‹ Un Tribut à la race acadienneChapitre 128 sur 158 · LA CAMPAGNE ELECTORALE DE · texte numérisé non relu

LA CAMPAGNE ELECTORALE DE

Il n’y avait pas de temps à perdre pour personne. Les conservateurs devaient mener une campagne d’abus sur l’administration du département des douanes et employer tous les moyens possibles pour tenir l’opinion publique concentrée sur cette question, sur ces scandales, comme ils disaient eux-mêmes. Une telle invasion du territoire moral devait, suivant leurs espérances, détourner l’opinion publique de la question du tarif, d’expansion idu commerce et de la prospérité réelle du pays. Ils avaient là, du moins ils le croyaient, un bel appât qui devait leur gagner des milliers de votes dans toutes les provinces. Us avaient dans leurs rangs quelques hommes bien connus par leur. manque de scrupule, aussi bien que par leur manque de sagesse, prêts à tout, même dans leur inconscience à commettre le suicide politique.

L’avilissement de leurs plus nobles compatriotes, de leurs plus dignes concitoyens, était un jeu pour eux, certains qu’ils étaient ide gagner des votes par cette tactique. Mais, ils apprirent à leurs dépens qu’on ne peut pas toujours tromper le peuple qui n’est pas aussi ignorant qu’on le prétend.

Du côté des libéraux, il y avait plus d’enthousiasme que dans l’élection générale de l’année précédente. La province de Qubec demeurait la même. On savait que les quatre conservateurs élus le 25 octobre précédent le seraient de nouveau, et l’on savait bien que les 61 libéraux élus ce jour-là seraient tous réélus le 14 septembre - deux ou trois comtés pourraient peut-être changer de candidats mais non pas de parti.

Au sujet du Nouveau-Brunswick, je garantissais à nos amis, avant de quitter Ottawa, le rachat de trois comtés du nord tout en conservant Gloueester, tour invulnérable du libéralisme, ce qui nous donnerait quatre libéraux au lieu d’un.

Dans la Nouvelle-Ecosse, nous avions trois libéraux, je comptais en avoir cinq, car j’étais loin de croire comme les autres à la défaite de M. C. Mclsaac, dans le comté d’Antigonish-Guysboro et à la défaite de M. Duff dans celui de Queens-Lunenberg. J’espérais aussi le rachat du comté de Digby-Yarmouth par le Dr Lovett, qui avait été battu l’automne précédent par une petite majorité. Mais je devais être désappointé dans cette province.

L’bon. M. Veniot, ex-premier ministre du Nouveau-Brunswick et ancien organisateur du parti, fut appelé à Ottawa à l’instant et je le laissai à l’ouvrage avec les autres organisateurs du jour. Il fut chargé des quatre comtés du nord qui devaient tous revenir au bercail libéral.

J’entrevoyais la province de l’Ontario sous des couleurs plus souriantes que l’année précédente. La province de la Saskatchewan devait refuser d’élire un seul conservateur et Manitoba de même. J’entrevoyais la défaite du Premier Ministre, l’hon. M. Meighen. L’Alberta devait nous donner une couple de libéraux de plus et le seul conservateur qui pouvait se faire élire, c’était dans mon opinion, l’hon. R. B. Bennett, dans la ville de Calgary.

Mes prédictions furent réalisées avec exactitude dans toutes ces provinces, mais comme dans la Nouvelle-Ecosse, à l’extrémité est, je fus ‘désappointé dans la Colombie-Britannique, à l’extrémité ouest; suivant mes conjectures, nous devions conserver les quatre que nous avions et en gagner une couple d’autres. Mais ce fut tout le contraire. Il est bien difficile de compter sur cette province. Tout ce qu’elle a eu sous la Confédération, elle le doit au parti libéral à bien dire, mais elle ne donne aucun signe de reconnaissance. Cependant, j 'avais une toute autre mentalité que celle que j ’avais durant la campagne de l’année précédente.

Aussitôt de retour d’Ottawa, l’hon. M. Veniot organisa des conventions dans les comtés 'de Gloueester, de Madawaska-Restigouche, de Northumberland et de Kent. Nous avions eu d’abord, le 20 juillet, une assemblée des députés libéraux de la province, des sénateurs libéraux ainsi que des candidats défaits dans la dernière lutte. Il fut bien entendu qu’il n’y aurait pas une acclamation 'dans la province pour les conservateurs. Il y aurait un candidat dans tous les comtés, même dans York.

