I.e cousin Edouard veut
affirmer rjue ce prix ne-.l pas conforme au tarif, mais déjà SuzanUv. a crié, toute joyeuse :
— Ça va !
Elle ouvre la portière, s'engouffre.
— Vous voyez bien, Boby, qu'il y a toujours moyen de s'arranger.
Voici le boulevard de CMichy, voici les Quat'z'Arts, puis le Moulin-Rouge. Le cocher s'arrête. Robert l'uixistrophe :
— Qu'est-ce (|ui vous prend ".' c'est à la Galette (|ue nous :Ulons !
Le collignon fronce les sourcils.
— Je m demande si j'vas y aller. C'csl bien haut !
— Promettez-lui vingt fraui s n.iby CPauvre Boby ! Il iK'sto en lui mén»»* «t
promet vingt francs. La bagnole rep zir , comme ivre ; Corolle r •
|M. . , le cocher saj*re en |:i f*»
Le cousin Edouard tombe sur I s'agripp-.* à Suzie, el les carreaux jinifiimi en musique.
('.oinine c'c^t amusant. Dieu e est amusant ' repaie la voyagruv tm^n-i-
Un nain de 30 ans.
Soudain hi rue s'éclaire d'une lumière brutale. Après un cahot indécent, on stoppe.
Oh ! Galette, Galette des jours anciens, quêtes-voiis devenue ? Près du moulin moussu et lézardé, les ombres d'Alphonse et de Gigolette ne viennent plus rêver que rarement en comptant la recette, et la rue monte silencieusement calme, presque respectable. Où donc les casquettes que chanta Bruant et les ceintures rouges, elles accroche-cœurs des beaux Ju- Jules ? Où donc les chevelures retroussées — comme leur nez — des pierreuses au turbin, et leurs robes si simples, si vite relevées aussi, avec leurs bottines qui s'éculent ? Où donc les quadrilles-chahuts, les gambillements, les désossements, les cris d'animaux ? Où
— Je ne regrette pas d'être venue ?
donc les noctambules en habit s'égarantpeu rassurés, malgré la partialité des cipauXj parmi les pantalons à pieds d'éléphant ? Tout cela s'est enfui, je ne sais où, pardessus le coteau, si loin, si loin que Je souvenir même à peine en demeure. Galette au front pensif comme vous oubliez ! Et les grandes ailes vieillies du moulin, insoucieuses des métamorphoses, s'étendent dans la nuit, pauvres ailes qui ne tournent jamais...
Galette, Galette fardée, maquillée, pourquoi vous êtes-vous parée ainsi, et quel besoin de cocotter avec le Moulin Rouge, quand vous étiez si gentille en votre jupe percée, de propreté douteuse, alors que vous lâchiez des mots déshonnêtes et estampiez un peu le bourgeois surpris 1 Vous les avez donc voulues, ces boiseries vertes et blanches, et ces colonnes peintes où des amours, parmi des roses électriques, sourient nigaudement, et ces plantes mondaines surgissant de pots bigarrés, et ces tapis à
fleurs, et la Goulue ? Et vous avez encombré vos murs d'affiches et de porte-manteaux, et vous vous êtes offert des garçons lugubres, et des gérants cérémonieux, et un Bar avec des glaces immenses et des fauteuils profonds. Si gentille, jadis, à la coule, comme vous voilà tocarde !
Suzanne sauta sur le trottoir, refit d'une tape adroite les plis de sa jupe, et :
— S'pas Boby, nous gardons la voiture ? Robert, de la tête, fit signe qu'on gardait
la voiture. Le cocher ne protesta pas. Il dormait.
On entra. Des marches et des marches à gravir ; un contrôleur en sifflet élimé qui salue les arrivants d'un sourire administratif, une caissière rougeaude qui leur tend des tickets, un chasseur qui pousse une porte ; encore des marches, et ça y est.
— Comme c'est joli,Bob3^, comme c'est joli !
Ah ! que oui ! Ah ! combien joli ! une salle, grande, verte, bleue et blanche, des murs plaqués de treillages en bois et salis de cadres-réclames, des chaises légères.
