‹ Un tourlourouChapitre 54 sur 55 · CHAPITRE VII ET DERNIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII ET DERNIER

Ce quelle était.

Gaspard était revenu seul à Vétheuil, puisque Marie ne s'était pas trouvée au rendez-vous qu'il lui avait indiqué. A son retourau village, suivant son habitude, il était entré au Tourne-Bride où 1.-; professeur Martineau se rafraîchissait avec l'aubergiste.

« Eh bien! quelles nouvelles? » lui crie Gobinard dès qu'il l'aperçoit.

« — Quid novi'^ « dit M. Martineau en posant son verre sur la table , « vous venez, » de Paris... vous avez vu la duchesse de » Valousky "?

» — Oui ! j'ai vu tout le monde ! tout le « tra, la, la! » dit Gaspard en se versant à boire , « et je croyais ben ramener quel- » qu'un avec moi , mais il paraît que la petite

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» ne veut pas quitter Paris... elle y tient !...

» — De qui veux-tu nous parler, Gaspard ? » — Eh pardi ! de Marie, que je pensais ra- » mener au village avec moi , car à c't'heure » qu'all'sait qu'elle n'est point duchesse, » tous ses beaux amis, toutes ses connais- » sauces vontben vite lui tourner le dos !...

» — Elle n'est pas duchesse ! » s'écrie l'aubergiste, « c'est donc bien certain... » et c'est seulement un méchant manuscrit » que cette dame avait laissé à ma défunte ?...

» - — Eh oui ! oui, combien faut-il te ré- » péter de fois que Marie n'a jamais été fille » d'une grande dame... que tous ces gens- » là se trompaient... et que moi, enfin , je » leur ai laissé croire qu'ils avaient deviné » juste , parce que j'étais ben aise de me » gausser d'eux un brin, et puis de donner ■ une petite leçon à c'te coquette de Marie , » qui avait refusé d'épouser Pierre... Là, » y êtes-vous à présent !

» Je n'en reviens pas! » dit Gobinard.

« — Monsieur Gaspard , vous êtes un » madré ! » dit le professeur, « je ne vous » aurais jamais cru capable déjouer un tour » semblable !

» — C'est que vous pensiez que je n'étais » pas (Je vot'i'orce, apparemment. Pourtant » j'avoue que je ne voudrais pas avoir fait » trop de chagrin à c'te petite... Je croyais » la ramener au village... puis j'aurais été » dire à Pierre : Marie est chez nous... elle » y attend que tu reviennes de larmée. Mais » comme je suis revenu seul , je n'ai pas osé » aller dire à Pierre tout ce qui s'est passé. » — Marie n'est plus duchesse, » reprend Gobinard, o c'est tort bien ; mais avec tout » cela de qui est-elle fille?... c'est encore B un mystère... Toi qui sais tout, Gaspard, » ne saurais-tu pas aussi celui-là ?

» — Peut-être... c'est possible!... mais » comme la petite n'est plus ici... je le garde » pour moi... Au reste, je retournerai bien- » tôt à Paris pour y chercher Marie... et il » faudra bien que je la retrouve , sans quoi « je n'oserais plus me présenter devant ce » pauvre Pierre. »

Gaspard boit et ne souffle plus mot, car, contre son ordinaire , il est triste et soucieux. Gobinard fait de nouveau mille conjectures sur l'origine de Marie, et le pro-

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fesseur Martineau retourne chez lui enchanté de ne point avoir épousé la petite.

Quelque temps s'est écoulé ; Gaspard , qui se flattait encore de voir revenir Marie, commence à perdre cet espoir , et il se décide à retourner à Paris pour savoir ce qu'elle y fait.

C'est toujours à la fin de la journée que Gaspard a l'habitude de se mettre en route. Il est entré au Tourne- Bride , il a trinqué avec maître Gobinard et le professeur, et, après leur avoir serré la main , il ouvre la porte qui donne sur la route et va se mettre en marche... lorsque ses yeux aperçoivent au loin deux personnes qui viennent par le chemin de Paris.

Gaspard s'arrête.... ses traits expriment l'étonnement, la joie la plus vive; il se frotte les yeux craignant de ne pas y bien voir, mais il ne s'est pas trompé : c'est bien Pierre et Marie qui reviennent ensemble au village, Pierre et Marie qui se donnent le bras, qui causent en se regardant tendrement. Gaspard pousse un cri, jette de côté son bâton, rentre dans la salle de l'auberofe en criant: « Les

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» v'ià! lesv'là.'touslesdeuxetbrasdessusbras » dessous!... Ah! c'est-i ça un bonheur! »

Et le paysan retourne sur la route, et court au devant des deux voyageurs, laissant Gobinard et le professeur se regarder et se dire :

« 11 est fou !... — Il a un coup de marteau! »

Gaspard a rejoint le jeune soldat et sa compagne de voyage, et, avant que ceuxci aient eu le temps de lui parler, il leur prend la tête avec ses mains et les embrasse à plusieurs reprises, en s'ecriant :

a C'est vous! c'est vous! Ah! jarni ! je « savais ben que vous finiriez par vous rap- » procher, par vous réunir. Ohé! ohé! les » v'ià!... C'est Pierre et Marie!... Ah! mor- » gué , allons-nous nous en donner ! »

Et Gaspard prend le bras des jeunes gens et les ramène au Tourne-Biide en poussant des cris de joie tout le long de sa route.

« Marie!... ma pauvre petile Marie! » dit l'aubergiste en courant embrasser la jeune fille : « Chère enfant ! on t'a fait croire bien » des choses qui n'étaient pas!...

» — il n'est pus question de ça ! » dit Gaspard. « ÎMarie revient avec nous... c'est » qu'elle sait ben qu'elle y sera plus à sa

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V place qu'à Paris. Mais toi, Pierre, com- » ment as-tu fiiit pour quitter la caserne ?

» — Voici ma permission, pour vingt jours, » dit le jeune soldat , et de plus celle de » me marier... et c'est Marie que j'ëpouse... » Marie qui a bien voulu consentir à devenir » ma femme!.... Ah! monsieur Gobinard, » vous qui l'avez élevée, qui lui avez servi de » père... vous ne me refuserez pas sa main?..

» — Moi , te refuser , mon garçon I... » non, sans doute.... mais... c'est qu€ nous » ne connaissons pas les parents de Marie...

« — Je les connais, moi, » dit Gaspard, « et puisque Marie va se marier, je pense » que c'est le moment de faire savoir ce qui » en est... Papa Gobinard, ça va un brin » vous chiffonner, mais vous êtes un brave » homme, et je suis sûr que vous n'en ai- » merez pas moins cette jeune fille.

» — Eh ! mon Dieu! qu'est-ce donc ?... B il me fait trembler, ce Gaspard... \ oyons, » explique toi... Voulez-vous que M. Marti- » neau entende ce que jt; vas vous dire ? — » Oui... c'est mon ami, je n'ai point de se- » cret pour lui... »

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