PARIS LIBRAIRIE E. ROLLAND
2, Rue des Chantiers.
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I v>^ sy <l
Le rite dont nous nous proposons de parler est répandu sur une grande partie du globe, peut-être pourrions-nous dire sur le globe tout entier, si les enquêtes sur les croyances et les pratiques religieuses des hommes avaient été partout poussées aussi loin que pour les peuples européens. Il s'agit, pour résumer d'un mot, de se guérir d'une maladie en passant par une ouverture ou en mettant à profit une cavité. Ce rite, que les sauvages connaissent (au moins en Afrique), a été extrêmement répandu dans notre pays, puisque les rares monuments mégalithiques qui n'ont pas été détruits en sont encore l'objet, puisqu'il a passé au culte des saints, et puisqu'il s'est conservé dans quelques églises jusqu'à notre temps même.
L AHBHE A TBOU;
p X Péi'ignrd, pour se guérir des furoncles, c il faut passer neuf fois s
a plantée par
les deux bouts (1}. n Dans la Saintonge,
il laut y passer à jeun et en chemise |2) ; dans le Poitou,
on duil le faire trois matins de suite et sans que personne
oie (3). — Dans la province belge de Luxembourg,
ic un enfant qui n'apprend pas à marcher doit ramper le
vendredi sous l'arbuste (fcii porte des baies de ronce
Is; mais pendant qu'il le fait, il
— Lamarié, FaHboU
ne faut pas babiller (1). ji — La pratique est également connue en Allemagne pour les enfanlH (2). Il en eat de ruËme en Angleterre : en Cornouailie pour le même mal [31 ; et en Susses pour diiïérenles (éruptions auxquelles les enfants sont sujets (4). L'enfant doit passer neuf fois BOUS la ronce, neuf malins conséculifs et au lever du soleil. — De même que nos médecins mfilent plus substances dans une drogue pour en obtenir un me efiet, de roéme ia médeciue populaire mêle plu» riles pour rendre une pratique plus puissante. Ici la vertu mystérieuse de passer dans l'ouverture formée par la ronce est augmentée par le chiffre mystique neuf, obtenu lui-raéme par la multiplication du chifiVe mystique trois. Le lever du soleil a aussi sa signification : les mauvais génies qui régnent sans conteste pendant la nuit viennent de disparaître devant le soleil, le bon génie par
Livingstone, qui ignorait peut-être les pratiques européennes, a remarqué avec élonnement, à l'est du lac Nyassa, qu'en cas de maladie les nègres vont ramper BOUS une sorte de liane qui tient à la terre par les deux bouts : sortis de ce passage ils lavent leur corps avec une a médecine », et ils enterrent celle-ci , pensant enterrer en même temps le mauvais sort qu'on leur a jeté (6). En effet, dans les croyances populaires, le
(1) CoremaoB, faimù de
<3) Behindlsr, Der AbtrglaaiK dta à Co témpigruigD pAmjt ontpranté à Gril p. tllSi; pourtant arimm ne dit pi
Dilgiqur
L " est une îles causes les plus fréfjuenles et les plus redoutées de maladie. — La pratique suivante du Kamtachatka, que rapporte le voyageur Steller, se rapporte à la même pratique, car elle nous montre une façon artificielle de préparer l'ouverture de ronce ou de liane offerte ailleurs par la nature. Il s'agit d'une fêle de la B purification des faules n qiie l'on célèbre en novembre, une fois les travaux d'automne achevés. « On apporte dans Vyonrte des branches de bouleau. Chaque chef de famitle en prend une ; et, après l'avoir courbée en cercle , il y fait passer deux fois sa temme et ses enfants, qui dansent en rond au sortir de ce cercle. Cela s'appelle " se purifier de ses fautes (1). » D'après un autre écrivain, cette n purification n a lieu quand il y a eu une mort dans la famitle (2) , et la cérémonie se comprend, pour chasser la maladie dont est mort le pareat. Comme on guérit les animaux avec les mêmes recettes que les hommes, voici deus pratiques qui sont des atténuations de la précédente. Parmi les u phylactères ou préservatifs qui se font sans paroles » le curé Thiers mentionne le suivant : " Brider certains animaux d'une l'once pour les guérir des maux. de... et de,.. (3). u Ainsi,
(j) Vi.il
Vndrec, EthnagraphUehc ParatUU
. StuttgiPt,
(3] J.-B. Tliiers, Trailidcs Sufiri
. I. 1, I:[r. V, eh. i, édit. de . L. I,p. Ï3t|. — Ici, coaung
folk-lora pprmst da r»lituer la licuos : Binai, on peut mettre hardiment.
Thlprs : > Se frotter les mains au manteau d'un pour guérît lea Terrues dsB maÏRa. ■ On comprend alors les doecdates des chroniqueurs sur des gnada seigcuursqui se [ïchaicat quand dans lea ({aleries de Tersaillai Ils surprenaient un de kurs amii: ?n frottanl nuhrcpti<-cmcnt les mainri a
ml i
■ <le la tf-le Je l'uniinal, c<! cjui iloit proiluire le même effet, — En Bretagne, aujourd'hui même, poui" préserver les vaches des muléfiocs, r, il faut encuro se procurer une ronce ayant une racine à chacune de ses extrémitt^s (ce qui, para!l-il, peut se trouver assez facilement) et la fixer bous forme de di? mi -cercle au-dessus de la porte de l'êlable (1). j; De ii^lle fayun les vaches passent sous la ronce en rentrant à l'élalile : cet eKemple montre d'une façon frappante par quelle suite d'idées un objet qui a été l'instrument d'un rite, devient une amulette.
],es arbres sont l'ohjet de la même pratique. Dana certains cas on profile d'un trou formé par la bifurcation passagère du tronc ou par la soudure de deux troncs qui se sont rapprochés et soudés : dans d'autres cas on fend l'arbre à l'aide de coins pour y former une ouverture que l'on referme ensuite. 11 nous semble que la seconde manière est un perfectionnement de la première : on a imité la première pratique en lui donnant une vertu
r la première.
