‹ Un vie de pretre [microform]; mon expérience, 1867-1912Chapitre 33 sur 106 · Le noviciat des SulpicièDS, à Issy · texte numérisé non relu

Le noviciat des SulpicièDS, à Issy

2. Mort en 1921, professeur d'écrirure sainte au séminaire diocésain de New- York.

plaire du dernier livre de M. Gigot, son introduction spéciale à l'étude de l'Ancien Testament, ouvrage qui, . bien que modéré, et accusant parfois des réticences, tient pourtant compte de l'état actuel de la science biblique, et tranche singulièrement sur le Manuel (devenu classique !!) de M. Vigouroux. Toutefois, comme la polémique entre catholiques touchant les questions scripturaires paraît maintenant plus acharnée en France que partout ailleurs, M. Gigot n'a jamais permis qu'on donnât un compte rendu d'aucun de ses livres dans les revues françaises. Il veut se tenir en dehors d'une discussion si déraisonnablement envenimée. Pour tout homme un peu au courant, qui ne persiste pas à fermer les yeux aux faits (comme font tant de professeurs dans les séminaires de France, voire même à l'Institut catholique!), le fond substantiel des théories critiques est destiné à prévaloir aussi sûrement que la théorie autrefois si combattue de Galileo, L'attitude des réactionnaires ressemble à celle de quelques bonnes femmes qui, se mettant sur la plage, croiraient empêcher la marée de monter en l'attaquant à coup de balai.

Quoi qu'il en soit, votre étude sur la question vient à un moment bien opportun, et rendra à la cause de la science catholique un grand service. Il n'y a rien de si utile dans de pareilles circonstances qu'un simple exposé des faits — on est porté à en tenir si peu compte dans les controverses ! En traçant donc ainsi le progrès de la discussion à travers ses diverses étapes, vous avez bien mérité de tous les vrais amis de la science, et je vous félicite bien cordialement .

Nous voudrions voir cet ouvrage traduit en anglais, et, si vous n'avez pas en vue d'autres arrangements à cet égard, je vous demanderais la permission de le faire, ou du moins d'en faire une adaptation qui serait pratiquement une traduction in extenso. Je veux dire que peut-être il serait mieux d'adapter ou condenser certains passages dans une traduction faite pour les Etats- Unis et l'Angleterre, puisque le livre ne parle que de

l'histoire de la question en France, et d'un autre côté il . serait à propos peut-être d'ajouter quelques notes, soit pour expliquer certaines circonstances moins intelligibl-es pour les lecteurs anglais, soit pour mentionner en passant certaines phases de la controverse hors de la France .

Je vous prierais donc, cher Monsieur, de vouloir bien me faire savoir au plus tôt si vous agréez ma demande.

Naturellement, si on va traduire l'ouvrage en Angleterre, je ne l'entreprendrai pas ici.

Si à ce propos vous désirez avoir quelques renseignements sur mon compte, vous pouvez les demander v. g, à M. Félix Klein (de l'Institut catholique), mon condisciple de classe; à M. Monier, S. S., supérieur de l'Ecole Saint- Jean, ou même à M. Loisy, bien qu'il me connaisse très peu. Si vous consentez à me laisser faire la traduction, je vous prierais de rse pas mentionner mon nom publiquement, parce qu'à Saint-Sulpice en ce moment on souffre d'une crise d'orthodoxie nerveuse et réactionnaire, qui à certains égards ressemble beaucoup à un cas aggravé de constipation, mais qui aussi, dans certaines de ses manifestations (avis autoritaires, lettres, monitions, etc . ) revêt la forme d'une diarrhée ! Il faut s'en tenir au Manuel biblique et aux ouvrages de Fillion (!!!) et se tenir en garde contre les « infiltrations protestantes » !! Et nos apologistes si orthodoxes, où vont-ils chercher bon nombre de leurs arguments sinon chez les protestants ? Manière de faire que vous signalez bien à propos .

Veuillez pardonner le sans façon de cette lettre et croyez-moi

A vous bien sincèrement in Dno (1).

James F. Driscoll

I. La suite des événements l'empêclia de réaliser son projet de traduction. M, Driscoll est mort, en igaS, curé d'une importante et riche paroisse de l'Etat de New- York. Il a beaucoup souffert, intellectuellement et moralement, dans l'Eglise. A.yant perdu toute croyance théologique, il s'intéressa passionnément aux recherchas psychiques et au spiritisme.

Si mon livre me valut d'agréables félicitations, il m'attira surtout et d'abord un fort désagrément.

Le jour même de sa publication, j'en fis naturellement hommage à M. Letourneau. Dès le lendemain, il me témoigna la peine profonde et le mécontentement qu'il ©n ressentait.

Le l^."^ avril, il déclarait à l'archevêché qu'il ne pouvait plus me garder dans son église et, en conséquence, il demandait ma mutation dans une autre paroisse. Le cardinal prononça la complète destitution. En me la signifiant, le lendemain, le promoteur de l'officialité, M. Peuportier, ajouta que jamais je ne serais nommé a un autre poste dans le diocèse de Paris. Il ne faisait que me transmettre une décision supérieure.

