CHAPITRE
LA RONCE AUX DEUX RACINES J l’ARBRE A TROU;
l’arbre FENDU.
n Périgord, pour se guérir des furoncles, « il faut passer neuf fois sous une tige de ronce que le hasard aura plantée par les deux bouts (1). » Dans la Saintonge, il faut y passer à jeun et en chemise (2) ; dans le Poitou, on doit le faire trois matins de suite et sans que personne vous voie (3). — Dans la province belge de Luxembourg, « un enfant qui n’apprend pas à marcher doit ramper le vendredi sous l’arbuste qui porte des baies de ronce enraciné aux deux bouts; mais pendant qu il le fait, il
(1) De Nore, Coutumes, etc, des provinces de France, Paris, 1846, p. 152. — Sans cloute d’après W. de Taillefer, Antiquités de Vésone , Périgueux , 1821, T. I , p. 242.
(2) Bulletin des travaux de la Société historique de Saint-Jean-d’ Angély , année 1866, p. 66. — Lemarié, Fariboles saintongeaises , Saint-Jean-d’ Angély, 1878-79, n° 12.
(3) Beauchet-Fillean , Canton de Chef -Boutonne ; Croyances, etc., dans le Bulletin de la Société de Statistique des Deux-Sèvres , Niort, 1882.
ne faut pas babiller (1). » — La pratique est également connue en Allemagne pour les enfants (2). Il en est de même en Angleterre : en Cornouaille pour le même mal (3) : et en Sussex pour différentes éruptions auxquelles les enfants sont sujets (4). L’enfant doit passer neuf fois sous la ronce, neuf matins consécutifs et au lever du soleil. — De même que nos médecins mêlent plusieurs substances dans une drogue pour en obtenir un meilleur effet, de même la médecine populaire mêle plusieurs rites pour rendre une pratique plus puissante. Ici la vertu mystérieuse de passer dans l’ouverture formée par la ronce est augmentée par le chiffre mystique neuf, obtenu lui-même par la multiplication du chiffre mystique trois. Le lever du soleil a aussi sa signification : les mauvais génies qui régnent sans conteste pendant la nuit viennent de disparaître devant le soleil , le bon génie par excellence.
Livingstone, qui ignorait peut-être les pratiques européennes , a remarqué avec étonnement, à l’est du lac Nyassa, qu’en cas de maladie les nègres vont ramper sous une sorte de liane qui tient à la terre par les deux bouts : sortis de ce passage ils lavent leur corps avec une « médecine », et ils enterrent celle-ci , pensant enterrer en même temps le mauvais sort qu’on leur a jeté (5). En effet, dans les croyances populaires, le
(1) Coremans , L’année de l’ancienne Belgique , 1844, p. 05.
(2) Schindler, Der Aberglaube des Mittelalters , Brcslau, 1858, p. 180. Ce témoignage paraît emprunté à Grimm ( Deutsche Mythologie , 2e édit, p. 1118); pourtant Grimm ne dit pas expressément qu’il s’agisse de l’Allemagne.
(3) Choice notes front Notes and Queries , Londres, 1859, p. 88.
(4) Folk-Lore Record, t. I, Londres, 1878, p. 42-43.
(5) Livingstone, cité par M. R. Andrée dans ses Ethno graphische Farallelen, lre série, Stuttgart, 1878, p. 32.
« mauvais sorl » est une des causes les plus fréquentes et les plus redoutées de maladie. — La pratique suivante du Kamtschalka, que rapporte le voyageur Steller, se rapporte à la même pratique, car elle nous montre une façon artificielle de préparer l’ouverture de ronce ou de liane offerte ailleurs par la nature. 11 s’agit d’une fête de la « purification des fautes » que l’on célèbre en novembre, une fois les travaux d’automne achevés. « On apporte dans V yourte des branches de bouleau. Chaque chef de famille en prend une; et, après l’avoir courbée en cercle , il y fait passer deux fois sa femme et ses enfants , qui dansent en rond au sortir de ce cercle. Cela s’appelle « se purifier de ses fautes (1). » D’après un autre écrivain , cette « purification » a lieu quand il y a eu une mort dans la famille (2), et la cérémonie se comprend , pour chasser la maladie dont est mort le parent.