■mon célèbre d
rapporte par « Nullusprœ-
plus grande. Nous commençons doi Le texte le plus ancien est dans u saint Eloi, évèque de Noyon au ' sermon contre les superstitions, s son biographe saint Ouen, on lit en eumat lustrationes facere, neque pecora per cavam arborem vel per terram foratam transire , quia per hoc videtur diabolo ea consecrare (2). u 11 n'est question que d'animaux dans la condamnation portée par l'évéque de Noyon , problabJeraent parce que c'est sous cette forme que la pratique lui était connue : de tout temps les mêmes
II) nuUand dans MéUilne, i, I, col. Ti.
animaux; et de tout leinps la sanli- des besiiaux a été aussi chère à l'homme de la terre que celle de sa propre Tamille.
Ua écrivain du XIII° siècle, le prédicateur dorninînicaio Etienne de Bourbon raconte une histoire assez compliquée au sujet de chaiigelins ; on nomme ainsi les enfants malingres et ti'istei que l'on croit mis par les fées en place des véritables enCants qu'elles ont enlevés. De celle histoire nous retenons seulement ceci , qu'on faisait passer l'enfant nu u per foramen quod erat inter duos truncos duoruni tignorum (1). » L'enfant malade était tenu par sa mère qui, par le trou de l'arbre, le passait à une vieille femme dont c'était le métier de présider à cette cérémonie : l'opération était répétée neuf fois de suite. Cela se passait à YiUars-en-Dombes, dans le diocèse de Lyon. Auparavant on avait suspendu aux buissons des fragments de langes de l'enfant et on avait piqué une épingle dans un arbre. Ces deux rites supplémentaires sont extrêmement fréquents par eux-mêmes dans la médeciae populaire, et il s'y mêle deu:£ idées ; la première, c'est que l'on transporte et que l'on fixe au buisson ou à l'arbre le mal dont on est atteint : la seconde, c'est que le génie — soit génie de la maladie , soit génie de l'arbre, soit tout autre génie que l'on invoque — acceptera l'offrande et exaucera la prière.
Les protestants qui sous le règne de Louis XIV s'expatrièrent pour rester fidèles à leur foi, n'avaient pas abandonné ces pratiques de leurs ancêtres. C'est, au moins, le cas des protestants de la Picardie qui fondèrent le petit village de Friedrichsdorf, à une lieue de
|t| Anecdotei, tic, d'ÉHxnns de Bourhan , diUtian Lscov de 1b Uarche,
e-Mein. l.'hisloire
1 bord du che-
ancétres a
aïs fuis les enfants
; faire baptiser. Ce
1 loin de Francfort-s de cette colonie française, publiée deuxième centenaire, rapporte ce trouvait à la lisière de la forël du Ilardt, min de Hombourg, un chêne ayant au milieu du tronc, par laquelle noi singulière coutume de faire passer I cju'ils portaient à Hombourg pour l chêne existe encore aujourd'hui ; s'est refermée depuis bien longtemps (1). n
Nous citerons encore : en Italie, une peinture à fresque du Musùe Bréra, à Milan, où l'on voit un enfant passé à travers un tronc d'arbre : la peinture est de Bernardino Luini, mort vers 1533 ; — en ;Vllemagne, pour ne donner qu'un exemple, le Ziviesel-Baum (litt. arbre fourchu] de l'Elîaenhain, près de Greifswald, dont nous donnons ici l'image (2). Cet arbre est un charme [Carpiriuf beiulus): par l'ouverture ovale de la base on passe les enfants malingres ou qui poussent mai ; — en Danemark, plusieurs arbres mentionnés par M. Nyrop ; je citerai le vieux cbêne troué de la forêt de Fakse où après le coucher du soleil et en silence (le silence est un rite important) le malade, le plus souvent un goutteux, doit passer nu i il laisse un morceau de son vêtement au pied de l'arbre. Le monceau de chiffons accumulés montre combien ta cure est en honneur. Cet arbre est tenu pour sacré et l'on raconte qu'un jour, quelqu'un ayant voulu l'abattre, la hache à rebondi comme sur une pierre et des
|1J CoHb eravure «et k:>nit,T. 11, Berlin, 189 W'Flnhold. directear Ar .
étincelles om jailli. U'aulrcs arbres où, le plus souvei on laisse en ofFrande un morceau de son vétemenl, so connus sous les noms caractéristiques, « arbre à trou u arbre aux crampes ", " arbre aux enfants (1) ; » —
Galles, au sièeir ilin'uii^i', un pit'U)! licrivain disait que u faire passer un cnliini par un arbre tordu » c'était l'oirrir au diable (2); — en Auglelerre,uueaubépine, près
d'OxfonI, avcr uni' niivL-rlure daiTs lai|uelliî on (ail passer trois fois les cnfaitls atteints de la coqueluche (1) [et, sans doute, aussi d'autres maux); el au siècle dernier, A SelboTTie {Hantshire) un fiêne élôté, objet d'une pratique analogue (2). — Aux Elals-Unis, où les Anglais ont porté leurs croyances el leurs usages, un arbre du comté (le Burlington, état de New -Jersey, dont le tronc est divisé par un lusiis naïune comme le cbarmc de l'Elisenhain ; dans le trou ainsi formé, on passe les enfants hernieuj (3).
u précédent consiste il fendre l'arbre.
noyen de coins pendant qu'on passe
si blessé. Le plus médecin de Borla médecine popu
Un rile analog à le tenir ouvert au moyen de coini l'enfant malade par l'ouverture :
coins et on tâche de guérir l'arbre ancien exemple est une recelte d' deau\ des IV'-V" siècles de notre È!
laire el superstitieuse n'est en efl d'une ancienne, souvent très ancienne, médecine. Marcellus surnomme Empiricus, originaire de Bordeau: éiail le médecin de l'empereur Théodose I (qui mouri ^ le 13 janvier J395j : son œuvre est donc de la fin du IY= DU du commencement du \° siècle. Or, voici sa recette pour un enfant hernieux ; « Si puero tenero rames des- » cenderit, cerasum novellam radicibus suis stantem 11 mediam flndito, ita ut per plagara puer trajici possil, n ac rursus arbusculam conjunge etâmo bubulo aliisque fomentis obline, que facilius in se quje scissa sunl
dâvBiui tr« |M]pu[4irri en &allqB, eal 4e lB4fî. (1) Cita par AaFrecbt dsns tas ladUcht Stadien, T. IV, Rarlin.lSSB, p. S.
