‹ Un Tribut à la race acadienneChapitre 148 sur 158 · NOTRE ARRET A EDMONTON · texte numérisé non relu

NOTRE ARRET A EDMONTON

Tout alla très bien sur le train ; le temps était beau, et nous nous occupions toute la journée à calculer la richesse des forêts et des vallées de cet immense territoire, qui invite gracieusement des immigrants de toute part, qui seront réellement d’une grande prospérité par leur activité.

Partis le lundi soir à 10 heures, nous arrivions à Edmonton mercredi matin à 6 heures. Première grande surprise: en descendant du train, nous rencontrons M. et Mme W. P. Johnson. Dans sa surprise, ma femme s’écrie: “Où allez-vous donc?” Mme Johnson

répond: “Nous sommes venus vous rencontrer et vous conduire à votre hôtel.” Gray leur avait télégraphié l’heure de notre arrivée, et cela était suffisant.

Une des meilleures chambres de l’hôtel MacDonald nous avait été réservée. De bonne heure dans la matinée, nous recevions la visite de l’honorable sénateur Lessard, qui annonça le programme de la journée pour ma femme et un autre pour moi-même. Peu de temps après Mme Blatchford et Mme Giroux venaient chercher ma femme pour la conduire à une réception et 'déjeuner donnés par l’association des femmes libérales d’Edmonton, où elle rencontra toutes ses amies de la ville et fit un grand nombre de nouvelles connaissances. Plus tard, elle est conduite à la demeure de Mme Giroux, accompagnée de Mme Lessard, Mme Johnson, et plusieurs autres invitées de Mme Giroux, pour le reste de la journée et de la veillée.

Pour moi, il était entendu que j’étais l’hôte des citoyens canadiens-français de la ville d’Edmonton à un dîner à l’hôtel MacDonald à 7 heures du soir.

En attendant, je me hâtai de me rendre au cimetière pour dire une petite prière sur la tombe de mon fils Charles, examiner le monument érigé à sa mémoire, et y relire l’inscription écrite par ses bons amis d’Edmonton. C’était l’hiver à Edmonton, et malgré les six pouces de neige qui couvraient la tombe, je pus couper quelques petites fleurs que je désirais emporter à son épouse et sa petite fille, à Shippigan.

Cette visite fut d’une grande consolation pour moi.

Du cimetière, je me rendis à la résidence archiépiscopale, faire une visite à Sa Grandeur Mgr O’Leary, archevêque d’Edmonton Malheureusement, tout était fermé au palais, impossible d’avoir aucune réponse.

Le délégué apostolique avait terminé sa visite la veille au soir, et toute la population catholique avait assisté à des cérémonies religieuses de toute sorte pendant trois jours. Il était parti pour Vancouver à une heure de la nuit et il était bien probable que Mgr O’Leary était allé reconduire Son Excellence jusqu’à la rencontre de la délégation de Vancouver.

Je regrettai beaucoup de ne pouvoir avoir vu ce grand dignitaire qui fut un de mes amis intimes durant ses premières années de sacerdoce, alors qu’il était vicaire à Bathurst, il y a vingt-cinq ans.

Enfin, le temps du dîner approchait et les amis arrivaient à ma chambre, et nous exprimèrent des sentiments d’amitié.

Le dîner avait lieu dans une salle privée de l’hôtel. C’est l’honorable sénateur Lessard qui présidait. A ma droite, j ’avais le Dr Blais, un des meilleurs amis de mon fils Charles et de sa femme, qui avait toujours été absent à chacune de mes visites précédentes à Edmonton. C’était pour moi un premier plaisir. Parmi les autres amis se trouvaient le juge Dubuc, de la cour de comté à Edmonton, fils du défunt juge Dubuc, de la Cour Suprême du Manitoba, M. Lucien Boudreaii, membre Ge la législature de l’Alberta pour le comté de Prince-Albert de 1909 à 1921, alors au’il fut, comme bien d’autres,

défait par le candidat fermier. Il fut réélu l’an dernier, aux élections du mois de juin 1926. M. Léonidas Giroux, avocat distingué d Edmonton, membre de la législature pour la division de Grouard, depuis le 11 juillet 1924, remplaçant feu le sénateur Côté, était aussi présent.

Après le dîner, très riche et très succulent, le président proposa la santé de l’hôte, le sénateur Turgeon. M. Lessard parla d’une manière captivante. Il rappela d’abord la carrière de mon pauvre fils Charles, qu’il avait toujours aimé et admiré et dont il regrette encore aujourd’hui la disparition soudaine. Il fait brièvement mais agréablement le récit de ma carrière et de mon travail pour la minorité acadienne dans l’extrémité est du pays, qu’il compare à la minorité canadienne française à l’extrémité ouest, qui toutes deux ont droit et ont besoin de la sympathie du gros noyau français de la province de Québec.

Il demande au Dr Blais de seconder la santé qu’il vient de proposer. Inutile de dire que celui-ci s’en acquitta de la manière la plus agréable et la plus patriotique.

Le Dr Blais et moi sommes nés à peu de distance l’un de l’autre dans la province de Québec, et il se disait heureux de m’appeler son cousin.