Sur les côtés, des plantes qui baissent leurs feuilles, par pudeur peut-être, ou par anémie, tout simplement. Un orchestre haut placé ronronne je ne sais plus quelle valse banalisée jusqu'à l'écœurement, tandis que des couples tournent et s'envoient à euxmêmes des sourires en passant devant les glaces (des glaces biseautées, ma chère).,
Suzette s'asseoit, Boby aussi, le cousin Bette aussi.
On les regarde,, ils sont gentils, et le garçon obséquieux qui, le dos courbé, demande: « Vous désirez ? » rêve de fabuleux pour-J boires.
Mais, brusque, elle se lève, elle ne veut pas boire, elle veut vagabonder, et la voilà déjà dans le jardin. Elle court, elle court, petite mondaine grise dû plaisir d'être, une fois par hasard, libérée de toute contrainte, l'âme décorsetée. Elle s'arrête le long des balustrades, rit aux éclats, s'extasie, repart, s'arrête encore. Boby transpire à la suivre, et le cousin Edouard s'éponge le front — ce front qui va rougir encore — avec un vaudevillesque mouchoir à carreaux. Mais le moulin, qui, tristement, se dresse devant elle, l'attire. L'escalier vermoulu qui pleure sous le pied ne l'effraie pas ; elle veut monter.
DbI» COVPU.a TOl'HNILXr, TANUIK yt'ON ORCaOlUE.
LN VILAIN MONSIKLR!
— Chérie, ce n'est pas raisoniuible. voyez ces marches !
— Ça ne fait rien ; ce petit ni aidera, (^e petit, c'est un garçonnet en Jivrée, (pii
se tient au bas de l'escalier, figure de treize ans fanochée déjà.
Il tend la main, et, soutenant Suzanne, gravit les dv grés prudemment. Hoby et Edouard suivent sans rien dire. Aprè.s des minutes essoufflées on arrive. Knfin !
Suzette s émerveille : t Hoby, Hoby, comme c'est beau ! >
Rien à voir, mais là, rien du tout. Seulemenl, parce (ju'elle avait lu t;uil et tant de descriptions enthousiastes de Paris considéré du sommet de la Hutt(\ dictées aux jXK-'tes imaginalifs, innocents menteurs, par la folle de la mansarde, elle croyait voir, elle voyait.
Klle s enthousiasmait devant une immensité sombre que piquaient des points lumineux, distribués en rangs dOignons, ou en cercles, ou en triangles (Juilcpies uns, dan saient à petits coups timides, égarant leurs lueurs à droite, puis à gauche ; d'autres mouraient sans agonie, bruscjuenienl. Iji somme, un gigantes(iue lapis noir semé de vers luisants, rouges.
Au bas, si bas que .Suzie frémissait, presque envertigée, des jardinets, fouillis mystérieux de planches, de ferrailles, de claies et même d'arbres - se devinaient le long de la colline ; plus bas encore, la rue Lej)ic fiiail, filail. j)uis soudain tournait et se |)erdail dans la nuit comme une désespéré • (|ui Cïuirl vers la Seine
— Comme c'est beau, Hoby, comme c'est beau !
Pas de réï>onse ; il songeait à la drclie imniimnle, inéluctable, et <|ue le fortuné gamin attaché à I immeubl(>, rien (pie |M)ur les avoir guidés dans l'ascension de l'e.scalier, avait reçu «le lui, sur l'injonction de cette j«»lie gâcheuse ch' Suzanne, unt* roue de drrrière
Des chats en mal d'amour miaul.iient raurpiement, et des bouffées de cuivri-s. venues du bal, (-ontre|>oinl lient leurs aigres mélo|)ées. Là-haul, les étoiles et lu lune continuaient à rire, l'n vent léger I affiche n'avait pas menti — |)n'sque |)arfumé. gambadait à travers le Moulin II frôlait les boucles de Suzette. Iulinait s.i ju|)»'. puis secouait la |>orte, puis courait au dehors, rasant les murs et raillant les
grandes ailes immobiles qu'il souffKlait, piquait une iK)intc jusque dans la rue, fHiis revenait, caressait d indiscrètes chatouilles le cousin Kdouard rougissant, mal à l'aise, 1 abandonnait comme déçu il chagrin, et repartait pour re%enir encore. Son clia|ieau à la main, le cousin Kdouard contemplait la ville invisible, et songeait à la tiédeur de son lit lointain où 1 édredon s'ennuyait à l'attendre.