» bitur (1). "
Cette pratique s'est continuée en France. Parmi les aupersiitîoua que rapporle le r.uTé Thiers se trouve celleci; " Fendre un chesne, et faire passer trois fois un enfant par dedans, alin de le guérir Je la hergne. Le père et la mère de l'enlant doivent âti-e chacun à un côté du chesoe (2). n La pratique est très fréipiente en Pro- Tence, et souvent on y voit des arbres dont le tronc paraît ouvert par une lusus naluree : mais ce sont des arbres fendus dont les deus moitiés ne se sont pas rejointes et dont le» blessures ne se sont pas cicatrisées. Voici comment le D' Bérenger-Féraud, — qui ne connaissait pas ce qu'a écrit son collègue le D' Marcellus de Bordeaux — décrit la pratique provençale :
« C'est surtout contre les hernies di;s petits enfants n que ce passnge à travers le tronc d'arbre est considéré » comme eflicace, et voici comment la crédulité publique 1) conseille de procéder : il faut prendre un jeune arbre 1 d'apparence bien vigoureuse, le fendre dans sa lonn gueur sans l'arracher, ni pousser la fente jusqu'aux ij racines ; puis, écartant les deus parties de l'arbre, faire B passer entre elles, A trois ou sept reprises différentes, » dans une même séance, le petit hernieux. Une fois cela » fait, les deux portions de la tige sont rapprochées •• très exactement, et mnintenues en contact à l'aide d'un
e d'sprés l'Éi
handtungcn c . été ropro
, lie
ioUei
bien et que, l'année d'après, l'arbre ait repris la solî- 11 liité de sa tige, l'enfant est guéri ; si nu contraire, la u fente ne si'i^st pas soudée, on peut prédire que l'enfant 'I restera liernieux pendant toule sa vie (1). -
On en fait autant, dans les Ardennos, pom* les enfants hernieus (2).
C'est sans doute cette pratique que condamnait en Italie saint Hernardin de Sienne (mort en l'i'i4) quand il écrÎTait : u Faire passer les enfants dans des racines de cliËne creuses, ou par un trou nouvellement fait, afin de les guÉrir de certaines maladies (3). n — En Portugal, à Coimbre, nous trouvons le rite pratiqué le matin de la Saint-Jean, sans doute poui' lui donner plus de vertu. Dans HO chêne fendu tout expréa on passe l'enfant hernieux, nu et la tête la première : il doit être tenu par un garçon appelé Jean et reçu par une fille appelée Marie. L'opération est accoMipagnée de ce dialogue: « Jean: Tiens là, Marie ! — Marie : Que me donnes-tu, Jean ? — Jean" : Un enfant hernieux — pour que tu me le rendes sain — à la louange de saint Jean. » On lie ensuite l'arbre, et si sa blessure se cicatrise, l'enfant guérit (4).
Comme l'Allemagne est le pays où les traditions populaires ont été recueillies et étudiées avec le plus de zèle, j'aurais beaucoup d'exemples analogues à citer (5). Je
[ti Bulletin d:
ennfi, Cbarlevilk-,
. ll-ni, LiflhODDD,
TOC borne k iiuler qu'il s'agit presque toujours d'eafants hernieux, et qu'au rite primitif s'ajoutent des circonatances qui en augmentent la vertu : le silence de ceux qui prennent part à la céfétnoDie, — la date choisie qui est une nuit sacrée, soit celle du Vendredi- Saint, soit celle de Noël, soit celle de la Saint-Jean, et dans ce dernier cas ceux qui font le passage à travers l'arbre doivent s'appeler Jean ; — quelquefois l'opération doit être faite par deux jumeaux — soutient il faut passer l'enfant par l'arbre trois fois. Le rite de passer l'enfant par l'apbre fendu s'appelle en allemand becgelii. — On en raconte autant des Lithuaniens du royaume de Prusse (1), par exemple à Ragnit (2). ^ Dans une foré) allemande, le SuUingswald, la cérémonie avait donné lieu à une parodie facétieuse et lucrative. Il y avait un vieux chêne dans le tronc duquel s'était formé un trou: les charbonniers qui habitaient celte partie de la forêt forçaient le passant à passer par ce irou ou bien (ce qu'il préférait d'ordinaire) k se racheter par un petit cadeau [3).
F,n Angleterre l'arbre employé pour celte cérémonie était ordinairement un frêne (4). Deux fois (dans les comléa de Warwick et de Sussex) nous avons constaté
Utr Ahtrgiaube dis Millelalltrt, BnwiRU, 185S, p. I8U-181. — Strackerjmi. Abtrglaubc aai icm Herzogthxin Otdenliurg. Oldenbourg. ISST, T.I.p. T3. — WulttB, Der deuuche Volksoba-gtaube, 3- édit. BbpIîo, tSfiB, p. 31J If Sn3|. — Buseh, Dculicher rotksgtauii. Leipiig, 1877, p. W - " Der AitrgiBabc del SHIIelalliri, BUe, 1SM, p. iDi.
[Il BasIiBU, Dtr Mtxiek in der Gtichtchte, III, ItlB, cHé par Happai, l Ânlagt da Menichm mr Religion, Haarlem, 187T, p. 147 el 180.
{I) mtthtUuagen dcr litaiischin Utliruriichen GcsiUscha^, 1 Hflldelberg, 1M3, p. 3«e-3«y, nota.
