Cf. ci-dessus, ch. X, p
UN SECOND INVENTATRE 3H
rectiligne, les événements produisirent dans mes croyances. C'est pourquoi je veux ajouter quelques traits à ce que j'ai déjà raconté. Ils feront, 3*6 l'espère, mieux comprendre la mentalité et le milieu ecclésiastiques.
Improvisé professeur d'histoire, j'avais pris comme guide un petit livre, aujourd'hui sans doute épuisé, oublié, dépassé, mais dont j'ai gardé le meilleur souvenir et qui a fortement contribué à former ma méthode de travail. Il est intitulé : Principes de la critique historique, et a pour auteur an jésuite belge, le Père Charles de Smedt, président de la Société des Bollandistes. Ce livre m'apprit à recourir aux sources.
« Surtout, méfiez-vous des sources », disait Mgr Dupanloiip à une dame qui s'occupait d'histoire, Lady Blennerhasset (1). Moi, loin de me méfier des sources, je les aimai, je les fréquentai, et peu à pen je m'éloignai des historiens qui les négligent ou les altèrent, historiens romantiques comme Ozanam et Montalembert, auteurs ultramontains comme Rohrbacher, dom Guéranger, Mgr Freppel, le cardinal Bourret, etc., dans le culte desquels j'avais été élevé. Dans le temps même (1896) où je commençais à apprécier ces écrivains à leur juste valeur, je lus, dans les
I Sélections from the Correspondenee ofthe First Lord Acton, t. ler, p. 52.
œuvres du cardinal Newman, ses essais sur les miracles, qui me rendirent sceptique sur les prétendus grands miracles de l'histoire ancienne de l'Eglise (1), et ma foi prit une tournure moins dogmatique et plus sentimentale.
Le Père de Smedt déclare que ce qui l'a déterminé à écrire son petit livre des Frincipes, « c'est la douleur, l'indignation qu'a excitées » en lui «le succès de certains ouvrages, tels qae VHistoire générale de VEglise de l'abbé Darras et les Erreurs et mensonges historiques de M. Ch. Barthélémy, dont les auteurs semblaient prétendre racheter par le bon esprit le manque d'étude sérieuse et de probité scientifique». «Il y avait là pour la science catholique, dit-il, un scandale et un danger qu'il fallait combattre à tout prix. A nos yeux, c'était un devoir de conscience. Nous taire, par crainte de qualifications et de suppositions désobligeantes de la part de ceux qui se sentiraient atteints par nos observations ou de leurs amis, nous eût para une lâcheté (2). »
Sans avoir aucunement l'intention de me comparer au savant Père de Smedt, je puis bien dire, ce me semble, que j'ai ressenti la même douleur et la même indignation que lui. Ces