J£AN
de Nesle, où elle jouait différents personnage, pour avoir
les bénéfices du plaisir sans en prendre la responsabilité.
Il ne borna pas là sa méchanceté, comme on va le voir ; mais rétoile qui présidait à la destinée de Jean et Jeannette, qu'on nous permette de leur donner encore ce nom, était si décidément heureuse, que tout ce qu'on imaginait pour leur nuire tournait à leur avantage.
Le jour où Caudale vint chercher Jeannette pour signer le contrat, un commissionnaire ouvrit la porte et jeta une lettre sur la table.
Cette lettre était à l'adresse de M. Jean» et contenait ces mots :
a Monsieur Jean,
a Prenez garde à vous ! vous êtes tombé dans un pi^; vous avez sans doute entendu raconter des histoires de jeunes gens aimés par de grandes dames déguisées qui voulaient voir si les plaisirs du peuple valaient ceux de la cour,, et si l'ivresse des cabarets étourdissait mieux que celle des petits soupers ; on vous a parlé de beaux garçons qui disparaissaient, soit dans les oubliettes d'une bastille, soit dans la cale d'un vaisseau partant pour les îles... Tremblez! l'ouvrière en dentelles est une marquise, Jeannette est madame de Champrosé. C'est vous dire assez le sort qui vous attend, lorsque le caprice de cette autre madame d'Egmont sera passé. Si vous avez du courage, tâchez de vous venger d'avoir été joué de la sorte, et de la perdre comme elle le mérite; si vous n'avez pas assez de cœur pour cela, et si vous avez mordu à ses amorces, ne vous en prenez qu'à vous de ce qui vous arrivera. Vous êtes averti!... »
Le vicomte de Candale, qui, ne pensant qu'à son bonheur, avait négligemment ouvert celte lettre écrite sur du papier à chandelles, fut on ne peut plus surpris de son contenu lorsqu'il y jeta les yeux.
— Que signifie cette étrange histoire? s'écria-t-il la voix altérée.
— Ah 1 Je vois ce que c'est, dit Jeannette en parcourant répitre le plus tranquillement du monde ; ma femme de chambre aura jasé.
— Votre femme de chambre 1 quoi! grands dieux! serait-il vrai ! éclaircissez ce mystère ou je meurs !
— Jeannette a fini son rôle.
— C'en était donc un ?
— Monsieur Jean, il vous siérait mal de gronder Jeannette.
— Cette lettre dit donc vrai ?
— Très-vrai.
— Madame la marquise de Champrosé 1
— Monsieur le vicomte de Caudale I
— Perfide !
— Trompeur !
— Ah! comme vous m'avez jouél
— Et vous sans Rosette vous seriez toujours M. Jean.
— Si cette lettre n'avait pas tout découvert, vous auriez encore gardé le silence?
— Ma signature au bas du contrat vous aurait tout à rheure révélé mon secret. Allons, mon cher Caudale, ne vous désolez pas.
Je ne suis qu'une marquise, c'est vrai, mais toutes les femmes n'ont pas le bonheur de venir au monde grisettes. Suis-je donc enlaidie depuis que je ne suis plus Jeannette?
310 JEAM
— Non, dit le vicomte en lui baisant la main avec feu.
— Et quand vous me rencontrerez sur Fescalier de Versailles, vous me reconnaîtrez et vous me saluerez
— C'était donc-vous?
— Assurément.
— Au fait, il ne peut y avoir deux Jeannettes au monde.
— Flatteur 1
— Quel singulier enchaînement de circonstances !
— C'est une sympathie secrète qui nous a guidés tous les deux ; mais n'allez pas croire que j'aie l'habitude de ces sortes d'escapades. D'sûHeurs, vous verrez bien que non, dit en riant madame de Champrosé.
Mon histoire est la vôtre : un caprice m'a fait prendre, un soir d'ennui, ce travestissement de Jeannette, sous lequel j'ai eu le bonheur de me faire aimer de vous.
Dans le monde, dominés par la mode et la frivoUté, nous n'aurions pu, à travers le tourbillon des plaisirs, démêler nos vrais caractères. Nous aurions passé l'un près de l'autre sans nous comprendre.
Le masque nous a rendus vrais. Moi qui ai la réputation d'une femme à la mode maniérée et piquante, je suis simple et vraie, la nature seule me touche.
Et vous, malgré votre réputation de petit-maître et d'homme de bonnes fortunes, vous êtes tendre et candide. N'en disons rien à personne, et soyons toujours l'un pour l'autre, Jean et Jeannette
Le mariage se fit dans la chapelle de l'hôtel Champrosé, et le soir, quand l'abbé vint pour rendre ses soins à la marquise, il s'étonna de voir dans le salon une figure nouvelle dont il n'augura rien de bon pour l'avenir da
sa flamme, car Tinconnu était jeune, beau et magnifiquement habillé.
Pour contrebalancer Teffet du nouveau venu, Tabbé récita à la marquise une pièce i& vers sur laquelle il compilait beaucoup et qui commençait ainsi :
Croyant voler snr une rose , Un papillon s'était posé, Tremblant, sur la bouche mi-close De madame de Champrosé.
— Halte-là, mon cher poète dit la marquise en riant, je suis bien désolée de déranger la symétrie de vos vers, mais je ne suis plus madame de Champrosé, je m'appelle maintenant la vicomtesse de Caudale, ce qui ne rime plus aussi bien , et voici mon mari que je vous présente.
Le commandeur le traitant et le chevalier apprirent bientôt cette nouvelle et s'y résignèrent. L'abbé seul ne put arranger son couplet avec le nom de Candale et resta inconsolable.
A quelque temps de là Rosette reçut une grande boite pleine de dentelles de Malines et un bracelet enrichi de diamants fort gros et d'une eau superbe.
Un petit billet était joint à ces deux cadeaux.
Il contenait ces mots : De la part de Jean et Jeannette.
ARRIA MARCELLA
Trois, jeunes gens, trois amis qui avaient fait ensemble le voyage d'Italie, visitaient Tannée dernière le musée des Sludij, àNapIes, où Ton a réuni les différents objets antiques exhumés des fouilles de Pompeï et d'Herculanum .
Ds s'étaient répandus à travers les salles et regardaient les mosaïques, les bronzes, les fresques détachés des murs de la ville morte, selon que leur caprice les éparpillait, et quand l'un d'eux avait fait une rencontre curieuse , il appelait ses compagnons avec des cris de joie, au grand scandale des Anglais taciturnes et des bourgeois posés occupés à feuilleter leur livret.
Mais le plus jeune des trois, arrêté devant une vitrine, paraissait ne pas entendre les exclamations de ses camarades, absorbé qu'il était dans une contemplation profonde. — Ce qu'il examinait avec tant d'attention, c'était un morceau de cendre noire coagulée portant une em-
316 ÂRRIÂ MARGELLA.
preinte creuse ; on eût dit un fragment de moule de statue, brisé après la fonte ; Toeil exercé d'un artiste y eût aisément reconnu la coupe d'un sein admirable et d'un flanc aussi pur de style que celui d'une statue grecque. L'on sait, et le moindre guide du voyageur vous l'indique, que cette lave, refroidie autour du corps d'une femme, en a gardé le contour charmant. Grâce au caprice de l'éruption qui a détruit quatre villes, cette noble forme, tomb^ en poussière depuis deux mille ans bientôt , est parvenue jusqu'à nous ; la rondeur d'une gorge a traversé les siècles lorsque tant d'empires disparus n'ont pas laissé de trace !— Ce cachet de beauté , posé par le hasard sur la scorie d'un volcan, ne s'est pas effacé.
Voyant qu'il s'obstinait dans sa contemplation, les deux amis d'Octavien revinrent vers lui, et Max, en le touchant à l'épaule, le fit tressaillir comme un homme surpris dans son secret. Evidemment Octavien n'avait entendu venir ni Max ni Fabio.
— Allons, Octavien, dit Max, ne t'arrête pas ainsi des heures entières à chaque armoire, ou nous allons manquer l'heure du chemin de fer, et nous ne verrons pâs Pompeï aujourd'hui.
— Que regarde donc le camarade? ajouta Fabio, qui s'était rapproché. Ah ! l'empreinte trouvée dans la maison d'Arius Diomèdes. Et il jeta sur Octavien un coup d'œii rapide et singulier.
Octavien rougit faiblement, prit le bras de Max, et la visite s'acheva sans autre incident. En sortant des Studij , les trois amis montèrent dans un corricolo et se firent mener à la station du chemin de fer. Le corricolo, a?ee ses grandes roues rouges, son strapontin constellé de clous de cuivre, son cheval maigre et plein de feu, harnaché
SOUVENIR DE POMPEÏ. 3i7
comme une mule d'Espagne» courant au galop sur les larges dalles de lave, est trop connu pour qu'il soit besoin d'en faire la description ici , et d'ailleurs nous n'écrivons pas des impressions de voyage sur Naples, mais le simple récit d'une aventure bizarre et peu croyable, quoique vraie.
Le chemin de fer par lequel on va à Pompeï longe presque toujours la mer, dont les longues volutes d'écume viennent se dérouler sur un sable noirâtre qui ressemble à du charbon tamisé. Ce rivage, en effet, est formé de coulées de lave et de cendres volcaniques, et produit , par son ton foncé, un contraste avec le bleu du ciel et le bleu de l'eau; parmi tout cet éclat, la terre seule semble retenir l'ombre.
