CHAPITRE VIII
or IL EST QLESTinN I.l\ MTRE TAS DE CHOSES, NOTAMMENT I» AHCENT
ET d'amour
V IrndeinaiJi. (Juiihi' lunircs un (iiiart. )i'rl, arrivé Irop loi, lait les ctnl pas nu» Sk^ntcs pcnchuii une; heure. Les notables iincrçanls, au seuil de leur porte, coin- [iceJil à se demander si ce promeneur ; sourcils anxieux n'est pas un ;uiarchisle rchanl une ])laee idnine à la bombe uquiné par le fluide épeuré (ju éinellenl yeux de taffeurs, l'arville se décide à rer au Parloir, pour allendrc.
uzamie lui a dil. la veille:
- Tu comprends, I3oby, avec tout ce cpuis faisons depuis (pu'bjue temps, je niais pas fâeliée <le me confesser un i)eu. ! ne plaisiuite pas h'i-dessus ! j ai ça en Teur :
- Mais je ne «lis rieJl !
- A la boaiu' lu-urc ! Les tiommes rient jours de ces rlioses-là...
- MazA'lte ' tu parais renseignée.
- Tu sais bien «pu» lum î Mais c'est lou nus amies (pii nu* l'ont dit... Voyons. ne te fera pas plaisir (pu* ta petite
:etti' soit toute pure, saiiis péché '
- Si, très plaisir
- Ahirs, si tu vi'ux, j irai rue de Sèvre>, îz b's Pères
- C'est toujours le père Truck (pii Idant la C(Miscii'iice .'
- Oh non ' Depuis que tu Depuis que I nfui, depuis (pie nous nous aimons.
je l'ai (piitlé parce que, conune tu Je rencontres (puhpnfois élu/ las \ ieuxlac. j ai pensé (pu' ça i)ourrail te gèiu'r.
— C \st \rai, lu as bien fait, quoi<pu*, u est-ce i>as, ji' ne crois i>as (pi'il aurait eu I indiscrélioJi de m'en parler. Kl à qui t'adrcsscs-tu, alors *
— Au Père Serafini.
— Ah! ce petit l«'ii<ir italiiMi (iiii cli.inte si bien Tri s Uni?
— Oui. II est charmant, 1res uUeiiJi^cnl , il comprend tout.
— Il a de la veine...
— Viens m'altendre à la sortie. Tu j^uirras mème> enlr«i m P.nli'.ir
- lùilendu.
— I'!t puis noiibiiv pas ipu' nous allons
' ^oir à L'I I*IU'tl/f ''l ' in,f jtiIttK
i-^nlendu aussi On s'est grisé d.Vrt pur a />/ i'nc* Ib à i iiui jMtttcs. et Hobert atteJid Su/anne au Parloir des Jésuites, rue de Sèvres.
11 est infànu", ce I*arloir. On y arrivi* par vxix couloir à casiers et à 1>oui;« • ^ (|ui fait penser ;'i (pielqur 1
bas étage, et les trois pelili , ^ .
bres, en enfilade, semblent des s.dies de 'iiain sans b linnoin* ni<
il triste, même \ïv\ï\ lu. ,
seulement il n'y a paik de sonnello | le linge cliaud D< s f. en p
comnu* on en tr««Hv. . î, los eu
cher tous! !)<s cli s, lux
ges inhospitaliers, «pij n oui \>jis pu <ir d« • i
UN VILALV iVIONSIEUH !
der à être tout à fait des prie -Dieu. Ça sent le papier moisi et l'homme cliaste. Robert fait le tour de la pièce et regarde les cadres accrochés aux murs. Des Jésuites, rien que des Jésuites, rien que Ides lithos de Jésuites. « Après tout, se dit Parville, je comprends qu'ils ne tapissent pas leurs immeubles avec des effigies de francsmaçons... Voilà saint Ignace de Loyola, parbleu, S. J. Fimdator... Voilà Alfonso Rodriguez... Tiens ! J'ai connu à Biarritz un Madrilène de ce nom -là ; il avait une sacrée veine à l'écarté ! Ça ne doit pas être le même. Celui-là, il monte au Ciel sur des petits anges scrofuleux. Et celui-là, comment s'appelait-il ? Berdhmann. Connais pas. Aussi chaste que saint Louis de Gonzague. fichtre ! mort à vingt-deux ans. Zut ! C'était vraiment pas la peine, non pas la peine assurément, de tant ménager son tempérament .