(3) J. W. Wolt, BcUrage -ur dcalschta li'jlhBlogU, T. I. Gitt
.eiplig, 1 (S) Ùom
I, (VuluDiB faisaut pardo dE
celte circonstance qu'il était convenu qu'on ne toucherait plus à l'arbre après l'avoir fendu et rejoint : on pensait en effet — c'est un cas fréquent de « sympathie » — que la vie de l'enfant serait désormais attachée à celle de l'arbre et que, l'arbre détruit, l'enfant, même devenu homme, devrait mourir par contre-coup, ou bien que l'infirmité reparaîtrait. Dans les détails que l'on donne sur la pratique du Sussex, on mentionne que l'enfant devait être passé dans l'arbre fendu, neuf jours de suite, au lever du soleil. Dans le comté de Surrey, un houx était employé au même effet dans le commencement de ce siècle (1).
Chez les Slaves du Sud, ]M. Krauss nous assure que l'usage de passer par un arbre troué ou fendu ne se rencontre que d'une façon sporadique et dans les cas de fièvre : mais il décrit pour les enfants hernieux la pratique suivante qui dérive évidemment de la précédente et en est une atténuation :
« Quand un enfant est atteint de hernie, la mère, en » société d'une autre femme, le porte à un cornouiller et » le place, tête en bas, contre l'arbre, de façon que la tête » touche la terre et les pieds touchent l'arbre. L'amie de » la mère emporte alors l'enfant sans se retourner (2) et » la mère, avec une sorte de foret, perce trois trous » dans l'arbre à l'endroit où les pieds de l'enfant ont » porté. Dans le premier trou elle enfonce un coin de » hachoir en disant : « Si tu es de bois, voici du bois » pour toi ! » Dans le second trou elle enfonce un coin
(i) Notes and QuerCes, n» du 17 janvier 1885, p. 46. — Un exemple tout récent du Somersetshire est citd dans le n» du 16 avril 1887 du même recueil, p. 318, mais on ne dit pas de quel arbre il s'agit.
(2) C'est encore un rite supplémentaire pour qne le mal qu'on laisse derrière soi ne vous reprenne pas.
■ fiiil avec le bois'de la saillie du toit en disant : " Si tu I es de fer, voici du fer pour toi ! » Dans le troisième ' iPou elle verse de l'eau en disant ; n Si tu es d'eau, ) voici de l'eau pour toi ! » Le rite se répète trois jours > de suite (1). n
(t) Kr. s. Kf«u8s, l'olisgiimbi dir Slldslaii:
, MUds
Le rilt: de passer dans au Irou de la terru pour se débarasser d'une maladie ne nous parait guère s'être conservé, sinon sous une forme chrétienne. En Bavière, on elle un trou de ce genre pratiqué et maçonné derrière l'autel dans l'église de Dietramszell; et à Trostberg se guérit du lumbago en passant par un trou haut di e de Saint. Wolfgang(l).
.ns le Berry, on va â la fontaine ! guérir de la migraine et on
e aujourd'hui, dans les chenevières de e fontaine qui porte le nom de sainte 1 Rodéne, et qui n'a cessé d'être un objet de dévotion. I Cette fontaine, assez semblable aux citernes de nos 1 maraîchers, est entourée de 4 murs dans l'un desquels 1 est encastrée une image imparfaite de ia sainte. On y 1 vient d'assez loin pour la migraine; mais le malade
I qui veut obtenir sa gnérison doit placer sa tète dans a une légère excavation naturelle ou factice de la paroi
II de droite, et se tenant suspendu au-dessus du bassin, li à l'aide d'une flèche de fer plantée dans la muraille n tant à celte intention que pour aider à puiser l'eau. a Cette manoeuvre, exigeant une certaine adresse, n'est Il pas sans danger, et il y a peu d'années, unejeune fille
trois pieds près de l'églii France, à Montaillaud, d de sainte Rodène pour s passe la tête dans « On voit eocoi liUaud, un
, dit-.
plus
^ par l'Egli!
lant l'exécuter, J'oi grossières superstitions, répudiées
Si l'on ne peut faire un trou dans la teri ou y faire passer l'enfant, il est évident i le même résultat en détachant du sol ce appeler un trou de terre. C'est le résultat q Danemark , en découpant une bande circulaire de gazott. Dans la partie occidentale du Jutland, quand un entent
on pourrait
n obtient, en
l/gindv! d« 1
est l'achititjue , le pèi'i' va le jeuili ù iiiinuil au ciiiieUèrc; il coupe un morceau circulaire de gazon en laissant un trou au milieu par où l'enfant puisse aisément passer. En retournanl à la maison, il ne doit ni saluer personne ni parler à personne. Rentré chez lui , on prend l'enfant , et, sans que personne dise mot, on fait passer l'enfant trois fois, de droite à gauche, à travers le gazon. Ensuite le père reporte le gazon au cimetière. Si le gazon reprend vie et pousse Je nouveau, l'enfant guérira; s'il se Détrit, il n'y a pas d'espoir. Dans un autre endroit, c'est au coucher du soleil que l'on enlève le gazon au cimetière. La même cure se fait pour les animaus auxquels on a jeté uu sort : on fait alors te cercle de gazon assez grand pour qu'il y puisse passer même un cheval (1).