Comme on guérit les animaux avec les mêmes recettes que les hommes , voici deux pratiques qui sont des atténuations de la précédente. Parmi les « phylactères ou préservatifs qui se font sans paroles » le curé Thiers mentionne le suivant : « Brider certains animaux d’une ronce pour les guérir des maux de... et de... (3). » Ainsi,
il) Dictionn. d’ethnogr. moderne (formant le t. XXXVII , de la collection Migne, Paris, 1853, col. 10821, cité par Liebrecht dans les Englische Studien, t. XII, p. 128.
(2) X'oir II. Andrée, Ethnographische Parallelea, lvo sér. Stuttgart, 1878, p. 32.
(3) J. -B. Thiers, Traité des Superstitions, etc., t. I, Liv. Y, ch. 4, édit, de 1704 et de 1741, t. I, p. 384 (= édit, de 1777, t. I, p. 334). — Ici, comme en d’autres endroits , le curé Thiers ne donne pas la recette complète, pour empêcher qu’on ne s’en serve. Dans certains cas, la connaissance du folk-lore permet de restituer la lacune : ainsi, on peut mettre hardiment un mot connu par Molière dans la superstition ainsi relatée par le curé
Thiers : « Se frotter les mains au manteau d’un . pour guérir les ver*
rues des mains. » On comprend alors les anecdotes des chroniqueurs sur des grands seigneurs qui se fâchaient quand dans les galeries de Versailles ils surprenaient un de leurs amis se frottant subrepticement les mains à leur manteau.
au lieu de faire passer l’animal sous la ronce, on met la ronce autour de la tête de l’animal , ce qui doit produire le même effet. — En Bretagne, aujourd’hui même, pour préserver les vaches des maléfices, « il faut encore se procurer une ronce ayant une racine à chacune de ses extrémités (ce qui, paraît-il, peut se trouver assez facilement) et la fixer sous forme de demi-cercle au-dessus de la porte de l’étable (1). » De cette façon les vaches passent sous la ronce en rentrant à l’étable : cet exemple montre d’une façon frappante par quelle suite d’idées un objet qui a été l’instrument d’un rite, devient, une amulette.
Les arbres sont l’objet de la même pratique. Dans certains cas on profile d’un trou formé par la bifurcation passagère du tronc ou par la soudure de deux troncs qui se sont rapprochés et soudés : dans d’autres cas on fend l’arbre à l’aide de coins pour y former une ouverture que l’on referme ensuite. Il nous semble que la seconde manière est un perfectionnement de la première : on a imité la première pratique en lui donnant une vertu plus grande. Nous commençons donc par la première.
Le texte le plus ancien est dans un sermon célèbre de saint Eloi, évêque de Noyon au VIIe siècle. Dans un sermon contre les superstitions , sermon rapporté par son biographe saint Ouen, on lit en effet : « Nullus prœsumat lust.rationes facere , neque pecora per cavam arborent vel per terram foratam transire , quia per hoc videtur diabolo ea consecrare (2). » Il n’est question que d’animaux dans la condamnation portée par l’évêque de Noyon, probablement parce que c’est sous cette forme que la pratique lui était connue : de tout temps les mêmes
(1) Rolland dans Mélusine , t. I, col. 73.
(2) «9 picilçgifim de D’Achery, édition de la Barre. Paris, 1723, 1. II, p. 97.
remèdes ont été employés pour les hommes et pour les animaux; et de tout temps la santé des bestiaux a été aussi chère à l'homme de la terre que celle de sa propre famille.