Robert continue sa tournée : il recense des reproductions de Rubens convulsifs, aux draperies fouettées d'ouragans inutiles, avec les genoux saillants sous des linges, on dirait, mouillés ; épatant !
Maussade, il s'effondre dans un des fauteuils de paille ; il prend une brochure sur la table à tapis vert ((Chapitre V. Apologétique. Itinéraire de la raison à la foi. A V aller il y a urt abîme à frajwhir: comment est-il franchi » ?
C'est un guide-âm\e\, pense Robert. 11 rejette ce Baedecker psychique. Il se sent vague, vague, vague.
Dans sa cervelle fourbue, deux mots retentissent obstinémicnt : « Faut rompre ! Faut rompre !
Impossible de continuer, sinon l'édifice va s'effondrer, qu'il a eu tant de peine à construire. Faut rompre. Et même, il n'est que temps !
IJ a passé la nuit à tout ^peser, à tout examiner, à refaire ses comptes, et le résultat de ses réflexions, c'est qu'il faut rompre, et vite.
Faire comprendre la situation à Suzanne', inutile d'y songer.
Elle dirait :
— Tiens, tu es gêné ? Nous allons être économes !
Et puis elle lui ferait payer trois louis •de pa,pier à le:ttres : « Boby, j'ai encore «oublié ma bourse. » ' : !
Donc, faut rompre I
Robert a même examiné divers procédés de rupture.
— Maugis m'a fait jurer de ne pas la «plaquer salement). Et puis je veux qu'elle garde un bon souVienir de moi, cette pauvre mignonne !
Il a trouvé deux ou trois moyens ; il choisira selon les circonstances.
Mais ça manque de gaîté, d'u&er sa nuit à chercher comment on rompra pour des motifs budgétaires avec une maîtresse qu'on adore !
Et c'est pendant ce temps-là qu'on s'occupait au Bar, sans bienveillance, de la réputation de Robert Parville. Le pauvre garçon ne se doute pas que, depuis hier, il est un <( vilain monsieur »... qu'on a débiné sa matérielle... qu'on a fait ses comptes., et mis le nez entre Suzanne et lui... Ah ! vous pouvez bien compter que Baichard et Palamède n'ont rien eu de plus chaud que de répéter ces potins-là à tout le monde !
Quel <; vilain monsieur >, ce Parville!
Il ne voit pas la vie en rose, non. cependant qu'il attend Suzanne dans l'inconfortable parloir humide des Révérends Pères de la rue de Sèvres.
— Suzette... ma petite Suzette... tu étais si gentille ! Tu étais si mignonne ! Ti étais si bébête ! Tu étais si jolie dans notrf grande alcôve de là-bas !... Tiens, faudra que j'aille donner congé... ça tombe au commencement d'un mois pa^^é, pas d( veine 1
Coup de canne sur le linoléum du par quet.
— Et ce brave Frantz !
Coup de canne sur le linoléum.
— Et Gretchen !
Coup de canne sur le linoléum.
— Et ce crétin de cousin Edouard !
Robert mordille sa moustache en essayan
de sourire ; il a bonne envie d'allonger lUi coup de canne au R. P. Berchmann, -auss chaste que saint Louis de Gonzague et qu mourut à vingt-deux ans, mais cette icono cla.stie n'arrangerait pas ses affaires.
