‹ Un Tribut à la race acadienneChapitre 61 sur 158 · LA CONVENTION LIBERALE DE · texte numérisé non relu

LA CONVENTION LIBERALE DE

L’année 1919 fut une année de travail et de réflexion. Les événements se succédaient rapidement. La démobilisation et les besoins des soldats de retour auraient seuls suffi à tenir un député occupé à chaque jour de l’année.

Pendant que nous étions en Chambre, notre correspondance était énorme, et il fallait se tenir au courant de l’ouvrage de toute sorte. Pour nous libéraux, la situation était extraordinaire et sans pareille, à bien dire. Notre illustre chef nous avait été enlevé par la Providence. Nous avions un bon chef sans doute, dans la personne de l’hon. D. D. Mackenzie, mais sa nomination n’était que temporaire. L’élection permanente d’un chef ne pouvait se faire que par une convention du parti libéral de tout le Canada,

Nous avions bien des hommes de grand talent, de capacité distinguée, de grande expérience, et le choix devait se faire avec soin,

avec dignité, avec impartialité en vue du succès du parti et 'du plus grand bien pour le pays.

La Chambre, après une longue session, était à peine prorogée, le 7 juillet 1919, que la date de la convention libérale était déjà fixée pour les 5, 6 et 7 août.

Nous n’avions à bien dire qu’à nous rendre dans nos comtés et préparer les conventions locales, choisir les délégués suivant le programme définitif.

Avant même de quitter Ottawa j ’avais dû faire annoncer une convention à Caraquet dans le but de choisir ces délégués, suivant la méthode établie depuis plusieurs années.

Dans chaque paroisse de Gloucester les libéraux firent leur devoir avec intelligence et avec patriotisme.

Les meilleurs hommes furent choisis dans tous les districts, et le jour indiqué on rencontra à Caraquet non seulement ces délégués mais une réunion de libéraux de toute part, venus pour donner leur expression d’approbation à ce mouvement et se déclarer prêts à travailler pour la bonne cause aussitôt que l’occasion leur en serait fournie.

Je tiens à rappeler que deux ans et demi auparavant j’avais été élu par acclamation. Mais le succès ne m’empêchait jamais de travailler de toute mon énergie. Car, en politique, on ne sait jamais ce qui peut arriver et je n’ai jamais compté sur le succès du passé pour escompter l’avenir, et cela pas plus pour le succès général du parti que pour mon succès personnel 'dans le généreux comté de Gloucester.

Il me fallait donc pour représenter le comté de Gloucester des hommes de réputation, bien connus, non seulement dans le comté, mais dans toute la province et dans le pays autant que possible.

Je fus à l’instant nommé président de l’assemblée, et j’expliquai aussi lucidement et brièvement que possible l’objet de la convention qui était d 'abord de choisir un chef permanent comme successeur de Sir Wilfrid Laurier et ensuite former un programme politique et économique pour le parti Libéral, programme sur lequel le parti en appellerait au peuple à la prochaine élection générale.

Les délégués choisis furent l’hon. P. J. Yeniot alors Ministre des Travaux Publics dans le gouvernement Foster, MM. S. R. Léger, J. G. Robichaud, représentants de Gloucester à la Législature, P. P. Morais et moi-même. Ces messieurs avaient chacun un substitut en cas d’absence incontrôlable.

Cette grande convention libérale nationale fut tenue à Ottawa les 5, 6 et 7 août 1919. C’était la première de cette sorte depuis l’historique convention de 1893, prélude de la victoire des libéraux en 1896, comme celle-ci devait être le prélude de la victoire de décembre 1921 qui ramenait le parti libéral au pouvoir, sous la conduite du nouveau et jeune chef l’hon. W. L. Mackenzie King.

La convention était bien nombreuse et représentative; elle comptait en tout 1806 délégués, et même des journaux conservateurs

ont admis que c’était une magnifique convention bien organisée et pleine d harmonie. Cette assemblée était déterminée de faire le meilleur choix possible pour le parti et pour le pays. L’hon. W. L. Mackenzie King, fut élu loyalement et les autres candidats, l’hon. M. Fielding, M. D. D. Mackenzie et l’hon. George P. Graham acceptèrent son élection de bon coeur, et en d’excellents discours proposèrent gracieusement qu’elle fut déclarée unanime. Une foule de résolutions furent adoptées avec l’idée d’indiquer les visées du parti libéral et de stimuler la libre discussion.

Je ne mentionnerai ici que les principales résolutions adoptées:

Résolution d’hommages au roi et de reconnaissance à l’armée canadienne :

“Cette Convention désire affirmer son dévouement à la personne de Sa Gracieuse Majesté le Roi George Y, ainsi que son appréciation des efforts inlassables qu’il a faits durant la guerre pour faire régner l’harmonie dans tous ses Dominions et de son attachement inaltérable à l’Empir.e britannique et à notre Canada de prédilection.

Cette Convention 'désire, en plus, manifester sa reconnaissance à la valeur de notre armée canadienne pour le rôle magnifique qu’elle a joué dans l’obtention de cette éclatante victoire qui a répandu sur le monde les bienfaits de la paix. Dans le conflit désespéré que se livrèrent les forces de l’autocratie et de la démocratie, nos braves soldats se sont couverts de gloire, par leur courage et leur amour du devoir et se sont acquis la reconnaissance éternelle de tous les Canadiens, et grâce à eux le nom 'du Canada sera une inspiration pour les générations de l’avenir.

