‹ Un verre de champagne comedie en un acteChapitre 3 sur 24 · LÉONARD, AMBROISE · texte numérisé non relu

LÉONARD, AMBROISE

(Léonard sort de sa chambre à gauche, en se frottant les yeux et en se détirant.)

LÉONARD

Ah!... (Voyant Ambroise.) Ah ! le voilà, loi?... qu’est-ce que lu fais là?...

AMBROISE

M’sieu, je...

LÉONARD

Es-tu plus solide sur tes jambes, aujourd’hui?

AMBROISE

Moi, m’sieu?

LÉONARD

Fais donc un peu l’étonné...

AMBROISB.

Que mon épouse meure à l’instant, si je sais...

LÉONARD

C’est d’un bon mari!... cherche bien..»

AMBROISB.

M’sieu, je vous assure que je n’élais pas gris !

LÉONARD

Ah !... tu vois bien... en cherchant, on trouve... Je ne te gronde pas pour cette fois, parce que c’était la fête de ma femme: mais, le fait est, qu’hier, tu étais ivre-mort, mon garçon I

AMBROISE

Oh ! m’sieu, un peu raide, un peu casquette... voilà tout!

LÉONARD

Ah! tu appelles ça... casquette...

AMBROISB.

Mais que voulez-vous, c'est les mauvais exemples qui m’ont induit.

LÉONARD

Comment, les mauvais exemples ?

AMBROISB.

Ah! dam ! m’sieu ; c’est qu’entre parmi vos invités, il y en avait encore plus de quatre qui ont dû voir les trottoirs se dresser...

LÉONARD

Vraiment? Et bien ! tant mieux, morbleu ! ça prouve que le vin était bon et que l'amphitryon n’a pas compté les bouteilles... ( changeant de ton.) Sais-tu à peu près combien?... Non,

no me réponds pas !... je ne veux pas que tu me répondes.— Moi, je trouve qu’il faut bien faire les choses ou ne les pas faire du tout... Et un bal, ce n’est pas une petite affaire.

AMBROISE

Je crois bien... ça donne drôlement de mal au jardinier.

LÉONARD

Fainéant! Et le maître de la maison, crois-tu donc qu’il sé croise les bras? Sais-tu à quoi j’ai passé ma nuit, moi ? à survoilier le souper... à faire circuler les rafraîchissements^ à faire danser les vieilles femmes, qu’on laissait en espalier, à organiser des tables de jeu, à faire des quatrièmes au whist et à prêter de l’argent aux joueurs qui perdaient. Et ce que je ne comprends pas, c’est que j’en ai prêté à tout le monde; il devait pourtant y avoir des gagnants. — Bref ! ça me coûte mille écus... c’est cher, c’est fatigant , c’est vrai; mais c’est

agréable... (Secouant Ambroise qui s'endormait tout debout.) A propos.

ta femme , qui était chargée du buffet, a-t-cllo bien compte l’argenterie?... il n'en manque pas?

AMBROISE

Elle a tout serré avant de se coucher; aussi elle a dormi toute la matinée comme un sabot.

Comme un sabot! voyez-vous ça!

AMBROISE

Elle est encore couchée à l’heure qu’il est...

LÉONARD, s’asseyant pri s du guéridon.

Sais-lu qu’elle n’était pas trop mal avec sa robe blanche...

AMDROISB , riant d’un gros rire.

Oh ! oh I oh ! m’sieu dit ça pour rire... je sais bien que ma femme est laide comme tout; mais c’est exprès...

LÉONARD

Comment, exprès?

, - AMBROISE

C’est exprès... que je l’ai prise comme ça... je suis plus tranquille. Oh! ma femme peut aller où elle veut; je suis pas jaloux... tout le monde dit qu’elle est-t-hideuse ! mais ça m’est égal ; moi, elle me va comme ça.

léonard.

Eh! bien, lu n’es pas bête, toi... Mais qu’est -ce que tu venais donc chercher ici ?

AMBROISE, tirant l’éventail de sa poche et le lui donnant.

Je venais rien chercher... je venais vous rapporter cet éven-

tOir... (U va au fond reprendre son râteau.)

LÉONARD, prenant l’éventail.

C’est sans douté... (se levant.) Tiens, c’ëst celui de ma

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