Suzie ne se lassait pas de regarder Même elle affirmait reconnaître :
— Tenez, Boby, ici. c'est les Invalides, ici les Champs lilysées, el par lA, je parie
(\w- •■'■".{ notre maison
Maintenant, il n'y a pltis rien à ' pler . on redesci'jul,on rentre dans on s'attalile, on coiiiinaiide de« d on reg;u*de ce nouveau spectacle, ti «rtiui sant !
I/air pcsc, lourd, &ali de fum«^ Pardessus un charivari de rires el de cri»
Torchestre tempête ; dans les coins, des pourparlers s'échangent, selon les lois bien connues de l'offre et de la demande, les
La bouche rieuse, le coiys souple...
laiderons vantent leurs inlassables complaisances : — « Tout, je te dis, tout ce que tu voudras » — et tandis que les plus chançardes, un mâle de rencontre au bras, disparaissent, de vieilles gardes, les tempes striées de pattes d'oie, les lèvres sanglantes, les yeux encharbonnés passent et repassent, bredouilles, enragées de voir que la dernière levée est faite.
Derrière une obèse dondon, grasse d'une graisse huileuse et qu'accompagne une haridelle dont on compterait les côtes, un lot de petits jeunes gens processionne, bien cravatés, bien gantés, bien chapeautés, qui tètent leurs pommes de cannes et arborent des airs illégitimement vannés ; autour d'une table, une honnête famille, en atours manifestement départementaux, boit de la bière tiède ; elle s'amuse, elle se scandalise, et sa joie s'effare un peu.
Suzanne exubère.
Une petite femme, surtout, la ravi', brunette avec des quenottes trop blanches, et des yeux trop noirs, et des lèvres trop rou-
ges, frétillant dans une robe verte, d'un vert agressif, qui agace les dents. Elle danse toute seule, virant à travers les groupes, la bouche rieuse, le corps souple ; son chapeau de paille rose, enfantinement surchargé de violettes et d'aubépine, houle sur sa tête frisottée ; elle danse, et des mains l'effleurent au passage ; et des visages se courbent vers elle, et des moustaches frôlent ses bouclettes. A peine ses pieds touchent-ils, ils vont, viennent, tournent, retournent, « comme à la poursuite folle d'eux-mêmes» songe le cousin Edouard qui pratiqua, jadis, le vers latin, non sans gloire.
— Est-elle gentille, cette petite ! s'exclame Suzanne.
La petite entend, la petite sourit, la pct'te vient résolument se camper devant eux, les mains aux hanches :
— C'est ton béguin ? demande-t-elle au cousirî Edouard.
Suffoqué, il balbutie :
— Mon... mon quoi? mais je n'ai qu'une canne.
Robert fronce le sourcil, mais le rire de Suzanne s'égrène en perles de joie :
— Offrons-lui quelque chose !
— Voyons, ma chère, vous n'y pensez pas !
— J'y pense tout à fait, mon Boby.
Boby sait obéir et se taire sans ronchonner. A grand'peine il réprime un hausse- ^ ment d'épaules, tire sa moustache, et :
— Vous prenez quelque chose ?
~ Chouette, v'ià des gens rupins ! Garçon !
— Garçon, amenez-vous !
Suzette observe avidement la poupée. La poupée s'assied.
— Hein ? si qu'on s'arroserait la dalle,
— Jk TAHIB i^hf. CUIT l'Ail LA Atftilk MAl<»«*.<«
les enfiuils ?.. (iarcMMi, amenez-vous! El puis loi, vieux déplumé, ajoule-l-elle, eu secouanl le cousin Hèle ahuri, fais donc pas la gueule.
— A mon âge, mon Dieu, à mon âge, entendre de tels mots !
Et le cousin eut envie, presque, de pleurer.
— Te frapï^s pas, mon raton, tu t amuseras jamais plus jeune.
