‹ Un trio de romans (volume 2)Chapitre 2 sur 3 · r- Maj^ôtre amourense pour n'être point aimée · texte numérisé non relu

r- Maj^ôtre amourense pour n'être point aimée

— Qu'est-ce que cela faif ? On aimo, pela est si bon! Çt, d'ailleurs, faite de h fagon dont tu os, tu ne dois pas trouver de cruel.

Tiens! je ne sais pourquoi pe mot au masculin me fait rire. Il semble fait pour rimer avec belle dans les pbansons et les madrigaux.

— Comme tu ris !

— Faut-il pleurer celui qui t'a inspiré cette flamme? C'est donc un Hippolyte, un être farouche et maussade qui ne se plait qu'aux bois et préfère au beau sexe les cerfs et les daims, comme celui de M. Racine?

— Oh ! non, il n'est pas sylvestre à ce point.

— Et peut-on savoir son nom?

— Monsieur le vicomte de Caudale.

— Alors la situation n'est pas désespérée; car il a'est pas barbare outre mesure, et l'autre soir, i mob souper, vous paraissiez du dernier mieux.

— ^ Oui, je le croyais asse? ten4re à mon endroit ; mais depuis ce souper, je n'ai pu le revoir.

—Il n'est cependant pas introuvable : on no yojt que lui â Versailles, an jCouBs-la-Reîne, m B^oi^rRoyal, ^ux

Tuileries» à TOpéra, à la Comédie» au Conoert spirituel.

— Eh bien ! dôpuis quelques jours, il est passé à Tétat de chimère.

— n est peut-être allé dans quelqu'une de ses terres, ou bien il suit le roi au voyage de Marly.

— Point; je m'en suis informée auprès de Lafleur» son valet de pied ; il n'a point emmené ses équipages, et même il paraît de temps en temps chez lui, mais sans suite et {pTi irrégulièrement.

— Voilà qui est singulier !

-^Que peut-il faire?

— S'il avait une affaire réglée avec quelque grande dame, le mari ou l'amant supplanté nous l'aurait dit, car c'est ehez nous qu'on vient chercher consolation de ces

— C'est vrai.

— S'il avait donné dans les lacs de quelque beauté de théâtre, elle l'aurait déjà crié sur les toits ; quand on est de l'espalier ou des chœurs, ou même premier sujet, on ne cache pas un vicomte de Candale.

— Alors, où a-t-il donc logé son cœur ?

— J'ai bien peur qu'il n'ait donné dans quelque amour bourgeois ou de robe au Marais ou à à l'île Saint-Louis.

— Tu m'effrayes, chère Guimard.

— Sans cela, il np serait pas naturel, ma pauvre Rosejtp, que tpi, une des plus belles filles de l'Opéra, tu soupirasses en vain.

— Je sens |e vrai de ce que tu dis; mais compent se conduire en une telle occurrence?

— Fais-toi faire la cour par deux autres amants, cela te distraira touJQmrs m peu.

—Point. J'écouterai tes conseils, à la condition qu'ils ne me diront pas de renoncer à mon amour.

— A la bonne heure» c'est être franche^ et je vus te conseiller selon ton goût. Il faut absolument savoir ce que fait M. de Caudale.

Tu y es bien décidée, n'est-ce pas, car tu n'es pas de ces courages pusillanimes qui préfèrent l'incertitude à la vérité?

— Non, certes; mais comment savoir ce qu'il fait? Je l'ai essayé vainement.

— Belle manière de pénétrer le secret des gens que de l'aller demander à eux-mêmes !

— Alors, comment s'y prendre?

— M. de Sartines, qui est fort de mes amis, m'a rendu quelques petits services dans les choses de son ressort, et cela le plus galamment du monde.

— M. lieutenant de police?

— Oui.

— Quel rapport y a-t-il contre la police et l'amour ?

— De très-grands rapports. J'avais un amoureux que je soupçonnais de quelques frasques en dessous ; je n'y tenais pas autrement ; mais je n'aime pas à être prise pour dupe.

M. de Sartines, pour éclairer sa conduite, me prêta ses deux plus fines mouches, des gens admirables pour la sape et l'intrigue, qui en revendraient à tous les Scapins de comédie, des hommes de génie qui lisent les lettres que vous avez dans vos poches, reconnaissent les gens masqués, voient à travers les murs et vous racontent tous vos secrets.

— Et qu'en arriva-t-il ?

— Mes sbrigani me démontrèrent en vingt-quatre heures

que j'étais indignement trompée, et j'eus le plaisir de confondre le parjure avec des preuves de trahison si évidentes, qu'il crut qu'il y avait de la diablerie là-dessous, ou tout au moins de la magie blanche.

— C'est admirable !

— Je vais demander avec toi à M. de Sartines qu'il mette à ton service ces deux argus, ce qu'il t'accordera à coup sûr, à moins qu'ils ne soient employés à des choses qui concernent le salut de l'État.

Rosette donna dans cette idée avec la furie d'une personne amoureuse et jalouse qui voit un moyen d'éclaircir ses doutes, et les deux danseuses s'en allèrent chez M. de Sartines qu'elles trouvèrent dans un cabinet plein de perruques, en train d'en essayer une nouvelle. ,

Ce magistrat les reçut de la manière la plus affable et la plus gracieuse, et se fit un plaisir d'attacher temporairement au service de Rosette les sieurs Clochebourde et Pincecroc qui, en virtuoses émérites, ne purent s'empêcher de sourire lorsque la danseuse leur dit ce qu'elle désirait savoir.

Le lendemain, un petit raptK)rt fort proprement écrit se trouvait sous l'oreiller de Rosette, placé là par une main inconnue. Il contenait ces mots :

a M. le vicomte de Caudale va tous les jours chez M. Bonnard son intendant, où il quitte ses habits de ville pour prendre ceux d'un jeune commis aux gabelles, puis il se rend, ainsi déguisé, rue de ***, n* ***, au troisième étage, chez mademoiselle Jeannette, ouvrière en dentelles, emménagée là depuis peu. 11 y r^ste deux heures environ.

» Dimanche dernier, M. le vicomte et mademoiselle Jeannette sont allés sq promener à la campagne et ont

dtné au cabaret du Lapm-Btanc. Nous ne savons pas au jusie ce qu'ils ont mangé, mais si madame y tient, nous ferons nos efforts... n

— Ah! grands dieux! soupira Rosette en lisant le fatal rapport, une grisette est encore pire qu'une bourgeoise ; et, se laissant aller en arrière, elle perdit connaissance ; on ne put la faire revenir qu'avec l'eau de la reine de Hongrie et les gouttes du général La Mothe, souveraines dans ces occasions.

Le caprice de madame de Champrosé de se transfonner en Jeannette devait troubler plus d'un cœur.

Le sensible drpgitiste de la rue S^inte-Avoye avait reçu au bal du Moulin-Rouge une flèche 4e Cupidon en pleine poitrine. L'on n'ignore pas que ce petit dieu tire sur les moitela avec des flèches de deux sortes.

Les premières ont des pointes d'or, les secondes des pointer de plomb, les unes inspirent l'amour, les autres l'antipathie, ou tout au moins la froideur.

