‹ Un vie de pretre [microform]; mon expérience, 1867-1912Chapitre 6 sur 106 · Voir ci-dessus, chap. i,p. i · texte numérisé non relu

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a. Alfred de Musset, Confession d' un-enfant du siècle, chap. II. Naturellement, sous ce rapport comme sous les autres, il y avait des nuances entre nos professeurs et même nos aumôniers. Le premier aumôiiier que je connus, M. Faucheùï, poussait fort au sacerdoce ; son successeur, M. Olivier, était plus réservé. Les prédicateurs de retraite comnletlaient généralement des excès do lèle.

de « travail et conduite ». Tout parchemin universitaire me semblait inutile. Mes visites aux Chesnetz, la correspondance que j'avais engagée avec dom Gaugain, mes lectures romantiques m'avaient révélé un monde plus pieux, plus idéal que le clergé séculier, et j'étais décidé à y entrer. Loin de me faire patienter, l'état de dispersion dans lequel je voyais les bénédictins m'incitait à les rejoindre. Il leur donnait à mes yeux l'auréole de la persécution.

Mon directeur de conscience me représenta que ma mère serait désolée de ma résolution, que mon père n'y consentirait certainement pas, et qu'il valait beaucoup mieux, même dans l'intérêt de mes études théologiques, aller d'abord au grand séminaire. Si ma vocation monastique ne se démentait pas, je la suivrais dans quelques années. Ce futi à cet avis que, par nécessité, je m'arrêtai.

Mes parents voulurent que je me présentasse de nouveau au baccalauréat, à la session du mois de novembre suivant. J'obéis. Comme, durant les vacances, au lieu d'étudier, je ne cherchai qu'à découvrir s'il n'y aurait tout de même pas moyen de me faire bénédictin, et comme, au mois d'octobre, j'entrai au séminaire où je ne m'occupai plus que de ma vocation et de ma sanctification, je me trouvai, au mois de novembre, notablement plus mal préparé qu'au terme de l'année scolaire.

L'échec final me laissa parfaitement indifférent. Est-ce qu'un moine a besoin d'être bachelier ? Tel est le résumé de ma vie de collégien. Cette période de ma jeunesse est celle qui s'est effacée le plus vite de ma mémoire. Quelques années après ma sortie de Mongazon, quand d'anciens condisciples m'en rappelaient certains incidents, je semblais sortir d'un rêve.

La myopie dont je suis affligé, et à laquelle je ne remédiais pas encore en portant des lunettes, m'avait rendu indifférent à de nombreuses scènes de curiosité et fait vivre songeur, replié sur moi-même. L'un de mes meilleurs maîtres, le professeur d'anglais, m'appelait plaisamment «l'étranger ». — Etranger, je devais le rester dans plusieurs milieux que j'étais destiné à traverser. Au séminaire, on m'appellera bénédictin ; chez les bénédictins, sulpicien. Plus tard, les ecclésiastiques me prendront pour un homme du dehors. Lorsque j'aurai quitté la soutane, après le premier dîner où j'assisterai, mon amphitryon m'écrira : «Vous avez beaucoup intéressé mes hôtes, dont quelques-uns vous ont pris d'abord pour un professeur d'université étrangère (1). » Nulle part cependant je ne fus plus «étrangejr» qu'au collège. Quand j'y entendais célébrer le temps du collège comme le plus beau de la vie,

ï.'. Lettre du aa juin 191 3.

je restais profondément incrédule. Mongazon me semblait seulement un hôtel de passage, tolérable, où J'avais pu faire quelques rencontres agréables, mais où, comme dans tous les caravansérails, les gens vulgaires et indifférents forment le très grand nombre.

Dans ce jugement, je comprends aussi les professeurs. A part quelques exceptions, ils étaient de braves gens, deux ou trois même excellents. Cependant, injustement, sans aucun doute, c'est-àdire sans tenir compte de la circonstance atténuante de leur manque de formation pédagogique, je leur ai longtemps gardé quelque rancune de leurs classes en général si peu intéressantes ou même, pour parler franchement, si ennuyeuses. Quoique sans émulation, j'avais une grande curiosité d'esprit, un vif désir d'apprendre.

Le grand défaut de l'éducation ecclésiastique eât de cultiver la mémoire aux dépens de l'intelligence, d'exalter l'autorité aux dépens de la raison, l'obéissance aux dépens du sentiment de la responsabilité. On y considère la discipline, l'apparente conformité au règlement comme plus importante que le développement du caractère et l'acquisition de la science. La routine et le préjugé sont inculqués sous le beau nom de tradition. Au lieu de préparer des citoyens pour la vie moderne, on forme des sujets à l'impérialisme

romain. L'un de mes bons maîtres (1) comt)arait les élèves aux grains qui viennent se faire écraser «sous la meule». Je ne connais pas de similitude plus exacte. Les prêtres du petit séminaire broient «la poussière d'hommes» que les prêtres du grand séminaire cuisinent dans leur moule. Pourtant, le catholicisme représente une grande idée d'universalité et de continuité; l'obéissance qu'il préconise est une puissante école de bonté et de dévouement ; il prêche obligatoirement le grand idéal chrétien : « Soyez parfaits, comme est parfait votre Père céleste (2). » Pour atteindre un but, il faut viser plus haut que lai. Pour faire des hommes, ne faut-il pas viser à faire des héros et des saints ? « L'homme n'est grand que de la grandeur de son rêve. Il fait son

I. M. Céleslin Verdîer, mon professeur de philosophie, plus, tard supérieur du collège Saint-Louis de Saumur. Il écrivait dans la Revue des Facultés catholiques de l'Ouest^ n° d'octobre 1898, p. loi) : «Ne faudrait-il pas que les élèves n'eussent jamais, sous les yeux de surveillants ni de professeurs quinteux, grincheux, tristes, fantasques, d'humeur inégale ? La jeunesso, comme les fleurs, doit s'épanouir dans une fraîche atmosphère;- il n'y a pas plus de fleurs sans printemps que de printemps sans fleurs. De bonne foi, peut-on dire qu'une réunion de professeurs rappelle la saison de l'année la plus fraîche et la plus gracieuse ? Après quelques années, combien, de professeurs débitent leur cours comme la roue du moulin tourne avec son tic-tac accoutumé I Les élèves seuls changent et se renouvellent, hélas ! coinme les grains sous la meule. »

Ces surveillants et professeurs « quinteux, grincheux, tristes, fantasques, d'humeur inégale », je les ai connus à Mongazon, avec M. Verdier, quand j'étais élève et quand je fus professeur.

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