Un écrivain du XIIIe siècle, le prédicateur domininicain Etienne de Bourbon raconte une histoire assez compliquée au sujet de changelins ; on nomme ainsi les enfants malingres et tristes que l’on croit mis par les fées en place des véritables enfants qu’elles ont enlevés. De cette histoire nous retenons seulement ceci , qu’on faisait passer l’enfant nu « per foramen quod erat inter duos truncos duorum lignorum (1). » L’enfant malade était tenu par sa mère qui , par le trou de l’arbre, le passait à une vieille femme dont c’était le métier de présider à cette cérémonie : l’opération était répétée neuf fois de suite. Gela se passait à Villars-en-Dombes, dans le diocèse de Lyon. Auparavant on avait suspendu aux buissons des fragments de langes de l’enfant et on avait piqué une épingle dans un arbre. Ces deux rites supplémentaires sont extrêmement fréquents par eux-mêmes dans la médecine populaire , et il s’y mêle deux idées : la première, c’est que l’on transporte et que l’on fixe au buisson ou à l’arbre le mal dont on est atteint : la seconde, c’est que le génie — soit génie de la maladie , soit génie de l’arbre, soit tout autre génie que l’on invoque — acceptera l’offrande et exaucera la prière.
Les protestants qui sous le règne de Louis XIV s’ex-. patrièrent pour rester fidèles à leur foi, n’avaient pas abandonné ces pratiques de leurs ancêtres. C’est, au moins, le cas des protestants de la Picardie qui fon-^ dèrent le petit village de Friedrichsdorf, à une lieue de
(1) Anecdotes , etc., d’Etienne de Bourbon, édition Lecoy de la Marché Paris, 1877, p. 327.
Hombourg, non loin de Francfort-sur-le-Mein. L’histoire de cette colonie française, publiée à l’occasion de son deuxième centenaire, rapporte ce fait curieux : « Il se trouvait à la lisière de la forêt du Hardt, au bord du chemin de Hombourg, un chêne ayant une ouverture ronde au milieu du tronc, par laquelle nos ancêtres avaient la singulière coutume de faire passer trois fois les enfants qu’ils portaient à Hombourg pour les faire baptiser. Ce chêne existe encore aujourd’hui ; mais son ouverture s’est refermée depuis bien longtemps (1). »
Nous citerons encore : en Italie, une peinture à fresque du Musée Bréra, à Milan, où l’on voit un enfant passé à travers un tronc d’arbre : la peinture est de Bernardino Luini, mort vers 1533 ; — en Allemagne, pour ne donner qu’un exemple, le Zwiesel-Baum (litt. arbre fourchu) de l’Elisenhain, près de Greifswald, dont nous donnons ici l’image (2). Cet arbre est un charme [Carpinus betulus) : par l’ouverture ovale de la base on passe les enfants malingres ou qui poussent mal ; — en Danemark, plusieurs arbres mentionnés par M. Nyrop ; je citerai le vieux chêne troué de la forêt de Fakse où après le coucher du soleil et en silence (le silence est un rite important) le malade, le plus souvent un goutteux, doit passer nu ; il laisse un morceau de son vêtement au pied de l’arbre. Le monceau de chiffons accumulés montre combien la cure est en honneur. Cet arbre est tenu pour sacré et l’on raconte qu’un jour, quelqu’un ayant voulu l’abattre, la hache à rebondi comme sur une pierre et des
(1) Chronique de la colonie réformée française de Friedrichsdorf, Horabourg-ès-Monts, 1887, p. 12, note.
(2) Cette gravure est extraite de la Zeitschrift des Vereins fur Volkskundc, T. II, Berlin, 1892, p. 81 , et nous devons à l’obligeance de M. K. ÇVcinhold, directeur de cette revue, de pouvoir la reproduire ici.
étincelles ont jailli. D'autres arbres où, le plus souvent, on laisse en offrande un morceau de son vêtement, sont connus sous les noms caractéristiques, « arbre à trou », « arbre aux crampes », « arbre aux enfants (1) ; » — en
Galles, au siècle dernier, un pieux écrivain disait que « faire passer un enfant par un arbre tordu » c’était l’offrir au diable (2); — en Angleterre, une aubépine, près
(1) Dans la Darùa, T. I, n° 1, Copenhague, 1890, p. 2 et suiv.