Le malheureux droguiste étsiit si traversé par une des premières, que le dard lui sortait par le dos, tant la corde avait été bien tendue et Tare bien bandé. Une des secondes avait été dirigée sur madame Champrosé, qui se souciait du droguiste non plus que s'il n'eût pas été du monde.

Être l'héritier présomptif d'une belle droguerie, rue Sainte^-Avoye, à l'enseigne du Jlortier-d' Argent, et mou-

rir d'amour pour une grîsette sans h sou, c'est une portion humiliante et triste.

C'était celle du jeune Rougeron, l'Alcibiade» rAmilcar, le Galaor du quartier, celui que les Denise, les Nicole et les Javote regardaient tendrement en passant devant la boutique, où, assis au comptoir proprement ciré, il teoyait quelque médicament, quelque épice, quelque aromate, ou se délassait des soins de la journée à tourner trôs-dextrement en cornets de papier lés œuvres de messieurs tels ou tels, dont plusieurs étaient cependant des quarante.

Plus d'une belle fille de la rue Maubuée, de la rue da Plâtre, de la rue Geoffroy-l'Angevin et Barndu-Bec, rêvait d'être assise en robe de siamoise flambée dans ce comptoir triomphal ; car, si la droguerie touche d'un côté à l'épicerie, de l'autre, elle touche à l'apothicaire, ce qui la relève infiniment et lui donne de la majesté.

Mais elles rêvaient et soupiraient en vain, Rougeron ne pensait qu'à mademoiselle Jeannette, qui, vu l'effet divers des flèches dont nous avons parlé tout à l'heure, n'avait pas pensé une minute à lui.

Comment retrouva-t-il la jolie ouvrière en dentelles? c'est un point d'histoire qui n'est pas bien éclairci.

Il est probable qu'il la rencontra par hasard et la suivît de loin jusqu'à son logis, ou peut-être le courtaud de boutique, galant de Justine, qui était son ami, fit-il quelque indiscrétion; ce que nous pouvons dire, sans plus nous arrêter sur ce détailfastidieux, c'est qu'un matin Jeannette vit entrer chez elle le fils du droguiste ayant l'air le plus piteux, le plus décontenancé et le plus sot du monde, tournant son chapeau entre ses doigts, saluant comme un enfant de chœur, aussi empêtré de sa personne, aussi em-

barrasse de ses bras et de ses jambes qu'un amoureux de village devant les grands parents de son accordée.

Ce triomphateur d'un si beau sang-froid et d'un si grand aplomb dans les bals de guinguettes faillit prendre un billet de parterre, comme le beau Léandre ou Jeannot dans les parades de la foire Saint-Laurent, lorsque Jeannette lui dit de s'asseoir, tant il avait mal pris ses mesures; car l'amour, qui donne de l'esprit aux filles, rend les garçons bêtes, on ne sait pourquoi.

Jeannette, le voyant tout rouge, tout pantelant, le front couvert de sueur, eut pitié de son embarras et ouvrit la conversation par une phrase banale.

— Quel hasard vous amène ici , mon cher monsieur?

— Je passais par là, et j'ai profité de l'occasion pour vous faire une petite visite, car je ne vous ai pas vue depuis ce fameux bal...

— Ce m'est bien de l'honneur, et vous m'y voyez on ne peut plus sensible, reprit Jeannette d'un ton froid qui contrebalançait ce que ses paroles pouvaient avoir d'honnête et d'engageant.

La conversation allait tomber de nouveau, lorsque Finfortuné droguiste, faisant un violent effort sur lui-même, reprit ainsi avec beaucoup de feu et de véhémence :

— Non, mademoiselle Jeannette , je ne passais pas par là, comme je viens de le dire tout à l'heure. Je suis bien venu tout exprès en prenant ma résolution à deux mains : je souffrais trop de ne pas vous voir.

C'est le bal du Moulin-Rouge qui a tout fait. Vous étiez ce soir-là si jolie, si brave, si pimpante, que j'en ai eu le cœur pris tout de suite.

Jusqu'à présent, j'avais eu des amourettes ; maintenant, c'est de l'amour tout de bon ; jo le sens à la peine que

274 JEâM

f endure; j'en perds le manger, le boire et le dormir, encore que je voudrais si bien dormir pour rêver de vous; ce serait toujours cela !

Avant de vous connaître , je passais pour un gargoB entendu dans ma partie , et qui ne manquait pas d'esprit ; on citait mes quolibets d^ la rue de la Verrerie è b rue des Yieilles-Audriettes ; à présent, je ne mels pas le poids qu'il faut , je pèse tout de Mvers, je fais des eomels qui se déroulent , je donne de la vanille pour de la ean^ nelle , et ntô trompe sans cesse dans les sirops. Je ne sais plus distinguer un alcali d'un aeide^ et tout deridèremeiit j'ai raté une teinture de tournesol ^ à quoi j'excelle.

AutrefiHS j'avais toujours le petit mot pour rire^ et disais aux pratiques et aux jeunes filles les choses les plus dr51es du monde ; mais ce n'est plus cela : je suis maladriMC, tout stupide et tout chose, ce qui prouve, mad^ncnaeUe, que je vous aime, car enfin ce n'est pas naturel , et il fiaiut que le petit dieu malin s'en soit mêlé.

Pendant cette étrange déclaration , Jeannette eut phis d'une fois envie de rire ; mais l'infortuné droguiste avait tant de feu et de conviction, son s^timent était tell^odent sérieux sous son discours burlesque, qu'elle put n'éclater point et répondre assez doucement pour ne pas aggraver ce chagrin véritable, quoique ridicule :

-^Monsieur Rouger(m, tout c^ sans doute est fâcheux ; mais qu'y puisse?

— Celle qui a fait le mal le peut bien guérir.

«^ Je voudrais bien vous rendre la raison, mais pas de la manière que vous entendez.

— Et comment?

-^ En vous exhortant à ne plus penser à moi , comme dmt le faire toute honn^ fiUe en oette occasion.

— Vous ne m'aimez donc pas?

— Non ! et cela ne doit point vous blesser. On n'est point maîtresse de ses sentiments. Denise vous aime, et vous ne l'aimez pas.

— C'est vrai ; mais il me semble que si vous accueilliez mes voeux un peu favorablement, vous finiriez par avoir de r affection pour moi.

— On ne finit pas pat avoir de l'afiéction ; c'est par là qu'il faut commencer.

— En amour, peut-être ; mais pour le mariage, ce n'est pas nécessaire. Il y a la force du sacrement; puis l'habitude ; les bons soins et les enfants font le reste.

Oui, Jeannette, tel est l'entrrinement de ma passion pour vous, que je vous épouserai^ s'il le faut, malgré la grande distance qui sépare un drogutsle établi d'une sim^e ouvrière en dentelles.

Mes parents murmureront d'abord, on criera à la mésalliance dans la rue Sainte-Avoye, mais votre beauté triomphera de tout, et fera comprendre ma résolution.