— Je ne vais donc plus avoir de ifamilk moi 1... Ah ! je commence à croire que 1 père Tailleb'ourg voyait juste. J'ai peut être eu tort de vouloir augmenter mes re venus et de danser sur une corde raid dont on noue mal les deux bouts... <j faudra que je repasse à Maugis cette mé taphore à double effet)... On aurait p
Mai SSADK, KKKt>M»nÉ UAXt l'X rAl'TF.1 IL l>K PAILLK
io:i
être si heureux!... Ma petite Suzette !... Ses K'vres gourmandes sr ^onfk'iit en une
Quand je pense que je vais rompre Jà... jolie moue de boudirie, eoninu* quéman-
tout à l'heure... car autant (pie ça ne traîne deiLSOs de baisers, si câlines que Hribert
pas, n'est-ce pas?... Ah là là'. tout à coup illuminé:
Kl il songea, avec un pauvre sourire qui avait envie de pleurer :
— Je ne verrai pas le nouveau jujuju vert avec des petits choux roses...
— Ah ! ça, voyons, tu n :is nourtanf ii.is Tint eut ion de...
Si fait, elle la. celle im< nUoii . dii- la précisément. Toute rose, elle prend 1. lu- 1^. de son Boby et lentraîne dehors.
.V cinci heures dix, p;u- lu porte du Parloir silencieusement entrebâillée, Suzanne, à pas de chat, se faufile et |>ose sa main .'j 3 1 sur lépaule de I*ar\ille toujours engourdi de songeries mornes.
Il tressailli' :
Ah ! cest l:>i ? Tu as fini .' - Pas même commencé. On fait queue au conf.*ssi<mnal.
— Diable! Le l'ère Serafini naurait donc pas pu te donner un tour de faveur ".'
— Pas moyen ; c'est des pénitentes du f Mil)()iirg
Ah ! des luVhés armoriés, ça ne peut donc pas attendre ?
— Non, réjKjnd en riant Suzanne (|ui.
comme toutes les j>arliculées de fantaisie, déteste la noblesse authentique.
— Alors? deman<le Robert.
— Alors jai pensé (pie nous i>ourrions sortir au lieu d'attendre là.
— Moi tu sais, je ne demande pis mieux; ça empeste le moisi, (huis celte usine SeulemeJit, tu vas perdre ton tour.
— Ça ne fait ricFi ; je revient! i;ii lard dans la soirée, après...
Mlle n'achève pas).
Après (pioi •' Pas de réjHMise
Mais p:irle donc, mignonne ! .Xpriv» <pioi ? Après goûter"* Tu as faim?
\A\v fait signe (pie non i.v mutisme ciub:uTiLs.sé devrait renseigner P;u*ville ; mais <pioi, ce n'est (pi'im homme
Ma f«)i. je ne le conipi-eiids pis ihi tout
— .MechanI, lu me compren«K parl.nh ni(*nl ' (^est donc bien amus.ml de t iqui ner .
... Par la porte du parloir. Suzanur sf faufilf...
Une file de fiacri-s ceinture le square
du Mon .Marcli' ' " n:ts
(:«»cher, p Thcruiopylcs '
— Cent sous pour vous si vou» marchez vile, ajoule Su
Le sapin fil. ^ «ur ses roues cauul I boutées
Un peu suffoqué d'abord par la prestesse de cet enlèvement, Parville prend le parti d'en rire. Cependant, ancien élève de Stanislas, des scrupules de son éducation chrét;enne, mal effacée, inquiètent son scepticisme peureux ; si près du confessionnal, l'Hôtel du prîrûôe Eugène et de la Question d'Orient le dégoûte presque.
Il s'en ouvre à Suzanne. Mais la fervente chrétienne le rassure :
— T'es béte, puisque je vois le père Serafini ce soir, je lui dirai ça avec le reste !
Après la séance, Suzanne mourait de faim, comme par hasard. Au lieu de retourner rue de Sèvres, ils se dirigèrent vers le Thé du Bouleimrd Haussmann; elle guillerette et jaseuse, lui l'âme en loques et harcelé de cette seule pensée : « Faut rompre ! Faut rompre » !
