MACKENZIE KING
Le 14 septembre eut lieu la déclaration officielle des candidats élus, et l’hon. M. Veniot fut déclaré élu par une majorité de 1660. Le 28 septembre, l’hon. M. Meighen donnait sa résignation et celle de ses ministres, et le Gouverneur-Général appelait le très honorable Mackenzie King à former un gouvernement. Un jour ou deux après, ce dernier appelait Thon. M. Veniot à Ottawa, lui signifiant en même temps de se préparer à y rester quelques jours. Je n’eus pas de doute alors que le Premier Ministre était décidé de l’inviter à faire partie de son cabinet.
Il était bien vrai que ma prédiction du mois de mai au Premier Ministre se réalisait, et que M. Veniot 'devait véritablement être appelé à représenter la province 'du Nouveau-Brunswick dans le gouvernement libéral à Ottawa.
Immédiatement j’écrivis une lettre confidentielle à l’hon. Mackenzie King, le remerciant et le félicitant du fait qu’il appelait M. Veniot à faire partie de son Cabinet, et ajoutant encore une autre demande: celle de donner à M. Veniot un ministère assez important pour lui permettre d’exercer son influence pour la province du Nouveau-Brunswick, dans l’espoir de remettre le parti libéral sous de bonnes couleurs dans les autres parties 'de la province.
C’est ce qui arriva, en effet. Le ministère des Postes, certainement un des plus importants de toute l’administration fédérale, fut assigné à M. Veniot.
Avant son départ pour la conférence impériale, le Premier Ministre m’adressa une lettre dans laquelle il me disait qu’il espérait que je serais satisfait du partage qu’il avait fait à mon ami M. Veniot.
En confiant l’administration de ce ministère à l’hon. M. Veniot, le Premier Ministre exprimait à la population du Canada son appréciation du talent 'de M. Veniot, aussi bien que sa force d’énergie, double qualité requise pour l’exercice efficace de ce ministère.
Voici donc un Acadien appelé pour la première fois à la position de Ministre dans le gouvernement fédéral du Canada.
Ici, je m’arrête un instant, pour faire d’abord un appel à la générosité du peuple acadien et surtout du Nouveau-Brunswick, et ensuite attirer l’attention de la population française de la province de Québec sur les mérites de leurs compatriotes français de l’Acadie.
J’espère que les Acadiens apprécieront les services que leur compatriote leur a rendus pendant qu’il était ministre dans le gouvernement provincial, services bien reconnus aujourd’hui de tout le monde. Ils reconnaîtront, je l’espère, que dans la personne de Pierre J. Veniot, ils ont un autre digne Acadien, à part ceux que j’ai déjà nommés et qui sont allés jouir de leur récompense dans un monde meilleur.
A part le Sénateur Poirier, qui apres quarante-deux ans de service au Sénat, jouit encore d’une excellente santé, ils ont un autre
Acadien, qui après leur avoir fait honneur dans l’arène provinciale, leur fait honneur aujourd’hui et continuera à leur faire honneur dans l’arène fédérale, j’en suis certain.
Leur appréciation des talents et des services de leur chef actuel contribuera à leur assurer une plus grande estime de la part de la population du Canada en général.
J’espère qu’ils apprécieront aussi le généreux acte de justice que notre Premier Ministre libéral, le très honorable Mackenzie King, leur a fait en appelant à l’instant notre distingué Acadien dans son Cabinet. L’hon. M. King n’a pas hésité. Il était déterminé à le faire. Il s’en réjouit lui-même autant que tout autre.
Mon autre intention est de rappeler aux membres du parlement et du gouvernement ce que je leur ai souvent répété: que l’Acadie avait donné à l’Eglise et à l’Etat, à la chaire et à la tribune, au barreau, à l’histoire, à la littérature, aux sciences et à la philosophie, des talents distingués, qui dans 'des contrées plus connues, en France ou dans la province française de Québec, auraient fait honneur à leur province et à leur pays.
Je les ai nommés les uns après les autres. Aujourd’hui je tiens à attirer leur attention sur la conduite politique du premier ministre fédéral acadien, et ils déclareront, je le crois, avant longtemps, que les Acadiens, dans la personne de M. Veniot, ont un compatriote distingué dans la science politique, si l’on peut appeler la politique une science. J’ai confiance dans le succès de M. Veniot pour une carrière distinguée à Ottawa, et personne n’en sera plus content que moi.