La même pratique se rencontre dans l'antiquité Scandinave que nous connaissons par les sagas, quoique dans un l>ut tout autre qu'un but curatif : c'est ce qu'on appelait en norrois ganga uitdir jarâarmeii litl. " passer sous le lien de terre n. On le rencontre dans deux circonstances. D'abord dans uu rite de fraternisation : quatre hommes coupaient une bande de ga^on qui restait attachée à la terre par ses deux eslrémitcs. Celte bande dressée Était appuyée à une lance aasez haute pour que les quatre hommes pussent passer. Une fois passés, ils se tailladaient la peau, faisaient couler leur sang sur le gazon et, à genoux, ils se juraient qu'ils se vengeraient l'un l'autre. Ailleurs, et dans une autre saga, un homme offensé déclare qu'il ne veut pas d'indemnité en argent : il veut que son ennemi J'oltuU passe sous trois bandes de terre, comme c'est l'usage après de grands méfaits « et
cJiAPiïiii': m
ET HUCHËKI
iiiontimentâ d
iiqnes qui ont aur- 1 des siËcles noue olfrcnt (les exemplcB de ce vieux rite médical. Ils sont assez rares, pour deux i doute : la première c'esl que le rite était r proscrit par l'Eglise quand il s'agissait de rochers, de ; et d'arbres, tandis qu'elle le laiseait pratiquer librement quand il s'agissait de cMsses des saints ou de tout autre objet sacré ; la seconde, c'est qu'on n'a relevé que loi-t tard et d'une façon accidentelle les traditions et les légendes relatives aux monuments mégalilhiques : Les archéologues auraient, pour la plupart, cru déroger en s'occupant de ces superstitions (11.
Je laisse, ici, de côté la question de savoir pourquoi un
certain nombre de dolr
nens sont
munis d'un trou ou
d'une fente. Ce que no
s appelon
s dolmen était origi-
{l|C'eBlleriUpn>lii|<i<;d«nB
[es Icgundes et 1i-b supuntitiuu r<.bj».,e[,r«irc-.innc.amnWpin
, du puis do 1 dont io» IDO
I d'un liTrp
nguea nnndci déjà, d'étudier auiiifnts mc-galithiques «ont
clia
■aie,
deux signilicHtioaa ; ou bien pei-meUre h l'AiDC d'aller et de venir, ou bien permettre aux \ivaiils de nourrir l'âme, de mÉme que les Grecs faisaient couler du sang ou du lait dans les lombes des héros ou de leurs' grands morls, 11 (aiit seulement remarquer que le rite du passage dans le trou n'a pu s'appliquer ici qu'après que la sépulture a été violée et vidée et que les pierres du monumeDt funéraire sont restées seules debout, quand le peuple (nouvel occupant peul-élre) avait oublié que ces pierres étaient autrefois des tombeaux.
A l'époque oii l'on croyait [superstition de savants! ïdola schola: !) que les dolmens étaient les tables de sacrifice des druides, M. Chaudruc de Crazannes, parlant des dolmens de la Saintonge, écrivait : u Celte ouverture ou trou, au centre des tables des dolmens, paraît y avoir été pratiqué à dessein, peut-êti-e dans le but de procurer l'écoulement du sang des victimes. On le remarque sur plusieurs de ces monuments : ses dimensions varient beaucoup: il est quelquefois assez grand pour que l'on y puisse faire passer uu enfant nouveau-né, pratique encore observée par nos villageois superstitieux, à l'égard de leurs enfants qu'ils croient préserver ainsi de tout mal présent et futur (!]. a
Voici un exemple plus caractéristique, provenant du département de l'Oise ;
« Le plus connu de ces monuments est le Dolmen de
» la garenne de Trie-Château 11 est appelé dans le
» pays ta Pierre des Druides ou les irais Pierres, bien Il qu'il soit composé de quatre parties
n Ce dolmen a été gravé dans le frontispice de l'Atlas « qui accompagne la Description du Dépariement de
Il l Oise, pai' Cambpy. On en ■voit aiisisi une liyui'e iné- » dioLTe, pi. V, ii°53, des Monuments Celtiques du même » auteur. Il est représenté avec plus d'exactitude dans » le Voyage Pittoresque de l'ancienne France, dii fl MM. Taylor et NodLer. Enfin M. de Caumont le re- » produit, pi. Il, fig. 2, p. 77, 1" partie de son Cours d'Antiquités monumentales.
M On expose les nouveau-nés sur la table; d'autres
Il font passer leurs enTants rtgés de dix. ans par le trou, » de dehors en dedans et la tète la première; ou leur âte B la fièvre s'ils l'ont: ou bien ils en sont préservés pour 1) l'avenir; le procédé n'est elBcace d'ailleurs que pour B les habitants des villages de Trie-Château, de Tric-lan Ville, et de Villers-sur-Trie, qui formaient autrefois une seule commune. Si on le pratique en hiver, on Il devient plus malade au lieu de guérir ; ces croyances, n quoiqu'affaibiies, subsistent encore dans le pays (1). »
A Ymare, un dolmen situé sur la limite des départements de l'Eui-e et de la Seine- Inférieure a la réputation de guérir du mal de reins, « Les malades n'ont qu'à passer sous le monument, et à y déposer une pièce de monnaie, pour être guéris. Cette tradition, parait-il, se perd un peu (2). m
Aux dolmens ît faut Joindre les pierres de toute sorte, soit dressées et façonnées par la main de l'homme, soit accidents de la nature, et qui présentent une ouverture soit accidentelle, soit artificielle. Ces trous sont ulilisés à des rites propitiatoires de divers genres. Ainsi, à Ancelle (Hautes-Alpes). » Près du sommet de la montagne de Faudon, pierre percée, sur laquelle existent diverses légendes. Les jeunes mariés doivent aller passer leurs bras dans l'orifice (3). u — Un tout semblable usage de
mariagii so pratiquait à Besançon au début du XVI'aifcIe: Le souvenir en est reslf grice à une mention dans un protps. Dans une contestation sur des limites de juridiction, un liourgcois de Besancon avait déposé te 4 mai 1519 i]ue ces limites étaient « à un ti'ou ou pertuis qui est entre les colonnes de pierre qui sont en la montagne où est assise l'église de Saint-Etienne, auquel trou ou pertuis l'on a coutume mener les espousés qui se font au dit Besançon, le lendemain de leurs nopce^, et illec, en manière d'ébalements, l'on leur fait boucler leurs pieds en iceltuy trou ou pertuis (1). » — C'est l'occasion de citer la pierre qui servait de base à une crois située à l'entrée du bourg de Cressac (Creuse). " Elle conser\e, écrivait en 18UÎ, M. Richard, membre de l'Académie Celtique, la vertu de faire marier dans l'année itjs personnes qui ne craignent point de se couclicr ventre contre terre, pour passer aous le rocher assen élevé qui forme le monument (2). » — Ce n'est pas le seul genre de pratiques dont les monuments mégalithiques et les pierres soient l'objet à l'occasion des mariages; mais nous ne voulons pas nous éloigner du point particulier de notre élude.
