qu'est-ce » à dire?... Vous êtes une petite imperti-
■ nente, mademoiselle, et pas antre chose. » Mais comme je rougirais de garder plus » longtemps dans ma maison une petite tille
» que tous les hommes enlèvent, vous allez » partir, mademoiselle, et quitter sur-le- » champ une demeure dans laquelle vous » n'auriez jamais dû entrer.
• — Eh quoi , madame !... vous me chassez » de chez vous! » dit Marie en levant sur madame de Stainville des yeux baignés de pleurs.
« — Avez-vous cru par hasard que je vous » garderais!... Ah! ce serait joli!... Une fille s d'auberge... une servante resterait avec » moi!... dans ma demeure !.... Ah!.... vous » ne m'avez déjà que trop compromise!.... » que ces messieurs vous reprennent, ils en » sont les maîtres !...
» — Moi ! » dit Daulay, « oh ! vous ne le » pensez pas !... J'ai pu commettre uneétour- » derie pour une jeune duchesse, mais aimer » une paysanne !.... oh ! vous me rendez plus » de justice j'espère.
» — Quant à moi! » dit Beliepêche, « je » regretterai toute ma vie les folies que j'ai » faites pour une petite fille de village! »
La duchesse de \alousky ne dit rien ; elle
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est tout à son cher manuscrit qu'elle vient de se mettre à feuilleter. JMadame Darnientière ne souffle pas mot. Depuis l'arrivée de la duchesse, elle s'était contentée d'observer ce qui se passait autour d'elle.
Madame de Stainville, après avoir jeté sur Daulay un regard où il lit déjà son pardon, s'avance vers Marie en lui disant d'un ton hautain :
« — Allons, mademoiselle, partez... ne » me faites pas vous répéter cet ordre... » votre présence ici me fait mal... »
Marie porte son mouchoir sur ses yeux, et, baissant tristement la tète, elle va sortir du salon , lorsque madame Darmentière court à elle, lui prend la main et lui dit :
« — Tout le monde vous chasse , mainte- » nant que vous n'êtes qu'une pauvre fille... » mais moi, je vous offre un asile... Venez, » Marie, venez, ne me refusez pas... Je n'ai » point encensé votre fortune : c'est une » raison pour que vous puissiez aujourd'hui » compter sur mon amitié.
» — Ah! madame... il se pourrait... quoi...
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» vous!... » niurinure ?,Iarie en cacliant sa » tête sur le sein de madame Darraentière... » vous, que jadis j'offensai par mes lidi- » cules prétentions!...
» — Je ne m'en souviens plus, made- » moiselle, puisque maintenant vous êtes » malheureuse.
» — Madame est bien la maîtresse de » faire du bien à qui bon lui semble! » s'écrie madame de Stainville d'un air piqué, « et je ne pense pas qu'à présent personne » soit tenté de lui enlever mademoiselle.
» — Tant mieux, madame, je puis alors » espérer que Marie restera longtemps avec » moi. »
En disant ces mots , madame Barmentière passe son bras sous celui de Marie, et sort avec elle de chez madame de Stainville.
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