Les villages que l'on traverse ou que l'on côtoie, Portici, rendu célèbre par l'opéra de M. Auber, Résina, Torre del Grèce, Torre del Annunziata, dont on aperçoit en passant les maisons à arcades et les toits en terrasses, ont, malgré l'intensité du soleil et le lait de chaux méridional , quelque chose de plutonien et de ferrugineux comme Manchester et Birmingham; la poussière y est noire, une suie impalpable s'y accroche à tout ; on sent que la grande forge du Vésuve halète et fume à deux pas de là.
Les trois amis descendirent à la station de Pompeï, en riant entre eux du mélange d'antique et de moderne que présentent naturellement à l'esprit ces mots : Station de Ponvpei. Une ville graeco-romaine et un débarcadère de railway !
Ils traversèrent le champ planté de cotonniers, sur lequel voltigeaient quelques bourres blanches, qui sépare le chemin de fer de l'emplacement de la ville déterrée , et prirent un guide à l'osteria bâtie en dehors des anciens
318 ARRIA MARGELLA.
remparts, ou, pour parler plus correctement , un guide les prit. — Calamité qu'il est difficile de conjurer en Italie.
Il faisait une de ces heureuses journées si communes à NapleSy où par l'éclat du soleil et la transparence de Fair les objets prennent des couleurs qui semblent fabuleuses dans le nord, et paraissent appartenir plutôt tu monde du rôve qu'à celui de la r^ité. — Quiconque a vu une fois cette lumière d'or et d'azur en emporte au fond de sa brume une incurable nostalgie.
La ville ressuscitée ayant secoué un coin de son linceul de cendre , ressortait avec ses mille détails sous un jour aveuglant. Le Vésuve découpait dans le fond son cône sillonné de stries de laves bleues, roses, violettes, mordorées par le soleil. Un léger brouillard presque imperceptible dans la lumière, encapuchonnait la crête écimée de la montagne ; au premier abord, on eût pu le prendre pour un de ces nuages qui , même par les temps les plus sereins, estompent le front des pics élevés. En y regardant de plus près , on voyait de minces filets de vapeur blanche sortir du haut du mont comme des trous d'une cassolette , et se réunir ensuite en vapeur légère. Le volcan, d'humeur débonnaire ce jour-là, fumait tout tranquillement sa pipe, et sans l'exemple de Pompeï ensevelie à ses pieds, on ne l'aurait pas cru d'un caractère plus féroce que Montmartre; de l'autre côté, de belles collines aux lignes ondulées et voluptueuses comme des hanches de femme, arrêtaient l'horizon ; et plus loin la mer, qui autrefois apportait les birèmes et les trirèmes sous les remparts de la ville, tirait sa placide barre d'azur.
L'aspect de Pompeï est des plus surprenants ; ce brusque saut de dix-neuf siècles en arrière étonne même les natures
les plus prosaïques et les moins compréhensives ; deux pas vous mènent de la vie antique à la vie moderne , et du christianisme au paganisme; aussi» lorsque les trois amis virent ces rues où les formes d*une existence évanouie sont conservées intactes, éprouvèrenlrils, quelque préparés qu'ils y fussent par les livres et les dessins, une impression aussi étrange que profonde. Octavien surtout semblait frappé de stupeur et suivait machinalement le guide d'un pas de somnambule, sans écouter la nomenclature monotone et apprise par cœur que ce faquin débitait comme une leçon. U regardait d'un œil effaré ces ornières de char creusées dans le pavage cyclopéen des rues .et qui paraissent dater d'hier tant l'empreinte en est fraîche; ces inscriptions tracées en lettres rouges, d'un pinceau cursif, sur les parois des murailles : affiches de spectacle, demandes de location, formules votives, enseignes, annonces de toutes sortes, curieuses comme le serait dans deux mille ans, pour les peuples inconnus de l'avenir, un pan de mur de Paris retrouvé avec ses affiches et ses placards; ces maisons aux toits effondrés laissant pénétrer d'un coup d'œil tous ces mystères d'intérieur, tous ces détails domestiques que négligent les historiens et dont les civilisations emportent le secret avec elles ; ces fontaines à peine taries, ce forum surpris au milieu d'une réparation par la catastrophe, et dont les colonnes, les architraves toutes taillées, toutes sculptées, attendent dans leur pureté d'arête qu'on les mette en place; ces temples à des dieux passés à l'état mythologique et qui alors n'avaient pas un athée; ces boutiques où ne manque que le marchand ; ces cabarets où se voit encore sur le marbre la tache circulaire laissée par la tasse des buveurs ; cette caserne aux colonnes peintes d'ocre et de minium que les soldats ontégratignée de cari-
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catures de comt)attantSy et ces doubles théâtres de drame et de chant juxtaposés, qui pourraient reprendre leurs représentations , si la troupe qui les desservait, réduite à l'état d'argile» n'était pas occupée, peut-être, à luter le bondon d'un tonneau de bière ou à boucher une fente de mur, comme la poussière d'Alexandre et de César, selon la mélancolique réflexion d'Hamlet.
Fabio monta sur le thymelé du théâtre tragique tandis que Octavien et Max grimpaient jusqu'en haut des gradins, et là il se mit à débiter avec force gestes les morceaux de poésie qui lui venaient à la tète , au grand effiroi des lézards, qui se dispersaient en frétillant de la queue et en se tapissant dans les fentes des assises ruinées; et quoique les vases d'airain ou de terre, destinés à répercuter les sons, n'existassent plus, sa voix n'en résonnait pas moins pleine et vibrante.
Le guide les conduisit ensuite à travers les cultures qui recouvrent les portions de Pompeï encore ensevelies, à l'amphithéâtre, situé à l'autre extrémité de la ville. Ils marchèrent sous ces arbres dont les racines plongent dans les toits des édifices enterrés, en disjoignent les tuiles, en fendent les plafonds, en disloquent les colonnes, et passèrent par ces champs où de vulgaires légumes fructifient sur des merveilles d'art, matérielles images de l'oubU que le temps déploie sur les plus belles choses.
L'amphithéâtre ne les surprit pas. Ils avaient vu celui de Vérone, plus vaste et aussi bien conservé, et ils connaissaient la disposition de ces arènes antiques aussi familièrement que celle des places de taureaux en Espagne, qui leur ressemblent beaucoup, moins la solidité de la construction et la beauté des matériaux.
Ils revinrent donc sur leurs pas, gagnèrent par un che-
SOl}VEmR DE POMPEÏ. 321
min de traverse la rue de la Fortune, écoutant d'une oreille distraite le cicérone, qui en passant devant chaque maison la nommait du nom qui lui a été donné lors de sa découverte, d'après quelque particularité caractéristique : — la maison du Taureau de bronze, —la maison du Faune, — la maison du Vaisseau, — le temple de la Fortune, — la maison de Méléagre, — la taverne de la Fortune, à l'angle de la rue Consulaire, — l'académie de Musique, le Four banal, la Pharmacie, la boutique du Chirui^en, la Douane, l'habitation des Vestales, Tau berge d'Albinus, les Thermopoles, et ainsi de suite jusqu'à la porte qui conduit à la voie des Tombeaux.
Cette porte en briques, recouverte de statues, et dont les ornements on disparu, offre dans son arcade intérieure deux profondes rainures destinées à laisser glisser une herse, comme un donjon du moyen âge à qui l'on aurait cru ce genre de défense particulier.
— Qui aurait soupçonné, dit Max à ses amis, Pompeï, la ville grœco-latine, d'une fermeture aussi romantiquement gothique. Vous figurez-vous un chevalier romain attardé, sonnant du cor devant cette porte pour se faire lever la herse, comme un page du quinzième siècle ?
—Rien n'est nouveau sous le soleil, répondit Fabio, et cet aphorisme lui-même n'est pas neuf, puisqu'il a été formulé par Salomon.
— PeuU-ètre y a-t-il du nouveau sous la lune I continua Octavien en souriant avec une ironie mélancolique.
— Mon cher Octavien, dit Max, qui pendant cette petite conversation s'était arrêté devant une inscription tracée à la rubrique sur la muraille extérieure, veux-tu voir des combats de gladiateurs? — Voici les affiches : — Combat et chasse pour le 5 des nones d'avril, — les mâts seront
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dressés y — vingt paires de gladiateurs lutteront aux nonesy *- et si tu crains pour la fraicheur de ton teint» rassure-toi y on tendra les voiles; — à moins que tu ne préfères te rendre à Tamphithéâtre de bonne heure^ ceuxci se couperont la gorge le matin — matutini erurU; on n'est pas plus complaisant.
En devisant de la sorte, les trois amis suivaient cette voie bordée de sépulcres qui, dans nos sentiments modernes, serait une lugubre avenue pour une ville, mais qui n'offrait pas les mêmes significations tristes pour les anciens, dont les tombeaux, au lieu d'un cadavre horrible, ne contenaient qu'une pincée de cendres, idée abstraite de la mort. L'art embellissait ces dernières demeures, et, comme dit Goethe, le païen décorait des images de la vie les sarcophages et les urnes.