Un vieux sanctuaire (populaire) du Languedoc va nous montrer ces cérémonies sur une large scène. En voici la deecription faite au commencement de ce siècle par M. Clos (3) :
u Sur le haut d'une montagne qui s'élève à peu de
(31 cm par M p. 130, noto.
13) Mém-lrc, c
. ilisittoce du la [ifliu- ville du Di.iîcgriL- (TaiTi), esi une
' plate-forme irréguUère d'environ huit à neufcenis pas
a de diamètre sur laquelle sont plantées, autour d'une
j crois, plusieurs pierres brutes de deux, trois, quatre '
g et cinq pieils de hauteur liore de terre. La presque
« totalité de ces pierres est percée de trous de différents
B Tous les ans, et depuis un temps immémorial, le 6 août, jour de la fête de Saint Estapin, un peuple immense se rassemble à Dourgne et dans les environs. Les boiteux, les paralytiques, les aveugles, les malades de tout genre, viennent y chercher la guérison de leurs infirmités. Ils partent de grand matin des villages où ils ont couché, et des prairies où ils ont été obligés de bivouaquer; car ils sont en grand nombre, et se rendent au temple consacré à saint Estapin. Ce temple est situé dans une gorge qui s'ouvre vis-à-vis de la ville de Dourgne et au midi de la montagne. Les pèlerins font neuf fois le tour du temple et se rendent ensuite sur la plate-forme. Là, chacun trouve remède à son mal. Il sufiit pour cela d'introduire dans un des trous pratiqués dans les pierres du monument, te membre affligé auquel ce trou est destiné. Il y eu a de diU'érenlB calibreB pour la tête, la cuisse, la jambe, le bras, etc. Cette cérémonie faite, on assure que les boiteux marchent droit, que les aveugles voient, que les paralytiques recouvrent l'usage de leurs membres... n Le temple est le dépAt des béquilles et autres in- Irumenls devenus inutiles aux miraculés. C'est daiis le
mpk
ssi que se déposent les offrandes apportées et calculées sans doute plutât d'après leurs îspectifs que d'après l'importance du membre
t recouvré l'usage, e cette première épreuve n'a pas l'éussi. les it recours à la fontaine de Moniès ou de . Celte foofaine est située dans la gorge qui .1 immédiatement celle oii est bàli le temple de Saint- 1 Jistapin... C'est surloul le jour de b Saini-Jean I qu'elles jouissent de la plénitude de leur vertu cura- . liYO. Aussi cejnur-là, disent les habilants, (.lies dcs-
) pèlerins a . Saint-Jef
> ceodenL àfltita, elles bouillonnent daas le bassin, el • le soleil danse à son lever... Au devant de la fontaine 1 se trouve une croix ; er toutes les fois que j'ai été dans
> ce lieu, j'ai trouvé des remiues et des enfants en prière, 1 embrassant la croix ou occupésàdesablutions pieuses. I On lave les yeux pour recouvrer lu vue, les oreilles, 1 la léle et les autres parties. Les linges qui ont servi 1 à ces ablutions restent étendus sur h ' '
, parce
J'ai reproduit ce récit, malgré sa lor qu'on y voit en action le spectacle veligiei; rinage médical qui se passaient au mènie endroit a l'introduction du christianisme, ce qui se passait là au temps des Gallo-Roniains, et avant ceux-ci au temps des Gaulois, et plus anciennement même sans doute que l'arrivée des Gaulois, chez les aborigènes innommés de notre pays. On y voit le culte au sommet delà montagne; ta date du 6 août, fètc d'un saint local, a remplacé le !"■ août, date d'une des grandes fêtes des Celtes payens; les pierres n'ont pas changé d'emploi : on les a conciliées avec le christianisme, et protégées en même temps que purifiées, en plantant une croix au milieu d'elles. Près de là une fontaine , car il y a toujours une fonlaîne près d'un lieu sacré, pour les lustralions et les ablutions; on en rattacliait surtout la vertu â la grande fête du solstice d'été dont a hérité le culte de saint Jean. Quant à la vivacité et à la persistance de ce culte , quand les missionnaires chrétiens essayèrent , mais en vain , de le déraciner, on peut aisément en juger par ce qui s'est passé à une époque toute rapprochée de nous. « Ce prodigieux concours (dit M. Clos) étant devenu la cause de scandales et de débauches, le temple de Saint-Eatapin fut fermé en 1764 , par arrêt du parlement de Toulouse. Il fut r quelque temps après. La Révolution le ferma de
veau. On l'a rouvert depuis, ou du moins le culte a été repris avec zèle. )>
Je n'entrerai pas dans la question des « pierres à écuelles » ou « à bassins » (et quelquefois aussi pierres « à trous » mais d'une façon impropre), car il ne s'agit pas de pierres percées de part en part. Je ne parlerai pas non plus des pierres sur lesquelles on voit une empreinte de pied (le plus souvent d'un saint) sur laquelle ou dans laquelle on met son propre pied pour la guérison d'une maladie ou pour toute autre faveur. Je citerai seulement, moins par son rapport avec notre sujet, que parce que J. Grimm, et, à sa suite, divers écrivains l'ont mentionnée dans la question qui m'occupe , la « pierre de saint Fessé », en Poitou. Il serait inutile de chercher le nom de ce saint dans le calendrier. La pierre ayant une vertu curative , on a naturellement à l'époque chrétienne attribué cette vertu à un saint, et, par une définition expressive, on a pris le nom du saint dans la partie du corps qui joue le principal rôle dans le rite (1).
