‹ Un Tribut à la race acadienneChapitre 157 sur 158 · LA VISITE DE SIR HENRY THORNTON AU MEXIQUE · texte numérisé non relu

LA VISITE DE SIR HENRY THORNTON AU MEXIQUE

Au cours du mois d’octobre, Sir Henry Thornton fut invité de la part 'du gouvernement du Mexique à aller faire une étude de la situation de leurs chemins de fer, qui semblait être déplorable au point de vue du gouvernement, et donner des suggestions et des conseils.

On sait que beaucoup de capitaux canadiens sont placés dans les chemins de fer de ce pays ($50,000,000 au moins). Il paraît toutefois que Sir Henry Thornton avait consulté le gouvernement, qui lui avait donné permission d’entreprendre la tâche 'dans l’espérance de pouvoir modérer l’esprit du gouvernement Callès dans sa terrible et honteuse persécution des catholiques de son pays, condamnée par

tout chrétien. . . , , , .

Il me parut tout de suite que cette visite de 1 officier qui partage la plus haute responsabilité aussi bien que la plus grosse rémunération dans le service du Canada, pouvait 'dans de telles circonstances susciter des ennuis au gouvernement. J’étais à Vancouver lorsque Sir Henry Thornton était au Mexique. Je lisais les journaux avec beaucoup d’attention et d’inquiétude, mais aucune critique ne se faisait entendre et je commençais à espérer que cette affaire allait passer inaperçue. Mais, en arrivant chez moi, je vis que Le Droit , journal quotidien libéral-indépendant, venait d’attaquer le gouvernement pour avoir ouvert des relations avec un gouvernement qui persécutait les catholiques. .Dès lors, je prévus une lutte très forte et pleine de dangereuses conséquences.

Depuis le commencement de la persécution des catholiques, plus cruelle et plus honteuse que n’importe quelle persécution religieuse des temps païens, le fameux journal “Orange Sentinel’’ n’avait cessé d’exprimer chaque semaine son plaisir de voir les catholiques persécutés, leurs églises enlevées, les prêtres fusillés, tués pour oser célébrer le service divin en public. Notre clergé, nos évêques canadiens allaient-ils supporter cette persécution de notre religion et ces insultes grossières de l’“ Orange Sentinel’ sans aucun ressentiment?

Enfin, Mgr Fallon, évêque de London, Ontario, adressa une lettre au Premier Ministre, le très honorable Mackenzie King, désapprouvant le gouvernement d’avoir permis à Sir Henry Thornton, un employé du gouvernement, d’aller donner du secours et ouvrir des relations commerciales avec le gouvernement Callès, à Mexico, gouvernement persécutant les catholiques.

La réponse du Premier Ministre fut toute diplomatique, mais laissait entrevoir tout de même son embarras et son désir de remédier à la situation de toute manière possible.

Tout en serait resté là pour le moment, si le consul général du Mexique au Canada, M. Barron, n’était pas venu rendre la situation pénible en adressant aux journaux canadiens de Toronto une lettre insultante pour la religion catholique tout entière et traitant les catholiques du Canada comme une entité insignifiante, sans aucun droit, sans aucun mérite dans le Canada. C’était la justification de la persécution la plus active des catholiques du Mexique.

En lisant cette lettre, un soir de décembre, je me sentis blessé au coeur, et durant la nuit je décidai d’adresser une lettre confidentielle au Premier Ministre, lui enjoignant de voir à ce que le consul mexicain fût immédiatement rappelé par le président Callès, ou quittât le pays lui-même volontairement.

Mais le lendemain matin, je vis dans le “Citizen” d’Ottawa, un bref rapport d’une entrevue de l’hon. C. Marcil, député de Bonaventure, condamnant sévèrement et avec justice la lettre du consul mexicain, et déclarant qu’il allait présenter une motion à la Chambre demandant d’interdire toute coopération et toute relation avec le gouvernement mexicain. C’était bien suffisant, il était inutile pour moi d’écrire au Premier Ministre. J’avais la certitude qu’il allait prendre toutes les mesures nécessaires pour obtenir la retraite de ce consul. On a cité dans le temps plusieurs lettres adressées au Premier Ministre, demandant le rappel de cet homme. L’hon M. Marcil reçut les félicitations les plus chaleureuses des voyageurs de commerce catholiques, de plusieurs sociétés catholiques, de membres du clergé des différentes parties du Canada et aussi des Etats-Unis. Plus tard, Mgr Ross, évêque de Gaspé, son comté, lui adressa une lettre de fé licitations avec un exposé fidèle de la conduite du gouvernement du Mexique.

Plus tard Sa Grandeur Mgr Langlois, évêque de Valleyfield, ville de l’hon. J. A. Robb, Ministre des Finances, lui adressa aussi une lettre dans le même sens.

Je voyais bien que le débat de cette motion deviendrait des plus acrimonieux. Le Dr Edwards, M.P., grand chef des orangistes, l’attendait pour la «discuter à sa satisfaction sur le parquet de la Chambre, pas ailleurs.

Mais je crois que mon espérance est accomplie; aujourd’hui, le 20 janv ier, au moment de mettre fin à ce récit de mes souvenirs, nous apprenons que le général Barron était à Ottawa ces jours derniers t il aurait déclaré que plutôt que d’être une cause d’ennuis à l’adinistration il était prêt à se retirer.

C’est la nouvelle que j’attendais avec impatience et la retraite du consul mexicain permettra certainement à l’hon. M. Marcil de retirer sa motion, puisque son avis seul a suffi à mettre fin aux relaions du Canada avec le Mexique.

Au Premier Ministre mes meilleures félicitations pour sa bonne olonté à remédier à une telle situation et pour son succès.

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