C'est ce qui faisait sans doute que Max et Fabio visitaient, avec une curiosité allègre et une joyeuse plénitude d'existence qu'ils n'auraient pas eues dans un cimetière chrétien, ces monuments funèbres si gaiment dorés par le soleil et qui, placés sur le bord du chemin, semblent se rattacher encore à la vie et n'inspirent aucune de ces froides répulsions, aucune de ces terreurs fantastiques que font éprouver nos sépultures lugubres. Il s'arrêtèrent devant le tombeau de Mammia, la prêtresse publique, près duquel est poussé un arbre, un cyprès ou un peuplier; ils s'assirent dans l'hémicycle du triclinium des repas funéraires, riant comme des héritiers; ils lurent avec force lazzis les épitaphes de Nevoleja, de Labeon et de la famille Arria, suivis d'Octavien, qui semblait plus touché que ses insouciants compagnons du sort de ces trépassés de deux mille ans.
Ils arrivèrent ainsi à la villa d'Arrius Dîomèdes, une
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des habitations les plus considérables de Pompeï. On y monte par des degrés de briques» et lorsqu'on a dépassé la porte flanquée de deux petites colonnes latérales, on se trouve dans une cour semblable an patio qui fait le centre des maisons espagnoles et moresques et que les anciens appelaient impluvmm ou cavœdium; quatorze colonnes de briques recouvertes de stuc forment, des quatre côtés, un portique ou péristyle couvert, semblable au cloître des couvents, et sous lequel on pouvait circuler sans craindre la pluie. Le pavé de cette cour est une mosaïque de briques et de marbre blanc, d'un effet doux et tendre à l'œil. Dans le milieu, un bassin de marbre quadrilatère, qui existe encore, recevait les eaux pluviales qui d^outtaient du toit du portique. — Cela produit un singulier effet d'entrer ainsi dans la vie antique et de fouler avec des bottes vernies des marbres usés par les sandales et les cothurnes des contemporains d'Auguste et de Tibère.
Le cicérone les promena dansl'exèdre ou salon d'été, ouvert du côté de la mer pour en aspirer les fraîches brises. C'était là qu'on recevait et qu'on faisait la sieste pendant les heures brûlantes, quand soufflait ce grand zéphyr africain chargé de langueurs et d'orages. 11 les fit entrer dans la basilique, longue galerie à jour qui donne de la lumière aux appartements et où les visiteurs et les clients attendaient que le nomenclateur les appelât; il les conduisit ensuite sur la terrasse de marbre blanc d'où la vue s'étend sur les jardins verts et sur la mer bleue ; puis il leur fit voir le nymphœum ou salle de bains, avec ses murailles peintes en jaune, ses colonnes de stuc, son pavé de mosaïque et sa cuve de marbre qui reçut tant de corps charmants évanouis comme des ombres ; — le cubiculum, où flottèrent tant de rêves venus de la porte d'ivoire, et
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dont l6s alcôves pratiquées dans le mur étaient fermées par un oonopeum ou rideau dont les anneaux de bronze gisent encore à terre, le tétrastyle ou salle de récréation, la chapelle des dieux lares, le cabinet des archives, la bibliothèque, le musée des tableaux, le gynécée ou appartement des femmes, composé de petites chambres en parties ruinées, dont les parois conservent des traces de peintures et d'arabesques comme des joues dont on a mal essuyé le &rd.
Cette inspection terminée, ils descendirent à l'étage inférieur, car le sol est beaucoup plus bas du côté du jardin que du côté de la voie des Tombeaux; ils traversèrent huit salles peintes en rouge antique, dont Tune est creusée de niches architecturales, comme on en voit au vestibule de la salle des ambassadeurs à TAlbambra, et ils arrivèrent enfin à une espèce de cave ou de cellier dont la destina^ tion était clairement indiquée par huit amphores d'argile dressées contre le mur et qui avaient dû être parfumées de vin de Crète, de Faleme et de Massique comme des odes d'Horace.
Un vif rayon de jour passait par un étroit soupirail obstrué d'orties, dont il changeait les feuilles traversées de lumières en émeraudes et en topazes, et ce gai détail naturel souriait à propos à travers la tristesse du lieu.
<c C'est ici, dit le cicérone de sa voix nonchalante, dont le ton s'accordait à peine avec le sens des paroles, que l'on trouva, parmi dix-sept squelettes, celui de la dame dont l'empreinte se voit au musée de Naples. Elle avait des anneaux d'or, etjes lambeaux de sa fine tuqique adhéraient encore aux cendres tassées qui ont gardé sa forme. »
Les phrases banales du guide causèrent une vive émo-
tion à Octavien. 11 se fit montrer Tendroit exact où ces restes précieux avaient été découverts, et s*il n'eût été contenu par la présence de ses amis, il se serait livré à quelque lyrisme extravagant; sa poitrine se gonflait, ses yeux se trempaient de furtives moiteurs; cette catastrophe, effacée par vingt siècles d'oubli, le touchait comme un malheur tout récent ; la mort d'une maîtresse ou d'un ami ne l'eût pas affligé d'avantage, et une larme en retard de deux mille ans tomba pendant que Max et Fabio avaient le dos tourné sur la place où cette femme, pour laquelle il se sentait pris d'un amour rétrospectif, avait péri étouffée par la cendre chaude du volcan.
— Assez d'archéologie comme cela I s'écria Fabio ; nous ne voulons pas écrire une dissertation sur une cruche ou sur une tuile du temps de Jules César pour devenir membre honoraire d'une académie de province, ces souvenirs classiques me creusent l'estomac. Allons dîner, si toutefois la chose est possible, dans cette osteria pittoresque, où j'ai peur qu'on ne nous serve que des beefsteaks fossiles et des œufs frais pondus avant la mort de Pline.
— Je ne dirai pas comme Boileau :
Un sot, qaelquefoby ouvre un avis important.
fit Max en riant , ce serait malhonnête ; mais cette idée a du bon. 11 eût été pourtant plus joli de festiner ici, dans un triclinium quelconque, couchés à l'antique, servis par des esclaves, en manière de Lucullus ou de Trimalcions. Il est vrai que je ne vois pas beaucoup d'huîtres du lac Lucrin ; les turbots et les rougets de l'Adriatique sont absents; le sanglier d'Apulie manque sur le marché; les pains et les gâteaux au miel figurent au musée de Naplos
326 ÀRRIA MâRGELLA.
aussi durs que des pierres à eoté de leurs moules vert-degrisés; le macaroni cru, saupoudré de cacda-cavallo, et quoiqu'il soit assez détestable, vaut encore mieux que le néant. Qu'en pense le cher Octavien?
Oc tavien , qui regrettait fort de ne pas s'être trouvé k Pompeï le jour de l'éniptiofl du Vésuve pour sauver b dame aux anneaux d'or et mériter ainsi son amour, n'avait pas entendu une phrase de cette conversation gastronomique. Les deux damiers mots prononcés par Ifax le frap* pèrmt seuls, et comme il n'avait pas envie d'entamer une disouflâon, il fit, à tout hasard, un signe d'asseatiment, * et le groupe amical reprit, en côtoyant les r^nparts, le chemin de Thôtelleri^.
L'on dressa la table sous l'espèce de porefae ouvert qé sert de ve^ibule à l'oetaria et dcmt les murailles, crépies i ladiaux, étaient décorées de quelques croates qualifiées par l'hôte : Salvator Bosa, Espagnolet, cavalier Massimo et autres noms eélèbres de l'éc^ ns^itaine, qu'il se crut obligé d'exalter.
— Hôte vénérable, dit Fabio, ne déplo^eis pas votre éloquence en pure perte. Nous ne sommes pas des Anglais, et nous préférons les jeunes filles aux vieilles toiles. Envoyez-npus plutôt la liste de vos vins par e^te belle brune, aux yeux de velours, que j'ai aperçue dans l'escalier.
Le palforio, comprenant que ses htos n'appartenaient pas au genre mystifiable des philistins et des bourgeois, cessa de vant^ sa galerie pour glorifier sa cave. D'abord, il avait tous les vins des meilleurs orus : Ghateau^\fargaux, grand*Laffite, retour des Indes, Sillery de Moët, Hochmayw, Searlat-wine, Porto et porter, aie et ging^beer, Lacryma-Christi blanc et rouge, Capri et Faierne.
•^Quoi ! tu as du vin deFaleme, animal , et tu le meCs
à la fin de ta nomenclature ; tu nous fais subir une litanie oenologique insupportable, dit Max en sautant à la gorg^ de rbôtelier avec un mouvement de fureur comique ; mais tu n'as donc pes le sentiment de la couleur locale? tu es donc indigne de vivre dans ce voisinage antique? Est-il bon au moins ton Falerne ? a-t-il été mis en amphore sous le consul Plancus? — conmk Planco.
-«- Je ne connais pas le consul Plancus et mon vin n'est pas mis en amphore» mais il est vieux et coule IQ carlins la bouteille^ répondit Thôte.
Le jour était tombé et la nuit était venue » nuit sereine et transparente, plus elaire, à coup sûr» que le plein-midi de Londres; la terre avait des tons d'azur et le ciel des reflets d'argent d'une douceur inimaginable; l'air était si tranquille que la fUmmA des bougies {losées sur la labié n'oscillait môme pas.
Un jeune gargon jouant de la flûte s'approcha de la table et se tint debout y fixant ses yeux sur les trois convives, dans une attitude de bas^elief, et soufflant dans son instrument aux sons doux et mélodieux, qui^u'une de ces can* tilènes pi^ulaires en mode mineur dont le charme est pénétrant.
Peut-être ce garçon descendait en droite ligne du Auteur qui précédait Duilius.