Je mets, divine Jeannette, le mortier d'argot à vos pieds avec son comptoir de chêne, ses balances luisantes, ses pots de porcelaine étiquetés, ses tablettes et ses casiers remplis de codienille, de safran, de mastic, d'outremer^ de sang de dragon, de bezoar, de gomme adragant^ de sandaraque, de cinname, de benjoin et d'aromates de l'Inde, aussi précieux que l'or ; j'y ajoute les trois mille livres de rente qui me viennent du chef de ma mère, et ma maison de la rue Cullure-Sainte-Catberine, qui est d'un beau rapport, et une pièce de vigne près d'Orléans, dont je fais un vin assez joli, sans compter les bardes, nippes et bijoux.

— Tout cela est trè&-beau, répondit madame de Champ-

roséy peu émerveillée de cet inventaire persuasif qui eût dû éblouir Jeannette, et sur lequel le droguiste amoureux comptait comme sur le mouvement d'éloquence le plus irrésistible ; mais je ne puis donner les mains 'à un mariage qui vous mettrait mal avec vos parents.

— S'il n'y a que cet obstacle, je saurai bien l'aplanir, répondit le droguiste tout pâle d'émotion.

—Et auquel, continua Jeannette, malgré tous les avantages qu'il présente et l'honneur dont il me comblerait, je ne me sens nulle inclination.

<— Si vous me refusez de la sorte, mademoiselle Jeannette, c'est que vous en aimez un autre.

— £h bien! quand cela serait 1 ne puis-je disposer de mon cœur à ma fantaisie?

— Et c'est monsieur Jean, l'heureux mortel! un petit provincial d'Auxerre, dont tout l'avenir est d'avoir douze centà livres aux gabelles. — Joli partit

<— Très-bon pour moi , qui n'ai rien. Mais de grâce, mon cher monsieur Rougeron, ne vous laissez pas aller à ce mauvais goût de draper un rival.

Sans ajouter un mot, le droguiste anéanti se retira blême de colère et de jalousie , méditant quelque vengeance contre Jeannette ou contre Jean, ou même contre tous les deux; car rien n'est plus amer dans son ressentiment qu'un droguiste aigri.

Nous avons laissé Rosette évanouie en apprenant cette déplorable nouvelle que M. le vicomte de Caudale était préoccupé d'une grisette ; quand elle fut revenue de cette pâmoison, elle n'eut d'autre idée que de voir cette Jeannette, assez belle pour couper les roses sous le pied à une déesse d'Opéra, et débaucher au sentiment un jeune iseigneur qui jusque4à s'était contenté du plai^r.

Elle comprit avec cet instinct de femme qui ne txompe jamais, que l'ouvrière en dentelles devait être un rare morceau pour séduire à ce point M. de Caudale, qui était fort usagé et avait beaucoup de monde.

Ce qui l'alarma principalement, c'est que madmnoiselle Jeannette , quoique courtisée du vicomte , restait dans sa petite chambre, au lieu d'être transportée dans quelque petit hôtel meublé avec un luxe ruineux, comme c'est l'usage , lorsqu'un seigneur distingue avec quelque suite une Me de peu.

U fallait que Jeannette fût d'une vertu à toute épreuve, ou que M. de Caudale la respectât infiniment pour ne pas s'être conduit avec elle de la sorte dont il l'aurait fait avec toute autre.

Elle se disait bien que le vicomte s'était déguisé d'abord pour ne pas effaroucber la donzelle , et pénétrer dans la place à l'abri de ce travestissement; mais elle s'étonnait qu'il le gardât; et, pour éclaircir ses doutes, elle fil venir une cbaise, s'y plaça, enveloppée d'une grande thérèse de couleur sombre, et dit à ses porteurs de la conduire à la rue de...

Jeannette qui se croyait inconnue à l'univers et perdue comme un oiseau au fond des bois dans ce nid d'amour, fut on ne peut plus surprise lorsqu'elle vit entrer une belle femme bien mise et l'air passablement dédaigneux, qui lui dit :

— Mademoiselle Jeannette ?

— C'est moi, madame.

— Vous travaillez eu dentelles ?

— Oui , madame.

— Pourriez-vous me faire trois aunes d'un dessin pareil à celui-ci?

— Ce sera long et difficile , mais on peut en venir à bout, dit madame de Champrosé, soutenante tout hasard devant cette inconnue , dont elle ignorait les intentions , son personnage d'ouvrière.

— Et ce sera cher ?

— Trois louis , madame.

— Les voilà d'avance, dit Rosette, qui voulait se donner le temps d'examiner sa rivale, et qui ne put, avec la meilleure volonté du monde de la trouver affreuse, s'em-

pêcher de convenir, vis-à-vis d'elle-même, que Jeannette était charmante.

Elle admira en enrageant ces beaux yeux bleus si tendres et si fiers, cette bouche rose, ce teint délicat, ces traits si purs, ce beau col si bien attaché, tous ces charmes modestes que faisait valoir un frais déshabillé. Et cette contemplation lui arracha un soupir.

Certes sa beauté valait celle de Jeannette, et pourtant Touvrière en dentelles avait quelque chose d'indéfinissable, un charme particulier, une noblesse naturelle , un certain air aristocratique , si ce mot peut s'appliquer à une simple grisette.

-*- D'où vient donc qu'elle est plus belle que moi, se disait la danseuse vis-à-vis de l'ouvrière, mes yeux valent les siens, mon teint est aussi éclatant et ma taille est mieux prise.

Serait-ce , comme dit ce philosophe, imitateur de Jean- Jacques, que je fais dîner à l'office, qu'à la beauté physique elle joint la beauté morale? J'étais venue pour lui chanter pouille, et voilà que je reste presque embarrassée devant elle.

Ces réflexions rapides traversèrent la tête de Rosette , causèrent un silence de quelques secondes qui devenait gênant; la danseuse le rompit :

— Ma chère petite , fit-elle du ton le plus affectueux qu'elle put prendre, cette dentelle n'était qu'un prétexte ; je voulais vous voir et vous parler pour des choses d'importance, et qui vous regardent vous et moi ; car bien que je ne vous aie jamais vue, tout ce qui vous intéresse me touche fort.

— Ce que vous dites, madame, est une énigme où je ne comprends rien.

280 JBAIf

Que peuvent avoir de commun deux personnes qui nese sont jamais rencontrées, et qui ne se rencontreront probablement plus ?

— Mademoiselle Jeannette , vous avez un amant.

A cette interpellation si brusque , le noble sang de ses aïeux monta aux joues de madame de Gbamprosé qui , se rappelant qu'elle était Jeannette, se remit aussitôt et garda un silence hautain.

— Un amant, c'est peut-être trop dire, un amoureux comme cela se nomme dans votre caste.

— Que j'aie un galant ou non, que vous importe? laissez-moi , madame ; vous me tenez, dans je ne sais qud but, des discours que je ne puis entendre.

-—Cela m'importe beaucoup, j'aime le vicontite de Caudale ' ,

— Et moi, M. Jean, cela m'est bien égal.

— Pas si ^1 que vous croyez.

— Et pourquoi î

— M. le vicomte de Caudale et M. Jean ne sont qu'une seule personne.

— Je ne crois pas un mot de ce que vous dites. Vous voulez me tourmenter : en tout cas, je ne suis pas jalouse : vous n'êtes pas aimée. Sans cela vous ne viendriez ps^ chercher le vicomte de Caudale chez mademoiselle Jeannette.

