LE CHEMIN DE EER DE CARAQUET ET GULF SHORE
J’ai dit et répété que les questions d’intérêt local étaient généralement mises de côté durant cette période de guerre.
Toutefois, une session ne pouvait se passer sans que certains intérêts du comté de Gloucester ne devaient commander l’attention du Parlement.
Comme je l’ai dit, l’hon. M. Carvell avait quitté le parti libéral avant l’élection de 1917 et avait à l’instant obtenu un portefeuille — celui des Travaux Publics — dans le gouvernement d’Union. Ce département avait été présidé par l’hon. M. Monk de 1911 à 1914 et par l’hon. Robert Rogers de 1914 jusqu’à la formation du gouvernement d’union, dont il refusa de faire partie, et il se retira pour le moment de la politique active.
L’hon. M. Carvell étant du Nouveau-Brunswick, devait nécessairement régler la question des embranchements de chemins de fer de la province.
En 1911, avant le jour du vote, Sir Robert Borden avait promis à la province, par l’entremise de M. Fowler, devenu plus tard Sénateur, que suivant le programme du parti libéral, s’il arrivait au pouvoir, il acquérerait ces embranchements, et que la province ne souffrirait pas du changement à cet égard.
M. Carvell connaissait bien mes désirs au sujet de ce chemin de fer de Caraquet et Gulf Shore. De tous les embranchements
dans la province, c’était certainement le plus important sous tous les rapports. Il était en mauvais état, comme tous les autres, mais il avait l’avantage assuré de contrôler un grand trafic une fois mis en bon état.
Aussitôt au pouvoir, M. (Jarvell s’était mis à l’ouvrage sur ce projet, et des ingénieurs avaient été envoyés sur chacune de ces lignes, faire des estimations de leur valeur actuelle et du développement préalable d’affaires et de trafic pour chacune d’elles en particulier.
Les propriétaires de ces différentes lignes étaient venus à une entente sur un prix bien bas, mais un prix maximum toutefois pour chacune d’elles, excepté la compagnie-propriétaire du chemin de fer de Caraquet. Elle refusa carrément d’accepter l’offre de $200,- 000 qui était même, je dois le dire, une offre un peu plus élevée par mille que toutes les autres.
Le Ministre était également ferme et refusa de mettre dans ses crédits le montant offert puisque la compagnie le refusait.
Il ne me restait plus qu’à demander un arbitrage par un bureau d’experts dans la construction et la valeur des chemins de fer. Mais le Ministre refusa en déclarant qu’il ne pouvait faire exception pour une compagnie au détriment des autres.
J’avais un débat sur cette question, le 17 mai 1918, sur le vote des subsides. Je pris le temps de démontrer la nécessité pour le gouvernement de prendre possession de cette ligne et de la mettre en état de recevoir le trafic qui s’offrait à l’instant et qui devait augmenter de toute nécessité.
L’industrie de la pulpe introduite dans le comté depuis quelques années fournirait à elle seule un trafic presque suffisant pour le maintien de cette ligne. Le commerce de bois augmentait d une année à l’autre, et les conditions avaient tellement changé depuis l’ouverture de la guerre que les pays d’Europe, n’important plus de bois de l’Amérique, nos chemins de fer étaient les seules voies de transport pour tous ces produits sur le marché américain. Avant la guerre, le bois dans le bas du comté, de Burnsvilk à Tîracadie, pouvait être et était exporté de Caraquet dans des bâtiments aux pays de l’Europe.
Le Ministre des Chemins de fer, l’hon. Dr Keid, ainsi que l’hon. M. Carvell, se montrèrent tous deux bien sympathiques à ma demande mais mettaient toute la responsabilité sur le refus de la compagnie d’accepter l’offre du gouvernement. La session dut se terminer sans succès pour moi. Toutefois, j’avais confiance dans un avenir prochain car je savais bien que c’était un dernier effort de la part de la compagnie et dan^ son impossibilité »de rebâtir pour ainsi dire ce chemin, elle serait obligée d’accepter plus tard l’offre du gouvernement.
UN TKIBUT A LA BACE ACADIENNE
Dans l’intervalle, l'hon. P. J. Yeniot, devenu Ministre des Travaux Publics de la Province, faisait de son côté tous les efforts possibles pour m’aider dans cette entreprise. Comme cette ligne de chemin de fer avait été bâtie sous une charte provinciale, elle était soumise aux règlements de l’opération des chemins de fer de la province. Alors M. Veniot fit passer à la Législature des amendements à l’Acte des chemins de fer bien plus sévères et qui obligeaient la compagnie à améliorer son chemin et son service pour le public, ou à s’exposer à des amendes considérables et à la confiscation du chemin même, suivant le jugement de l’administration provinciale.
Inutile de dire que tout n’était pas rose pour la compagnie entre ces deux feux. Elle améliora un peu son service, mais des améliorations suffisantes auraient exigé' des capitaux considérables qu’elle ne pouvait commander, ou qu’elle n’osait pas dépenser, dans l’incertitude d’une augmentation rapide du commerce,
La session se passa sans que la compagnie eut cédé à la demande du Ministre des Chemins de fer. Entre les sessions de 1919 et 1920, je réussis à obtenir la promesse du Ministre des Chemins de fer de replacer le montant de $200,000 dans les crédits, si la compagnie promettait d’accepter son offre.
Sur mes explications à la compagnie que cette offre était finale, la compagnie s’engagea à l’accepter et quelques jours plus tard, les crédits supplémentaires contenaient ces $200,000 pour l’achat du chemin de fer Caraquet et Gulf Shore. C’était une grande victoire pour moi et je dois rendre hommage au Dr Reid dont la sympathie pour moi avait beaucoup contribué à sa décision finale.
L’acquisition de ce chemin de fer par le gouvernement fut une grande réjouissance dans tout le comté et surtout dans les paroisses traversées par cette ligne.
Comme témoignage de leur appréciation et de leur reconnaissance envers le gouvernement et les députés, qui avaient donné leur énergie à cette fin, la Chambre de Commerce de Caraquet donna, après la session, un banquet en l’honneur de tous ceux qui avaient contribué à cette oeuvre toute patriotique, à un des principaux hôtels de Caraquet. Je reçus mon invitation, et je me rendis à Caraquet en compagnie de M. Angus McLean, le gérant de la “Bathurst Lumber Company”, celle qui devenait la meilleure cliente de cette ligne.
Tous les représentants à la Législature y étaient présents : l’hon. P. J. Yeniot, alors Ministre des Travaux Publics, qui avait donné toute son énergie à cette cause, comme je l’ai décrit tout à l’heure, l’hon. J. P. Byrne, Procureur-Général, M. S. R. Léger M P P . , et M. J. G. Robichaud, M P P
M. Séraphin Léger était un des principaux organisateurs de cette grande et joyeuse fête. Tous les principaux hommes d’affaires du comté y étaient, y compris M. T. M. Burns, ancien membre de la Législature, et frère du Sénateur Kennedy Burns, qui avait été le constructeur de cette ligne. La plupart des curés du comté
y étaient présents et les discours furent remplis d’expressions de reconnaissance et d’espérance pour une plus grande prospérité dans le comté.
Cette acquisition a été une de mes oeuvres de grande importance pour le comté. Ce chemin de fer a été mis sur un bon pied dans peu de temps. Le chemin a été pour ainsi dire renouvelé, la ligne élevée, bien renforcée, 'de gros rails sur toute la ligne, les gares réparées et le trafic augmenté d’une année à l’autre. Le service de passagers est bien régulier et nous n’entendons plus de plaintes. La population desservie est heureuse.