(2) Bhys Prichard, Camvylly Cymry, cité dans les Bye-Gones cl'Oswes-
d'Oxford, avec une ouverture dans laquelle on fait passer trois fois les enfants atteints de la coqueluche (1) (et, sans doute, aussi d’autres maux); et au siècle dernier, à Selborne (Hantshire) un frêne étêté, objet d’une pratique analogue (2). — Aux Etats-Unis, où les Anglais ont porté leurs croyances et leurs usages, un arbre du comté de Burlington., état de New-Jersey, dont le tronc est divisé par un lusus naturæ comme le charme de l’Eiisenhain : dans le trou ainsi formé, on passe les enfants hernieux (3).
Un rite analogue au précédent consiste à fendre l’arbre, à le tenir ouvert au moyen de coins pendant qu’on passe l’enfant malade par l’ouverture : on enlève ensuite les coins et on tâche de guérir l’arbre ainsi blessé. Le plus ancien exemple est une recette d’un médecin de Bordeaux des IVe-Ve siècles de notre ère : la médecine populaire et superstitieuse n’est en effet que la survivance d’une ancienne, souvent très ancienne, médecine. Marcellus surnommé Empiricus, originaire de Bordeaux, était le médecin de l’empereur Théodose I (qui mourut le 13 janvier 1395) : son œuvre est donc de la fin du IVe ou du commencement du Ve siècle. Or, voici sa recette pour un enfant hernieux : « Si puero tenero ramex des- » cenderit, cerasum novellam radicibus suis stantem » mediam fîndito, ita ut per plagam puer trajici possit, » ac rursus arbusculam conjunge etfimo bubulo aliisque » fomentis obline, qùo facilius in se quæ scissa sunt
try, année 1892, p. 238. La première édition de Canwyll y Cyrnry, livre devenu très populaire en Galles, est de 1646.
(1) Cité par Aufrecht dans les Indische Studien, T. IV, Berlin, 1858, p. 8.
(2) Notes and Queries , 24 janvier 1880, p. 75; et 20 mars 1880, p. 80.
(3) Notes and Queries , 3 janvier 1880, p. 16.
» coeant. Quanlo aulern celerius arbuscula coaluerit, et » cicatricem duxerit, tanto citius ramex pueri sana- » bitur (1). »
Cette pratique s’est continuée en France. Parmi les superstitions que rapporte le curé Thiers se trouve celleci : « Fendre un cliesne, et faire passer trois fois un enfant par dedans, afin de le guérir de la hergne. Le père et la mère de l’enfant doivent être chacun à un côté du chesne (2). » La pratique est très fréquente en Provence, et souvent on y voit des arbres dont le tronc paraît ouvert par une lus us naturæ ; mais ce sont des arbres fendus dont les deux moitiés ne se sont pas rejointes et dont les blessures ne se sont pas cicatrisées. Voici comment le D1' Bérenger-Féraud, — qui ne connaissait pas ce qu’a écrit son collègue le Dr Marcellus de Bordeaux — décrit la pratique provençale :
« C’est surtout contre les hernies des petits enfants » que ce passage à travers le tronc d’arbre est considéré » comme efficace, et voici comment la crédulité publique » conseille de procéder : il faut prendre un jeune arbre » d’apparence bien vigoureuse, le fendre dans sa lon- » gueur sans l’arracher, ni pousser la fente jusqu’aux » racines ; puis, écartant les deux parties de l’arbre, faire » passer entre elles, à trois ou sept reprises différentes, » dans une même séance, le petit hernieux.Une fois cela » fait, les deux portions de la tige sont rapprochées » très exactement, et maintenues en contact à l’aide d’un
(1) Je cite d’après l’édition que J. Grimm a donnée des recettes de Marcellus dans les Abhandlungen de l’Académie de Berlin, année 1847, p. 452, n° 91. Cette étude a été reproduite dans le tome II des Kleinere Schriften de J. Grimm.