— Hélas! vous avez bien raison, mademoiselle Jeannette, il ne m'aime point , et maintenant je le comprends, car vous êtes belle, très-belle, oui, plus belle que moi ; mais l'amour que vous acceptiez de M. Jean, pouvez-vous l'accepter du vicomte de Candale , un jeune seigneur de maison illustre, bien placé à la cour, qui a pris ce d^uisèment pour vous séduire, comme Jupiter lorsqu'il se

transformait pour se divertir avec de simples mortelles? 11 n'a d'autre idée que d6 vous suborner , d'abuser de votre innocence.

Rien de sérieux ne peut exister entre vous. Vous êtes nés dans des sphères trop différentes pour que vos existences ne se séparent pas d'elles-mêmes. Que pouvez-vo.us être dans sa vie? Une heure de plaisir.

Bientôt il retournera au monde où il est fait pour briller , et vous resterez dans votre ombre pleurant votre crédulité.

Assurément il vous donnera autant d'or que vous voudrez, il vous fera des rentes , mais ce n'est pas là ce que vous désirez de lui, puisque vous êtes sage et ne visez qu'au sentiment.

Peut-être» chère petite, aviez-vous l'espoir de vous faire épouser par M. Jean.

C'est une chimère avec M. de Caudale , qui sera duc et grand d'Espagne de première classe après la mort de son oncle.

— Qui sait ? dit Jeannette en souriant le plus tranquillement du monde, nous reparlerons de cela quand vous viendrez chercher votre dentelle.

— Mais c'est qu'elle le fera comme elle le dit, pensa Rosette attérée, en regagnant sa chaise.

Ces grisettes, avec leurs semblants de désintéressement et de vertu, sont mille fois plus rouées que les sujets du chant , et ce n'est pas peu dire.

Ah! mon pauvre cœur de bonne fille, dans quelle galère t'es-tu embarqué en aimant Caudale?

Cette révélation étrange si bizarrement faite causa-t-elle peine ou plaisir à celle qui la reçut? Si Jeannette y perdit, madame deChamprosé y gagna.

Elle se sut bon gré de la perspicacité de son choix : elle

aima son sang de ne s'être point trompé, et fit compliment à son oœar de n'avoir pas aidé ce caprice plébéien né des conseils de l'ennui et des intrigues d'une femme de chambre.

Elle eut une joie d'hermine en sentant sa blanche fourrure vierge de tache. Au fond, quoique très-amoureuse de Jean , elle trouvait ee nom bien vulgaire, et fut heureuse de le voir s'allonger de la vicomte de Candale : alcHPs, bien des élégances, bien des distinctions et des finesses qui lui semblaient étonnantes dans le faux commis aux gabdles s'expliquèrent d'elles-mêmes.

Elle se livra à son amour avec une sécurité plus gouaplète, n'en redoutant pas les suites et pouvant faire une liaison étemelle de oe qui ne devait êfre qu'une fantaisie de passage.

Ainsi Rosette, au lieu de nuire aux amours de Caudale, les avait servis ; mais elk ne pouvait savoir qua Jeannette était la marquise de Champrosé ; elle ne l'avait pas demandé aux mouchards qui, en gens discnets, lui sfvaieel laissé ignorer ce détail à la recommandation de M. de Sartines toujours prudent, mystérieux et sage.

Lorsque M. Jean vint r^idre sa vi^te accoutumée à Jeannette, celle-ci le reçut de 1'^ le ^us eérémeoieux du monde et avec toutes les marques du ^us profond respect.

— Quelles belles révérences vous me faites aiqottrd'bBÎ , mademoiselle. Jeannette ; vous m'aviez balntué à uo^ réception plus amûeale et plus faimlière ; un baiaer me i^aîr rait mieux que trente révérences.

— - Ah '. c'e^ que je ae croyais pas recevoir ^uès ma9 humble chambre un si grand et si piiissaja^ personnage-

— Quel personnage? que voulez-vous dire? où tendent

ces simagrées? dit Gandale, assez inquiet de la tournure que prenait eette conversation.

— C'est vraiment beaucoup d'honneur pour la pauvre Jeannette.

. — Pardieu, trêve de raillerie ; Jean et Jeannette peuvent se faire plaisir y mais non honneur : leurs titres se valent.

— Non. Mademoiselle Jeannette ne peut aller de pair avQC le vicomte de Candale. Votre généalogie , monsieur Jean» T— permettei-moi de vous appeler encore une fois de ce nom sous lequel je vous ai tant aimé, — remonte beaucoup plus haut que la mienne.

Ce coup subit étourdit un peu Candale, mais il se remit Mentôt, et 9 avec un air d'ei^trôme noblesse, il dit :

-TT- Quelle que soit la manidre dont vous ayex appris mon nom , je ne le renierai pas. Oui , je suis le vicomte de Candale. Je dois cela a mes ajteui^ de le dire quand on me le demande.

rr- Ah ! monsieur de Candale» comme vous avez abusé de la simplicité d'une jeune fille ! comme vous m'avez trompée! '

— Trompée 1 et en quoi? Ai-je menti? Regardez, mes yeux ne sont-ils pas pleins de flamme et d'amour? Ce que monsieur Jean a djt , Candale le répète.

— Uais mademoiselle Jeaûnette peut-elle l'écouter?

— Dédi8dgn^use ! elle écoutait bien monsieur Jean. Allejtvous faire la 'fière parce que je ne suis qu'un vicomte ? Tout le monde ne peut pas être roturier. Je n'ai pas eu la chance de naître sans particule et sans titre. Il faut me pardonner.

— Comment se fait-il que le vicomte de Candale ût à la noce au Moulin-Rouge?

— Mon Dieu ! pur caprice , désœurrement , ennui de plaisirs fastidieux, amour de l'inconnu» vague espérance du cœur qui cherche ce qu'il rêve et que j'ai trouvé, grâce à mon travestissement; vous avez accueilli le commis aux gabelles et vous auriez repoussé le vicomte.

Écoutez, Jeannette, continua-t-il d'un ton plus sérieux. Je vous aime comme je n'iû jamais aimé personne. Fiezvous à moi.

Loin de cacher ma passion » je veux m'en glorifier, je veux vous remettre à votre place, je veux enchâsser votre beauté dans l'or, vous faire une vie d'enchantements et de fêtes, vous rendre riche, éclatante, heureuse à faire envie aux duchesses, vous donner sur des plats d'argent les dés de vermeil de tous mes chftteaux ; la maîtresse du roi , qm est presque reine de France, pftlira de jalousie en vous voyant passer, car elle se sentira tombée du trône de beauté qu'elle n'occupe que parce que vous daigner rester dans l'ombre.

Ma vie > mon sang, mon or, tout est à vous. Je vous donne tout.

— Oui, tout, excepté cet anneau, que monsieur Jean aurait passé au doigt de Jeannette, et qui , seul, me permettrait d'accepter les trésors de monsieur de Caudale.

Adieu, vicomte, nous ne devons plus nous revoir. Baisez ma main pour la dernière fois. ^! monsieur Jeafif pourquoi ôtes-vous venu danser au Moulin-Rouge!

Il faudrait un crayon plus habile et plus exercé que le nôtre pour peindre au vrai la physionomie désappointée de l'abbé lorsqu'il se. présenta à l'hôtel de Champrosé à son heure ordinaire, et qu'il lui fut dit par le suisse que madame la marquise était allée passer six semaines à la terre de sa tante , la vieille baronne de Kerkaradec, en Bretagne.

