‹ Un Tribut à la race acadienneChapitre 158 sur 158 · EN TERMINANT · texte numérisé non relu

EN TERMINANT

J’ai certainement trop causé dans ces Mémoires et je ne sais trop s’ils seront lus quelque part. Je les laisse à ma famille et à mes petits-enfants, qui apprécieront, je le sais, la fidélité du peuple acadien, on coeur généreux, ses nombreuses vertus héritées des héros de la terre d’Evangéline.

Mon but principal, je pourrais même dire ma principale ambition, en publiant ce récit de ma carrière est d’abord de rendre un tribut à la population acadienne, non seulement de Gloucester, mais le tout le Nouveau-Brunswick, et de toutes les Provinces Maritimes.

Puis les «difficultés que j ’ai rencontrées au début de ma carrière, persévérance et la ténacité que je dus exercer d’une défaite à l’autre, d’un malheur à l’autre, conservant, malgré tout, l'espérance d’un avenir meilleur, sera un exemple pour bien des jeunes gens qui se découragent si un plein succès ne couronne pas leurs premiers efforts, non seulement dans l’arène politique, mais dans le commerce ^ans l’industrie, dans la culture du sol, dans l’enseignement, dans professions libérales. Si son premier effort n’est pas couronné de ccès le jeune homme laisse tout là, s’engage dans une autre entreise qui n’est pas conforme à son ambition, à son talent et à ses aptudes naturelles, et plus tard il quitte son pays pour aller cherr fortune à l’étranger, aux Etats-Unis, où il se fait le serviteur des istriels de la grande république américaine. On dira peut-être aj j’y suis allé moi-même. C’est vrai, mais seulement pour me rentre de mes souffrances, confiant à d’autres le développement de son programme, avec la détermination de revenir bientôt et recommencer avec un nouveau zèle mon travail du passé, avec la sympathie Je mes bons amis.

Maintenant, lorsque je regarde le passé et cherche à le comparer avec le présent, il me faut faire un effort pour confirmer ma foi dans la vision de faits, d’avancement, de progrès presqu 'incroyables dans une nation ou plutôt dans une race distincte, une petite minorité dans une grande nation, dans l’espace de soixante ans, tels que l’histoire a rarement fourni à l’admiration.

Depuis le commencement de l’année jubilaire du Dominion du Canada, on a bien proclamé et avec raison le progrès merveilleux de la population du Canada, progrès merveilleux de toute part dans toutes les branches de l’activité humaine, à la gloire de la nation canadienne, mais c’est certainement la minorité acadienne qui a fait le plus grand progrès.

L’éducation surtout a fait un grand progrès. C’est bien l’éducation qui a ouvert les portes à tous les talents dont l’ambition, se trouvant bien nourrie, devenait de plus en plus avide et moins timide.

Le collège de Memracook a certainement travaillé à merveille dans sa haute sphère. Son travail et son succès sont bien connus et fort appréciés, non seulement dans les Provinces Maritimes et au Canada, mais à l’étranger.

Je dois dire aussi que depuis bientôt trente années, les collèges des Eudistes ont fait leur part dans le nord du Nouveau-Brunswick et dans la Nouvelle-Ecosse, et ont déjà donné à l'Acadie un grand nombre de jeunes hommes de marque dans diverses classes de la société. Le collège de Caraquet a donné, en peu de temps ,une légion de jeunes prêtres qui rendent des services éminents à la religion et à la société.

Je dois ajouter que j’ai toujours regretté, et regrette encore aujourd’hui, le transfert de ce collège à Bathurst, après le malheureux incendie de Caraquet. Mon chagrin est partagé par un grand nombre dans Gloucester, et il me semble que ceci adoucit le chagrin de l’âme de Mgr Allard dans le ciel, car ce changement ne rendait pas justice à son dévouement et à sa générosité. Mgr Allard y avait sacrifié tout ce qu’il avait pu amasser dans sa vie, 'de biens, d’argent et d’influence sur son peuple. Sans ses immenses sacrifices, incalculables et inappréciables, nous n’aurions jamais eu de collège français dans Gloucester. C’est la population de l’est de notre comté qui a le plus souffert de l’enlèvement de cette maison d’éducation, pour laquelle Mgr Allard avait fait tant de sacrifices. Cependant, l’erreur étant irréparable, je souhaite aux Révérends Pères Eudistes tout le succès possible, à Bathurst. Ils ont fait beaucoup de progrès 'déjà, et, je l’espère, ce progrès s’accroîtra constamment.