— Notre repas s'arrange d'une façon assez antique; il ne nous manque que des danseuses gaditanes et des couronnes de lierre , dit Falno en se versant une large rasade de vin de Falerne.
^- Je me sens en veine de faire des citations latines comme un feuilleton des DébaU; il me revient des stro- ]^ies d'ode , ajouta Max.
— Garde-les pour toi, s'écrièrent Octavien et Fabio»
628 ARRIA lUARCELCA.
justement alarmés ; rien n'est indigeste comme le latin à table.
La conversation entre jeunes gens qui , le cigare à h bouche» le coude sur la table, regardent un certain nombre de flacons vidés » surtout lorsque le vin est capiteux, ne tarde pas à tourner sur les femmes. Chacun exposa son système, dont voici à peu près le résumé.
Fabio ne faisait cas que de la beauté et de la jeunesse. Voluptueux et positif, il ne se payait pas d'illusions et n'avait en amour aucun préjugé. Une paysanne lui plaisait autant qu'une duchesse, pourvu qu'elle fût belle ; le corps le touchait plus que la robe ; il riait beaucoup de certaias de ses amis amoureux de quelques mètres de soie et de dentelles, et disait qu'il serait plus logique d'être épris d'un étalage de marchand de nouveautés. Ces opinions, fort raisonnables au fond , et qu'il ne cachait pas, le faisaient passer pour un homme excentrique.
Max, moins artiste que Fabio, n'aimait, lui, que les entreprises difficiles, que les intrigues compliquées; il cherchait des résistances à vaincre, des vertus à séduire, et conduisait l'amour comme une partie d'échecs, avec des coups médités longtemps, des effets suspendus, des surprises et des stratagèmes dignes de Polybe. Dans un salon, la femme qui paraissait avoir le moins de sympathie à son endroit, était celle qu'il choisissait pour but de ses attaques; la faire passer de l'aversion à l'amour par des transitions habiles, était pour lui un plaisir délicieux; s'imposer aux âmes qui le repoussaient, mater les volontés rebelles à son ascendant, lui semblait le plus doux des triomphes. Comme certains chasseurs, qui courent les champs, les bois et les plaines par la pluie, le soleil et la neige, avec des fatigues excessives et une ardeur que rien
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ne rebute, pour un maigre gibier que les trois quarts du temps ils dédaignent de manger, Max, la proie atteinte, ne s'en souciait plus, et se remettait en quête presque aussitôt.
Pour Octavien , il avouait que la réalité ne le séduisait guère, non qu'il fit des rêves de collégien tout pétris de lis et de roses comme un madrigal de Demoustier , mais il y avait autour de toute beauté trop de détails prosaïques et rebutants ; trop de pères radoteurs et décorés ; de mères coquettes, portant des fleurs naturelles dans de fauxt^heveux; de cousins rougeauds et méditant des déclarations; de tantes ridicules , amoureuses de petits chiens. Une gravure à l'aqua-tinte , d'après Horace Vernet ou Delaroche, accrochée dans la chambre d'une femme, suffisait pour arrêter chez lui une passion naissante. Plus poétique encore qu'amoureux, il demandait une terrasse de Tlsola- Bella, sur le lac Majeur, par un beau clair de lune, pour encadrer un rendez-vous. Il eût voulu enlever son amour dii milieu de la vie commune et en transporter la scène dans les étoiles. Aussi s'est-il épris tour à tour d'une passion impossible et folle pour tous les grands types féminins conservés par l'art ou l'histoire. Gomme Faust, il avait aimé Hélène, et il aurait voulu que les ondulations des siècles apportassent jusqu'à lui une de ces sublimes personnifications des désirs et des rêves humains, dont la forme, invisible pour les yeux vulgaires , subsiste toujours dans l'espace et le temps. Il s'était composé un sérail idéal avec Sémiramis , Aspasie, Cléopâtre, Diane de Poitiers , Jeanne d'Aragon. Quelquefois aussi il aimait des statues, et un jour, en passant au Musée devant la Vénus de Milo, il s'était écrié « : Oh I qui te rendra tes bras pour m'écraser contre ton sein de marbre! » A Rome, la vue
SSO ARRIA MARCELLA.
d'une épaisse chevelure nattée exhumée d'un tombeau antique l'aTait jeté dans un bizarre déHre ; il avait essayé, au moyen de deux ou trois de ces cheveux obtenus d'un gardien séduit à prix d'or, et remis à une somnambule d'une grande puissance , d'évoquer l'ombre et la fonne de cette morte; mais le fluide conducteur s'était évaporé après tant d'années y et l'apparition n'avait pu sortir de h nuit étemelle.
Gomme Fabio l'avait deviné devant la vitrine des Stc^j, l'empreinte recueillie dans la cave de la villa d'Arrii» Dio^ mèdes excitait chez Octavien des élans insensés vers un idéal rétrospectif; il tentait de sortir du temps et de la vie^ et de transposer son âme au siècle de Titus.
Max et Fabio se retirèrent dans leur chamln*e, et, la tête un peu alourdie par les classicpies fumées du Fakrae, ne tardèrent pas à s'endormir. Octavien, qui avait souvent laissé son verre plein derant lui, ne voulant pas troubler par une ivresse grosrièfe l'ivresse poétique qui boQilkm* nait dans soft eefveau, seùtit à l'agitation de ses nerfs que le sommeil ne lui viendrait pas, et sortit de l'osteria à pas lents pour rafratehir son front et calmer sa pensée à l'air de la nuit<
Ses pieds^ sans qu'il en eût conseienoe, le portèrent i l'entrée par laquelle on pénètre dans la ville morte, il déplaça ta batte de bois qui la ferme «l s'engagea au hasard dans les décombres.
La loâe illuminait de sa lueur blanehe les maisons pâles , divisant les rues en deux tranches de lumière argentée et d'ombre bleuâtre. Ce jour nocturne, avec ses teintes ménagées, dissimulait la dégradation des édifices* L'on ne remarquait pas, comme à la 6larté chie du soleil, les colonnes tronquées, les façades sillonnées de lézardes.
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les toits effondrés par Téruption ; les parties absentés se complétaient par la demi-teinte, et un rayon brusque, comme une touche de sentiment dans Tesquisse d'un tableau, indiquait tout un ensemble écroulé. Les génies taciturnes de la nuit semblaient avoir réparé la cité fossile pour quelque représentation d'une vie fantastique*
Quelquefois même Octavien crut voir se glisser de vagues formes humaines dans Tombre; mais elles s'évanouissaient dès qu'elles atteignaient la portion éclairée. De sourds chuchotements, une rumeur indéfinie, voltigeaient dans le silence. Notre promeneur les attribua d'abord à quelque papillonnement de ses yeux, à quelque bourdonnement de ses oreilles, — ce pouvait être aussi un jeu d'optique, un seupir de la brise marine, ou la fuite à travers les orties d'un lézard ou d'une couleuvre, car tout vit dans la nature, même la mort, tout bruit, même le silence. Cependant, il éprouvait une espèce d'angoisse involontaire, un léger frisson , qui pouvait être causé par l'air froid de la nuit, et faisait frémir sa peau. Il retourna deux ou trois fois la tête; il ne se sentait plus seul comme tout à l'heure danâ la ville déserte. Ses camarades avaientils eu la même idée que lui, et le cherchaient-ils à travers ces ruines? Ces formes entrevues, ces bruits indistincts de pas, étaient-oe Max et Fabio marchant et causant, et disparus à l'angle d'^un carrefour? Cette explication toute naturelle, Octavien comprenait à son trouble qu'elle n'était pas vraie, et les raisonnements qu'il faisait là-dessus à part lui ne le convainquaient pas. La solitude et l'ombre s'étaient peuplées d'êtres invisibles qu'il dérangeait; il tombait au milieu d'un mystère, et l'on semblait attendre qu'il fût parti pour commencer. Telles étaient les idées extravagantes qui lui traversaient la cervelle et qui pre-
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naîent beaucoup de vraisemblance de l'heure , du lieu et de mille détails alarmants que comprendront ceux qui se sont trouvés de nuit dans quelque vaste ruine.
Eu passant devant une maison qu'il avait remarquée pendant le jour et sur laquelle la lune donnait en plein, il vit, dans un état d'intégrité parfaite, un portique dont il avait cherché à rétablir l'ordonnance : quatre colonnes d'ordre dorique cannelées jusqu'à mi-hauteur, et le fût enveloppé comme d'une draperie pourpre d'une teinte de minium, soutenaient une cimaise coloriée d'ornements polychromes, que le décorateur semblait avoir achevée hier; sur la paroi latérale de la porte un molosse de Laconie, exécuté à l'encaustique et accompagné de l'inscription sacramentelle : Cave canemy aboyait à la lune et aux visiteurs avec une fureur peinte. Sur le seuil de mosaïque le mot Have^ en lettres osques et latines, saluait les hôtes de ses syllabes amicales. Les murs extérieurs, teints d'ocre et de rubrique, n'avaient pas une crevasse. La maison s'était exhaussée d'un étage, et le toit de tuiles dentelé d'un acrotère de bronze, projetait son profil intact sur le bleu léger du ciel où pâlissaient quelques étoiles.