L'abbé, réjoui de l'idée devoir madame de Champrosé, dont il aimait fort la société, était arrivé d'un air furtif et joyeux, sautillant sur la pointe de ses souliers à boucles d'or, son petit manteau galamment jeté sur le bras, sa jambe moulée dans un fin bas de soié^ noire et comme on dit in flocchi.

Il était encore plus rose et plus épanoui que Jo coutume ; son sourire, motivé par un contentement ijiturîeur, faisait étinceler les trente-deux perles de sa denture.

Il avait préparé deux ou trois plaisanteries à peu près neuves et autant de madrigaux presque inédits sur Feffet desquels il comptait beaucoup. Jamais il ne s'était senti si en verve, et, pour arriver plus tôt, il avait fait dire son bréviaire par son domestique.

Pauvre abbé! aucun pressentiment fâcheux neTavait averti.

A force de grâce et d'amabilité , il se flattait de supplanter ce jour-là le sapajou, son élève et son rival dans le cœur de madame de Champrosé, et madame de Champrosé était partie pour un pays sauvage, inabordable, affreux, pire que la Chersonése taurique , et peuplé de Topinambous, d'Algonquins et de Hurons! Quel coup!

Son sourire , qu'il ne pouvait fermer tout à fait, se rétrécit de moitié, ce qui était pour lui la suprême expression de la tristesse, et il se retira à pas lents, la mine défaite et l'air attéré, laissant prendre au taffetas de son manteau des plis désespérés, et se répétant machinalement : (c Quelle barbarie insoutenable et quelle irr^[ularité choquante de procédé de s'en aller ainsi sans tambour ni trompette chez une tante sempiternelle, et de nous planter là , nous ses amis, ses commensaux , ses adorateurs, et les animaux de sa ménagerie intime.

A qui donc vais^e dire les petits vers impromptus que j'ai si laborieusement préparés pour elle ce matin? Faudrat-il les laisser rancir jusqu'à son retour ? Ah l sort cruel, destinée impie, que t'a fait un pauvre abbé de cour pour le persécuter de la sorte I

Après l'abbé vint le financier Bafogne, en carrosse surdoré, chargé de peintures et d'armoiries voyantes (car Bafogne avait acheté récemment des lettres de noblesse),

encombré par derrière d'un monde de laquais, chargé par devant d'un cocher de la plus vaste corpulence.

Ce financier descendit lourdement de la somptueuse machine, vêtu avec un faste inouï ; habit-veste et culotte de brocart d'or doublé de brocart d'argent, boutons de diamants larges comme des tabatières. Il rayonnait comme un paon dans sa queue, car ayant formé depuis longtemps le projet de faire une déclaration en règles à madame la marquise de Champrosé, et ayant choisi ce jour-là précisément pour l'exécution de ce grand acte qui lui coûtait beaucoup, car madame de Champrosé lui imposait, il s'était mis sous les armes et fait aussi beau que possible, c'est-àdire fort laid, les grâces ne s'achetant pas chez le fourni^ seur.

Lorsqu'il apprit l'inconcevable départ qui dérangeait tous ses plans, il se mit dans une violente colère, de cramoisi devint violet, jura, maugréa, tempêta, frappa la terre de sa grande canne à pomme d'or, ciselée par Roettiers, le graveur du roi, d'une force à la briser, quoique le jonc en fût d'un prix inestimable, et dit au suisse ce mot magnifique qui peignait au vif sa profonde croyance dans le pouvoir de l'argent;

— Maraud, dis-moi que ta maîtresse n'est pas partie et je te donne cent pisloles 1

Le suisse consciencieux, qui ne demandait pas mieux que de gagner la somme, eut le chagrin de répondre à Bafogne que sa maîtresse était véritablement partie depuis la veille pour le château de sa tante, la baronne de Kerkaradec, près de Pen-Marck, dans la baie d'Audierne, détails qu'il se crut obligé d'ajouter pour remercier le traitant de la profusion de son offre, et que celui-ci récompensa par une poignée d'écus de six livres.

Au traitanl succédèrent le commandeur de livry el k chevalier, dans un (diaéion attelé de grands chevaux anglaisy importation mise à la mode par M. de Lauraguais, qui revenait de Londres, oà il avait été apprendre à penser.

Le commandeur fut sensiblement navré de VahseDoe de madame de Champrosé dont le cuisinier avail un styk qui cadrait avec ses opinions sur la science de biefi

Personne ne réussissait mieux à son gré le potage à la bisque et les quenelles à Tess^oe, et c'était un homiBe incomparable pour les salmis de bécasses !

Aussi le commandeur étail-il <k la fidélité la plus exemplaire aux soupers de la marquise. On pouvait diffidtoMiit le détourner à manger ailleurs, et après ses propres vins, qu'il soignait avec la soUidtode la plus minutieuse, il n'admettait comme dignes d'être bus par un gosier intelligent, que ceux de la marquise dont le sommdier avait pour lui la vénération la plus profonde à cause de ses grandes connaissances dans la matière.

Le chevalier, qui, trompé par les pdntures que Justine lui faisait de ses progrès dans le coeur de sa maîtresse, croyait entendre sonner bientôt pour lui l'heure du b^cger, ne vit pas sans un défit extrême ses espérances veculées infiniment.

n s'imaginait, grâce à son esprit de ruelles, et à sa jambe, qu'il avait fort belle et dont il tirait vanité, avoir fait quelque impression sur l'aimable marquise : que de bons mots et de dandin^nents il lui &udrait pour rattraper le temps perdu ! pensa-t-il avec une sorte de nige. Mais ce dépit outré ne r^édiait à rien.

Les quatre habitués de l'hôtel Champrosé se dispersèreot donc, cherchant à passer leur soirée du mieux possible.

L'abbé alla cbez la présidente de T*\ mais il trouva son carlin si mal élevé et son singe si maussade qu'il s'amusa médiocrement; la présidente se couperosait d'ailleurs outrageusement, et pour comble de malheur jamais incarnat ne fut plus mal distribué que le sien, les roses de la pudeur avaient abandonné ses joues pour se réfugier sur son nez où, malgré l'eau de chicorée et de concombre dont on les arrosait, elles se changeaient en coquelicots du ponceau le plus vif.

L'abbé, comparant ce nez indomptable dans ses ardeurs au petit nez frais et blanc de madame de Ghamprosé, sentit plus amèrement toute l'étendue de son infortune.

Il essaya vainement de placer les vers et les mots qu'il avait faits le matin : les circonstances n'y prêtaient pas, et au lieu de compliments ils eussent paru des injures sanglantes.

Accablé par tant de revers, il fut terne, et la présidente de r** dit à la baronne de B*** :

— « Décidément, il baisse, ce cher abbé. r>

Encore si le souper avait été bon ! Mais les vins étaient frelatés et les laquais ne versaient à boire qu'en rechignant ; les assiettes disparaissaient aussitôt qu'on tournait la tête, escamotées par les serviteurs pressés de s'aller coucher et d'emporter la desserte.