« Les enfants trop faibles reprennent des forces, » lorsqu'ils ont été assis dans le trou de la pierre saint » Fessé, où se trouvent toujours quelques pièces de » monnaie destinées à ceux qui viennent y prier. Cette » pierre informe , placée au milieu d'un champ , est res- » pectée par les laboureurs, et la charrue laisse un espace » libre à l'entour. Pendant la Révolution, disent les » paysans des environs , les gens du district (2) la ûrent » enlever. Mais le lendemain ils furent bien étonnés
(1) C'est ainsi que saint Accroupi est le saint sur la figure duquel (il s'agit, bien entendu , de sa statue) on s'accroupit pour lui faire baiser — et partant guérir — ses hémorrhoïdes. J'ai étudié cette catégorie de saints aux noms pojpulaires dans Mélusine, T. IV et V, dans une série d'articles intitulés « l'Etymologie populaire et le B'olk-lore. »
(2) C'est-à-dire les administrateurs du district au nom du gouvernement révolutionnaire .
n (juand il* vînenl (|u'elk' ilah nUtvrnèK loule seule Il iiii>iiiL- place ( 1), Outre-Manche, retrouvons ce ri' Curnouaille que ) lucnls uiégalilhîqi
jrtoul en Cornouaille baMemeiit parce que
sui'toul conservés les monu sont surtout des enfants rachi-
est en
tiques que l'on passe par le trou de ces pierres j pourtant, quand le trou est assez grand, les adultes en profilent également (2). Dans les Hautes-Terres d'ICcosae à Applecross, on passait la tête dans une pierre trouée pour se guérir. La pratique a été formelle m eut condamnée comme superstitieuse, eu 16&ti, par les Anciens de la paroisse (3) ; mais elle a sans doute survécu à celle prohibition. — En Irlande, on cite le Clorh-a-Plwlll u pierre du trou », à Tullow (comté de Cariow): on y passe les enfants malingres (4); et la pierre de saint I g,i, Dplan à Ardmore [comté de Waterford) ; celle-ci est un y grand bioc plat qui , Muîvani une légende fréquente chez
les Celles, aurait servi de bateau au saint pour venir dans Tendroil : ce bloc ost appuyé sur d'autres , de sorte qu'on peut passer dessous, ce qu'on ne manque pas de faire le jour de la fête du saint pour se guérir de toute
|1| Article de U. Guerry dans les Méiiivirts di la SocUU det AiUiguairis dcFrana.T.VlU, 1839, p. i5ô. M. GaerTf s néglige do dim duos quiiUs lataUlà se IrouTa cttte pisrrs.
(1) U. LukJB, citd duiB TAcadems, n' du 10 mare ISM, p. iW: Oomii», PapHlar SaperiOtiotu ; un des valunes de Tkt (^ndciRon'i Magtniae Ubrary\. Londres, tSSi, p. ISe. — W. (r. Black, Folk-Medielae. Londres,
i»B3, p. se.
(*) Hjan, HUtary, de. «f Lkc Caun Gomme, ArchKniogy, T. II, Londroi du Centlemau'i IHagailne, est de 1
maliidic (1). — J. Gritnm a donné un esempk' i trouée pour l'Allemagne d'après un écrivain de XV1= siècle (2). — En Suisse, on cite une pierr» bJDment dans un liuu de pèlerinage, appelée Pierre de saint Meinrad. Les pèlerins passent leur jambe droite dans le trou de la pierre, en disant leur Pater, et leur fatigue s'en va aussitôt (3). — En Grèce, dans le Péloponnèse, on attribue des vertus curalives aus rochers fendus par la foudre {wrtpimiStiia]; on passe par ces fentes les enfants malades ou malingres dans l'espoir de les guérir (4). — En SjTÎe, un voyageur, M. M. Hartmann, a signalé deux pierres de ee genre : l'une d'elles présente un cerlain nombre de petits trous où l'on passe les doigts malades ou douloureux : l'autre présente deux plus grands trous en forme de lunettes : on y passe le bras pour les douleurs de bras ; et le poli du trou de la pierre montre combien le remède est ordinaire (5). ^ En Asie-Mineure, M. Nicolaîdès a observé aux environs d'Everefc (dans l'iincienne Césarée'j un rocher troué naturellement: on passe à travers cette ouverture pour se guérir de la toux (fi).
J'ai lu dans plus d'un livre qu'il existe dans l'Inde des pierres trouées oii l'on passe pour symboliser une nouvelle naissance, et on y a vu aussitôt une représentation
(î| J. Orimni, Ueauchc My(ftn(o(fK,
a* «dit. p. 1118.
|3) LUloir. Sagin, Bmuchc, itt., ]>.
TU, Eilti gisF M. Njrup rfaos b D
|4) Politis, llillpdjllï ^SZlU^Bl'i
du Paraatie) p. 1.
lïOt liQBot, AlhônCB. 188» (E
(6) Ziluchri/t des Veiiini fUr Valk
tanii, t. I, BerliD. WM, p. 101
{«) NicnUïdvs et CiirDOT. TradUlaH
i pnputaires di fÀaic Mincuri.
iluyoni lie symbole coiTCSponilanI au |)hallusi \.. Liebrucht a fait état de ces assertions (2) ; mais je dois l'eniariiuer qu'elles émanent d'écrivains cunipéens d'Jiiirope , et qu'une question faite sur ce sujet iiiËme dans un des premiers numéros des l'aiijub Xates ami Qiierien est restée sans réponse ';ij. Je laisse donc tes exemples de coté, non pas que je doute du fait lui-mCmc — car les choses doivent se passer dans l'Inde comme ailleurs; — mais je voudrais savoir si l'idée de nouvelle naissanc'C et le symbolisme du yoni ne sont pas une interpréUilinn du rite par les écrivains qui l'ont rapporté.
ri] Voir par cxcmpiL' : Coudi-r. Ilcth a<:d .Uuai. LoniirL>9 , IStCl. p. 3113; — Uuuuuc , Arihxolugg ( dana ïkc UtnUcman's Magazine Ubtarni. T. Il . Londms, leSt, p. Vi.
