CHAPITRE VII
Grande société. — Un départ.
Deox jours étaient écoulés depuis cette conversation, et Pierre n'avait pas reparu au Tourne-Bride. Marie pensait-elle à lui ?... désirait-elle son retour ?... qui pourrait le deviner ?... qui sait ce qu'une femme pense, puisque souvent elle-mètne serait fort embarrassée pour le dire ?
On était au milieu de la -journée. Tout à coup le bruit d'une voiture se fait entendre; cela vient du côté de Paris,* les habitants de l'auberge sont déjà sur la porte, ils regardent au loin : c'est une calèche élégante qui s'avance vers le Tourne-Bride.
« C'est la voiture de madame de Stain-
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ville ! » s'ëcrie bientôt maître Gobinard , « c'est elle avec de la société !
• — Ah! quel plaisir! » s'écrie Marie; » nous allons voir du monde de Paris ! »
La calèche approche et s'arrête en effet devant la porte de l'auberge, dont les habitants s'empressent d'aller recevoir les voyageurs.
La première personne qui descend de la voiture est un jeune homme en redingotte de velours^ pantalon écru , chapeau gris, cheveux blonds bouclés et séparés avec infiniment de soin 5 figure assez régulière , de beaux traits, mais un grand air de suffisance et une affectation de bon ton qui dénotent toujours une extrême petitesse de pensées.
C'est ]\î. Daulay, jeune homme de vingihuit ans, qui veut être gentillhomme parce que son père a été jadis fermier-général et a mangé tout son bien avec des actrices, façon de vivre extrêmement noble , en effet, mais qui n'a laissé au jeune Daulay qu'un fort modeste héritage que celui-ci a lestement dissipé en voulant faire le
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marquis et ne fréquentant que des gens au-dessus de lui; enfin, M. Daulay n'ayant plus que des dettes, mais ne voulant pas renoncer à la vie de grand seigneur qu'il s'était faite , a trouvé le moyen d'aller encore dans le grand monde, ou du moins dans le monde riche, sans être désormais l'amphitryon de personne. Pour cela, Daulay s'attache maintenant à courtiser ces dames qui ont passé la quarantaine et qui sont bien aises que l'on voie encore folâtrer autour d'elles quelques jeunes gens à la mode. Ne s'adressant naturellement qu'aux dames qui ont de la fortune, Daulay s'est fait le sigishé de toutes les riches douairières; tour à tour empressé, complaisant, officieux, c'est lui qui parfois porte le petit chien de madame la comtesse, ou fait jouer le chat de madame la baronne; a-t-on besoin d'un cavalier pour aller à un concert, à une soirée, Daulay est toujours prêt, toujours aux ordres de ces dames ; c'est lui qui fait les commissions délicates, qui arrange les affaires difficiles; mais aussi