Malgré le luxe de la vaisselle plate, l'éclat des cristaux et des bougies, c'était une vraie chère de cabaret comme dans la plupart de ces maisons où l'ostentation se mêle à l'avarice.

Le malheureux abbé prit congé , indigéré à la fois et mourant de faim , et se retira chez lui avec des idées d'aller finir à la Trappe, chez M. de Rancé.

Bafogne ne fut pas beaucoup pins heureux; ne sachant

que faire de son temps, il se rendit chez la Desobry, qui l'aidait à prendre en patience les rigueurs des grandes dames ; mais comme Timpure avait compté que son Mondor passerait sa soirée ailleurs, elle avait pris ses mesures pour charmer la solitude où il la laissait.

Le traitant, qui entra inopinément avec l'autorité ïm homme qui paie, vit une petite table à deux couverts délicatement servie, et un bout d'épée et une basque d'uniforme qui disparaissaient par une porte refermée aussitôt.

En vain la Desobry chercha-t-elle à lui expliquer que rien n'était plus naturel que d'avoir deux couverts quand on est seule. Le traitant ne voulut point mordre à cette explication si plausible. Car il avait vu, de ses yeux vu, un pan d'habit disparaître dans le calnnet, qu'il voulut ouvrir à toute force.

Il en sortit un mousquetaire rouge de la plus belle venue, qui n'avait pas l'air le moins du monde déconcerté, et qui expliqua à Bafogne qu'il était le cousin de mademoiselle Desobry, personne fort respectable, et qu'il entendait qu'on traitât avec les plus grands égards : sinon, il jurait son grand sacrebleu qu'il couperait les deux oreilles au faquin qui lui manquerait.

Le financier, qui ne brillait pas précisément par l'héroïsme, et tenait à conserver ses oreilles, quoiqu'elles fussent longues, langa à la Desobry un regard de travers, comme celui des boucs dont parle Virgile; mais il ne sonna mot et se retira en fermant les portes avec fracas, laissant le champ libre au mousquetaire et à la donzelle, qui riait impertinemment aux éclats.

Telle fut la soirée du traitant Bafogne.

Le commandeur de Livry, pour se consoler, dévora presque entière une hure de sanglier aux pistaches qui le

faillit étouffer, bien qu'il l'eût arrosée de oombreux rouge- Jbords et qu'il possédât un estomac d'autnichCy célèbre pour sa capacité digestive.

La nuit, il eut un cauchemar affreux. Le sanglier dont il avait mangé la hure , sinistrement décapité, piétinait sur sa poitnne et tâchait de l'écraser en se roulant sur lui.

Ce songe alarma beaucoup le commandeur, qui consulta Tronchin.

Le célèbre docteur répondit en souriant :

— « Ce rêve signifie que le sanglier est lourd et que vous aurez une indigestion si vous en mangez encore. »

Quant au chevalier, il était de si mauvaise humeur, si aigre, si cassant, qu'il se fit, dans les coulisses de l'Opéra,une querelle avec Versac ; l'on prit l'heure pour se battre, et le chevalier reçut à la joue une estafilade qui le faillit éborgner, et le força de porter pendant quelques jours une grande mouche de taffetas d'Angleterre qui le défigurait si plaisamment, qu'elle faillit lui faire avoir un autre duel.

Voilà les fâcheuses extrémités où madame de Champrosé contraignit ses quatre visiteurs habituels, en feignant d'aller passer six semaines chez sa tante, la baronne douairière de Kerkaradec, tandis qu'elle filait la parfait amour avec M. Jean, dans sa petite chambre d'ouvrière en dentelles.

Mais ce que madame de Champrosé n'avait pas prévu, c'est le parti suprême que prirent tous ces désœuvrements aux abois.

Au bout de quelques jours d'essais infructueux pour se caser aussi agréablement ailleurs, l'abbé, le financier, le chevalier et le commandeur conçurent séparément une

idée dont chacun crut avoir la primeur, et qu'ils mirent à exécution le plus sournoisement possible.

Cette idée amena la complication que nous allons raconter.

Le manoir de Kerkaradec, vieux reste des temps de barbarie, est une bastille gothique avec des murailles de quinze pieds d'épaisseur, où les fenêtres font cabinet, avec des créneaux, des moucharab]rs, des mâchicoulis, des barbacanes, un pont-levis, une herse et tout l'attirail féodal.

Quatre tourelles aux toits en poivrière flanquent les angles, surmontées de girouettes en queue d'aronde que rouille le vent de la mer qui se brise au pied du château sur des rocs, et dont on entend nuit et jour la plainte ennuyeuse et monotone ; des nuées de martinets tournent en criant autour de cette gentilhommière pour tâcher de donner un peu de vie à ces murs noircis par les siècles.

Rien n'est plus affreux que ce manoir de Kerkaradec, élevé à une époque où le goût n'était pas encore formé par les Mansard, les Gabriel, les Ledoux et les Servandoni,

qui nous ont fait goûter les beautés régulières et le vrai style de rarchiteclure.

Il est étonnant qu'on puisse vivre hors de Tatmosphère des cours, loin du soleil de Versailles, le seul qui éclaire véritablement, parmi des paysans non moins sauvages que des animaux, et des gentilshommes aussi rudes que leurs aïeux Celtes, de féroce mémoire.

Cependant la douairière de Kerkaradec, quoique des mieux nées, avait résolu ce problème, puisqu'elle était âgée de quatre-vingts ans ; il est vrai qu'elle avait eu le temps d'oublier Paris, où elle avait été élevée, sur sa grève solitaire de la baie d'Audierne.

Certes, on ne pouvait rêver pour ce vieux château une châtelaine plus assortie ; la figure allait on ne peut mieux au cadre : la douairière de Kerkaradec, avec son bonnet à grandes barbes du temps de la jeunesse de Louis XIV, sa robe d'étoffe raide, brocatelle ou lampas , qu'on eût dit taillée dans un vieu^ rideau, ses grands yeux de chouette tout bistrés et séparés par un nez mince, luisant comme un bec, sa bouche, roLtrée par l'enfoncement des dents, semblait l'esprit des tem^^ passés, qui revenait hanter cet édifice d'autrefois ; malgrt son air de sorcière, augmenté par la solitude et la sauvagerie du lieu, madame de Kerkaradec avait cependant grand air et haute mine ; on comprenait que le sang qui gonflait ses vieilles veines, sous la peau parcheminée de ses mains sèches comme des griffes de momie, était un sang pur et sorti d'une noble source.

Le rêve caressé de cette bonne dame était d'avoir un partenaire pour jouer aux cartes avec elle. Tous les vieux gentilshommes ses amis étaient morts depuis longtemps.

Elle n'avait que des parents éloignés ou qui ne demeu-

• raient pas en Bretagne ; le curé ne pouvait pas venir souvent.

Le presbytère était à une assez grande distance du chftteaUy et les chemins qui y conduisaient étaient détestables.

La pauvre douairière, assise près d'une fenêtre dans un grand fauteuil de tapisserie, s'occupait donc gravement à faire une partie toute seule, sa main droite la représentant elle-même, et sa main gauche représentant son adversaire idéal, lorsqu'une vieille servante tout eifarée entra dans la chambre et dit à sa maîtresse : *

— Madame 1 madame ! on a sonné à la cloche du pontlevis!

