LIBÉRAUX
Autour de Charles Perraud. Les Oralorîens. Mgr Baudrillart
Dans mon livre Autour d'un Prêtre marié, imprimé en 1910, ot dans le troisième volume de la Vie du Père Hyacinthe, imprimé en 1923, j'ai raconté comment je fus amené à publier, ©n octobre 1908, une notice sur un ami du Père Hyacinthe, l'abbé Charles Perraud, frère cadet du cardinal évêque d'Autun et académicien. J'ai déclaré aussi en quels sentiments je tiens cet infortuné Charles. Je me bornerai à répéter ici qu'il fut un prêtre noble, généreux, plein de dévouement, plein de foi, et qui ne cessa jamais de croire à la mission divine de l'Eglise. Comme beaucoup de bons prêtres, il souffrit grandement: les discussions théologiques ne l'intéressaient pas, et la loi du célibat ecclésiastique lui devint un fardeau insupportable. Il s'arrangea pour vivre sans scandale avec une amie de
jeunesse, libre de sa personne parce qu'elle était veuve et sans enfants.
Ceux qui ont connu Charles Perraud dans l'intimité ne se sont jamais illusionnés sur ce que fut pour lui sa « gouvernant© ». Les vieux et les principaux Pères de l'Oratoire, auquel il avait été agrégé durant sa jeunesse sacerdotale, le savaient. Quand mon livre fut sur le point de paraître, deux de leurs Pères, des plus distingués, le Père Lecanuet et le Père Laberthonnière, voulurent obtenir du Père Hyacinthe que mon livre ne vit pas le jour; ils ne nièrent pas ma véracité, pas plus que deux évêques, Mgr Villard et Mgr Gauthey, qui essayèrent également, par des moyens divers, d'empêcher le livre de paraître. Quand La Croix voulut flétrir ma publication, elle en reconnut aussi la vérité, — honnêtement mais peiu poliment, — en ces termes : « Tons les journaux s'occupent de révélations faites par un prêtre apostat sur des erreurs et des faiblesses qui furent une tache bien triste dans la vie du frère du cardinal Perraud. »
Quelques mois plus tard, c'est-à-dire exactement au mois de mai 1909, les Oratoriens mirent en vente une brochure qui prétendait réfuter mon récit et représentait le Père Hyacinthe comme un faussaire et moi comme un calomniateur.
La brochure, dignement honorée d'tine préface de l'évêque de Nice, Mgr Henri Chapon, fut principalement présentée et soutenne devant le public, dans L'Univers et dans le Bulletin de la Semaine, par Mgr Alfred Baudrillart, recteur de l'Institut catholique de Paris. Le vieil orgatfe du catholicisme intransigeant et le nouvel organe des catholiques libéraux étaient a l'unisson.
Je ne parlerai pas ici de Mgr Chapon, ce serait trop long. En attendant mieux, on peut toujours consulter mon Autour^
Le bon Père Hyacinthe, douloureusement surpris, de voir Mgr Baudrillart soutenir un© aussi mauvaise cause, eut la candeur de lui adresser une lettre privée. Le prélat lui répondit, par retour du courrier, le 29 mai, en reconnaissant imphcitement la véracité de mon récit (1), mais il n'en continua pas moins, de soutenir publiquement le contraire.
Dans son argumentation, le digne prélat me malmena quelque peu. Je crus devoir user de mon droit de réponse. Nous engageâmes une polémique. J'eus le plaisir de forcer mon adversaire à des concessions successives : il n'y avait pas d'amour; — il y avait un peu de neurasthénie; — la femme était « l'ancienne domestique de sa mère »; il ne pouvait l'aimer on tant que