SESSION SPECIALE DE
Ratification et signature du Traité de Versailles.
Cette session spéciale pour la signature du Traité 'de Versailles entre les Alliés d’un côté et l’Allemagne et l’Autriche de l’autre, s’ouvrit le 1er jour de septembre 1919. La session devait être courte, du moins c’était l’opinion générale, mais comme bien souvent l’opinion publique fut trompée.
D’abord, le débat sur le discours du Trône fut de plus longue durée qu’on devait s’y attendre dans les circonstances. La condition économique du pays fut considérée d’une manière toute particulière, aussi sérieusement qu’elle l’avait été à l’ouverture des sessions régulières dans le passé.
Les conservateurs se glorifiaient d’avoir réduit le tarif sur les instruments aratoires et réclamaient avoir mieux fait que les libé-
raux, et que l’effet de cette diminution avait épargné 17 millions de piastres par l’abolition des droits de 7% et 5 pour 100, ce qui donnait à l’Ouest des machines agricoles àà meilleur compte qu’ou aurait eu avec la réciprocité.
Je ne fus pas lent à déclarer pour l’édification du peuple que cette réduction 'de 17 millions avait été effectuée en supprimant des droits imposés par le gouvernement conservateur en surplus du tarif qui existait, quand les libéraux se trouvaient au pouvoir.
Comme avant la guerre, je tenais à démontrer les avantages de la liberté de commerce, et je tenais d’autant plus à attirer l’attention du pays sur le fait même que ce traité de paix proclamait la liberté de commerce entre les nations 'de l’univers, ce qui devrait nous convaincre que plus le Canada jouira d’une grande liberté de faire le commerce avec les autres pays 'du monde, le plus tôt il prendra sa place dans le concert des nations.
Je citai l’article 264 du Traité qui est ainsi conçu:
“L’Allemagne s’engage à ne pas soumettre les marchandises, produits naturels et fabriqués de l’un quelconque des Etats alliés ou associés, importés sur le territoire allemand, quelque soit l’endroit d’où ils arrivent à des droits ou charges, y compris les impôts intérieurs, autres ou plus élevés que ceux auxquels sont soumis les mêmes marchandises, produits naturels ou fabriqués d’un autre quelconque des dits Etats ou d’un autre pays étranger quelconque.
“L’Allemagne ne maintiendra ou n’imposera aucune prohibition ou restriction à l’importation sur le territoire Allemand de toutes marchandises, produits naturels de l’un quelconque des Etats alliés ou associés de quelque endroit qu’ils arrivent, qui ne s’étendra pas également à l’importation des mêmes marchandises, produits naturels ou fabriqués d’un autre quelconque des>dits Etats ou d’un autre pays étranger quelconque’’.
Je me hâtai de dire que le principe de la liberté commerciale ayant été proclamé par les représentants des nations alliées au nombre desquelles se trouvait le premier ministre du Canada, j’osais espérer qu’il tentera de mettre le régime en vigueur.
Mais c’était surtout sur le traité d’une manière générale que le débat devait avoir lieu, et je réservai mes autres remarques à plus tard.
Cependant, il y avait encore une autre question que je devais, en ma qualité de représentant de Gloucester, mettre à la connaissance du Gouvernement, et surtout du Ministre de la Milice, M. Mewburn.
C’était à propos des recherches que l’on faisait, dans^ le temps des insoumis ou déserteurs, les officiers portant les armes à la main,
et cela lorsque la guerre était terminée depuis plus de neuf à dix mois.
Voici ce que je disais à ce sujet dans mon discours sur l’Adresse, en revanche pour l’honneur des Acadiens qui avaient si généreusement fait leur devoir jusqu’au dernier jour.
“Je désire rappeler de nouveau l’étrange situation dans laquelle se trouve le Nouveau-Brunswick par le fait de n’avoir pas de représentant dans le Cabinet. Si le Nouveau-Brunswick avait eu dans le Cabinet un représentant depuis une couple de semaines, j ’aurais certainement conféré avec lui, il y a quelques jours, au sujet d’un incident qui s’est produit dans ma province ces temps derniers. On a beaucoup parlé d’insoumis et de déserteurs. Je ne m’engagerai point dans une discussion sur ce sujet aujourd’hui, je désire signaler à l’attention du Premier Ministre une certaine chose qui est arrivée il y a quelques jours dans le comté de Kent, dans ma Province. Un officier à la recherche d’insoumis a perdu la vie, et le verdict du coroner a été qu’on ne savait pas si la mort était le résultat d’un accident ou d’un acte criminel. Les témoignages rendus à l’enquête porteraient à croire que la mort de cet officier était due à un accident, l’arme qu’il portait ayant éclaté et l’ayant tué presque instantanément. Je ne donnerai pas ma version sur cette affaire, mais je désire faire observer que la situation est sérieuse. Voici que des hommes se mettent à la recherche d’êtres humains avec des armes à feu, dont ils se servent, je pourrais dire, indiscrètement. Lorsque la conscription prit effet, treize cents volontaires du comté de Gloucester étaient partis pour le champ de bataille, et si pendant quelques mois un plus grand nombre ne se sont pas enrôlés, c’est que dans un comté dont les principales industries sont l’agriculture et la pêche, il n’y en avait pas davantage qui pussent quitter, la présence de tous les autres étant indispensable chez eux. Sur les treize cents volontaires et plus qui sont partis pour la guerre il y avait onze cent cinquante Acadiens Le nom des Acadiens des Provinces Maritimes demeure sans tache Pendant le cours de la récente guerre, j’ai cru devoir de temps à autre, engager mes commettants à aller au front, ceux-là qui pouvaient quitter leur père et leur mère. Us ont noblement répondu à mon appel, cependant, des officiers parcourent aujourd’hui le comté sans autre motif que d’y faire l’arrestation de quelques jeunes gens qui par ignorance de la loi probablement et des obligations qu’elle leur impose ne s’étaient pas présentés.
“Comme on l’a dit aujourd’hui et dans d’autres occasions la loi du service militaire ne pouvait guère être connue de ces jeunes gens qui habitent les régions isolées. Beaucoup en conséquence sont restés chez eux et ont travaillé aux champs pour leur père et leur mère. Ce sont eux que l’on recherche huit ou dix mois après le corn mencement des négociations relatives à la paix, quand chacun esuère jouir des principes de démocratie et de justice au triomphe desquels
nous avons aspiré comme conséquence d’une heureuse issue de la guerre. Des maisons ont été ouvertes et envahies au milieu de la nuit, et .l’intrusion de ces agents dans les maisons de particuliers a eu des suites fâcheuses.
“J’adjure le Premier Ministre en l’absence du Ministre de la Milice (M. Mewburn), d’instituer une enquête approfondie sur toute cette affaire, et d’arrêter en attendant la chasse aux insoumis dans le comté de Kent. J’espère que ces remarques, que je fais sous l’inspiration du moment produiront leur effet et que le Premier Ministre se renseignera au sujet de la cause que j’ai exposée”.
Cet exposé de la situation eût certainement un bon effet, dans le comté de Gloucester et dans le comté de Kent de même.