Quelque temps auparavant, en débutant dans ses fonctions, M. Peuportier avait eu deux graves . affaires à traiter.

Le curé d'une des plus importantes paroisses de Paris fut convaincu de concubinage; son premier vicaire de sodomie. Le conseil archiépiscopal résolut de fermer les yeux sur le cas da curé; le vicaire fut un peu éloigné du théâtre de ses exploits et relégué dans un poste encore sortable.

Evidemment, je méritais d'être traité plus durement qu'eux. Ma curiosité intellectuelle était plus

dangereuse que leurs infractions disciplinaires. Je ne note donc pas ces faits pour me plaindre, mais seulement pour peindre complètement l'institution catholique.

^ Après m'avoir signifié mon renvoi, ;M. Peuportier voulut bien me conseiller de demander une place dans le diocèse de Versailles, qui manquait de prêtres.

Quelques jours après, je reçus la lettre suivante :

EvÊCHÉ Saint-Hilaire dii Bois (en tournée)

d'Angers le 10 avril 1902

Monsieur l'Abbé,

J'apprends avec la plus vive douleur que vous venez de publier, sans imprimatur, ce qui est une grave violation de la discipline ecclésiastique, un ouvrage sur la question biblique, jugé téméraire et répréhensible par de graves esprits.

Vous l'avez fait sans en dire un seul mot à M. le curé de Saint-Sulpice, qui vous avait accueilli dans son église avec bonté et à qui vous aviez promis de ne rien publier qui pût, même indirectement, lui causer des embarras, à cause de la société dont il fait partie .

Pour ne pas laisser suspecter la réputation doctrinale de Saint-Sulpice, il s'est vu à son grand regret dans l'obligation de faire connaître cet état de choses à l'archevêché et de demander que votre titre de prêtre habitué à Saint-Sulpice ne fût pas maintenu.

Cette pénible situation m'impose un double devoir : celui de vous blâmer d'une publication très regrettable et celui de vous rappeler à Angers. Vous voudrez bien prendre vos mesures pour vous mettre à ma disposition

dans un bref délai, sans quoi je serai obligé de vous retirer votre cetebrei et d'en informer l'Archevêché de Paris.

Agréez, Monsieur l'Abbé, l'assurance de mes sentiments dévoués en N. -S.

t Joseph, Ev. d'Angers.

Cette lettre ne me trouva pas à Paris. EUie m'atteignit en Anjou. Je venais de me rendre auprès de mon frère, tombé très malade chez ma sœur. Immédiatement, j'adressai à l'évêque la réponse suivante :

14 avril 1902 Monseigneur,

Je viens de recevoir votre lettre et je ne veux point

tarder à donner à Votre Grandeur l'assurance que je suis

et que j'ai toujours été à sa pleine et entière disposition.

Daignez agréer l'hommage du profond respect avec

lequel je suis,

de Votre Grandeur,

Monseigneur, le très humble et très obéissant serviteur ,

Je crois devoir présenter quelques observations sur la lettre que Monseigneur me fit l'honneur de m' écrire.

D'après la stricte discipline de l'Eglise, aucun livre, absolument aucun, ne devrait être imprimé sans la permission de l'évêque dans le diocèse duquel il est publié. Mais la sécularisation de la société et le développement des sciences ont

forcé l'Eglise à limiter ses prétentions ; elle s'efforce surtout de surveiller les ouvrages traitait de philosophie, de théologie et d'Ecriture sainte.

Par son seul titre, mon livre semblait tomber sous la règle; néanmoins il ne se proposait aucunement d'expliquer la Bible; il n'avançait aucun système d'interprétation, pas même sur un point particulier; il laissait soigneusement de côté toute question dogmatique, et se bornait an récit de faits incontestables. Ce n'était donc pas un livre de théologie ou d'exégèse, mais d'histoire, et, pour en marquer le caractère, de telle sorte qu'il n'y eût pas d'équivoque possible, j'avais mis en tête cette épigraphe empnintée à la lettre de Léon XÎII sur l'histoire : La première lai de riiistoire est de ne pas oser mentir; la seconde de ne pas craindre de dire vrai; en outre que Vhistorien ne prête au soupçon ni de flatterie^ ni d'animosité.

Je pensais que ces paroles papales constituaient un imprimatur suffisant à un simple récit, écrit sans « animosité » et pour avertir discrètement et respectueusement. J'avais tort. Peut-être n'est-il pas hors de propos de rappeler que jusqu'alors j'avais publié tous mes livres sans imprimatur. Je l'avais sollicité et obtenu pour mon Dom Couturier, mais je m'étais bien gardé de le mentionner sur le livre. Quant à mes autres brochures, je les avais

imprimées, comme on l'a vu, contre le gré de mon >évêque, et sans qu'il m'opposât une loi qui paraissait tombée en désuétude.

L'évêque jugeait mon livre «témérciire et répréhiensible », sur l'autorité de «graves esprits». Ces « graves esprits » étaient M. Letoumeau et les sulpiciens de son parti. Or, les félicitations les plus chaleureuses au sujet de ce livre émanent de sulpiciens professeurs d'Ecriture sainte, — MM. Gigot, DriscoU et autres, — bien autrement qualifiés que M. Letourneau pour le juger.

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