(SI Dans BUD livrp Zur VoUskuadc. Hpillimiin. 1879, |i, 3»R,
a) T. I. !)• 5 lïVvricr I8MI p. 60.
i jusqu'ici parlé <jue du cérèa pratiquées en dehoi*a de l'Eglise il le plus souvcnl malgcù l'Égliai l'esle à purkr de rili:!) ucceptËa par l'Église e ([u'ils avaient pris une iorme chi'étienne et s'appliquaient à des objets sacrés et aus reliques des saints. Le populaire ne demandait qu'à passer par un trou et voyait là le grand moyen de se guérir de ses maux : ks hommes d'église voyaient le culle rendu aux reliques et aux objets sacrés, l'invocation aux pouvoirs îles saints restes vénérés. Quelqu'un a dit, aulrt^l'ois. s des peuples et des rois ne s'accordent jaque dans le silence : on ne saurait mieux appliquer cette maxime qu'a ces compromis tacites entre les pratiques indestructibles de la piété populaire et les distinctions toujours prêtes d'une théologie ingénieuse. italien. îl tempo e galant' iiomo, ce qui, en bon français, signilie à peu près : " le lemps esl opporluiiistc-... « el l'Eglise t'est aussi.
- ;jG -
A peine l'Église esi-elle orgauist'f sur les l'uines <i la religion gré eu- romaine que, grâce au bavarilage àt Grégoire de Tours, noua connaissons tvois exemples de notre rite : le premier à Rome, et il s'agit du tombeau de saint Pierre au Vatican, Nous citons le passage en entier parce qu'on y voit on même temps une sorte d'ordalie. Le fidèle laisse dans le caveau une pièce de vêtement qu'on retire quelque temps après : si , quand on la retire, elle pèse davantage (c'est-à-dire si elle s'est imprégnée suffisamment d'humidité), c'est signe que le fidèle ou le malade sera exaucé, x Hoc enim sepulcrum » sub allare collocatum , valde raruro habetur. Sed qui » orare desiderat, rcseratis cancellis, quibus locus ille 1) ambitur, accedit super sepulcrum; et sic fenestella " parvulapaiefacta, immisso introrsum capite, qute ne-
I cessitas promit efflagitai. Nec moratur effeclus, si peti- ; tantum iusla prufei'atur oratio. Quod si heata re desiderat pignora, palliolum aliquod momen-
II tana pensatum îacet intrinsecus ; deinde vigilans oc i ieiunans , devotissime deprecatur, ut devotionis suœ » vii'tus aposiolica suffragelur. Mirum dictu! Si fidcs B hominis prEevaluerit , a tumulo palliolum elevatum ita » imbuitur divina virlute , ut mullo amplius , quam prius » pensaverat, pondereiur; et tune scit qui levaveril, n rum eius gratia sumpsisse quod petiit (1). u Le second exemple est en Auvergne, à Clermont-Ferrand, près du sépulcre de saint Vénérand. « Est ihi et sepulcrum ipsius » saucti Venerandi episcopi... super quod capul per Il fencstellam quicumque vult immittit, precans qux
^ogil , nhiinetque mox effectum si iuste
B pelieril. (1) n Le Iroisièine se passe à Toui-h iiu loiubeau de saint Martin et le miraculé est Grégoire lui-même ; » quodam vero teiupore lingua mihi graviter inriguerat, » ila ut plerumque dum loqui velim, balbulire me » faeeret, quod non mihi sine inproperio erat, Accessi » autem ad tumulum sancti ac pev lignum cancelli linguam » impcditam traxi ; prolinus lumore conpresso , convai> lui (2). n Ce dernier témoignage est particulièrement intéressant en ce qu'il montre un homme d'église, un évéque, un des hommes les plus éclairés de son temps, recourant pour lui-même aux rites de la médecine traditionnelle.
Cette pratique devait être, au moyen-âge, chose de tous les jours : on peut en juger par le nombre des localités où elle s'est conservée, presque jusqu'à notre temps. On en jugera par les exemples suivants; nous commençons par la France.
K A Ivry, près de Paris , est la chapelle de saint Franibour /derrière l'autel sont des pierres sur lesquelles se reposait le saint quand il était fatigué. Là est une ouverture carrée par où les fidèles croyans passent leur tète, et, après s'être tenus quelque temps dans la posture courbée que nécessite le passage de la tête, et n'être appuyés sur une statue du saint, ils vont boire de l'eau d'une eiterne voisine, et puis ils sont guéris de la maladie qu'ils peuvent avoir i3) » — ii La Groix-Saint-Ouen (Oise) est le but d'un pèlerinage très remarquable. On y invoque saint Ouen contre la surdité. La formule
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ueiU'i; pour obEi^nir l'inlercessiuii ilu et: suinl csl foi't singulière. Ou Tait descendre dan» un caveau les personnes aftiigées de surdité. On leur fait passer la tête dans UDe niche de pierre, et c'est dans celle position qu'on leur fait implorer l'assistance du saint (1). » — C'était pour des migraines et des ni'vralgies qu'on passait la tête dans le trou d'un savcoplinge antique conservé dans l'église de Saint-Loup, à Monlagnac (Lot-et- Garonne), « A en juger par le poli de la cassure, un nomore infini de personnes ont accompli cette pratique superstitieuse (2). u — Il en est encore de mÈuie à Saint- Viclurnien (Haute- Vienne), " Le mailre-autel est placé sur le tombeau du saint, et derrière cet autel sont deux ouvertures circulaires par lesquelles on peut plonger la vue dans l'intérieur du sépulcre, et où les pèlerins passent leur tête par dévotion (3). n
Pour répondre aux besoins de la piété populaire, on avait, dans plus d'une église, ménagé un passage dans la maçonnerie au-dessous du tombeau ou du cénotaphe du sainl. A Saint-Diitier (Haut-Rhin), où l'église date du XJ" siècle (V), une ouverture en plein cintre permettait de
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