‹ Un tourlourouChapitre 55 sur 55 · IV. i · texte numérisé non relu

IV. i

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Le professeur s'incline en disant: «Je saurai » justifier votre confiance. »

Gaspard est allé fermer la porte de l'auberge, il s'assure qu'aucun étranger ne peut les entendre, puis, revenant vers l'aubergiste, lui dit :

« Vous rappelez-vous Guillaume, le vété- » rinaire... un mauvais sujet, un libertin, » un ivrogne , qui était amoureux de votre » femme, et furieux de ce qu'elle vous avait » préféré à lui ?

» — Oui... oui , je me rappelle fort bien, » répond Gobinard.

« — Vous fûtes forcé de quitter votre au- » berge... de faire un long voyage, d'aller à » la Guadeloupe,pour recueillir un héritage?

» — Sans doute. Il y a dix-huit ans et demi » de cela.

» — Justement : votre femme resta à l'auy berge... et VOUS étiez parti ben tranquille!... » parce que c'était une femme sage et ver- » tueuse...

» — Oui, certes !... et quiconque me dirait » le contraire...

» — Chut!... c'est pas ça!... votre femme

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«resta toujours sage!... et pourtant, une » nuit, ce vaurien de Guillaume qui s'était » caché dans l'auberge, parvint à s'intro- » duire près d'elle... et, malgré sa résistance... » dame... elle ne fut pas la plus forte...

» — ^Gaspard!.. tu mens!., cela n'est paspos- » sible!.,. » s'écrie l'aubergiste, que cette confidence vient de bouleverser. « Et d'ailleurs » ma femme ne t'aurait jamais confié cela !...

» — Aussi, ce n'est pas elle qui me l'a «dit... c'est Guillaume, quelques années » plus tard... un soir qu'il était gris et qu'il » disait tout !...

» ' — Guillaume t'a fait des mensonges!...

» — Ça aurait encore été possible !... mais » maintenant lisez cette lettre que vot' femme » me confia pour vous la remettre, si quelque » jour onvoulait marier Marie... Vous saurez » au juste ce qui en est... Eh ben , père Mar- » tineau , vous voyez que j'avais raison l'autre » fois, en vous disant que, si j'avais su lire, » je n'aurais pas su tant de choses !... »

L'aubergiste prend la lettre, l'ouvre reconnaît l'écriture de sa femme et lit :

Mai'ie est ma fille, pardonne-moi , mon

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» ami, car je ne fus pas coupable, et, pour » l'amour de moi , aime toujourscette enfant.

Le pauvre Gobinard ne peut plus douter de la vérité; il est quelques moments consterné; mais bientôt, ouvrant ses bras à Marie , il s'écrie :

« Viens , mon enfant , viens , je serai ton » père , moi!... et dès cet instant je t'adopte « et te laisserai tout ce que je possède !...

» — A la bonne beure !... v'ià qui est » parlé! » s'écrie Gaspard ; « papa Gobinard, « vous êtes un brave homme,., je vous aime » de plus fort en plus fort... Touchez là... » je crois que je pleure comme un veau !... » mais c'est égal , celte histoire-là c'est entre » nous, faut pas que ça sorte de la maison... » Vous entendez, monsieur Martineau !... » pas de cancans ! où je me fâche.

» — Gaspard! cette recommandation est >' inutile... j'aime trop mon ami Gobinard » pour vouloir jamais me brouiller avec lui !

» — Et surtout avec sa cuisine! » ajoute Gaspard à d^mi-voix.

Peu importait à Pierre quelle était la naissance de Marie : ce qu'il désirait seulement,

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c'est qu'elle ne redevint pas une grande dame qu'on aurait encore pu lui enlever. Mais elle est adoptée par l'aubergiste, et rien ne s'oppose plus à ce que le jeune soldat devienne l'époux d ecelle qui l'aime depuis si longtemps.

Quant à jMarie, revenue de ses illusions qui n'avaient pas fait son bonheur, elle ne demandait plus qu'à vivre tranquille dans son village, bornant tous ses désirs à rendre heureux l'homme assez généreux pour lui sauver l'honneur.

Pierre fît presser son mariage , car son congé n'avait que vingt jours; mais le huitième qui suivit son retour à Vétheuil , il devint enfin l'époux de Marie.

La noce se fit sans bruit, sans apprêts. Gaspard et le professeur IMartineau y furent seuls conviés; mais les plaisirs les plus purs ne sont pas ceux qui font le plus de bruit.

Ensuite il fallut que Pierre se séparât de sa femme pour retourner à son régiment ; mais, quelques mois après son mariage , son oncle le meunier mourut en lui laissant toute sa fortune. Alors Pierre put s'acheter un homme et retourner vivre près de sa ft mme;

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car pour lui la gloire avait peu de charmes, et il borna sa carrière militaire au gracie de tourlourou.

Marie était enceinte, et elle rougissait lorsque tout le monde lui faisait compliment sur son état. Mais après cinq mois de mariage, elle mit au znonde un enfant qui n'existait déjà plus. Quelques personnes jasèrent un peu sur cet accouchement précoce; mais tout l'honneur en fut attribué ù Pierre, et nul ne soupçonna la vérité.

Madame de Stainvilie vendit sa maison de campagne, et finit par épouser Daulay.

D'Aubigny épousa madame Darmentière.

Il apprit aussi que Marie était revenue à Yétheuil, où elle était mariée, et il se fit un devoir de ne jamais retourner dans ce village, où sa présence aurait pu faire rougir quelqu'un.

Bl. Bellepêche eut beau soigner sa toilette et serrer la boucle de son pantalon, il ne fit plus de conquêtes et se décida à mourir garçon , et à garder avec lui madame Grosbec, avec laaiielle il finit par aller au marché.

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Le professeur Martineau termina sa carrière au hameau où il s'était retiré. Mais il se consola de l'inclifférence de ses contemporains, en pensant qu'il habitait le séjour illustré par Boileau.

Et Gaspard continua de boire, de jurer et d'être dévoué à Pierre, dont le ménage devint un des plus heureux du pays; car Marie eut plusieurs enfants qu'elle put sans rougir présenter à son époux, qu'elle finit par aimer tendrement; et, quelquefois, lorsque sa mémoire lui rappelait le passé, elle était tout étonnée d'avoir pu en aimer un autre que lui.

C'est bien souvent ainsi en amour : le passé a toujours tort, le présent seul a raison.

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