Je dus me lever pour répondre à ces deux aimables discours. Je remerciai d’abord le sénateur Lessard, président, de ses paroles élogieuses et sympathiques pour mon fils chéri, le défunt Charles, dont la perte, si elle est grande pour l’Alberta, l’est également pour moimême. Il me fut difficile de prononcer ces paroles à cause de mon émotion. Je passai aux autres sujets le plus vite possible et je parlai du chagrin que j 'eus à mon arrivée au Nouveau-Brunswick de voir combien cette race acadienne, toute française, avait été négligée de la grande population française de Québec. Nous disons toujours négligée, mais c’était sans doute due à la distance, alors que les moyens de communication étaient très difficiles. Il en était de même pour les colons canadiens-français de Québec, venus dans les régions lointaines de l’Ouest, qui une fois arrivés ici ne peuvent plus revoir leurs compatriotes de Québec pour de longues années. J’exprimai ma sympathie toute naturelle pour eux, et je pensais qu’ils devaient savoir que toujours j’ai été prêt à prendre et défendre leurs intérêts comme ceux de mes plus proches dans 1 Est.

L’hon. M. Dubuc, M. Boudreau et M. Giroux prirent tous part à ce concert patriotique si harmonieux et exprimèrent tous les sentiments les plus riches comme Canadiens-français et comme sujets britanniques. M. Giroux fit, lui aussi, une brève et généreuse allusion à ma carrière politique dans le Nouveau-Brunswick, et à mes relations politiques et personnelles avec Sir Wilfrid Laurier.

Ce fut certainement une des plus joyeuses soirées de notre visite. C’est alors que l’on me dit, comme mon fils Gray l’avait appris, que

le premier Acadien devenu membre du gouvernement, Thon. M. Veniot, ministre des postes, a laissé là une très bonne impression lors de son passage. Il était onze heures lorsque nos amis se tendirent la main et me firent leurs souhaits les plus cordiaux.

M. Giroux me conduisit avec le sénateur Lessard à sa demeure, où ma femme m’attendait et où je rencontrai Mme Lessard, Mme Johnson et plusieurs autres. Il était une heure du matin avant que nous pensions à nous séparer et à retourner à notre hôtel.

La nuit devait être courte. Nous devions être à la gare à 6.30 heures du matin, pour nous rendre à Saskatoon.

NOTRE SEJOUR A SASKATOON

Jeudi matin le 10 novembre, nous prenions le train pour Saskatoon où nous arrivions à six heures du soir. Mon fils Alphonse devait nous y rencontrer et passer le samedi et le dimanche avec nous, et nous pourrions aussi y rencontrer un plus grand nombre de nos meilleurs amis. J’aurais beaucoup aimé voir Mgr Mathieu à mon passage, mais les médecins interdisaient toute visite. J’espère que la Providence le conservera longtemps encore.

A la gare nous rencontrâmes plusieurs amis et surtout MM. Niderost, père et fils, qui voulurent absolument nous amener à la magnifique demeure du père et de la mère. M. Cari Niderost est fils unique, avocat distingué et de mérite ; il est marié depuis cinq mois seulement. C’est une famille très dévouée à mon fils le juge, à ma fille Bessie et à son mari. Il n’y a pas de limites à la générosité et à la tendresse de cette famille, d’origine suisse, établie dans l’Ouest depuis près de trente ans, et devenue une des familles les plus respectées et estimées. Nous avons passé là trois jours comme dans un paradis terrestre. Ils ont tout à leur disposition, automobile et le reste.

Mon fils arriva le samedi matin. La Cour d’Appel avait siégé jusqu’au vendredi soir. Il repartit le dimanche, quelques heures avant nous. Nous prîmes le train le dimanche à six heures du soir, pour Winnipeg et Ottawa sans arrêt.

Le vendredi midi, le Board of Trade de la ville donnait un dîner en l’honneur du colonel Webb, maire de Winnipeg depuis deux ans, et je dus accompagner le jeune Niderost.

Le colonel Webb, maire de Winnipeg, fit un discours dans l’intérêt des soldats revenus de la guerre, dont un grand nombre sont encore dans le besoin. Je dus accepter un siège d’honneur à la table du président. Le colonel Webb parle avec facilité et éloquence. Il fit un chaleureux appel au public, lui demandant de s’intéresser davantage au bien-être des soldats et de presser le gouvernement à amender les lois, ou en rédiger d’autres, afin qu’il soit plus facile d’obtenir justice pour un grand nombre d’indigents qui n’ont pu être reconnus jusqu’à présent.

Ce fut un grand plaisir pour moi d’avoir pu entendre ce discours en faveur de nos soldats, car personne ne sait mieux que moi combien il a été difficile d’obtenir justice dans bien des cas, dans mon comté.

M. Cari Niderost, dans son désir de me faire plaisir, invita M. Léger, autrefois résident de North-Battleford, avocat, et fils de M. Auguste Léger, cet homme si respecté dans tout le Nouveau-Brunswick, député du comté de Kent de 1917 jusqu’à sa mort presque subite en 1923, à venir passer la veillée avec nous à sa demeure. Ce bon Acadien a travaillé avec énergie dans l’Ouest et a réussi à commander le respect et l’attention du gouvernement provincial de sa province d’adoption; il y a plus d’un an, il a été nommé juge de district municipal. Ce fut un véritable plaisir pour moi de le rencontrer et d’apprendre sa nomination à ce poste d’bonneur.

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