— Allons donc! folle, les oreilles te tintent. Qui veuxtu qui sonne à notre pauvre colombier abandonné?

— Les oreilles ne me tintent pas : Yvon est allé ouvrir.

— Que me contes-tu? Il ne vient personne ici. M. le curé passe par la brèche du parc, et entre par la poterne.

— Madame , on a sonné , — et sonné trois fois.

— Chimères ! Le dernier qui ait fait baisser le pontlavis, c'est M. de Penhoêl, parce qu'il venait à cheval , et il y a... voyons... quinze ans qu'il est mort, dit la bonne dame en comptant sur ses doigts maigres et jaunes.

La vieille Berthe ne s'était cependant pas trompée, car au bout de quelques minutes, un grand drôle, moitié laquais, moitié valet de ferme, vint dire qu'un gentilhomme , dont la chaise s'était rompue à quelque distance du château , demandait l'hospitalité.

— L'hôte que Dieu nous envoie est le bienvenu , dit la vieille dame , qui avait les traditions des anciens temps. Faites-le entrer.

Le laquais sortit, et madame de Kerkaradec ne put

s empocher de se dire : a II fera ma partie , cet hôte béfti qui me tombe du ciel. )>

Un personnage de notre connaissance , qui n'était autre que le chevalier , reconnaissable à la ligne rouge que lui laissait sur la joue l'estafilade faite par Tépée de Yersac, s'approcha du fauteuil de la douairière , qui s'était un peu soulevée , et salua profondément.

— Madame, je suis le chevalier de Saint-Hubert.

— Moi , la baronne de Kerkaradec.

— Un maladroit de postillon a versé ma chaise et m'a bfisé une roue dans une ornière , et je me vois dans l'impossibilité de continuer ma route devant que ma chaise soit raccommodée.

— Ce château est le vôtre, monsieur; mais ne vous ôtesrvous pas blessé ou contusionné en tombant?

— Non, madame , ma chute a été la plus heureuse du monde ; j'ai glissé sur un tertre fort mollet, tout moussu et tout herbu.

— Ah ! tant mieux ; en sorte que pour attendre l'heure du dîner vous pourriez faire avec moi un cent de piquet.

— Très-volontiers , répondit le chevalier qui saisissait aux cheveux cette occasion de rester dans la place.

Et il s'empara des cartes qu'il battit et coupa avec une aisance qui fit plaisir à la douairière.

— Quelle diable d'idée, se disait-il, a eue madame de Champrosé de se venir enterrer dans ce nid de hiboux et de rats avec cette vieille momie I Les femmes sont vraiment folles. Où peut-elle être ? Sans doute dans sa chambre , à lire, à parfiler ou dormir.

Il faudra bien qu'elle vienne dîner, et alors je la verrai, et cette passion à la suivre fera son effet et avancera mes

Le chevalier et la douairière avaient à peine joué deux parties que Bertbe , plus effarée que la première fois, vint dire :

— Madame , on a encore sonné.

— Eh bien ! qu'on ouvre.

Le laquais introduisit au bout de quelques instants, un charmant abbé de cour très-poupin, très-propret, qui parut surpris et très-contrarié en voyant le chevalier déjà installé.

Cet abbé, vous le connaissez, du reste; il n'avait pu résister à deux jours de présidente et s'était mis au pour-r chas de madame de Ghamprosé.

Dévorant cette contrariété, il déclina son nom et racx)nta son histoire, exactement pareille à celle du chevalier.

Madame de Kerkaradec expliqua ce double^accident par l'état affreux des chemins, où bétes, voitures et gens se perdent, puis elle invita l'abbé à prendre place autour de la table verte.

Une demi-heure après environ , la sonnette retentit une troisième fois , et Bafogne souillé de boue , car plus gros et plus lourd, il n'avait pas versé si adroitement que le chevalier et l'abbé , fit son apparition.

On lui fit accueil comme aux autres, et la douairière , levant au ciel ses mains diaphanes à force de maigreur, dit, avec un accent de jubilation profonde :

— Le ciel n'a pas voulu que je meure sans jouer encore une fois au whist. Nous voilà quatre : c'est le nombre qu'il faut : la Providence est grande.

Le commandeur , assez disloqué, ne tarda pas à paraître en se servant du même prétexte.

— Asseyez-vous, monsieur , et quand un de ces gen-

tilshommes sera fatigué, vous reprendrez son jeu, dit la vieille dame transportée de joie d'une telle affluence.

Les quatre courtisans de madame de Champrosé avaient eu tous les quatre la môme idée d'aller la retrouver au château de Kerkaradec, et leur imaginative peu fertile leur avait fourni à tous le même moyen , c'est-à-dire le plus banal.

Chacun avait espéré être seul inventeur de cette combinaison triomphale , et ce fut avec la rage la plus comique qu'ils se trouvèrent tous réunis chez la vieille Bretonne.

Tout en jouant de la plus mauvaise grâce du monde, ils se regardaient en dessous comme ces Chimères japonaises , constellées de verrues, que l'on met en regard sur les étagères et les cheminées.

Mais cela n'était rien en comparaison de ce qui les attendait.

On vint dire A madame de Kerkaradec qu'elle était servie, et l'on passa dans la salle à manger, la veille dame donnant la main au chevalier.

surprise ! rage ! désespoir ! Madame de Champrosé ne parut pas : elle n'était pas au château ! ! !

Où pouvait-elle être? Sans doute en campagne avec quelque galant.

Le chevalier amena délicatement la conversation sur madame de Champrosé qui , disait-il , lui avait parlé souvent de madame de Kerkaradec avec beaucoup de vénération et d'amour.

— Oh ! fit la veille dame , mes rides sans doute lui font peur. Il y a six ans que je ne l'ai vue, et plus de deux ans qu'elle ne m'a écrit.

, — Nous sommes joués, s'écrièrent en chœur, mais à bouche close, le chevalier, l'abbé, le traitant et le com-

mandeur, qui , après être restés un jour ou deux à faire la partie de madame de Kerkaradec, comme la bienséance Texigeail , repartirent ensemble pour Paris moulus et furieux.

Vous pensez bien qu'ils racontèrent Thistoire à qui voulut Tentendre , à la ville et à la cour, dans les cercles et dans les ruelles , à TOpéra et à la Comédie , et il ne fut bientôt plus bruit que de la disparition de madame la marquise de Champrosé, envolée avec un galant inconnu; car, dans cet ingénieux et positif dix-buitième siècle, personne ne supposa un instant qu'elle fût partie seule.

Caudale lui-même apprit la chose et s'en étonna fort; mais il était à mille lieues de penser que lui seul eût pu dire où était la belle fugitive.

La situation se compliquait , madame de Champrosé avait appris par Justine , qui avait gardé des intelligenees à rhôtel t h voyage de ses quatre familiers à Kerkaradee, et le bruit qui en résultait.

Ce qui aurait été grave avec M. Jean , devenait l»eii plus arrangeable avec le vicomte de Caudale ; mais h marquise , avant de rejeter à tout jamais ce joli masque de Jeannette , sous lequel elle s'était déguisée pendant quelques jours, voulut pousser son personnage jusqu'au bout. Elle eut le caprice, ayant commencé cette intrigue, d'en tirer tout ce qu'elle contenait.