Cette restauration étrange, faite de l'après-midi au soir par un architecte inconnu, tourmentait beaucoup Octavien, sûr d'avoir vu cette maison le jour même dans un fâcheux état de ruine. Le inystérieux reconstructeur avadt travaillé bien vite, car les habitations voisines avaient le môme aspect récent et neuf; tous les piliers étaient coiffés de leurs chapiteaux; pas une pierre, pas une brique, pas une pellicule de stuc, pas une écaille de peinture ne manquaient aux parois luisantes des façades, et par l'interstice des péristyles on entrevoyait, autour du bassin de marbre du cavaedium, des lauriers roses et blancs, des myrtes et
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des grenadiers. Tous les historiens s'étaient trompés: l'éruption n'avait pas eu lieu, ou bien l'aiguille du temps avait reculé de vingt heures millénaires sur le cadran de l'éternité.
Octavien, surpris au dernier point, se demanda s'il dormait tout debout et marchait dans un rêve. Il s'interrogea sérieusement pour savoir si la folie ne faisait pas danser devant lui ses hallucinations; mais il fut obligé de reconnaître qu'il n'était ni endormi ni fou.
Un changement singulier avait eu lieu dans l'atmosphère ; de vagues teintes roses se mêlaient, par dégradations violettes, aux lueurs azurées de la lune ; le ciel s'éclaircissait sur les bords; on eût dit que le jour allait paraître. Octavien tira sa n\pntre; elle marquait minuit. Craignant qu'elle ne fût arrêtée, il poussa le ressort de la répétition ; la sonnerie tinta douze fois ; il était bien minuit, et cependant la clarté allait toujours augmentant, la lune se fondait dans l'azur de plus en plus lumineux ; le soleil se levait.
Alors Octavien, en qui toutes les idées de temps se brouillaient, put se convaincre qu'il se promenait non dans une Pompeï morte, froid cadavre de ville qu'on a tiré à demi de son linceul, mais dans une Pompeï vivante, jeune, intacte, sur laquelle n'avaient pas coulé les torrents de boue brûlante du Vésuve.
Un prodige inconcevable le reportait, lui; Français du xix^ siècle, au temps de Titus; non en esprit, mais en réalité ; ou faisait revenir à lui, du fond du passé, une ville détruite avec ses habitants disparus ; car un homme vêtu à l'antique venait de sortir d'une maison voisine.
Cet homme portait les cheveux courts et la barbe rasée, une tunique de couleur brune et un manteau grisâtre,
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dont les boQtë étaient retroussés de manière à iië pfls gtaer sa rtiarehe; il allait d'un pas rapide^ pres(|tté cursif^ et pa^ à oAté d'Ootavieh sans le Voifi Un panier àe sparterie pendait à son bras, et il se dirigeait vers le Forum Nundinàrium i ^^ c'était un esclave, un flavus quelcoaque allant atl mafohé; il n'y avait pas i s'y tromper.
fies brdits c(e i*oues se fitefit entendre, et un ehèrf âtitiqUè, ti^né pài" dëâ b(feufs blancis et Chàfgé de léguinés, s'engagea dans la rué. A (jôté de l'attelage tnàrchait uîi bouvier aux jambes nues et bràïées p^ le soleil, aux pieds chaussés de sandales, et Vêtu d^utie es^ièee det^hëmise de toile boUfifant â la ceinture j tin chsltieau'dë paille Oonic(Ue, rejeté derrière le dos et i^etenu au côl par là mentonnière, laissait voit sa tête d'un type inéonttii aûjdut*d'hui, feon front bas traversé dé dures nodosités, ses chevéilx éréptis et noirs, son nez droit, ses yèiix tranquilles comhie cent de ses boeufs, et son coti d'Herclilé campagHsiM. tl touchait gravement ses bètes de l'aiguillon, avedUhe pose de statue à faire tomber Ingres en extase.
Le bouvier aperçut Octavien et parut surpris, mais il continua sa route; une fois il retourna la tête, ne trouvant pas sans doute d'explication à l*aspect de ce personnage étrange pour lui, mais laissant, dans sa placide stupidité rustique, le mot de l'énigme à de plus habiles.
Des paysan^ eampaniens parurent aussi, poussant devant eux des ânes chargés d'outrés de vin, et faisant tinter des sonnettes d'airain; leut physionomie différait de celle des p^sans d'aujourd'hui comme une médaille diffère d'un sou.
Là ville se peuplait graduellement comme un de ces tableaux d? diofdma, d'abord déserts, et qu'un change-
ment d'éclairage anime de personnages invisibles jusquelà.
L66 sentiments qu'éprourait Octavien avaient changé de nature. Tout à l'heiirë, dans Tombre trompeuse de la nuit, il était en proie à ce malaise dont lea plus braves ne se défendent pas, au milieu de circonstances inquiétantes et fantastiques que la raison ne peut expliquer. Sa vague terreur s'était changée en stupéfaction profonde^ il ne pouvait douter, à la netteté de leurs pei'ceptions, du témoignage de ses dens^ et cependant ce qu'il voyait était parfaitement incroyable**^ Mal convaincu encore^ il cherehait par la ^nstatation de petits détails réels à se prouver qu'il n'était pas le jouet d'une hallucination « *^ Ce n'étaient pas des fantômes qui défilaient sous ses yeux, oar la vive lumière du soleil les illuminait avec une réalité irrécusable» et leurs ombres allongées par le matin se projetaient sur les trottoifs et les murailles. — Hfe comprenant ri^i à iBe qui lui arrivait , Octavien, ravi au fond de voir un de ses rêves les plus chers accompli, ne résista pluà à son aventure» il se laissa faire à toutes ces merveilles, sans prétendre s'en rendre compte ; il se dit que puisque en vertu d'un pouvoir mystérieux il lui était donné de vivre quelques heures dans un siècle disparu, il ne perdrait pas son temps à chercher la solution d'un problème incompréhensible, et il continua bravement sa route» en regardant à droite et à gauche ce spectsM^le si vieux et si nouveau pour lui. Mais à quelle époque de la vie de Pompeï était-il transporté? Une inscription d'édilité, gravée sur une muraille, lui' apprit, par le nom des personnages publics, qu'on était au commencement du règne de Titus, — soit en l'an 79 de notre ère. -^ Une idéç subite traversa l'âme d'Octavien ; la femme dont il
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avait admiré l'empreinte au musée de Naples, devait ôtre vivante, puisque l'éruption du Vésuve dans laquelle elle avait péri eut lieu le 24 août de cette même année ; il pouvait donc la retrouver, la voir, lui parler... Le désir fou qu'il avait ressenti à l'aspect de cette cendre moulée sur des contours divins, allait peut-être se satisfaire» car rien ne devait être impossible à un amour qui avait eu la force de faire reculer le temps, et passer deux fois la même heure dans le sablier de l'éternité.
Pendant qu'Octavien se livrait à ces réflexions, de belles jeunes filles se rendaient aux fontaines, soutenant, du bout de leurs doigts blancs, des urnes en. équilibre sur leur tête; les patriciens en toges blanches bordées de bandes de pourpre, suivis de leur cortège de clients, se dirigeaient vers le forum. Les acheteurs se pressaient autour des boutiques, toutes désignées par des enseignes sculptées et peintes, et rappelant par leur petitesse et leur forme les boutiques moresques d'Alger; au-dessus de la plupart de ces échoppes, un glorieux phallus de terre cuite colorié et l'inscription hic habitat félicitas^ témoignaient de précautions superstitieuses contre le mauvais œil ; Oct»vien remarqua même une boutique d'amulettes dont l'étalage était chargé de cornes, de branches de corail bifùrquées, et de petits priapes en or, comme on en trouve encore à Naples aujourd'hui, pour se préserver de la jettatur^, et il se dit qu'une superstition durait plus qu'une religion.
En suivant le trottoir qui borde chaque rue de Pompeî, et enlève ainsi aux Anglais la confortabilité de cette invention, Octavien se trouva face à face avec un beau jeune homme, de son âge à peu près, vêtu d'une tunique couleur de safran , et drapé d'un manteau de fine laine
blanche, souple comme du cachemire. La vue d'Octavien, coiffé de Taffreux chapeau moderne, sanglé dans une mesquine redingote noire, les jambes emprisonnées dans un pantalon, les pieds pinces par des bottes luisantes, parut surpreifidre le jeune Pompeïen , comme nous étonnerait, sur le boulevard de Gand, un loway ou un Botocudo avec ses plumes, ses colliers de griffes d'ours , et ses tatouages baroques. Cependant, comme c'était un jeune bonune bien élevé , il n'éclata pas de rire au nez d'Octavien , et prenant en pitié ce pauvre barbare égaré dans cette ville graeco-romaine, il lui dit d'une voix accentuée et douce :
*- Adoenaf salve.
Rien n'était plus naturel qu'un habitant de Pompeï, sous le régne du divin empereur Titus, trés-puissant et très-auguste, s'exprimât en latin, et pourtant Octavien tressaillit en entendant cette langue morte dans une bouche vivante. C'est alors qu'il se félicita d'avoir été fort en thème , et remporté des prix au concours général. Le latin enseigné par l'Université lui servit en cette occasion unique, et rappelant en lui ses souvenirs de classe, il répondit au salut du Pompeïen en style de de viris iUustribus et de selectœ è profams^ d'une façon suffisamment intelligible, mais avec un accent parisien qui fit sourire le jeune homme.
— II te sera peut-être plus facile de parler grec, dit le Pompeïen, je sais aussi cette langue, car. j'ai fait mes études à Athènes.