(2) J. B. Thiers, Traité des Superstitions , T. I. L. V. ch. IV ; éditions de 1704 et 1741, T. I, p. 383. Cf. supra, p. 374 : « Faire mordre un malade dans un coudre avant le soleil levé pour être guéri des...; ou bien fendre un coudre, et faire passer le malade dans la fente. »
» lien très fortenent serré. Si ces parties se recollent » bien et que, l’année d’après, l’arbre ait repris la soli- » dité de sa tige, l’enfant est guéri ; si au contraire, la » fente ne s’est pas soudée, on peut prédire que l’enfant » restera hernieux pendant toute sa vie (1). »
On en fait autant, dans les Ardennes, pour les enfants hernieux (2).
C’est sans doute cette pratique que condamnait en Italie saint Bernardin de Sienne (mort en 1444) quand il écrivait : « Faire passer les enfants dans des racines de chêne creuses, ou par un trou nouvellement fait, afin de les guérir de certaines maladies (3). » — En Portugal, à Coimbre, nous trouvons le rite pratiqué le matin de la Saint-Jean, sans doute pour lui donner plus de vertu. Dans un chêne fendu tout exprès on passe l’enfant hernieux, nu et la tête la première : il doit être tenu par un garçon appelé Jean et reçu par une fille appelée Marie. L’opération est accompagnée de ce dialogue: « Jean: Tiens là, Marie ! — Marie : Que me donnes-tu, Jean ? — Jean : Un enfant hernieux — pour que tu me le rendes sain — à la louange de saint Jean. » On lie ensuite l’arbre, et si sa blessure se cicatrise, l’enfant guérit (4).
Comme l’Allemagne est le pays où les traditions populaires ont été recueillies et étudiées avec le plus de zèle, j’aurais beaucoup d’exemples analogues à citer (5). Je
(1) Bulletin de la Société d’ Anthropologie de Paris, 4e sér. T. I, (1890), p. 896.
(2) Meyrac, Traditions, etc. des Ardennes, Charleville, 1890, p. 150.
(3) Tom. I. Serm. I in Quadrag. , art 3, c. 2. — J’emprunte cette référence au curé Thiers, Ibid., T. I, p. 392.
(4) F. A. Coelho , dans la Revista d’Ethnologia. Fasc. II— III, Lisbonne, 1881, p. 78.
(5) J. Grimm, Deutsche Mythologie, 2e édit. Gcettingue , 1844, p. 1119. — Zeitschrift fur deutsche Mythologie, T. II, Gœttingue, 1855, p. 141, — Kuhn et Schwartz, Nord-deutsche Sagen, Leipzig, 1848, p. 443-444. — Schindler,
me borne à noter qu’il s’agit presque toujours d’enfants hernieux, et qu’au rite primitif s’ajoutent des circonstances qui en augmentent la vertu : le silence de ceux qui prennent part à la cérémonie, — la date choisie qui est une nuit sacrée, soit celle du Vendredi-Saint, soit celle de Noël, soit celle de la Saint-Jean, et dans ce dernier cas ceux qui font le passage à travers l’arbre doivent s’appeler Jean ; — quelquefois l’opération doit être faite par deux jumeaux • — souvent il faut passer l’enfant par l’arbre trois fois. Le rite de passer l’enfant par l’arbre fendu s’appelle en allemand bœgeln. — On en raconte autant des Lithuaniens du royaume de Prusse (1), par exemple à Ragnit (2). — Dans une forêt allemande, le Sullingswald, la cérémonie avait donné lieu à une parodie facétieuse et lucrative. Il y avait un vieux chêne dans le tronc duquel s’était formé un trou : les charbonniers qui habitaient cette partie de la forêt forçaient le passant à passer par ce trou ou bien (ce qu’il préférait d’ordinaire) à se racheter par un petit cadeau (3).