Résolution sur “La mort de Sir Wilfrid Laurier”.

“C’est avec une tristesse profonde et un bien vif chagrin que les membres de cette Convention nationale du parti libéral du Canada déplorent la perte irréparable qu’a subie le pays par la mort du très honorable Sir Wilfrid Laurier.

“Pendant au delà de quarante-cinq ans il a, sans interruption, fait partie du Parlement Canadien. Il a été le chef 'du parti libéral de ce pays pendant près de trente-deux ans. Depuis de longues années, on le considérait comme l’homme d’Etat le plus éminent du Canada et comme un personnage dominant parmi les conseillers de Sa Majesté par tout l’Empire britannique. Sa vie entière a été consacrée au service de sa patrie et de son roi et les historiens lui décerneront à bon droit, un rang supérieur parmi les sommités 'de renommée mondiale.

“La grande ambition et le but de sa vie furent d’assurer l’entente et d’établir l’harmonie entre chacune des deux principales races de notre population, pour faire de tous de véritables Canadiens, quelle que soit leur origine, anglaise ou française. Son désir le plus ardent et son espérance la plus chère étaient de penser qu’un jour, nous ses partisans et ses amis, serions en état de poursuivre l’oeuvre de sa vie, 'de la mener même à un degré de perfection tel qu’un

jour viendrait où les dissensions de races seraient chose inconnue au pays.

“D’une grande noblesse de coeur, d’une réputation sans tache, toujours fidèle à ses hautes conceptions, il s’est toujours révélé un chef, comme un administrateur, sage et éclairé. Grand dans le succès, il l’a peut-être été davantage dans l’adversité. Issu lui-même du sein du peuple, il se faisait à tout instant de sa vie une gloire et un orgueil 'd’être le défenseur et le protecteur des masses.

“Dans le coeur reconnaissant des gens, il s’est érigé un monument qui subsistera tant que le Canada durera car d’un pays qu’il a pris colonie, il en a fait une nation. A ses amis éplorés, à tous ses compatriotes même, sa vie provoque non seulement une haute admiration, mais une affection réelle qui rend notre chagrin si vif que les mots se dérobent à l’expression des regrets.

“Sir Wilfrid, à la vérité, fut le meilleur et le plus grand citoyen du pays, et en touteg circonstances s’est montré “un chevalier sans peur et sans reproche”.

Résolution sur “le Tarif”

“Que, pour le plus grand bien du Canada, il importe d’apporter des réductions sensibles au fardeau que sont les impôts de douane, ce, 'lans le but de réaliser deux fins de la plus haute importance ; premièrement : la diminution du coût très élevé de la vie qui oppresse <si lourdement les masses ; deuxièmement : la réduction du coût des instruments de production dans les industries qui ont pour base les ressources naturelles du pays, dont le développement intense est essentiel au progrès et à la prospérité nationale.”

Résolution : Concernant le contrôle par les provinces de leurs ressources naturelles’’.

RESOLU que l’on devrait accorder aux provinces du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta, le droit de propriété et le contrôle des ressources naturelles qui se trouvent dans les limites de leurs frontières et ce, à des conditions raisonnables et équitables par rapport à toutes les autres provinces du Dominion”.

Toutes ces résolutions furent proposées, après avoir été étudiées et acceptées par les divers comités. Les présidents conjoints de la Convention étaient Sir Lomer Gouin, premier ministre de la province de Québec depuis quinze ans, et l’hon. Geo. H. Murray, premier ministre de la Nouvelle-Ecosse depuis vingt-trois ans.

Après l’ouverture officielle, M. Alphonse Turgeon (mon fils) de la Saskatchewan fut le premier orateur appelé, à l 'improviste, qui donna quelques conseils aux membres de la Convention, les invitant à être positifs et précis dans leurs décisions, et de ne pas se contenter de formuler des généralités qui seraient sujettes à la critique, sans être appréciables à la foule des électeurs.

La résolution sur le mort de Sir Wilfrid Laurier fut proposé par Sir Allen Aylesworth et secondée par l’hon. Rodolphe Lemieux. C’était les deux orateurs les plus distingués et les plus éloquents qui pouvaient être choisis pour cette tâche suprême je pourrais dire. Ces

deux discours sont deux chefs-d 'oeuvre d’éloquence, le premier en anglais, le second en français.

La résolution sur le tarif fut présentée par l’hon. P. J. Yeniot, Ministre des Travaux Publics du Nouveau-Brunswick dans un discours anglais qui attira l’attention de toute la convention. Le programme de cette convention a reçu l’attention constante du parti et du gouvernement libéral, quoiqu’en dise ses critiques. On ne peut pas s’attendre à ce qu’un tel programme puisse être mis en force tout d un coup, à la première session, ou même au deuxième parlement du parti au pouvoir. Mais les mesures passées à la session de 1922, la première après l’avènement du parti libéral, et les nouvelles mesures maintenant à l’étude (session de 1926) contiennent certainement les parties essentielles de ce programme, et il y a toutlieu d’espérer maintenant de la part du gouvernement, que ia politique vraiment libérale sera développée et maintenue d’une année à l’autre.

Je discuterai ces questions plus tard lorsque je parlerai des événements de ces années là.

De retour à Batburst après la convention, il fallait déjà se préparer pour une autre session, une session spéciale convoquée pour la ratification et la signature du Traité de Versailles. Cette session s’ouvrait le 1er jour de septembre 1919.

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