SCÈNE lit
LES Mêmes, BALaNüaR.
RALANDAR, entrant brusque ment. Ouf!
j’y suis donc enfin !
ABLETTE. Quelqu’un... Ciel! c’est loi...
monsieur Anatole!
RALANDAR. Ablette... mes jambes ÎC dé robe-ut.. . elles flageolent sou» moi S
ABLETTE. Mon Dieu ! comme il est pâle 1 RALANDAR. Un fauteuil . une chaise, un petit banc... une chaufferette, que je m'as scie.
marine, lui donnant un siège, il tourne de l’uril comme un biochet <|ui sort de l’eau.
iiaUNDAr. Oni , j'en sors, bien que je ne sois pas le poison que vous dite.-.
ABLETTE. Vous seriez tombé dans l’eau !
B vLAXDAR. De pied en cap; heureusement que je sais nager... Quand je dis heureusement... c’est malheureusement qu il faudrait dire; mieux vaudrait pour moi a l'heure qu'il est... ( il tire, ta montre) dix heure» vingt-deux minutes... qu’enseveli sous les flots comme ceiui que vous ni avez préféré !
ABLETTE. Qu'est-ce que cela signifie?
raI ANDar. Que j*- n’y suis pas tombé seul, dans l’eau ; qu’un autre y a fait le même plongeon que moi.. . tuais il s’est nojé, lui... du moins, espêrons-le!,..
marine. Former un parei vœu !.. . un de vos semblables !...
rai.andar. D'abord il n'est pas mon semblable... p«rce qu'il est très-laid... ensuite... (.1 Ablette.) H venait pour vous épouser...
arlette. M'épouser?... Vous n’éte* donc pas monsieur Coqenpo'.?
balandar. Moi, nu Coqenpot ? HoiTeur!
ABLtTl'E. Et moi qui espérais... Alors, monsieur, qui vous amène ici?
RALANDAR. L’amour, jeune Ablette, l’amour, (|ui a transformé Daphné en lanriei, Jupiter en cygne, ci moi en sardine. .. 0«i, depuis que vous avez quitté votre pension dr la rue Itéütisy, je ne vivats plus, je oe mangeais plus, à peine si je buvais.. . I.c vin est si mauvais celte année!...
marine. U fallaU boire du cidre alors.
balandar. Je l’essayai.. . mais cette boisson m’a causé de grave» inconvénient» Privé de consolations, pendant huit jours j'ai vagabondé sur tous les chemins de fer, lorv
qu’hier, arrivé a Rouen je me dis :
Monsieur Barbillon est apothicaire, je suis >ans place, ildoil avoir besoin d’un coaunb; et je in’eutbarquai ce malin |»our le Havre Pendant le trajet... utaLs permettez... voolrtvous permettre?... (// /«« baise la main \ ABLETTE, retirant ta main. Monsieur I BALANDAR. L’était pour Ôter une petite lâche. . . Pendant le trajet, sur le bateau à vapeur, je me trouvai côte * côte avec un individu. .. très-mal peigné, fort mal blü... et doué d’une langue.. . ab! un vrai moulin a café... il jaca>sait avec tout le n onde... J’appris ainsi que celte pie mât* avait nom Loijenpot, que votre père lui offrait votre mam.
treille mille francs cl la place que je venais demander'... .Ih rongeais mon frein aire désespoir, quand, au moment de quitter le Isa lirait et do sauter sur le rivage, tne» pif ls sVmlwrraNscnt dans ses jambes... ou «* jambes dans iws pieds, il perd l’équilibre, moi aussi, et pouf!
ARLLTTE. Lie!!
MARINE. Dans la mer?
RALANDAR. En pleine mer! Je me rerai»
bien vile lire d’aflair •, car je nage cuititu tiu esturgeon, si. au fond de l'eau, je u’eus*rencontré les grands Iwas do cet affreux Loqetvpol.qui me saisissent et m’enlacent!.
Quelle étreinte! nous ne faisions qu'un, mais nous buvions comme quatre, et â,l he»ir«qn’il est... (if ti/c ta montre) dix heure?
vingt-deux minute*, sans un vigoureux coup fin poing qui lui a fait lâcher prise, je serais encore eulre les bras de ce pol pc. .. Kufifl l'atteignis le rivage, où, ruisselant, je fermai la paupière eu murmurant le doux nuiu d Vblctte!... [Il baise ia main liAblelte.) ABLETTE Eh bien!... encore?...
balandar. L'élait pour ôter une petite tache :
ARLETTE. Et l'autre. .
BALANDAR. Oh! lui... à l'heure qu’il wL..
(if lire ta montre ’ dix heures vtngt-diui minutes.
MARINE. Vous dite» toujours dix heures vingt-deux minutes; votre montre est don.
arrêtée?
BALANDAR. Tout juste, qoand je snbmrti fie l'eau, elle sera restée, comme moi, »n j uiou veinent... Mais votre père. .. ce dminttable barbillon , de grâce, quelques détail sur son for intérieur?
ablette. Mon père? mais il n’est r* 5 d’uue humeur très facile.. .
Marine. Monsieur a la nnnic de sc croir-marin... il prétend qu'il était corsaire, paire qu'il a été pécher des harengs...
BALANDAR. Qu’h cela ne tienne...
A» : U Roi i iei me rt.
Du moisfat que c* la !•• fiait* 1 ,
J« ma I* nenir cuiumv il faut ;
Je la traiterai «la piralr,
J» ma lerai •»*»» matalol ;
Jâ lai dirai : B'*w romira !
Ici perla tl«l Ijuipir lu uii apalkicaire,
Ici, parta bas !
1 a rai dm mrr* oa l'IgalertU pa*. (B»*.]
iiarbillon , m dehors. Klarise 1 Mario»* marine. Voilà, monsieur.
balandar. Qafllevoii!... fichtre!... elle me r»p|>elle un mirliton que j'ai longtemps pratiqué !