(Le Thé du Boulevurd Haussmann est un endroit charmant. Je vais le décrire un peu pour ceux qui ne le connaissent pas ; ceux qui le connaissent diront aux autres combien la description est exacte).
Grande pièce. Devanture vitrée avec rideaux à mi-hauteur ; plissés les rideaux. Par terre, un tapis. Sur le tapis une infinité de petits guéridons anglais et variés. Il y en a avec le dessus en faïence... il y en a avec le dessus pareil... it y en a en bois teint... il y en a en acajou. Il y en a en érable verni. Autour des petits guéridons, des sièges attendent, très « janssénistes > aussi, et modem styl. Il y en a en bois teint... /il y en a en acajou... il y en a en érable verni... Il n'y en a pas avec dessus en faïence. Tout cela gentiment dispensé.
Autour des guéridons et des sièges voltigent des petites bonnes noires éclaircies de petits tabliers blancs (dits de lunch), pour vous demander oe que vous désirez.
Dans les coins, de grandes plantes vertes réfléchissent.
Aux murs, des tablciaux genre anglais et des glaces genre .anglais.
On apporte au consommateur un plaiteau de cuivre persan, deux théières, une en
cuivre rouge aplatie et une en métal ^anglais, une assiette, une tasse avec soucoupe, un petit pot de métal blanc, deux petiots pots de porcelaine, un petit œuf en faïence grise avec des trous, un coutelau, une fourchette, une petite serviette carrée en toile fine ourlée à jour.
Dans la théière en cuivre rouge, on met du thé ; dans la théière en métal anglais, de l'eau bouillante. Sur l'assiette, deux toasts. Dans le petit pot de métal blanc, du sucre ; dans les deux petits pots de porcelaine, du lait et de la crème ; dans l'œuf en faïence, du sel.
On mélange le tout dans la tasse au goût du consommateur.
Vers cinq heures, tous les guéridons occupés, des flâneurs rêvachent délicieusement dans les grands fauteuils en osier souple, et la salle s'emplit d'un joli bruit de l3avardage à mi-voix.
Robert et Suzanne s'installent dans le coin à droite. On les sert. Petit silence.
— Ah ! soupire Robert.
— Qu'est-ce que tu as ?
— Rien. Ah ! nous n'aurions pas dû aller à l'hôtel !
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— Ah ! Suzanne ! Suzanne !...
— Mais vas-tu me dire ce que tu as, à la fin ?
— Eh bien ! oui, je vais vous le dire... 11 lui prend la main . Le thé fume. Suzanne
écarquille les pervenches surprises de ses yeux. Ce pauvre Robert parle ens'arrachant les mots : « Pourvu qu'elle ne s'aperçoive pas combien tout ceci manque de transitions », pense- 1- il.
— Oui, je vais te dire, ma bien- aimée... je ne peux plus... Il y a trop longtemps que je souffre... Je te l'ai caché tant que j'ai pu... mais je t'aime trop, vois-tu... je ne peux plus supporter que tu sois à un autre !
— Comment, un autre ?
— Oui... je ne peux plus... ton mari...
C'est gentil. lk« >yu\u ks ^ tiik. yt'iL* ont la Î
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— Frantz ? Mais vous vous entendez si bien I
— Oui, tu crois ça, loi... j'essayais, pour loi, mais si lu savais ce que jxû souffert !... Si lu savais...
— Voyons ! c'est ini|H)ssil)k'... tu n'es pas jaloux de Frantz, voyons ? Il est très gentil. Ht puis lu sais bien (juil n'est pas sérieux...
— Ali ! vous ne m aimez pas. Suzanne ! Vous ne sentez pas (pielle torture de tous les instants c'est jM)ur moi de...
— Voyons, calme-loi !.. Kl ne me dis pas vous, c'est ridicule.
— Suzanne ' M.i petite Suzelte !