...Boby voit, les unes après les autres, interminablement, défiler des consommali )ns diverses et coCileuses, aux(|uelles il ne touche pas ; et il lui semble que sa bourse <Iiniinue. diminue, juscju à lui foiulre entre les doigts ..
Cependant la petite femme jiisail, avec une platine de viiUle concierge, et contait, la bouche pleine de sandwichs au foie gras et de rires, la fourcJielte gesticulante, quelles avi-ntures et «piels souvenirs d enfance, juste Dieu ! Ne vous souvientil pas, Suzette blonde, d avoir rougi, puis d avoir donné la volée à des rires en tumulte, si piailleurs de joie, (jue des gens se retournèrent ? Ne vous souviinl - il pas d avoir hésité sur la signific;itioii «lanecdoles narrées en un argot, pour vous prescpie hcrméti(iue, et d avoir réveillé le pauvre cousin qui somnolait, marri de s élre attiré celle ré flexion de la folâtre in vitéc: f lié ! maniue-mal. ta misrv a fait un singe * • Ne vous souvient il fïas d avoir serré la main «le la pou|M'*e jacteuse quaml elle s'en alla pa.s mal grise, pas mal éton née, aussi, rpie c»' couple si h<»spitalier ne la g'irdâl |)as justpi au leud(*main m.itin '* Si, assurément, mais, sans nul doulc. il
roftnl comrw un piquri
ne vous souvient pas que Boby régla la note en esquissant une grimace navrée. Pauvre Boby !
Le bal finissait ; ii fallait iwriir. hélas ! — Partir c'est mourir un peu. — Dans la rue morne, le cocher dormait béatement, révaiit d absinthes pures et de clients princiers ; C«)cotte aussi, rêvant d improbables bol tes, et de barbota- ^ Ils se réveillèrent tout de même quand on les en eut priés, sans |K)lilessc, durant (pieJcfucs minutes.
— Dis donc Boby. lu as l'air fatigué **
— Heu ! un peu flapi ..
— Je ne veux pas <|ue lu nous accompagnes. Le cousin Edouard v^ me reconduire. Toi. rentre te coucher Demain, à trois heures et demi, je faltends rue de Sèvres, tu sais ?
II sait, il sait très liien Il sait au.ssique Su/anne.
en son al' î ' i i
déc, le lui' j i ut
haut devant le cousin Edouard miieltemenl sciindalisé, mais il nu plus la force de la prévenir.
— Dis donc, j ai oublié ma bourse., |>our le fiacrv ; donne-moi un louis, tu me feras |H'nser à dire à Erant/ de le le rendre
Chère enfant
— Et puis. ">, donne au.vsi vi. n* |>our le chasseur.
Bobert les installe en fiacre .
— Oh' n\c suis trompée, j'ai ' chasseur ' Que je suis . .
m en voulez |kis. Boby *
Ml noii • M lis II
.\pÉ« s tout ' ' '■■' I pauvre garçon D moi un autre
n'fuitdie/ pus de me ïiâirc |>enicr de dire a
je crois que je au
ne
plaisir
Fraiitz... Adieu... Je me suis bien amusée.
La voiture roule.
Robert reste là, comme un piquet... Il songe que dix et cinq ça fait quinze, et vingi trente-cinq, et quatre trenta-neuf, et quinze cinquante-quatre, et quinze soixanteneuf i; Chère petite Suzette) ! et encore quinze quatre-ving-quatre, et deux quatrevingt-six ; il songe que sa soirée lui revient à tout près de dix louis ; il songe que Wilfrid Arsouille acliète beaucoup de ren-
tes sur l'Etat, que Bruant, igentleman-farmer cossu, s'arrondit chaque jour, et que Suzzie devient, décidément, hors de prix. Il relève son col (la bise coupe) et rentre chez lui, à pied...
Mé-Ian-co-li-que-ment...
En passant devant le Parc Monceau, il murmure d'une voix navrée :
— « Ça ne peut pas eontinuer, non, pas moyen » !
