SCÈNE ni. ï
femme... pauvre biche!... Elle qui y tient tant... c’est un cadeau que je lui ai fait... où donc l’as-tu trouvé?
AMBROISE, redescendant son rateau à )a main. *
Je l’ai trouvé dans le jardin, à l’entrée du nouveau berceau.
LEONARD
Ab! oui, mon berceau I... Encore un cadeau, une surprise que je lui ai faite.
AMBROISE
A l’occasion de la sienne...
LÉONARD, riant.
Ah!... oui..; faite!... justement!
AMBROISE
C’est donc ça que m’sieu l’a fait confectionner pendant que madame était en congé chez madame sa mère ?
-» LÉONARD
Précisément.
AMBROISE , posant son rlleau contre la chaise du guéridon.
M’sieu, qu’est-ce que c’est donc, dans le berceau, que la femme en plâtre qui a une lance, un casque de pompier et une grande assiette sur le bras gauche?
LÉONARD, riant.
C’est un bouclier, imbécile!... c’est Minerve, la déesse de la sagesse; ça fait bien, c’est moral, et ça ne coûte pas cher.
M’sieu peut dire que son cadeau a ôté un peu savouré
Madame a d’abord commencé par pousser des cris de contentement, alors tout le monde a voulu le voir... c’était comme une procession... môme qu’après le souper c’était pas encore fini.
LÉONARD
Bah!...
AMBROISE
V’ià la chose. — J’étais sous le berceau, en train de finir un somme... quand v’Ià une robe blanche qui vient s’asseoir à quelques pas de moi. — « Tiens , qu’est-ce que cette dame « vient donc faire ici, que je me dis? » — Au môme moment, v’ià un habit noir qui entre à tâtons dans le berceau. — « Est » que ça serait un rendez-vous, que je me dis?... faut voir » ça !... » Et je me tapis dans mon coin, en retenant ma respiration, que je devais en être cramoisi! — Rassurez-vous, monsieur, ça n’était pas un rendez-vous, car, en voyant l’habit noir s’avancer de son côté, v’ià la robe blanche qui pousse un petit cri et qui veut se sauver. — Mais l’habit noir la re-
* Ambroise, Léonard.
tient. — Il commence par lui dire quelques fadaises, et il finit par lui prendre un baiser.
LÉONADD.
Un baiser!... Tu es sûr que...
Oh ! monsieur, je l’ai vu et entendu 1... l’habit noir a d’abord fait comme ça... (Il se prend l&main gauche avec la droite.) et puis comme ça... (n se la baise bruyamment.) Alors, comme l’habit noir allait sans doute réitérer, moi, j’ai trouvé que ça n’était pas convenable. Je me suis mis à faire : PicJi !... pich !... Si vous les aviez vus filer 1... on aurait dit des autruches, quoi!... J’ai bien fait, n’est-ce pas, monsieur?...
LÉONARD
Certainement. — Tiens! tiens! tiens!... Et qui donc étaitce?... ‘
AMBROISE
Ah!... j'ai pas pu voir... il faisait trop gris... mais rappelezvous, m’sieu... une robe blanche et un habit noir...
LÉONARD
Imbécile!., un habit noir !... Tout le monde avait un habit noir... puisque c’était un bal... une robe blanche !... presque
toutes les dames en portaient, par la chaleur qu’il faisait
ma femme... sa sœur... tout le monde... ta femme ellemême.
AMBROISE
C’est vrai... alors, je ne sais pas qui... (n reprend son râteau.)
LÉONARD
C’est bien, va continuer ton ouvrage, (n passe à gauche.)
AMBROISE, remontant. *
Oui, m’sieu... je vas d'abord voir si mon épouse dort toujours... (n sort par le fond, à gauche.)