Mais qu’allait-il arriver dans Gloueester? Il n’y a pas de doute que la masse des électeurs en appelaient à l’hon. M. Veniot, non pour cause d’antipathie pour M. J. G. Robichaud, le député sortant de charge, mais parce que l’on comptait sur lui pour maintenir le parti libéral dans la province par son prestige que la défaite de son gouvernement n’avait pas affaibli dans le reste 'du Dominion et qui se consolidait dans la province.

De plus, M. Robichaud avait appris par expérience qu’un député à Ottawa, avec des affaires et une grande famille, ne peut pas avancer. 11 lui faut négliger ses affaires personnelles ou négliger les affaires de son comté, comme celles du Canada, en général. M. Robichaud avait certainement consacré toute son énergie et |son temps aux intérêts de son comté, des soldats de retour, mais pour cela il avait dû négliger complètement ses affaires et sa famille commençait à en souffrir.

Dans les circonstances il fut prompt à prendre une décision. 11 se retira en faveur de l’hon. M. Veniot. Alors l’harmonie dans le parti libéral 'de Gloucester devenait parfaite et assurait un brillant triomphe à l’hon. M. Yeniot.

A la convention de Caraquet qui fut tout à fait enthousiaste, M. ,J. G. Robichaud remercia les électeurs des faveurs du passé et annonça que dans l’intérêt de sa famille et de ses affaires, il se sentait en conscience obligé de se retirer de la politique active et était prêt à donner sa place à l’hon. M. Veniot, encore plein d’énergie, et capable de donner tout son temps aux intérêts de Gloucester, comme dans le passé. L’enthousiasme fut à son comble. M. Veniot remercia les délégués ainsi que M. Robichaud des bons souhaits qu’ils lui faisaient et promit de veiller aux intérêts du comté.

Je fus appelé à prendre la parole. J’en profitai pour rendre un tribu d’hommage bien mérité pour le travail judicieux, énergique et patriotique que M. Robichaud avait fait à Ottawa durant ses quatre années de service, témoignage que je pouvais donner plus justement que tout autre, car j’avais été là constamment à ses côtés, témoin de son dévouement constant et de son succès.

Je prédis une brillante carrière à M. Veniot à Ottawa, ce qui le dédommagerait de l’ingratitude du peuple du Nouveau-Brunswick l’année précédente.

Malgré cela, M. Veniot devait rencontrer une forte opposition suscitée et organisée par les “Landlords” de la province devant qui il avait refusé de plier le genoux lorsqu’il était au pouvoir.

Cette opposition acharnée et organisée me rappelait celle des “Landlords” de mon temps contre moi jusqu’à l’année 1911, alors qu’ils se retirèrent <de la lutte.

C’était M. Angus McLean, président de la Bathurst Co., qui se mettait a la tete de 1 opposition et s engageait a n ’epargner aucun sacrifice pour battre M. Veniot.

M. Angus McLean avait toujours été un de mes meilleurs amis depuis son arrivée à Bathurst en 1908 et m’avait toujours donné un appui généreux. A mon retour d ’Ottawa, j 'essayai à plusieurs reprises de le retenir en faveur de M. Veniot et sinon de rester neutre Mais tout fut inutile. Nous devions travailler alors avec la même énergie.

Je m’appliquai comme de coutume à expliquer les choses aux principaux amis. Je fus appelé à plusieurs occasions à adresser la parole et je pus m’assurer encore une fois que mes vieux amis ne m’a

vaient pas oublié. Partout, je recevais l’accueil le plus cordial comme lors de mes propres élections.

Dans mes discours je ne manquais pas S’expliquer la violation de la constitution par le refus de Son Excellence le Gouverneur-Général d’accorder la dissolution au Premier Ministre, l’hon. Mackenzie King, et de l’avoir accordé à l’bon. M. Meighen, après que son gouvernement avait été battu en Chambre.

Mais je ne manquais pas de mettre la responsabilité de cette erreur sur la tête de l’hon. M. Meighen, qui avait mal conseillé le Gouverneur-Général, Lord Byng, qui devait conserver mon admiration intacte pour tous les services inappréciables qu’il a rendus aux Alliés durant la guerre, pour la victoire de laquelle, après le maréchal Foch, le maréchal Haig et une couple 'd’autres généraux de la France et de l’Angleterre, il était le plus méritant, et que son nom serait vénéré dans l’histoire pour les siècles à venir.

J’expliquai que la question du Gouverneur-Général au Canada, et nos autres Dominions, surtout depuis la guerre, est égale à celle du roi en Angleterre, dont il est le représentant dans les Dominions. Par conséquent, ici comme en Angleterre, le Premier Ministre a droit à une dissolution lorsqu’il le juge dans l’intérêt du pays. C’est sur la tête de l’hon. M. Meighen que je mettais la responsabilité de cette erreur.