Pauvre Boby !
ciiAriTRi-: VII
Ql I RELATE DES CONVERSATIONS TOLTES PÉNÉTRÉES DOPJNION PURMOUE
A la niéine heure (la voilà biiMi, de Icnips) dans la salli* dt» jeu «lu Cfunlois. Maudis prend la main, au tliodesteuieiil satisfiiil. annoru'c
— Sept :
— Huit ! abat le lahieau de i^aue
— Neuf ! assoninie le haïKjuier
— Ali ! le brutal !
— Sept, huit, neuf ! le enup est n
— Toul ee (jue vous noikIic/ iii;i dur quand niènu
Monsieur, nioi <{ui vitus )>arle, ;
Au tour de Sniiley de prendre
la main. Il s y lient à six. Le
(uicr aussi. Les aphorisnics
^...1 ux rebondissent sur le tapis
vert avivé de lignes jaunes.
— Qui donne un six lire un lix!
— L'cnrarle à six est pour le ponte •
Jamais de la vie, il esl pour le b inipiier !
Failes vos jeux, messiiMirs La peau * urogne Maufjis.
Des ban(|uiers eoninie ya Ils vous collful trois abata^es pour se nnUre en voix, it puis ils fiehenf une suite ' laiulrail être I'ar\ ilbpour jouer contre eux. J me fais la paire, lu viens, Smiley?
— Ma foi oui
l'unité l'ninc un, et.
le.
j^ulii-r '
is (• est
i Aix
Ils diseifidiiil avec le petit li:iuli ud.
— Au bar, hé? propose Mauj^is l-n»id, je grelotte. Boire (pie'que chos<* de chaud et de léj»èrement alcoolique.
- Dis donc, tu parles de Parville, dit Smilev, cpi'est-ce (pi il devient '* On ne le voit plus.
— 11 rsl amoureux, c vieux l'arvilU ■ ipatine, i patine !
— Je l'ai vu au trii)ol hier soir, ajoute Haiehard. Il s'envase. Il n'a |ws fait sa matérielle tous ces soirs-ci, au contraire.
— Comment, sa matérielle 1 s'écrie Mau- ;jis. Vous en avez de bonnes ! S'il y a un ly|>e cpii ne fasse pas de matérielle ' .
/fi l'awiiful ou htn
Fjoiic comme un pied, et i'perd tout ce qu'il veut.
— Ah ! par exemple ! proteste Baichard. Ce dont je suis bien sûr, c'est qu'à la partie de la fin où il vient maintenant, et oij je vais aussi, il cherche une matérielle et une matérielle chère même ; seulement, il ne la trouve pas.
— Et puis quoi ? Vous êtes là à faire vos sucrés !
Ils entrent au Bar, s'asseoient (Egg nogg, Whisky and soda, Milk punch). Notre jeune ami Palamède les rejoint. (Un lait chaud).
— Tout ce que vous voudrez, reprend :Maugis, mais c'est un bateau. D'abord, il a de la fortune, ce garçon-là. Pourquoi diable est-ce qu'il irait...
— De qui parlez-vous ? insinue le sub Palamède.
— De Parville.
— Parville ? Oh ! il n'a plus le sou, depi déjà longtemps. Il a très maladroiteme joué sur les mines du Gogol^and. Je 1 avais bien conseillé de se méfier, ma naturellement...
— Comment ? Parville, ratissé ? Vous m'i fichez des flambeaux ! Mais il dépense d tas d'argent, il...
— Il a peut-être des ressources caché( concède Palamède, avec un sourire terr mais de son capital il n'est pas resté dei cents louis. Et je ne pense pas qu'il vi comme il vit avec ses articles du Scande et son roman annuel.
— Tu savais ça, toi, Smiley ?
— Je ne me mêle jamais de ce qui ] me regarde pas, module Smiley, avec u douceur infinie.
— Mais enfin, quoi ?
— Penh ! dit le petit Baichard, il y tant de façons de s'arranger.
Maugis, d'humeur doguine, exaspéré ( ce qu'il entend, furieux parce que se sleeper est déshonoré par un excès de clo de girofle, ronchonne :
— Sacré Parville ! Je l'gobe, moi, c't'e faut... fauché? c't'épatant !... mais alor: La matérielle !... et il ne la trouve pa: c't'épatant!... mais alors?...