En Angleterre l’arbre employé pour cette cérémonie était ordinairement un frêne (4). Deux fois (dans les comtés de Warwick et de Sussex) nous avons constaté
Der Aberglaube des Mittelalters , Breslau, 1858, p. 180-181. — Strackerjan, Aberglaube ans dern Ilerzogthum Oldenburg, Oldenbourg, 1867, T. I, p. 73, — Wuttke, Der deutsche Voiles aberglaube, 2e édit. Berlin, 1869, p. 317 (§ 503). — • Busch, Deutscher Volksglaube , Leipzig, 1877, p. 46, — C. Meyer, Der Aberglaube des Mittelalters , Bâle, 1884, p. 105.
(1) Bastian, Der Menscli in der Geschichte, III, 196, cité par Happel, Die Alliage des Menichen zur Religion, Haarlem, 1877, p. 147 et 180.
(2) Mittheilungen der litanischen litterarischen Gesellschaft, T. I, n° 6, Heidelberg, 1883, p. 396-397, note.
(3) J. W. Wolf, Bcitræge zur deutschcn Mythologie, T. I. Gœttingue et Leipzig, 1852, p. 241.
(4) Gomme, l'opular Superstitions, (Volume faisant partie de The Gentleman’ s Magazine Library ) , Londres, 1884, p. 185-186. — Choice Notes from Notes and Queries, Londres, 1859, p. 88. — Folk-Lore Record , T. I, Londres, 1888, p. 40. — Grimm, Deutsche Mythologie, 2e édit. p. 1119.
celte circonstance qu’il était convenu qu’on ne toucherait plus à l’arbre après l’avoir fendu et rejoint : on pensait en effet — c’est un cas fréquent de « sympathie » — que la vie de l’enfant serait désormais attachée à celle de l’arbre et que, l’arbre détruit, l’enfant, même devenu homme, devrait mourir par contre-coup, ou bien que l’infirmité reparaîtrait. Dans les détails que l’on donne sur la pratique du Sussex, on mentionne que l’enfant devait être passé dans l’arbre fendu, neuf jours de suite, au lever du soleil. Dans le comté de Surrey, un houx était employé au même effet dans le commencement de ce siècle (1).
Chez les Slaves du Sud, M. Krauss nous assure que l’usage de passer par un arbre troué ou fendu ne se rencontre que d’une façon sporadique et dans les cas de fièvre : mais il décrit pour les enfants hernieux la pratique suivante qui dérive évidemment de la précédente .et en est une atténuation :
« Quand un enfant est atteint de hernie, la mère, en » société d’une autre femme, le porte à un cornouiller et » le place, tête en bas, contre l’arbre, de façon que la tête » touche la terre et les pieds touchent l’arbre. L’amie de » la mère emporte alors l’enfant sans se retourner (2) et » la mère, avec une sorte de foret, perce trois trous » dans l’arbre à l’endroit où les pieds de l’enfant ont » porté. Dans le premier trou elle enfonce un coin de » hachoir en disant : « Si tu es de bois, voici du bois » pour toi ! » Dans le second trou elle enfonce un coin
(4) Notes and Querics, n° du 17 janvier 1885, p. 40. — Un exemple tout récent du Somersetsliire est cité dans le n° du 10 avril 1887 du même recueil, p. 318, mais on ne clit pas de cpiel arbre il s’agit.
(2) C’est encore un rite supplémentaire pour que le mal qu’on laisse derrière soi ne vous reprenne pas.
» fait avec le bois de la saillie du toit en disant : « Si Lu » es de fer, voici du fer pour toi ! » Dans le troisième
» trou elle verse de l’eau en disant : « Si tu es d’eau, » voici de l’eau pour toi ! » Le rite se répète trois jours » de suite (1). »
(1) Fr. S. Krauss, Volksglaube der Siïdslaven , Münster i. \V- 1890, p. 38