— Je sais encore moins de grec que de latin , répondit Octavien; je suis du pays des Gaulois, de Paris, de Lutèce.
— • Je connais ce pays. Mon aïeul a fait la guerre dans
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les Gaules sous le grand Jules César. Mais quel étrange costume portes-tu ? Les Gaulois que j'ai vus à Rome n'étaient pas habillés ainsi.
Octavien entreprit de faire comprendre au jeune Pompéien que vingt siècles s'étaient écoulés depuis la conquête de la Gaule par Jules César, et que la mode avait pu changer^ mais il y perdit son latin f et à vrai dire ee n'était pas grand'ohose.
«^ Je me nomme Rufus HolconiUs , et ma maison est la tienne» dit le jeûne homme ; à moins que tu ne préfères la liberté de la taverne : on est bien à l'auberge d'Albinus, près de la porte du faubourg d'Augustus Félix, et à l'hôtellerie de Sarinus, fils de PiiMius» près de la dôuiiènle tduf ; mais, si lu veux» je te servirai de guide dans cette ville inoonnUe pour toi ; -^ tu me plais, jeune barbare, quoique tu aies essayé de te jouer de ma crédulité en prétendant que l'empereur Titus, qui règne aujourd'hui, était mort depuis deux mille ans ^ et que le Naaaréen^ dont les infâmes sectateurs» enduits de poix, ont éclairé les jardins de Néron, trône seul en maître dans le ciel désert , d'où les grands dieux sont tombés. — Par Pollux I ajouta^t^il en jetant les yeux sur une inscription rouge tracée à l'angle d'une rue» tu arrives à propos, l'on donne la Casina de PloMêe^ Hâcemment remise au théfitfe; c'est une curieuse et bouffonne comédie qui t'amusera, n'en comprendrais-tu que la pantomime. Suis^moi , e'est bientôt l'heure ; je te ferai placer au banc des hôtes et des étrangers.
Et Rufus Holoonius se dirigea du côté du petit théâtre comique que les trois amis avaient visité dans la journée.
Le Français et le citoyen de Pompeï prirent les rues de la Fontaine d'Abohdanœ, à^ Théâtres ^ longèrent le goI-
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lége et le temple d'Isis, Tatelier du statuaire^ et entrèrent dans rodéon ou théâtre comique par un vomitoire latéral. Grâce à la recommandation d'Holconius» Octavien fut placé prés du proscenium , a un endroit qui répondrait à nos baignoires d'avant-soène. Tous les regards se tournôreilt aussitôt vers lui avec une curiosité bienveillante et un léger susurrement courut dans Tamphithéâtre^
La t>ièce n'était pas encore commencée ; OetaVien en profita pour regarder la salle* Les gtadins demi circulaires, terminés de ehaqlie côté par une magnifique patte de lion sculptée en lave du Vésuve^ partaient en «'élargissant d'un espace vide correspondant à notre parterre ^ mais beau-* ôoup pliis restreint $ et pavé d'une mosaïque de marbres gteos; un gradin plus large formait, de distance en distance 4 une lone distinctive, et quatre escaliers correspondant aux vomiteii'es et montant de la base au sommet de l'amphitéâtre , le divisaient en cinq coins plus larges du haut que du bas. Les spectateurs, munis de leurs billets, consistant en petites lames d'ivoire où étaient désignés, par leurs numéros d'ordre, la travée, le coin et le gradin, avec le titre de la pièce représentée et le nom de son auteur^ arrivaient aisément à leurs places. Les magistrats i les nobles, les hommes mariés, les jeunes gens , les soldats, dont on voyait luire les casques de bronze, occupaient des rangs séparés. — C'était un spectacle admirable que ces belles toges et ces larges manteaux blancs bien drapés, s'éialant sur les premiers gradins et contrastant avec les parures variées des femmes, placées au-dessus, et les capes grises des gens du peuple, relégués aux bancs supérieurs^ près des colonnes qui supportent le toit, et qui laissaient apercevoir, par leurs interstices, un ciel d'un bleu intense comme le champ d'azur d'une pana-
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thénée; — une fine pluie d'eau, aromatisée de safran, U)ml)ait des frises en gouttelettes imperceptibles , et parfumait l'air qu'elle rafraichissait. Octavien pensa aux émanations fétides qui vicient l'atmosphère de nos théâtres, si incommodes qu'on peut les considérer comme des lieux de torture, et il trouva que la civilisation n'avait pas beaucoup marché.
Le rideau, soutenu par une poutre transversale, s'abîma dans les profondeurs de l'orchestre, les musiciens s'installèrent dans leur tribune, et le Prologue parut vêtu grotesquement et la tête coiffée d'un masque difforme, adapté comme un casque.
Le Prologue, après avoir salué l'assistance et demandé les applaudissements, conmiença une argumentation bouffonne. « Les vieilles pièces, disait^il, étaient comme le vin qui gagne avec les années, et la Casmaf chère aux vieillards, ne devait pas moins l'être aux jeunes gens; tous pouvaient y prendre plaisir : les uns parce qu'ils la connaissaient, les autres parce qu'ils ne la connaissaient pas. La pièce avait été, du reste, remise avec soin , et il fallait l'écouter l'âme libre de tout aouci , sans penser à ses dettes, ni à ses créanciers, car on n'arrête pas au théâtre ; c'était un jour heureux , il faisait beau , et les alcyons planaient sur le forum. x> Puis il fit une analyse de la comédie que les acteurs allaient représenter, avec un détail qui prouve que la surprise entrait pour peu de chose dans le plaisir que les anciens prenaient au théâtre; il raconta comment le vieillard Staline, amoureux de sa belle esclave Casina, veut la marier à son fermier Olympio, époux complaisant qu'il remplacera dans la nuit des noces; et comment Lycostrata , la femme de Staline , pour contrecarrer la luxure de son vicieux mari , veut unir Casina
à récuyer Ghalinus , dans Tidée de favoriser les amours de son fils ; enfin la manière dont Stalino, mystifié, prend un jeune esclave déguisé pour Casina, qui, reconnue libre et de naissance ingénue, épouse le jeune maître, qu'elle aime et dont elle est aimée.
Le jeune Français- regardait distraitement les acteurs, avec leurs masques aux bouches de bronze, s'évertuer sur la scène ; les esclaves couraient çà et là pour simuler Tempressement; le vieillard hochait la tête et tendait ses mains tremblantes; la matrone , le verbe haut, Tair revêche et dédaigneux, se carrait dans son importance et querellait son mari, au grand amusement de la salle. — Tous ces personnages entraient et sortaient par trois portes pratiquées dans le mur de fond et communiquant au foyer des acteurs. — La maison de Staline occupait un coin du théâtre, et celle de son vieil ami Alcésimus lui faisait face. Ces décorations, quoique très-bien peintes, étaient plutôt représentatives de l'idée d'un lieu que du lieu lui-même, comme les coulisses vagues du théâtre classique.
Quand la pompe nuptiale conduisant la fausse Casina fit son entrée sur la scène , un immense éclat de rire , comme celui qu'Homère attribue aux dieux, circula sur tous les bancs de l'amphithéâtre , et des tonnerres d'applaudissements firent vibrer les échos de l'enceinte ; mais Octavien n'écoutait plus et ne regardait plus.
Dans la travée des femmes, il venait d'apercevoir une créature d'une beauté merveilleuse. A dater de ce moment, les charmants visages qui avaient attiré son œil s'éclipsèrent comme les étoiles devant Phœbé; tout s'évanouit, tout disparut comme dans un songe; un brouillard estompa les gradins fourmillants de monde , et la voix criarde des
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acteurs semblait se perdre dans un éloîgnement infini.
Il avait reçu au cœur comme une commotion éleetrique^ et il lui semblait qu'il jaillissait des étincelles de sa poitrine lorsque le regard de cette femme se tournait vers lui.
Elle était brune et pale ; sei» cheveux ondes et crespelés, noir» comme ceux de la Nuit, se relevaient légèrement vers les tempes à la mode grecque, et dans son visage d'un ton mat luisaient des yeut sombres et doux , chargés d'une indéfinissable expression de tristesse voluptueuse et d'ennui passionné ; sa bouche, dédaigneusement arquée à ses coins, protestait par l'ardeur vivace de sa pourpre enflammée contre la blancheur tranquille du masque ; son col présentait ces belles lignes pures qu'on ne retrouve è présent que dans les statues. Ses bras étaient nus jusqu'à l'épaule, et de la pointe de ses seins orgueilleux, soûlevaut sa tunique d'un rose mauve , partaient deux plis qu'on aurait pu croire fouillés dans le marbre par Phidias ou Cléoméne.
La vue de cette gorge d'un contour si correct, d'une coupe si pufe^ troubla magnétiquement Octavieti ; il lui sembla que ces rondeurs s'adaptaient parfaitement à l'empreinle en creux du musée de Naples, qui l'avait jeté dam un6 si ardente rêverie, et une voix lui cria au fond du cœur que cette femme était bien la femme étouffée par la cendre du Vésuve à la villa d'Arrius Diomlèdes. Par quel prodige la voyait^il vivante, assistitnt à la représentation de la Casina de Plaute? Il ne chercha pas à se l'expliquer; d'ailleurs, comment était-il là lui-même? Il accepta sa présence comme dans le rêve on admet l'intervention de personnes mortes depuis longtemps et qui agissent pourtant avec les apparences de la vie ; d'ailleurs son émotion
ne lui permettait aucun raisonnement. Pour lui^ la roue du temps était sortie de son ornière, et son désir vainqueur choisissait sa place parmi les siècles écoulés I II se trouvait face a face avec sa chimère, une des plus insaisissables, une chimère rétrospective. Sa vie se remplissait d'un seul coup.