Son Excellence Lord Byng avait été élevé dans l’art de la guerre, et non 'dans l’art de la diplomatie, et il lui était facile de se laisser induire en erreur.

Je citais, et mes auditeurs y prenaient intérêt, des auteurs conservateurs, surtout les plus respectés dans le Canada. Je citais Sir Charles Tupper, qui avait bien défini la question du Gouverneur- Général en 1873, lorsque Lord Dufferin voulait forcer Sir John Macdonald à résigner durant la session à cause des accusations portées contre lui par l’opposition libérale, qu’il avait reçu et demandé de l’argent pour son élection en 1872 à la compagnie du chemin de fer du Pacifique Canadien, et que l’on en faisait un scandale.

Son Excellence Lord Dufferin refusant de prendre l’avis de Sir John, le Premier Ministre, celui-ci dit à Son Excellence que, avant de consentir à sa demande il lui enverrait Sir Charles Tupper conférer avec lui, car Son Excellence le connaissait bien.

En arrivant auprès de Son Excellence, Sir Charles Tupper lui dit: “Son Excellence veut forcer le Premier Ministre du Canada à résigner? — Oui, répondit Lord Dufferin. Qu’en pensez-vous? — Son Excellence sait-elle que si la Reine voulait forcer le Premier Ministre d’Angleterre à résigner, elle pourrait perdre son trône? Ici, Son Excellence est son représentant et doit agir de la même manière. — Que me conseillez-vous de faire, dit alors Lord Dufferin? — Eh bien, dit Sir Charles Tupper, mettez-vous à l’instant en communication avec le gouvernement d’Angleterre, et agissez suivant l’avis que vous recevrez.”

A l’instant le Gouverneur-Général se met en communication avec le gouvernement d’Angleterre, et à deux heures du matin, il en-

voyait un message spécial demandant à Sir John A. Macdonald de venir à l’instant à sa résidence, et là il lui dit tout simplement qu’il avait le droit 'de tenir les rênes du gouvernement aussi longtemps qu’il le désirerait. Ce fait seul, dès les premières années de la Confédération, était suffisant pour convaincre tout électeur, et les conservateurs ne pouvaient me contredire.

Je citais aussi une autre autorité conservatrice la plus respectée du jour, Sir Robert Borden, qui durant la guerre a beaucoup contribué à assurer l’indépendance du Dominion du Canada dans cette direction.

Je citais la déclaration >de Sir Robert Borden sur la position du Gouverneur-Général dans les Dominions de l’Empire, dans son ouvrage “The War and the Future”, à la page 143, publié en 1917, où il écrit:

“The Crown acts in ail the self-governing Dominions of the Empire. It acts in the United Kingdom upon the advice of the Ministers of the United Kingdom; it acts in each of the overseas Dominions upon the advice of the appropriate Minister, in Fédéral affairs, upon the advice of Fédéral Ministers, and in Provincial and State affairs upon the advice of Provincial or State Minister. It is the same Crown throughout, acting upon the advice of different Ministers. That tie of allegiance to the Crown is the tie which chiefly binds together the Empire today so far as constitutional considération are concerned. ” (21)

Il est clair par ces paroles écrites de Sir Robert Borden que si l’hon. M. Meighen avait consulté son ancien chef, il n’aurait pu accepter l’offre de se mettre à la tête du gouvernement sur le refus de Son Excellence le Gouverneur-Général d’accorder la dissolution sur la demande du Premier Ministre.

Durant la campagne, le dimanche avant la nomination officielle, je fus appelé à Rogersville, où j’adressai la parole, dans l’aprèsmidi à Rosaireville et le soir au village même de Rogersville. Je reçus dans ce district la cordialité qui m’avait toujours été offerte dans le passé, et le vote libéral de Rogersville revint au normal et donna une majorité de près de 400 voix à M. Charles Morrissy, fils du défunt John Morrissy. J’en étais bien content pour le jeune M. Morrissy, que j’appelle toujours “le digne fils du digne père”. M. Morrissy est un jeune homme bien instruit, bien renseigné, bien affable, et bien bon orateur. Une belle carrière lui est ouverte, et je suis certain qu’il va la remplir à son honneur, et à l’honneur du grand comté de Northumberland.

M. Morrissy fut élu par une majorité de 900 voix, dépassée seulement par celle de son père en 1921, qui fut de 1,421.

M. Stanislas Blanchard, dans Restigouche-Madawaska, fut élu par une majorité de près de 4,000 contre M. Arthur Culligan, qui avait été élu l’automne précédent par une majorité de 1,470.

Nous avions aussi le comté de Kent, représenté par M. Alex. J. Doucet depuis trois ans, depuis la mort de M. Auguste T. Léger.

