‹ Un Tribut à la race acadienneChapitre 81 sur 158 · LA TOURNEE ELECTORALE DE L’HON. M. KING · texte numérisé non relu

LA TOURNEE ELECTORALE DE L’HON. M. KING

La campagne électorale dans le Nouveau-Brunswick par le chef de l’Opposition, l’hon. M. King, devait être laborieuse et énergique pour remporter le succès nécessaire.

Lors de la dissolution, au mois d’octobre 1921, le Nouveau- Brunswick, avec une représentation de onze membres à la Chambre des Communes, ne comptait que quatre députés libéraux: l’hon. A. B. Copp, du comté de Westmoreland, et trois représentants acadiens: M. Michaud, de Madawaska-Restigouche, M. Auguste Léger de Kent, et moi-même pour le comté 'de Gloucester. Nous avions perdu Carleton- Victoria par la retraite de M. Carvell, libérab qui s’était rallié au gouvernement d’Union, et un député de Saint-Jean, l’hon. W Pugsley, qui avait accepté le poste de Lieutenant-Gouverneur de la Province.

Il nous fallait donc, dans les circonstances, faire un travail ardu pour espérer faire beaucoup de progrès. Toutefois, j’avais prédit à la convention libérale provinciale tenue à Frédéricton, que nous rachèterions le comté de Northumberland, tout en conservant les

quatre sièges que nous avions déjà dans le Nord du Nouveau-Brunswick. Je demandai aux représentants anglais de travailler dans leurs comtés du sud de la province.

Mes prédictions se réalisèrent à la lettre. Le jour du vote, nous avions les quatre comtés déjà nommés et de plus le comté de Northumberland qui avait, cette fois, élu l’hon. John Morissy, mais aucun autre dans le sud de la province.

Mais les provinces de la Nouvelle-Ecosse et de' l’Ile du Prince- Edouard avaient certainement dépassé les espérances. La Nouvelle- Ecosse avait donné ses seize députés au parti libéral et l’Ile du Prince-Edouard ses quatre représentants.

Il faut se rappeler que, à cette élection, il y eut six provinces sur les neuf provinces du Dominion où M. Meighen n’avait pas un seul représentant. Les Provinces de l’Ontario, du Nouveau-Brunswick et de la Colombie-Britannique furent les seules à l’appuyer.

Au Nouveau-Brunswick, l’élection des quatre députés libéraux était entièrement due au vote français, qui fut dans ces comtés de 60 à 90 pour 100. Et c’est dans les comtés où le vote français était en minorité, tel que le comté de Northumberland et celui de Westmoreland, que le percentage du vote acadien fut le plus considérable. C’est ainsi que l’hon. John Morrissy dut sa majorité au vote français, et de même pour l’hon. A. B. Copp, dans le comté de Westmoreland, que le pourcentage du vote acadien fut le plus considéraété aussi élevé en faveur du parti libéral.

Il n’y a aucun doute que l’éloquence et la logique de l’hon. M. King l’emportèrent de beaucoup sur celle du Premier-Ministre M. Meighen dans tous les endroits où ils adressèrent la parole à l’électorat. Il est vrai que les organisateurs de chaque parti donnaient la préférence à leur chef respectif» mais il était facile de s’assurer par des personnes désintéressées qui avaient assisté à certains endroits aux assemblées 'de l’un et de l’autre, de l’effet de leurs discours.

L’hon. M. King, sur mon avis, n’était pas venu à Bathurst. Pendans une campagne électorale, un chef de parti ne peut arrêter à tous les endroits, et, dans les comtés du Nord, il y allait de l’intérêt du parti qu’il visitât des villes comme Chatham, New-Castle, Campbellton. On ne doutait pas des sympathies du comté de Gloucester.

Nous invitions tout de même les électeurs de ce comté, et surtout ceux de la ville de Bathurst et <des districts de Beresford, à aller entendre l’hon. M. King à Campbellton. De fait aussi, une couple de centaines de personnes du comté de Gloucester se rendirent à Campbellton pour l’assemblée» la plupart s’y rendirent en automobiles et revinrent dans la nuit.

Le discours de l’hon. M. King fut goûté de tous. L’assemblée était, immense et les applaudissements furent enthousiastes.

L’hon. M. Clifford Robinson et l’hon. M. Veniot, tous deux faisant partie du gouvernement Foster, adressèrent aussi la parole. Et c’est M. Arthur LeBlanc, avocat, maintenant juge de la Cour du Banc du Roi, qui présidait l’assemblée et présenta les orateurs.

Après l’assemblée, le chef de l’Opposition devait attendre l’arrivée du train Express Maritime pour continuer sa route vers Québec.

Un peu plus tard, l’assemblée étant finie, l’hon. M. King se rendit à l’hôtel Bouureau pour terminer des affaires avec les organisateurs du parti. M’apercevant, il m’invita à le suivre à son train, et d’y amener ma femme ainsi que notre suite, qui était Madame J. P. Byrne et sa soeur. L’hon. M. Byrne était alors Procureur-Général et n’avait pu se rendre à Campbellton, étant retenu à Frédéricton pour des affaires officielles.

Nous passâmes avec l’hon. M. King une heure agréable. Je me rappelle qu’au cours de la conversation; Mme Byrne ayant fait allusion à moi, M. King répondit vivement: “When I am in power, nothing will be too good for our friend, Mr. Turgeon : Senatorship, Lieut.-Governorship, etc.’’

De retour à Bathurst, ma femme et ses amies s’amusèrent de ces paroles de notre chef. J’avais confiance, moi aussi, dans la bonne volonté de M. King à mon égard, et ses paroles flatteuses m’avaient bien touché, mais j’étais loin de croire qu’elles se réaliseraient si tôt et j’y pensai peu.

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