‹ Un Tribut à la race acadienneChapitre 108 sur 158 · LA VISITE DE MON FILS ALPHONSE · texte numérisé non relu

LA VISITE DE MON FILS ALPHONSE

Nous avions laissé mon fils Alphonse à Vancouver, et de là, la commission des grains était venue siéger dans plusieurs endroits du Manitoba, et puis à Buffalo, dans l’Etat de New-York, où les compagnies de grains ont d’immenses élévateurs. De là, elle s’était rendue à New-York, à Boston, à Portland, pour s’enquérir sur le coût de transport du grain dans leurs ports de mer et aussi sur des déclarations faites par des témoins que le blé canadien livré aux élévateurs américains était souvent mêlé de blé américain et, par suite, perdait une partie de sa valeur, le blé américain étant d’une qualité inférieure.

La commission recueillit beaucoup d’informations sur le coût de chargement, mais les plaintes que “du blé américain en certaines quantité remplaçait le blé canadien” ne furent pas prouvées.

De là, la commission vint siéger à Saint- Jean et Halifax pour obtenir les renseignements nécessaires au sujet de la direction du blé et autres grains par ces deux ports canadiens.

Un samedi midi, à la fin d’octobre, nous recevions un télégramme nous annonçant que mon fils serait à Bathurst à quatre heures de l’après-midi et resterait avec nous jusqu’au lundi soir, alors qu’il devait rejoindre ses collègues à Québec.

Ce fut une agréable surprise, car nous pensions bien que nous ne pourrions le voir qu’un instant à bord du train. Il n’était pas venu à Bathurst depuis huit ans, et c’était depuis cette date que le grand progrès de notre ville s’était opéré. Nous lui fîmes visiter les nouveaux quartiers de la ville, et nos nouvelles industries de pulpe et nos pouvoirs d’eau. Il en était enchanté, et sa femme nous disait

qu’à son retour chez lui, il ne cessait de parler 'du progrès opéré dans Bathurst, et même dans tout le comté.

Le lendemain, nous le conduisions au Petit-Rocher, où il devait visiter les parents de sa femme, M. et Mme Jérôme Boudreau, tous deux octogénaires, et plusieurs de leurs enfants dans le district. Inutile de dire que la rencontre était agréable de part et d’autre. Nous retournions très tard dans la soirée.

Le samedi soir, il eut la visite de l’hon. P. J. Veniot, qui lui fit connaître son programme de développement, dans un avenir prochain Mon fils a toujours été de tout temps un grand admirateur des talents et de l’énergie de M. Veniot, et ils passèrent deux heures agréables et bien remplies.

Le lundi midi, nous devions le conduire à Caraquet, où étaient ses meilleurs amis de jeunesse. Accoutumé alors à voyager sur nos anciens chemins en petite voiture à cheval, alors qu’il fallait une journée entière pour aller à Caraquet et une autre pour en revenir, il jouissait du changement maintenant qu’on allait en automobile sur des chemins que son ami, qu’il admirait, M, Veniot, avait fait construire et améliorer.

Maintenant, quelques heures nous suffirent pour faire le voyage, arrêter à Grande-Anse, rendre visite à Mgr Stanislas Doucet, grand talent qu’il avait toujours admiré, et à M. et Mme Joseph M. Landry, soeur aînée de sa femme, rencontrer dans Caraquet tous les amis anciens et qu’il avait tant désiré revoir, et nous étions de retour à sept heures. Chose étonnante comparée au passé.

Mais, le soir, il fallut nous séparer; mais nous comptions nous rencontrer à Ottawa au cours de la prochaine session.

BANQUET A L’HON. P. J. VENIOT.

Vers les premiers jours de novembre, les membres du gouvernement provincial donnèrent un banquet à leur nouveau Premier-Ministre, l’hon. P. J. Veniot.

Je reçus une gracieuse invitation de la part du président du comité, l’hon. Dr Roberts, Ministre de la Santé. Ce banquet égala certainement tous les banquets donnés à Saint-Jean et à Frédéricton, dans le dernier quart de siècle, à nos ministres fédéraux les plus distingués et les plus populaires.

Arrivé à table, je vois que le programme porte mon nom pour parler à la santé du “Parlement Fédéral”. C’est le Dr Broderick, ancien candidat libéral, qui proposa la santé, et me nomma pour y répondre.

Je me hâtai de faire connaître la position du Canada aujourd’hui au milieu des nations du monde, et l’avenir que la Providence lui a destiné non seulement comme premier Dominion de l’Empire britannique, mais comme un autre Empire en Amérique, avec tous les idéals de l’Empire britannique du dernier siècle.

Puis, revenant à l’honorable Premier Ministre, je dis que personne mieux que moi ne connaissait son intelligence, son énergie, son patriotisme, et son ambition pour la prospérité de la province et du pays. Depuis trente ans, nous avions vécu d’une ambition commune, nous avions ensemble étudié les problèmes de la province et du Canada comme deux frères, je pourrais peut-être dire comme père et fils. Cette solennelle réunion des membres de son gouvernement était bien l’expression de leur contentement et de leur admiration pour leur chef, qu’ils désirent faire connaître à la population du Nouveau-Brunswick. M. Veniot, avec son énergie, ne peut rester stationnaire. Il faut qu'il avance, et, j’en suis sûr, en avançant, il entraînera la province avec lui. Le Nouveau-Brunswick peut s’attendre à une ère de progrès inconnue depuis longtemps.

M. Veniot, en répondant à tous ces bons souhaits, donna avec soin son programme pour le développement des ressources de la province.

C’est un discours qui aurait fait honneur à n’importe quel Canadien, et qui, avouons-le, ouvrit les yeux de tous les hommes d’affaires de la province. Il démontrait les avantages déjà retirés du développement hydraulique de la rivière Musquash et sa confiance illimitée pour un plus grand succès d’une année à l’autre sans imposer le moindre fardeau sur la population de la province. Car, de même que pour les routes publiques, l’argent nécessaire pour cette entreprise était prélevé par un fonds d’amortissement qui devait s’éteindre par les ressources mêmes de cette industrie.

Ce discours préconisait l’extension de cette politique pour la grande ressource de “Grand Falls”, dans le comté de Victoria, la seule grande ressource hydraulique de la province et qui pouvait être utile à un grand nombre d’industries et à toute la population du reste de la province, surtout à l’agriculture, alors que les fermiers pourraient avoir toute l’énergie électrique dont ils pourraient avoir besoin pour leurs fermes ou leurs demeures.

Ce discours était publié mot pour mot, le lendmain, par toute la presse de la province, sans aucune critique de la part des journaux conservateurs. Pas d’opposition à l’opération des pouvoirs hydrauliques sous le contrôle du gouvernement. Ces journaux conservateurs se contentaient de déclarer que M. Veniot serait jugé par ses actes. Ce fut là toute la critique du jour.

Les grandes industries, comme les associés de la Bathurst Lumber Company, l’International Paper Company, qui devait céder ses droits à l’expiration du terme, la Fraser Company, toutes attendaient avec joie, le développement proposé de ces immenses richesses et des seules grandes ressources de la province. Quant à sa politique des chemins publics, tout était admis dans le silence et tous louaient les beaux et bons chemins de la province du Nouveau-Brunswick..

Le discours du Premier Ministre fut écouté avec attention et intérêt. C’était certainement le discours le meilleur et le plus renseigné de toute sa carrière. Je m’en réjouissais.

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