— Et, reprend Baichard avec un intér doucereux, il est toujours avec la peti Lizery ?
— S'adorent... sont gentils ces enfants deux pigeons !
— Eh, mais !... susurre Baichard, l'ast! cieux petit Baichard.
— Quoi?
— Les Lizery ne sont-ils pas fort riches
— Si. Et après ?
— Oh ! rien. Nous cherchions quell étaient les ressources de Parville... alor je...
Maugis repousse son verre vide, et, pei dant qu'on le lui remplit, vocifère :
— Ah ! par exemple ! Vous en avez di trucs de panas ! Tas de poireaux ! Tas de
— Allons ! ne vous fâchez pas ! Apri tout, il n'en manque pas qui font comn lui.
— Ce qu'il y a de certain, -susurre Palî mède, c'est que, depuis qu'il est pann Parville a remplacé Annette de Provir
l N \ II.AIN MO.NSlia H !
par madame de Lizcrv Après r:i. il l'aime j)eut-t'lre.
— Mais CfrlaiiiciiiciiL ii i atlori' . liurie Maugis. El il a firhlreiiunl raison, elle est mignonne comme tout î Etcs-vous d'assez sales rosses !.. Charlie ' un autre eggnnjc et avec un peu plus de rhum, hein !... \ l.i rpie vous traitez I*arville de nageoire, à cette heure ?
— rigure de rhétorique !.. La partie pour le tout ! expliciue Smiley.
— Parce que B.iiehard croit lui avoir vu jouer la malérieile ... Ah ! là! l:i ! avec ça (pic nous ne la jouons pas la matérielle nous autres, et que...
— Ah pardon ! Nous ne vivons pas sur le pied ou vit Parville ! rétorque fielleusemenl le pelit joueur rrérliccs.
Maugis râle, enragé, la bouche pleine d un argot ramassé Dieu sait dans quels bouges :
— Et puis (pioi ? Vous êtes là à faire vos sucrés ! l'arvillc, un barbe, lui .' Non, c esl marrant ! S'il est purée, hcn voilà, il essaye la matérielle...
— Oh ! comme je suis bien sûr que, de puis des semaines, ça ne biche pas... el (pi'il en a besoin, de l'argent (ju'il cher 'lie... et rudement besoin encore...
— Au train dont il vit ! appuie Palamède
— Ail ' tenez, vous me dégoûtez '
— Tout ça n'emiHîche pas (pie votre ami Parville m'a tout l'air d'un vilain monsieur ' dit Baichard sèchement.
Maugis crache ses pailles dans son verre el bondit :
- Parville ! un vilain monsieur ? Mais
I est la crème des bons garçons... s' pas Smiley?... gai, gentil, et plein de talent, par-dessus le marche.
— Oh ? oh ?
— Certainement, monsieur du Muffeloii.
il est plein de tidcnt, et complaisant, et aimal>le, très chic avec ça î Vous êtes jaloux de lui, tous tant «pie vous êles ; c'est jHuir ça (pic vous le bêchez
— Oui, c'est «ntriidu, l'irville a toutes > (pialités. N'einpè( he (piiln'a'iKis le sou,
qu'on ne sait pus de ([uoi il vit, et qu'il est collé avec une petite femme cousue d« billets de mille.
Maugis a beaucoup bu, beaucoup eiitondu
II vide, il se lève
— Je n'veu.x pas je ii'veux pas! Parville n'est pas im broche, cl vous, vous "tes (tvs vaches, des...
— Voyons, Maugis, calme-toi !
— J'suis 1res calme, mon vieux Smiley.
mais faut pas chiner Parville, faut pas! Toi, Palanuile de Francfort, j'vas l'envoyer faire youtrx*, et rapidement ; el puis loi, Baichard, tu vxs te faine cabosser lu cafetière !
— Il esl cntièrcmeiil gris, murmure très bas le prudent Palamède.
If
— J'ras^l'envoijrr fon, ,i mpidcment.
Il sort, Baichard avec lui.
Une fois dehors :
— Ce pochard de MaugLsabc^au brailler, recommence le Juif, son ParNillc. c'est un vilain monsieur !
