‹ Un vie de pretre [microform]; mon expérience, 1867-1912Chapitre 55 sur 106 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

L'évolution spirituelle d'un professeur d'histoire. — Les principes de la critique historique. — La confiance dans les sources. — Gomment je recouvrai la liberté intellectuelle. — La foi et la science. — Mes sentiments envers le catholicisme et le protestantisme. — Le théisme chrétien. — Le modernisme.

(Janvier-juin 1904)

Par quelle évolution l'être obéissant et crédule que j'avais été pendant plus de trente^-cinq ans, le petit professeur autodidacte que j'avais été pendant sept ans, se trouvait-il résolu à ne pas se 'soumettre aux condamnations que portait contre ses écrits son Eglise, cette grande ©t majestueuse Eglise catholique, qui se glorifie d'avoir compté et de compter encore parmi ses fidèles tant de savants et tant d'historiens?

Un psychologue, M. L. Dugas, soutient que «les esprits destinés à devenir les plus indépendants et les plus libres sont en fait précisément toujours ceux qui ont commencé par être les plus dociles ». Il développe ainsi sa thèse :

« Cette réaction contre l'éducation, cette docilité qui tourne à l'indépendance, paraît naturelle, inévitable et normale... Alors même que l'émancipation doit venir, elle vient tard et comme à regret ; son heure est reculée aussi longtemps que possible, parfois même, semble-t-il, au delà des limites du possible.- La docilité se maintient par la force acquise : quand une fois on a donné sa confiance, il est dur de la retirer, fût-ce^pour les meilleures raisons. Tant qu'on peut se faire illusion à soi-même, tant qu'on peut croire que la docilité n'est pas aveuglement d'esprit, on reste attaché à ses maîtres, même quand on n'a plus de raison de l'être et qu'on a déjpdes raisons de ne plus l'être. On doute de soi plutôt que de ne pas croire aux autres ... Il faut, pour en venir à revendiquer le droit de penser par soi-même, c'est-à-dire simplement de penser, acquérir, si j'ose dire, le légitime irrespect des autres aussi bien que le respect également légitime de sa propre pensée et de la pensée en général (1). »

Telle fut à peu près, je crois, la manière dont je recouvrai la liberté. L'Eglise n'était pas parvenue à tuer en moi, comme en tant d'autres, l'amour de la vérité ni l'es principes de la volonté. D'antre part, les considérations économiqiies me laissaient totalement insensible. Comme le disait dom Fonteneau, j'étais un «esprit qui va tout droit son chemin (2) ».

Peut-être mon récit n'a-t-il point assez mis en lumière les changements que, sur ce chemin

1. L. Dugas, article intitulé «Docilité et Indocilité », publié dans VEdacation, nO de mars-juin 19 19, p. 8-18.

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