Cette ambition la prit, puisqu'elle avait donné dans le romanesque d'être aimée pour elle-même, de ne devoir qu'à ses agréments naturels un triomphe qu'elle eût si facilement conquis avec son titre , sa richesse et|sa grande position.

D'un autre côté, le vicomte de Caudale , en rentrent chez lui , où il déposa les modestes habits de M. Jean y désormais inutiles , sentit qu'il était éperdument amoureux de Jeannette, et qu'il lui serait impossible de vivre sans elle.

Il alla donc la voir, revêtu, cette fois, des habits de son rang, dans un costume magnifique et galant qui faisait ressortir merveilleusement les avantages de sa personne. Il avait mis ses ordres, comme pour une visite de cérémonie.

Quand il entra dans la chambre, l'air tout rayonnant et tout superbe, Jeannette eut un frisson de plaisir, et trouva le vicomte beaucoup plus beau que le commis aux gabelles.

— Ah ! monsieur Jean, s'écria-t-elle en jouant en perfection la surprise et la douleur, monsieur de Caudale, veux-je dire, c'est peu généreux à vous de poursuivre une pauvre fille dont vous avez troublé la vie, et qui ne demande qu'à vous oublier, si elle le peut, dans l'ombre où vous êtes venu la trouver.

— Jeannette, de grâce, continuez à Caudale l'amitié, l'amour que vous sembliez avoir pour M. Jean.

— Ne me rappelez pas ce nom sous lequel vous avez surpris un cœur qui croyait pouvoir se donner.

— Eh bien I soit. Ne parlons plus de Jean , parlons de Candale , dit le vicomte en se jetant aux pieds de Jeannette. Que veux-tu, méchante fille, être vertueux et froid qui te fais un jeu de ma souffrance? Tu refuses de me recevoir parce que je suis un vicomte.

Ta roture est donc plus fière que ma noblesse? Quand tu serais princesse, quand tu descendrais de Charlemagne en droite ligne, quand ton blason irait de pair avec le

mien» que saint Louis a enrichi d'une nouvelle pièce aux croisades, est-ce que je t'en aimerais moins, et dois-tu m'imputer à faute un avantage que je n'ai pas cherché?

Oui, Jeannette, je le sens, ma» vie est désormais atta* chée à la tienne et ne peut s'en séparer ; il faut que tu m'aimes, tout vicomte que je suis. Je vois ta réponse voltiger sur tes lèvres charmantes, mais tu ne la diras point, car ce baiser l'étouiTera au passage.

Tu es à moi de par la sainte nature, de par le droit sacré de l'amour, de par ton cœur qui tremble, de par le mien qui bondit; duchesse ou grisette, prince ou manant, qu'importe ! Il n'y a ici que Cupidon et Psyché qui s'embrassent en se reconnaissant.

— Caudale, laissez-moi, soupira Jeannette, cherchant à se dégager des bras du vicomte, n'abusez pas de ce que je vous aime.

' — Ne crains rien, cher ange ; resle sur mon cœur, c'est ta place ; que peut avoir à redouter de son mari la vicomtesse de Caudale?

— cielî que dites-vous-là?

— Je dis que je vous épouse , parce qu'il n'y a plus maintenant qu'une femme au monde pour moi , et c'est vous.

— Bonheur inespéré 1 dit Jeannette, pâle et rose iour à tour, mais que je ne dois pas accepter! Y songez-vous, quelle mésalliance! un des plus beaux noms de France s'unir à une pauvre ouvrière en dentelles qui n'a rien que sa vertu.

— Tu es reine par ta vertu. Et d'ailleurs, par les mœurs et les morales qui courent, personne n'est sûr du sang qu'il a dans les veines.

Qui sait si tu n'es pas aussi noble que moi? Nos prin-

ces sont assez galants pour se pouvoir dire à la lettre pères du peuple.

— Ohl de grâce, Caudale, ne calomniez pas ma mère, dit madame de Champrosé, qui ne put s'empêcher de sourire intérieurement de la supposition de Caudale, supposition beaucoup plus fondée qu'il ne se l'imaginait, et ne persistez pas dans cette demande qui ferait le malheur de votre vie.

— Nullement; je prétends que nous serons heureux à faire enrager tout le monde.

— Con\ment, moi, pauvre ignorante, qui ne sais rien de la vie ni du monde, me pourrai-je conduire dans ces sphères brillantes, parmi tous ces hauts personnages, ces femmes altières qui me regarderont du haut de leur orgueil, et me feront sentir mon humble origine par des coups d'œil méprisants et des rires dédaigneux?

— Tout le monde respectera une femme que je présenterai en la tenant par la main.

— Ne craignez-vous pas les brocards de la ville et de la cour?

— D'abord, je ne crains personne : je suis jeune, libre, riche, et si quelque vieux gentillâtre, entiché des préjugés gothiques, me blâme de l'action la plus raisonnable de ma vie, j'aurai pour moi M. de Voltaire, le citoyen de Genève, Diderot et toute la clique encyclopédique, qui feront un bruit du diable en célébrant mon action comme digne d'un des sept sages de la Grèce.

J'en deviendrai tout populaire. Vous voyez donc, Jeannette, que toutes vos raisons ne valent rien, et vous serez bientôt la femme la plus recherchée et la plus à la mode de Paris.

Voulez-vous me donner, oui ou non, le bout de cette

Gandale immobile, les pieds soudés au marbre par la stupeur, elle continua l^èrement son chemin, suivie du commandeur de Livry et de Bafogne , qu'elle se plaisait à faire marcher fort vite, parce qu'il était fort gros; petite méchanceté qui la réjouissait infiniment.

Que la nature est bizarre dans ses jeux, pensa Candale en remontant l'escalier, lorsque la vision fut évanouie, elle s'amuse à jeter deux visages dans le même moule, et à tirer une double épreuve d'une marquise ou d'une grisette! Gomme elles se ressemblent! mais comme Jeannette est plus jolie !

Non, cher vicomte, Jeannette n'est pas plus jolie, et tu tu t'en convaincras bientôt. Seulement , tu fais ton devoir d'amoureux en trouvant ta maîtresse la plus belle du monde, — plus belle qu'elle-même.

Il n'y a que la foi qui sauve, et la foi de l'amoureux vaut la foi du charbonnier, c'est la bonne.

L'on n'a pas oublié que le droguiste était sorti de chez Jeannette profondément blessé de voir son illustre alliance dédaignée par une petite créature, fort gentille, en vérité, mais qui n'avait pas un sou vaillant.

Il chercha à se venger de ce dédain, et comme il connaissait le courtaud de boutique, amant de Justine, à qui celle-ci avait eu la faiblesse de dire la vérité sur Jeannette, sous prétexte d'avoir des renseignements sur celte petite qui l'intéressait, il lui tira les vers du nez, et sut que la prétendue ouvrière en dentelles n'était autre que madame la marquise de Champrosé, découverte dont il se promit de tirer bon parti.

£n effet, il répandit le bruit que la marquise, à l'instar de beaucoup de dames haut placées, ennuyée des voluptés de la cour et des fades galanteries de courtisans éteints, attirait de jeunes hommes du peuple dans de petites tours

Page 1