— Là...
— Tu m'aimes, dis ?
— Mais oui, je l'aime.
— Alors, lu veux bien être à moi .' Toute à moi? Nous allons partir... Tu m'emmènes... Je l'enlève, l'oiseau chante dans les bois .
— Quel oiseau ?
— Rien,çam'aé<-liappé. C'est dil .' Nous fuyons ?
— Tu es fou '
— Ah ' lu vois bien que lu ne m'aimes pas î Que lu |)réfères Ion mari '. ^Que...
— Es-tu bêle !... Mais voyons, réfléchis donc! Ksl-cecpie je peux m'en aUer comme va ! m ma fille î Ht mes domesli<iues ' l'.l tout ça ! QueJ effet ça ferait-il ?
Robert jwusse des soupirs à fendre du bois .
- C'est Rcnlil, remarque tout d'un coup Suzmme qui, i>oin* l'à-proiws, et aussi iy)ur la suite d:ins les idées, ne craint personne; c'est genlil les petits ser\'ices à Ihé (ju'ils ont ici : Il faudra que tu m'en api)ortes un comme cela Le petit <euf en faïence, surtout, ça a beaucoup de cacliel.
HobiTl reprend :
— Tu :ls raison .. Jt- ii u pas le droit de briser ta vie, mais moi, vois -lu. je ne jH'ux plus durer ainsi. Puiscfue tu ne veux pas me suivre, c'est seul avec Ion ima^e cfue je m'en irai dans la solitude ..
— Tu veux l'en aller ?
— Oui, loin, très loin, en Suisse .Mar»s«i lulion esl prise!... J(> l'aime trop, Suzanne ! J'aime mieux ne plus l'avoir que de ne pas avoir tous les instants de ta vie adorée ' Mon amour est trop j^raïKl |H>ur aciepler des compromis dégnidanls
.Suzanne, l'»' : * n* <*«»niprimé d'énini ii.i
lèle navrée, mlie, mais c est si bu n
le genre de littérature qu elle aime ! Une fierté l'envahil délre ainsi adorée, comme «lans un feuilleton ; iKiur un rien, elle par tirait avec le jeune héros !
Les peliles p<^i^.•^ éledr i.|ii, s ,|ui j)t..ndenl du plafond au bout tK- fUs tordus, vmt encore vides de lumière ; l'ombre noie la table où [Robert s'accoude ; il en profite l>our pleurer tout son sa«ml de grosses larmes chaudes.
— O/i .' jr II minrrai janim^ i^ur itii '
Suzanne, elle, parlo comme d«ns un ré%*r. un l)ien mauvais rêve, « malsaine sensation d'irrt.i . ^ qui parle de nwnprc ♦ Ne vi t I lUer dans son grand 1 lu.iiiger trop de homard i" ' d où ce cauchemar l'f p cente de ce cruslacé,
se verse une autre laj»>« *•» m^ . •••.." »
ment.
Il le faut abs«»hnnent, i
— Oh ! lUdiy. tu veux p.' t
vrai ?
— C'est vrai.
— Moi qui croyais que ça durerait toujours, du moins si longtemps, nous deux, dans notre petite chambre là-bas...
Robert mordille sa moustache créolée. Le pauvre garçon n'y tient plus. S'il ne part tout de suite, son gros chagrin crèvera en sanglots bruyants. 11 se lève:
— Adieu, Suzanne !
— Alors c'est fini comme ça ?
— Il le faut... je t'aime trop... je...
— Oh, Boby ! 11 faut absolument nous revoir avant ton départ. Veux-tu demain?
— Oui, demain.
— Ah ! mon Dieu, dire que ce sera, la dernière fois !... Je pleure...
— A demain, ici, à quatre heures, si tu veux.
— Oui, c'est-à-dire non. Ah ! j'ai tant de chagrin que je ne sais plus ce que je dis. Plutôt à cinq heures, parce qu'à quatre heures j'ai un essayage.
