I. La Vérité française, 19 décembre igoS
Il me sembla convenable d'informer moD.
évêque de cette décision. Je le fis en ces
termes :
6 décembre 1903.
Monseigneur,
J'ai le regret d'informer Votre Grandeur que je me vois contraint de mettre dans le commerce le petit mémoire que j'avais écrit pour ma famille et pour mes amis.
Depuis plusieurs mois, de nombreux journaux, français et étrangers, s'occupent de mon cas, ordinairement sans le connaître. Comme il s'agit de mon honneur, je ne puis laisser indéfiniment parler à tort et à travers. Je dois donner une circulation ouverte à de légitimes explications. Néanmoins, bien que je sois en droit de porter la défense partout où l'attaque s'est produite, je ne ferai point de distribution de mon opuscule et je ne permettrai pas la moindre réclame autour de lui. Il sera seulement en vente chez moi .
J'ose espérer que les délais que je me suis imposés avant de me résoudre à ce parti nécessaire, aussi bien que la réserve que je garde, vous seront une nouvelle preuve des sentiments de profond respect et d'entière déférence avec lesquels je reste, . Monseigneur,
de Votre Grandeur, le trèé humble et très obligé serviteur.
Cette lettre ne reçut pas de réponse. Les injnres de l'abbé Maignen me firent reprendre la
correspondance :
Paris, 20 décembre 1903.
Monseigneur,
Le journal La Vérité française publie dans son numéro d'hier un article dans lequel on m'appelle « prêtre interdit ».
Vous seul pouvez immédiatement et sans scandale mettre un terme à la répétition de ce mensonge. Je supplie donc Votre Grandeur de bien vouloir écrire le mot nécessaire ; et, si Elle s'y refuse, je le demande au prêtre qui vit jadis son honneur accusé devant une of licialité.
Au cas où ma prière ne recevrait pas de réponse favorable, il ne me resterait qu'à recourir aux tribunaux contre le journal diffamateur et à donner la plus grande publicité à ma défense.
Daignez agréer l'hommage du profond respect avec lequel je suis,
Monseigneur,
de Votre Grandeur, le très humble et très obéissant serviteur (1).
Commo, six jours plus tard, je n'avais pas reçu de réponse, Je crus devoir solliciter encore la médiation du métropolitain, l'archevêque de Tours, Mgr Renou (2). Il ne me répondit pas.
Le lendemain du jour où je lui écrivis, j'appris, seulement par hasard, que ma Question biblique et Mes Difficultés avec mon Evêque étaient condamnées par un décret de l'Index qui prohibait cinq livres de M. Loisy. Beaucoup de journaux qui avaient signalé l'a con-
I. Cette lettre fut le dernier de mes rapports avec Mgr Rumeau. 11 retrancha mon nom de la listn de ses prêtres dans VOrdo diocésain publié pour l'année igoô. Au moment où ma lettre lui arriva, VOrdo de 1904 était imprimé.
a. Sur ce prélat, on peut consulter la première série de mes Evêques et diocèses.
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damnation de ceux-ci n'avaient pas parlé dos miens.
La situation me parut être la suivante: «Ma Question hihlique ne se compose que de faits certains. Ils sont au-dessus de toute rétractation. Je mentirais vainement si je les reniais et, loin d'avoir envie de les renier, bien que leur connaissance m'ait apporté de pénibles désillusions, je suis heureux de les connaître, parce qu'ils sont la vérité. Quant a quelques théories personnelles, que j'ai esquissées dans Mes Difficultés (1). idées particulières sur l'accord de la science et de la foi, ne me prétendant pas infailUble, je ne me sens pas sûr de leur orthodoxie. Si Rome déclare incompatible avec sa doctrine cette espèce d'évolutionnisme dogmatique, je l'en crois facilement. »
Mon parti fut immédiatement pris de ne jamais désavouer mes livres purement et simplement.
Je ne voulais pas jouer la comédie de les renier publiquement, lorsque je ne les désapprouvais pas dans mon for intérieur. D'autre part, il me sembla complètement inutile d'intenter un procès au fanatique qui m'avait traité d'interdit. Il se pouvait que je le fusse bientôt. Je résolus d'attendre les événements, en travaillant.
Ma condamnation me surprenait dans la pré-
I. Mes difficultés, Tp. 19-20. Cf. ci-dessus, ch. X, p. ai3-2i4.
paration d'un second volume sur La Question biblique. Comme cette étude ne pouvait que préciser mes idées, je décidai de la continuer. Je me décidai également à imprimer, sur-lechamp et telle quelle, la vie de mon Dernier Gallican, Henri Bernier, prête depuis plusieurs années, et que je n'avais pas encore cru devoir produire pour ne pas irriter davantage contre moi mon digne évêque, si peu tolérant au sujet de l'histoire. En mettant l'ouvrage sous presse, mon intention n'était pas de le taquiner encore, mais tout simplement d'en finir avec un livre entièrement terminé. Il parut au mois d'avril suivant. Deux mois plus tard, un nouveau décret de l'Index inscrivait L'Américanisme sur le catalogue des livres prohibés.
La hiérarchie poursuivit M. Loisy jusqu'à ce qu'il se soumît. Il finit par s'exécuter, à mon grand étonnement et à mon grand regret, dans des termes que je ne devais connaître exactement que plus tard, en 1908, quand il ïes publia lui-même (1). Tandis que les autorités ecclésiastiques s'efforçaient d'obtenir l'adhésion de ce savant, elles me laissèrent complètement de côté. Ni la congrégation de l'Index, ni l'archevêque de Paris, ni mon évêque ne me notifièrent
i . Quelques lettres sur des questions actuelles et sur des événements récents. Chez l'auteur, Geffond?, 1908, in-ia.
mes condamnations ni ne me demandèrent de soumission. Je m'estimai d'autant plus dispensé de leur communiquer mes réflexions que ni mon évêque ni mon métropolitain n'avaient répondu à mes récentes lettres (1).
T . Comme on parle beaucoup de l'index sans en connaître les formules, je crois devoir reproduire ici le texte intégral du premier décret, qui condamna mes modestes efforts.
La DocamenLation catholique (193^, t, XII, col. i/ido) porte que mes ouvrages ont été condamnés par le Saint-Office. Le décret de condamnation que je réimprime prouve qu'ils l'ont été par la Congrégation de l'Index.