‹ Un vie de pretre [microform]; mon expérience, 1867-1912Chapitre 83 sur 106 · Voir Les Questions acluelles, t. H2, p. 6oG · texte numérisé non relu

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empêcher de quitter le séminaire, on. leur laissait entendre en confession que ces questions n'avaient pas tant d'importance; que les décisions de la Commission n'avaient qu'une valeur pratique; que c'étaient simplement des mesures disciplinaires, signifiant qu'on devait les garder dans l'enseignement et la prédication, parce que l'autorité croyait encore n'avoir pas de raison suffisante pour les abandonner (1).

A partir de cette époque également, les directeurs des séminaires considérèrent comme particulièrement dangereuses et traitèrent en conséquence la théologie positive, l'histoire et la philosophie. Ils orientèrent les jeunes gens de tempérament contemplatif vers la mystique (« Dieu sensible au cœur ») et les jeunes gens actifs vers les « œuvres », c'est-à-dire la direction des patronages et des sociétés de gymnastique. De 1875 à 1907, c'est-à-dire de la fondation des Universités catholiques à l'encyclique Pascendi, s'étaient formés dans ces Universités des prêtres animés d'une vive curiosité intellectuelle, désireux de réconcilier l'Eglise et le siècle. Avec l'Encyclique Pascendi, l'éteignoir, un instant soulevé et écarté, retomba lourdement sur le clergé.

1. Sur l'autorité des décisions delà Çoromission biblique pontificale, voyez le Motu proprio Praestantia Scripturœ, du i8 novembre 1907. Peut-être ce document pontifical a-t-il mis fia aux procédés que je raconte ici.

Telles sont l©s causes qui ont amené le profond fléchissement que constatent les statistiques, à partir de cette époque, dans son recrutement. Se retirent les jetmes gens passionnés de vérité; restent les rêveurs et les agités que la vérité n'intéresse pas, — ©t les maHieureux pour qui le sacerdooe est la carte forcée.

Dans l'espèce de « terreur noire » qui résulta du régime intellectuel imposé par Pie X, les catholiques qui publiaient des revues ou des journaux teintés de libéralisme durent les supprimer. Comme ces feuilles disparaissaient les unes après les autres, Mgr Lacroix et Mgr Mignot auraient voulu, au commencement de 1908, que J'en créasse une, incognito, qui aurait continué à paraître malgré toutes les condamnations. Le principal bailleur de fonds fit à l'éditeur des conditions morales et matérielles telles que celui-ci crut devoir les refuser. Je me contentai donc de suivre les événements au jour le jour dans Le Siècle.

L'administration de ce journal, que la lutte pour les idées n'enrichissait point, dut, au mois de novembre 1908, être confiée à un nouveau directeur, très entendu en matière de presseï, M. Henry Bérenger, maintenant sénateur de la Guadeloupe. Il congédia, pour motif d'économies, plusieurs rédacteurs. Au mois de juillet 1909, je fus compris parmi les licenciés. Lors-

<îu'il me l'annonça, M. Bérenger me dit en souriant : «La question religieuse est finie en France.»

— « La question catHoliqu©, répondis-jo, non la question religieuse. »

Lequel avait raison?

Je ne raconterai point les états d'âme par lesquels je passai a cette époque. Qu'il me suffise d'en marquer les points extrêmes. .En 1904, j'étais plein d'espérances pour la réforme religieuse. Dans tous les pays du monde, je croyais voir de grands ecclésiastiques décidés à lutter pour la sincérité, pour l'accord de la foi et des sciences. Dans tous les pays du monde, je croyais voir chez tous les fidèles une immense aspiration vers plus de lumière et plus de liberté. En 1909, tous ces grands ecclésiastiques avaient disparu de mon horizon, et les tactiques du Vatican se déroulaient dans le monde entier devant la plus profond© indifférence du public. Seules, ses incartades politiques éveillaient parfois l'attention des Français. Je pouvais méditer les réflexions qu'exprimait, en ce temps-là même, Tyrrell au P. Hyacinthe :

( « J'ai lentement appris, par expérience, que le courage

\ est la plus rare de toutes les vertus et qu'il a des contre-

I façons presque innombrables... Pris en masse, les Mo-

I dernistes sont lâches ; mais, pris en masse, tous les

hommes le sont... Je crains que le courage des individus

isolés ne soit pas très efficace, dans l'histoire, à moins qu'il ne soit soutenu par une large sympathie publique... »

Je mo réfugiai dans l'histoir©, d'autant plus complètement que j'avais entrepris deux biographies, l'une de mon ami l'abbé de Meissas, mort en 1906, l'autre du Père Hyacinthe Loyson, et que celle-ci me lançait, précisément à ce moment, dans une vive controverse, à laquelle il me faut nécessairement consacrer quelques pages.

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