En regardant cetle tète si calme et si passionnée, si froide et si ardente, si morte et si vivace, il comprit qu'il avait devant lui son premier et son dernier amour, sa coupe d'ivresse suprême; il sentit s'évanouir comme des ombres légères les souvenirs de toutes les femmes qu'il avait cru aimer, et son fime redevenir vierge de toute émotion antérieure. Le passé disparut.
Cependant la belle Pompéienne, le menton appuyé sur la paume de la nlain, lançait sur Octavien, tout en ayant t'air de s'occuper de la scène, le regard velouté de ses yeux nocturnes, et ce regard lui arrivait lourd et brûlant comme un jet de plomb fondUi Puis elle se pencha vers l'oreille d'une fille assise à son côté.
La repréeentatioti s'acheva; la foule s'écoula par les vomitoires. Octavien , dédaignant les bons offices de son guide Holconius, s'élança par la première sortie qui s'offrit à ses pas. A peine eut'-il atteint la porte, qu'une main se posa sur son bras, et qu'une voix féminine lui dit d'un ton bas, mais de manière 6 ce qu'il ne perdit pas un mot : ->^ Je suis Tyché Nevoleja^ commise aux plaisirs d'Arria Marcella, fille d'Arrius Diomèdes. Ma maîtresse vous aime, 8uivez-*moi«
Arria Marcella venait de monter dans sa litière portée par quatre forts esclaves syriens nus jusqu'à la ceinture, et faisant miroiter au soleil leurs torses de bronze. Le rideau de la litière s'entr'ouvrit, et une main pâle, étoilée de
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bagues, fit un signe amical à Octavien» comme pour confirmer les paroles de la suivante. Le pli de pourpre retomba, et la litière s'éloigna au pas cadencé des esclaves.
Tyché fit passer Octavien par des chemins détournés» coupant les rues en posant légèrement le pied sur les pierres espacées qui relient les trottoirs et entre lesquelles roulent les roues des chars, et se dirigeant à travers le dédale avec la précision que donne la familiarité d*une ville. Octavien remarqua qu'il franchissait des quartiers de Pompeï que les fouilles n'ont pas découverts, et qui lui étaient en conséquence complètement inconnus. Cette circonstance étrange parmi tant d'autres ne Tétonna pas. II était décidé à ne s'étonner de rien. Dans toute cette fantasmagorie archaïque, qui eût fait devenir un antiquaire fou de bonheur, il ne voyait plus que l'œil noir et profond d'Arria Marcella et cette gorge superbe victorieuse des siècles, et que la destruction même a voulu conserver.
Us arrivèrent à une porte dérobée, qui s'ouvrit et se ferma aussitôt, et Octavien se trouva dans une cour entourée de colonnes de marbre grec d'ordre ionique peintes, jusqu'à moitié de leur hauteur, d'un jaune vif, et le chapiteau relevé d'ornements rouges et bleus ; une guirlande d'aristoloche suspendait ses larges feuilles vertes en forme de cœur aux saillies de l'architecture comme une arabesque naturelle, et près d'un bassin encadré de plantes» un flammant rose se tenait debout sur une patte, fleur de plume parmi les fleurs végétales.
Des panneaux de fresque représentant des architectures capricieuses ou des paysages de fantaisie décoraient les murailles. Octavien vit tous ces détails d'un coup d'œil rapide, car Tyché le remit aux mains des esclaves baigneurs qui firent subir à son impatience toutes les recher-
ches des thermes antiques. Après avoir passé par les différents degrés de chaleur vaporisée, supporté le râcloire du slrigillaire, senti ruisseler sur lui les cosmétiques et les huiles parfumées, il fut revêtu d'une tunique blanche, et retrouva à Vautre porte Tyché, qui lui prit la main et le conduisit dans une autre salle extrêmement ornée.
Sur le plafond étaient peints, avec une pureté de dessin, un état de coloris et une liberté de touche qui sentaient le grand maître et non plus le simple décorateur à Tadresse vulgaire, Mars, Vénus et TAmour; une frise composée de cerfs, de lièvres et d'oiseaux se Jouant parmi les feuillages régnait au-dessus d'un revêtement de marbre cipolin ; la mosaïque du pavé, travail merveilleux dû peut-être à Sosimus de Pergame, représentait des reliefs de festin exécutés avec un art qui faisait illusion.
Au fond de la salle, sur un biclinium ou lit à deux places était accoudée Arria Marcella dans une pose voluptueuse et sereine qui rappelait la femme couchée de Phidias sur le fronton du Parthénon ; ses chaussures, brodées de perles, gisaient au pied du lit, et son beau pied nu, plus pur et plur blanc que le marbre , s'allongeait au bout d'une légère couverture de byssus jetée sur elle.
Deux boucles d'oreilles faites en forme de balance et portant des perles sur chaque plateau tremblaient dans la lumière au long de ses joues pâles; un collier de boules d'or, soutenant des grains allongés en poire, circulait sur sa poitrine laissée à demi découverte par le pli négligé d'un péplum de couleur paille bordé d'une grecque noire ; une bandelette noir et or passait et luisait par place dans ses cheveux d'ébène, car elle avait changé de costume en revenant du théâtre; et autour de son bras, comme l'aspic autour du bras de Cléopâtre, un serpent d'or, aux yeux
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de pierreries s'enroulait i plusieurs reprises et cherchait à se mordre la queue.
Une petite table à pieds de griffons, incrustée de nacre, d'argent et d'ivoire, était dressée près du lit à deux places, diargée de différents mets servis dans des plats d'argent et d'or ou de terre, émaillée de peintures précieuses. On y voyait un oiseau du Miase couché dans ses plumes, el divers fruits que leurs saisons emptehentde se renc<Hitrer ensemble.
Tout parwssait indiqua qu'on attendait un hôte; des fleurs fMdies jonchaient le sol, et les amphores de vio étaient plongées dans des urnes pleines de neige.
Arria Maroella fit signe à Oetavien de s'étendre à côté d'elle sur le biclinium et de prendre part au repas, — le jeune homme, à demi-fou de surprise et d'amour, prit m hasard quelques bouchées sur les plats que hii tendaient de petits esclaves «datiques aux dieveux frisés, à la courte tunique. Àrria ne mangeait pas, mais elle portait souvent à ses lèvres un vase myrrhtn aux teintes opalines rempli d'un vin d'une pourpre sombre comme du sang figé; à mesure qu'elle buvait une imperceptible vapeur rose montait à ses joues piles, de son cosur qui n'avait pas battu depuis tant d'années ; cependant son bras nu qu'Octavien effleura en soulevant sa coupe était froid comme h peau d'un serpent ou le marfare d'une tombe.
— Oh i lorsque tu t'es arrêté aux Studij à contempler le morceau de boue durcie qui conserve ma forme, 4it Arria Marcella en tournant son long regard humide vers Octa* vien, et que ta pensée s'est élancée ardemment vers moi, mon ftme l'a sentie dans ce monde où je flotte invisible pour les yeux grossiers ; la croyance fait le IMeu, et l'amour fait la femme. On n'est véritaUement morte que quand
on n'est plus aimée; (on désir m'a rendu la vie, la puissante évocation de ton cœur a supprimé les distances qui nous séparaient.
L'idée d'évocation amoureuse qu'exprimait la jeune femme, rentrait dans les croyances philosophiques d'Octavien, croyances que nous ne sommes pas loin de partager.
En effet, rien ne meurt, tout existe toujours; nulle force ne peut anéantir ee qui fut une fois. Toute action, toute parole, toute forme, toute pensée tombée dans l'océan universel des choses y produit des cercles qui vont s'élargissant jusqu'aux confins de Tétemité. La figuration matérielle ne disparait que pour les regards vulgaires , et les spectres qui s'en détachent peuplent l'infini. Paris ccmtinue d'enlever Hélène dans une région inconnue de l'espace. La galère de Cléopâtre gonfle ses voiles de soie sur l'azur d'un Cydnus idéal. Quelques esprits passionnés et puissants ont pu amener à eux des siècles écoulés en apparence, et faire revivre des personnages morts pour tous. Faust a eu pour maîtresse la fille de Tyndare, et l'a conduite à son château gothique, du fond des abimes mystérieux de l'Hadès. Octavien venait de vivre un jour sous le règne de Titus et de se faire aimer d'Àrria Marcella , fille d'Arrius Diomèdes, couchée en ee momeol près de lui sur un lit antique dans une ville détruite pour tout le monde.
— A mon dégoût des autres femmes, répond Octavien, à la rêverie invincible qui m'entraînait vers ses types radieux au fond des siècles comme des étoiles provocatrices, je omnprenais que je n'aimerais jamais q«e hors du temps et de l'espace. C'était toi que j'attendais, et ce frêle ve»tige conservé par la curiosité des hommes m'a par son secret magnétisme mis en rapport avec ton âme. Jane sais
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si tues un rêve ou une réalité, un fantôme ou une femme, si comme Ixion je serre un nuage sur ma poitrine abusée, si je suis le jouet d*un vil prestige de sorcellerie, mais ce que je sais bien , c'est que tu seras mon premier et mon dernier amour.