On sait combien l’éducation avait été retardée parmi nos Acadiens, cela étant dû au manque d’instituteurs de langue française.

Le collège St- Joseph de Memracook avait commencé, il est vrai, à rendre de grands services qui ne devaient être appréciés suivant leurs mérites que plus tard. Mais si les années s’écoulent vite, le peuple acadien du jour fut prompt à profiter du bienfait que la Providence lui offrait. C’est ainsi que l’on a vu surgir pour ainsi dire une légion de talents de toutes sortes qui devaient s’imposer à l’admiration et à l’attention de tous.

C’est ainsi que nous avons vu les avocats acadiens, les littérateurs acadiens, les prêtres acadiens, les prédicateurs, les orateurs, les commerçants, industriels et financiers acadiens, grandir en honneur et en nombre d’un année à l’autre. Et il y a déjà longtemps que la population acadienne a prouvé qu’elle était douée par la Providence de toutes les ressources intellectuelles nécessaires, non-seulement à son existence, mais à sa gloire en même temps. Elle n’attendait que l’occasion de se développer. Elle devait garder sa part de talents pour son propre avantage, mais elle a pu aussi fournir à la province de Québec comme aux provinces de l’Ouest et même à la République américaine, des professionnels distingués, des agents distingués dans l’administration des chemins de fer et plusieurs industries. Je peux dire avec plaisir et en toute vérité que la race acadienne aujourd’hui tient sa place, suivant son nombre, à côté de sa race-soeur de la grande Province de Québec.

Il y a aussi dans cette grande province acadienne un bon nombre de familles distinguées connues comme canadiennes mais qui sont d’origine acadienne.

Je nommerai la famille Thibaudeau dont un des membres les plus brillants, le sénateur Alfred A. Thibaudeau, nous a été enlevé tout dernièrement au grand chagrin de tous. Le Sénateur est mort en 1925.

Son grand-père avait quitté le Nouveau-Brunswick pour aller à Québec fonder ce grand établissement commercial qui a fait de tout temps honneur à la province. Son père, l’hon. Isidore Thibaudeau, qui dirigeait cet établissement, fut aussi membre de la Législature de Québec de 1783-1878. Le sénateur a aussi pris part à de hautes fonctions dans la province, il a été l’un des gouverneurs de l’Université Laval. Il était fier de son origine et se plaisait à m’appeler “son cousin”.

Notre généalogiste acadien, M. Placide Gaudet, a découvert aussi que la mère de Sir Wilfrid Laurier était d’origine acadienne. De même aussi la mère de l’hon. Rodolphe Lemieux.

Personne, certes, ne pourra dire que le mélange de leur origine a atténué le lustre de leur intelligence et la largesse de leur coeur.

Dans la politique, les Acadiens commandent le respect de la population anglaise dans les trois Provinces Maritimes. Ils ont fourni aux Législatures provinciales comme au parlement fédéral, des hommes qui ont rendu de grands services à leurs frères, à leur provinces respectives en général.

Aujourd’hui, 'depuis le 1er octobre 1926, la race acadienne compte un ministre fédéral à Ottawa dans la personne de l’hon. Pierre J. Yeniot, ministre des Postes du Canada, mon successeur à la Chambre des Communes pour mon comté de Gloucester. J’ai déjà exprimé mes espérances pour l’hon. M. Veniot. Dès son entrée dans le ministère fédéral, dans la plus grande sphère politique du pays dans laquelle j’avais d’avance garanti son succès plus qu’ordinaire. Je suivis avec attention chacun de ses mouvements et cherchai à connaître quelle appréciation il recevait de la part des députés fédéraux aussi bien que de ses collègues plus âgés et d’une plus grande expérience que lui dans l’administration de ces grands ministères fédéraux. Pendant que j’étais à Ottawa, je recevais de toute part des aveux de gratitude pour mon ami Yeniot.

On me donnait en quelques paroles une expression bien précise des qualités de coeur et d’esprit que l’on avait découvert chez lui avec grande satisfaction. Et, je tiens à le dire moins pour ma propre justification personnelle, au sujet des promesses que j’avais faites à son égard, qu’à l’honneur du peuple acadien, le pays apprendra par cet exemple frappant que l’on peut trouver chez les Acadiens tous les talents requis pour toute fonction publique qu’ils sauront remplir avec justice pour le peuple et avec honneur pour le gouvernement qui leur donnera sa confiance.

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