Quelles sales bêtes ! s '••••• . v»
Ils m'ont t«>ujours tl Smiley. sereinemenl.
— El puis, enfin, c'est de la blague tout ça ! Si Parville avait eu besoin de g ib'lfe. il aurait d abord (essayé de nous t
c'est «le la blague'. . Il csi plutôt douil....>i et...
— T'emballe pas mon vieux ! Il y a une îi . : i est certaine. " •^'
, ,11e joue la li Comment f toi ausM '
- Mais -T vieux, j« i»*<»»lnl- ■■
constate s.
T'es sûr ?
- Tout h fail sûr II > » uhall. il
m'amusait beaucoup... (Tu comprends, moi, du moment qu'il ne voulait pas qu'on le voie... ça m'était égal.
— Oui, oui... Et moi qui lui dis toujours qu'il joue comme un radis !
— Ça faisait mon bonheur.
— Tu te payais ma hure? Merci .'...Mais alors, dis donc, la petite Lizery, elle le...
— Ah ! je ne sais pas, moi ! Tu m'en demandes trop long.
— Dire que c'est moi qui ai fait cet adultère-là !
— Pfft ! si tu n'as jamais rien de plus sinistre à te reprocher...
— Ben, mon cher, j'I'aime bien c'frère, mais les dos, ça me dégoûte.
— Inconséquence des gens d'esprit ! soupire philosophiquement Smiley. Mais comprends donc, mon vieux Maugis, que Parville est de ces garçons pour lesquels les intérêts sont si subordonnés aux sentiments que les^mâtins acceptent de l'argent comme Us se ruineraient, sans faire attention... Ils sont traités de 'marions par les Baichard, mais ils gardent dans des coffrets la rose que portait l'Aimée le premier soir où ils l'ont vue... Ils sont entretenus et désintéressés !
— T'es fleuri comme une conférence de George Vanor ! Très jolis, ces bonimentslà. mais tu as une drôle de façon de le défendre, ton ami Parville !
— Je le défends comme je peux.
— Alors, tu partages l'opinion des muffetons de tout à l'heure ?
— Du tout, du tout ! Entre exploiter une gigolette à tant par jour et accepter de Fargent d'une femme qui vous aime et ique l'on aime, je réclame le droit de îaire une différence. Parville n'est pas pour moi « un vilain monsieur , mais un charmant garçon à court d'argent; et la preuve qu'il reçoit sans calcul, c'est justement qu'il
essaye une matérielle plus forte, qu'il se donne un mal de tous les diables. Il voudrait bien n'avoir pas besoin d',argent, mais les banquiers passent comme des fleuves.
— En somme, tu crois aussi, toi, qu'il est 3ntrletenu par la petite Lizery ?
— Il me semble assez logique qu'il lui ait emprunté quelques ors : Il est à la, côte, elle a le sac, ils s'adorent... Conclus itoimême.
— F sont si gentils !
— Et même, au fond, j:e trouve ça assez naturel.
— T'es pas fou ?
— Les écailles se portent beaucoup cette année.
— Tais-toi, j' vas t' jeter une pierre !
— Voyons, vieux Maugis, ça te chagrine donc tant que ça ?
— Ah! si ça m'embête!
— Idées toutes faites ! Considère...
— Zut 1 rentre tes développements et parlons d'autre chose.
Smiley rentra ses développements, mais on ne parla pas d'autre chose.
Et voilà ce pauvre Maugis, devant son sixième eggnogg, énervé, malheureux, crispé, parce que son vieux Parville se conduit comme « un vilain monsieur ;, et qu'un adultère dont il était si fier a mal tourné.
— Ils étaient si gentils !
Maugis et Smiley sortent du Bar. Avant de se séparer :
— Et il m'a dit qu'il n'aimait pas la mer ! s'écrie Maugis, avec amertume.
— Bah ! ça ne l'empêche pas d'être un charmant garçon ! Tu n'as qu'à faire comme isi tu ne savais rien.
La philosophie de Smiley est indulgemment souple — vieille expérience.
— Ben oui ! Mais ça me gêne, ça me gêne ! gémit Maugis.