Elle se sauve, dépoudrederizée par ses larmes, gentille à croquer tout de même.
Un frisson de vraie petite douleur ingénue lui court le long de rèchinet, mais bientôt l'orgueU d'inspirer un tel amour la réchauffe de nouveau, un si grand, si noble, si profond amour !
— Oh ! Je n'aimerai jamais que lui !
Croyons-la sur parole).
Et, tout émue encore, elle entre chez sa couturière.
Robert arpente le boulevard en s'invectivant. 11 se hait, il voudrait se battre. A-t-il été assez hypocrite, assez faux, assez menteur ! Il marche pour marcher. 11 brûle de fièvre... il l'aimait donc tant, cette petite ?... Il réf>ète machinalemejtit :
— Enfin ! ça y est ! ça y est !
Il rencontre Maugis place delà Concorde.
— Hé, Parville ! Qu'est-ce qu'y a ? T'as l'air tout chose... Malade?
— Non !
— Quoi? Des ennuis! La, petite caille?
Non?
Robert grimace un sourire...
— Pas gentille ? T'as l'air énervé ? Ça ne va pas comme tu veux avec elle ? c'est pourtant pas Frantz qui doit la fatiguer ! Ça doit être un métier dans le genre de celui de « Sœur Anne » d'être la femme de Frantz, on ne voit rien venir.
Robert l'arrête. Ces plaisanteries lui font mal :
— Non, Maugis... C'est pas tout ça...
nous avons rompu tout à l'heure.
— Hein ?
— C'est comme ça... c'est moi qui l'ai lâchée, et voilà !
— Mais mon vieux ! Voyons ! Pas de bile ! Tu t'fais des cheveux pour rien du tout ! Vous avez eu des mots ensemble ? T'es parti fâché ? Bon, ce soir tu vas lui torcher c'qui s'fait d'mieux comme lettre d'amour pour demander pardon à une môme des torts qu'elle a eus, et demain tout ça sera oublié. Voilà t'y pas une affaire ?
Robert n'y tient plus. Tout son ch|agrin lui remonte en ironie. Il a besoin de se soulager. Il prend le bras de Maugis :
— Non, mon ami, il ne s'agit pas de brouille, c'est fini, fini pour toujours. Pourquoi ? Tu ne t'en doutes guère ! Nous nous aimons... il n'y a jamais rien eu entre nous... et je la lâche, et il faut que je la lâche,, parce qu'elle me coûte trop d'argent !... Tu ne comprends pas ?... Eh bien ! réfléchis tout seul... moi je vais me coucher... je ne tiens plus debout... Sois tr'anquille... j'ai tenu la promesse que je t'avais faite... je ne l'ai pas «plaquée salement»... ça s'est très bien passé. Adieu...
Si. Maugis comprend. Même il comprend tout, à présent. ^Et la matérielle, et le reste.
— C'pauv' vieux Parville !...
Il descend mélancoliquement vers l'apéritif, vers les apéritifs.
— Et ces -autres crétins, hier soir ! Mon' pauv' Parville!... « C'est un vilain inonmeur .> qu'ils s'en lallaient... Tas de mufles, va !
— Es-tu bien sûr qu'il n'aurait pas mieux fait 'd'être un type dans le genre de Char-' les VII acceptant la fortune d'Agnès Sorel?
Jk LAIMAI8 THOF l'OII» NE PAS SOIFFIllll DKS MKB^fllNKHIK* DK L KXIiTrJ'iai
UN MLAIN MONSIEL'H!
ii:î
demanda Smilcy lorsque Maugis lui raconta Je vous fais grâce des dévelop|>enieiits
la navrjinle histoire*. df Sniiley. Il y a longtemps qu'on le sait
— Ah ne blague pas ! C pauv' vieux Par panuloxal l'I eonlratinil ville :...
— Mais je ne blague pas '. Je considcre L iie autre absiiitiu-, Ijicii lasscc ; cic 1 amour comme . manda Maugis.