M. Doucet avait été le seul Canadien-français du côté des conservateurs depuis 1923 à 1925. Son parti en avait fait une idole et lui avait attribué toute mission possible, afin de témoigner de ce fait leur intérêt à la population française. M. Doucet a de bonnes qualités et certains talents. Il parle avec une énergie que la sagesse ne contrôle pas toujours. Plus il frappe dur, plus il croit avoir produit de l’effet. Si M. Doucet avait été moins ardent et plus réticent, il aurait probablement pu se maintenir dans le comté de Kent. Mais comme je l’ai déjà dit, M. Doucet et M. Nicholson, d’Algoma, Ontario, avaient cru que le dénigrement 'du caractère de nos plus nobles figures publiques devaient nécessairement causer une mort politique à chaque coup. M. Doucet entreprit de diffamer le caractère moral et personnel de l’hon. Ernest Lapointe, Ministre de la Justice dans le gouvernement de Thon. Mackenzie King. L’hon. M. Lapointe, tout le monde le sait et le savait alors, est un de nos hommes les plus distingués sous tous les rapports, de talents et de vertus.

Croyant faire suite aux accusations sur l’administration des douanes, il accusa, sur des “on-idit”, l’hon. M. Lapointe d’avoir fait des excursions sur le bateau “Margaret”, dans le St-Laurent, et d’avoir été accompagné de femmes éhontées, etc. Mais je tiens à dire à l’instant que l’hon. M. Meighen est plus coupable, à mon jugement, que M. Doucet, car M. Meighen avait plus d’expérience, plus de connaissance, plus de jugement et plus de responsabilité que M. Doucet, dont il était le chef politique. L’hon. M. Meighen ouvrit sa campagne électorale dans les Provinces Maritimes à Moncton,N.-B. Il était accompagné de M. Doucet et tous deux seuls adressaient les assemblées. C’est à cette assemblée de Moncton que M. Doucet fit cet assaut sur la réputation personnelle 'de l’hon. Ernest Lapointe, et tout son discours ne traitait que de scandales de toute sorte. M. Meighen était à ses côtés, attendant pour le suivre, et il ne fit aucune allusion aux sales attaques de M. Doucet. Le lendemain, dans la ville de Saint-Jean, le même M. Doucet répète les mêmes accusations contre M. Lapointe, et M. Meighen, qui parla après lui, reste encore muet au sujet de ces accusations. Puis ils se rendent à la Nouvelle-Ecosse où ils exercent le même jeu.

Les rapports de la presse conservatrice étaient bien insolents. Alors M. Lapointe envoie un message télégraphique à l’hon. M. Meighen, niant ces accusations et le conjurant de voir à ce que M Doucet cesse de répéter ces fausses accusations. M. Meighen tout simplement passe le télégramme à M. Doucet, lui laissant toute liberté d’action. Alors, M. Lapointe en appelle au tribunal d’enquête sur les douanes, présidé par Son Honneur le juge F. X. Lemieux, juge en chef de la Cour Suprême de la province de Québec. Alors M. Doucet est appelé à paraître, et l’on sait qu’il n’y avait absolument rien dans les accusations de M. Doucet, qui dut déclarer, pour se disculper, qu’il avait reçu des informations d’un ami qu’il avait cru lui dévoiler des vérités.

Les électeurs judicieux et honorables de Kent ne pouvaient soutenir M. Doucet dans une telle conduite, et sa 'défaite fut dès le mo-

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ment préconisée. M. Alfred E. Bourgeois, candidat libéral, fut élu par une majorité de 900 votes. M. Doucet n’a que lui-même à blâmer. C’est son manque de jugement et de sagesse qui l’a tué en politique. On peut dire qu’il a commis le suicide.

Enfin, le 14 septembre, l’hon. M. Mackenzie King était remis au pouvoir avec une majorité non seulement de 25 libéraux au-dessus des conservateurs, mais bien de 28, à part les dix ou douze libérauxprogressistes alliés maintenant au parti libéral, ce qui lui assure une majorité indépendante au-dessus de tous les autres groupes, et l’on sait que les indépendants, tels que M. Henri Bourassa, et plusieurs autres, ne donneront jamais leur appui aux conservateurs. Quant au “Ginger Group” de l’Alberta, il ne peut causer aucun tort au parti libéral, et à part la question des écoles de l’Alberta, relativement au transfert des ressources naturelles à la province, ils ne peuvent rien faire et seront forcés d’accepter les mesures libérales.

Au sujet de cette question «des écoles de l’Alberta, elle viendra devant la Cour Suprême du Canada dans le courant de février ou mars 1927. Je suis toujours d’avis que tout sera proclamé tout à fait constitutionnel.

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