— Qu'Eros, fils d'Aphrodite, entende ta promesse, dit Arria Marcella en inclinant sa tête sur Tépaule de son amant qui la souleva avec une étreinte passionnée. Oh ! serre-moi sur ta jeune poitrine, enveloppe-moi de ta tiède haleine, j'ai froid d'être restée si longtemps sans amour.— Et contre son cœur Octavien sentait s'élever et s'abaisser ce beau sein , dont le matin même il admirait le moule à travers la vitre d'une armoire de musée ; là fraîcheur de cette belle chair le pénétrait à travers sa tunique et le faisait brûler. La bandelette or et noir s'était détachée de la tête d' Arria, passionnément renversée, et ses cheveux se répandaient comme un fleuve noir sur l'oreiller bleu.
Les esclaves avaient emporté la table. On n'entendit plus qu'un bruit CQnfus de baisers et de soupirs. Les cailles familières, insouciantes de cette scène amoureuse, picoraient, sur le pavé mosaïque, les miettes du festin en poussant de petits cris.
Tout à coup, les anneaux d'airain de la portière qui fermait la chambre glissèrent sur leurs tringles , et un vieillard d'aspect sévère et drapé dans un ample manteau brun parut sur le seuil. Sa barbe grise était séparée en deux pointes comme celle des Nazaréens, son visage semblait sillonné par la fatigue des macérations : une petite croix de bois noir pendait à son col et ne laissait aucun doute sur sa croyance : il appartenait à la secte toute récente alors des disciples du Christ.
A son aspect, Arria Marcella éperdue de confusion cacha
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sa figuie 60I1S un pli de son manteau, eemme un oiseau qui met la tête sous son aile en face d'un ennemi qu'il ne peut éviter, pour s'épargner au moin^ l'horreur de je voir ; tandis qu'Octavien, appuyé sur son coude, regardait avec fixité le personnage fâcheux qui en^t ainsi brusquement daas son bonheur.
— ^ Arria, Arria, dit le personnage austère d'un ton de reproche, le temps de ta vie n'a-t-il pas suffi à tas déporte* ments, et faut-il que tes infimes amours empiètent sur les siècles qui ne fappfl^iennent pas? I^e peux-tu laisser les vivants dans leur sphère, ta cendre n'est done pas encore refroidie depuis le jour où tu mourus sans repentir sous la pluie de feu du volcan ? Deux mille ans de mort ne t'ont donc pas calmée, et tes bras voraces attirent sur ta poitrine de marbre, vide de cœur, les pauvres insensés enivfés par tes philtres.
— Arrius, grâce, mon père, ne m'accablez pas, au nom de cette religion morose qui ne fut jamais la mienne ; moi , je crois à nos anciens dieux qui aimaient la vie , la jeunesse, la beauté, le plaisir; ne me replongez pas dans le pâle néant. Laissez-moi jouir de cette existence que l'amour m'a rendue.
— Tais-toi , impie, ne me parle pas de tes dieux qui sont des démons. Laisse aller cet homme enchaîné par tes impures séductions ; ne l'attire plus hors du cercle de sa vie que Dieu a mesurée; retourne dans les limbes du pagaAisme avec tes amants asiatiques, romains ou grecs. Jeune chrétien , abandonne cette larve qui te semblerait plus hideuse qu'Ëmpouse et Phorkyas, si tu la pouvais voir telle qu'elle est.
Octavien, pâle, glacé d'horreur, voulut parler; mais sa
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voix resta attachée à son gosier, selon Texpression virgilienne.
— M'obéiras-tUy Arria? s'écria impérieusement le grand vieillard.
— "Non, jamais, répondit Arria, les yeux étincelants, les narines dilatées, les lèvres frémissantes, en entourant le corps d'Octavien de ses beaux bras de statue, froids, durs et rigides comme le marbre. Sa beauté furieuse, exaspérée par la lutte, rayonnait avec un éclat surnaturel à ce moment suprême, comme pour laisser à son jeune amant un inéluctable souvenir.
— Allons , malheureuse , reprit le vieillard , il faut employer les grands moyens, et rendre ton néant palpable et visible à cet enfant fasciné, et il prononça d'une voix pleine de commandement une formule d'exorcisme qui fil tomber des joues d' Arria les teintes pourprées que le vin noir du vase myrrhin y avait fait monter.
En ce moment, la cloche lointaine d'un des villages qui bordent la mer ou des hameaux perdus dans les plis de la montagne , fit entendre les premières volées de la Salutation angélique.
A ce son, un soupir d'agonie sortit de la poitrine brisée de la jeune femme. Octavien sentit se desserrer les bras qui l'entouraient; les draperies qui la couvraient se replièrent sur elles-mêmes, comme si les contours qui les soutenaient se fussent affaissés , et le malheureux promeneur nocturne ne vit plus à côté de lui, sur le lit du festin, qu'une pincée de cendres mêlée de quelques ossements calcinés, parmi lesquels brillaient des bracelets et des bijoux d'or, et que des restes informes, tels qu'on les dut découvrir en déblayant la maison d'Arrius Diomèdes.
Il poussa un cri terrible et perdit connaissance.
Le vieillard avait disparu. Le soleil se levait, et la salle ornée tout à l'heure avec tant d'éclat n'était plus qu'une ruine démantelée.
Après avoir dormi d'un sommeil appesanti par les libations de la veille, Max et Fabio se réveillèrent en sursaut, et leur premier soin fut d'appeler leur compagnon , dont la chambre était voisine de la leur, par un de ces cris de ralliement burlesques dont on convient quelquefois en voyage ; Octavien ne répondit pas, pour de bonnes raisons. Fabio et Max, ne recevant pas de réponse, entrèrent dans la chambre de leur ami , et virent que le lit n'avait pas été défait.
— Il se sera endormi sur quelque chaise, dit Fabio, sans pouvoir gagner sa couchette ; car il n'a pas la tête forte, ce cher Octavien; et il sera sorti de bonne heure pour dissiper les fumées du vin à la fraîcheur matinale.
— Pourtant il n'avait guère bu, ajouta Max par manière de réflexion. Tout ceci me semble assez étrange. Allons à sa recherche.
Les deux amis, aidés du cicérone, parcoururent toutes les rues, carrefours, places et ruelles de Pompeï, entrèrent dans toutes les maisons curieuses où ils supposèrent qu'Octavien pouvait être occupé à copier une peinture ou à relever une inscription, et finirent par le trouver évanoui sur la mosaïque disjointe d'une petite chambre à demi écroulée. Ils eurent beaucoup de peine à le faire revenir à lui , et quand il eut repris connaissance, il ne donna pas d'autre explication, sinon qu'il avait eu la fantaisie de voir Pompeï au clair de la lune, et qu'il avait été pris d'une syncope qui , sans doute, n'aurait pas de suite.
La petite bande retourna à Naples par le chemin de fer, comme elle était venue, et le soir, dans leur loge, à San
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Carlo, Max et Fabio regardaient à grand renfort de jumelle sautiller dans un ballet, sur les traees d'Amalîa Ferraris, la danseuse alors en vogue, un essaim de nystipiies culodtées, sous leurs jQpes de gaze, d'un affreux caleçon tert monstre qili les faisait l^ssembler à des grenouilles piquées de la tarentule. Octavien, pâle, les yeux troubles^ le maintien accablé, ne paraissait pas se douter de ce qui se passait sur la scène, tant, après les merveilleuses aventures de la nuit, il avait peine â reprendre leaentimeat de la vie réelle.
A dater de cette visite à Pompeï , OetSF?ien fut en proie â une mélancolie morne, que la bonne humeur et les plaisanteries de ses compagùods aggravaient plutôt qu'ik ne la soulageilietit; Fimage d'Arria Maroella le poursuivait toujours^ et le triste dénoûmeni de sa bonùe fèrtune fan- .tastique n'en détruisait pas le charme.
N'y pouvant plus tenir^ Il retourna seerètement à Pompeï et se promena^ comme la première féis, dans les ruines^ au clair de lune, le cœur palpitant d'un espoir insensé^ mais rhàllttcitiatidn ne se fèiiouVela p«5 ; il ne vit ^ue des lézards fuyant sur les pierres ; il n'entendit que des piaulements d'oiseaui de Huit effrayés; il nerenoontrâ plus son ami Rtifus Helc&ilius ; Tyché ne vint pas lui mettre sa tnain fluette sur le bras ; Arria Marcella resta obstinément dans la poussière.
En désfespoirde cadse, Octavien s'eôt marié dernièrement â une jeune et charmante Anglail^^ qui est folle de lui. Il est parfait pour sa femme ; cependant EUen^ avec cet instinct du cœur que rien ne trompe , sent que son mari est amoureux d'une autre; mais de qui? C'est ce que l'espionnage le plus actif n'a pu lui apprendre. Octavien n'entretient pas de danseuse; dans le monde, il n'adresse
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aux femmes que des galanteries banales ; il a même répondu très-froidement aux avances marquées d'une princesse russe, célèbre par sa beauté et sa coquetterie. Un tiroir secret, ouvert pendant l'absence de son mari/ n'a fourni aucune preuve d'infidélité aux soupçons d'Ëllen. Mais comment pourrait-elle s'aviser d'être jdouse de Marcella, fille d'Arrius Diomèdes, affranchi de Tibère?
FIN D'ARRIA MARGELLA.