‹ Un vilain monsieurChapitre 13 sur 13 · LE VICOMTE DE BRAGELONNE · texte numérisé non relu

LE VICOMTE DE BRAGELONNE

Trente ans ont passé ! Trente fois le marronnier du 20 mars a fleuri vers la fin d'avril. Et sept fois l'année s'est donné le luxe d'être bissextile (non, six fois seulement, parcs que l'année 1900 ne compte pas; néanmoins, consulter l'almanach Hachette).

— Tiens, voilà mon parrain !

La scène se passe par une matinée de printemps, si clairement souriante qu'elle semble commandée sur mesure. Un homme entre deux âges, mais encore dans la force du premier, descend l'avenue des Champs- Elysées, avec, à son bras, une élégante Parisienne de trente-cinq ans environ, mais, qui ne doit pas en paraître plus de trentequatre aux lumières... Autour d'eux quelques beaux enfants de formats différents les appellent papa et maman.

— Ah 1 Robert, dit-elle avec une exquise petite moue rose, nous serons en retard pour déjeuner chez mes chers parents.

— Mais non ! mais non ! — répond Tépoux, l'heureux époux, tu sais bien que Lizery n'arrive jamais à l'heure.

— C'est vrai ! Il a dû aller à son tennis ce matin. A son âge I

— Mais, ma chérie, il n'est guère plus âgé que...

— Oui, mais toi, tu es beau, tu sens bon et je t'aime.

(Un léger silence tout pénétré de tendresse).

— Et ta mère, interroge l'Aimé, elle ne sera pas prête, bien entendu ?

— Oh 1 maman !... c'est ennuyeux, tu sais... 11 serait vraiment temps pour elle de dételer. La voilà qui fait des éducations de collégiens, maintenant !

— Que veux-tu?... Si ça l'amuse !

— Comme tu es bon et indulgent !

(Nouveau silence attendri).

— Tiens 1 v'ià mon parrain, vocifère jovialement l'aîné des enfants, en se précipitant à la rencontre d'une petite voiture où stagne un vieux monsieur plutôt déjeté.

On se rejoint.

— Hé ! hé ! crachotte le monsieur de la petite voiture... prendre un peu l'air... beau soleil... aller déjeuner chez papa et maman... Hé ! Hé ! Joli temps pour les asperges... La route est belle !... Vous aussi, blonde cré... créature !...

— Je demande pardon à monsieur, interrompt respectueusement le domestique qui

— CoMUL^t! CK MOMSIKIR l»AΫS LA PETITE VOITI RI, CE SERVIT MaIOIS?

I \ MLAI.N MO.NSIEUH!

ii.i

pousse la petite voiture, mais il est Iheure de rélectr()-lliérai)ie de Monsimir.

— Ha ! ha !.. Adieu mes amis... Adieu... A... A. . .\dieu .. hydrothérapie... pipi, pipi, très bonne \K>ur mon cas, cas, caca...

Cette coprohdie baveuse emplit le.s enfants d'une joie qu'ils sont trop bien élevés pour mnnifesler i)ubliquement ; touti' irrévérencieuse allégresse comprimée, leurs veux luisent.

— Il me semble, constate la jeune femnii' lorstjue la jK'tite voiture est éloignée, que ce pauvre Maugis est en bien mauvais état depuis quelcpie temps 1>

— Que veux-tu, ma chère Gretchen, après une existence aussi incohérente...

— Comment ! le monsieur dans la (H*tile voiture c'est Maugis ?

— Mais certainement !

— I^t cette jeune femme (pie l'on appelle rtrelchen ?

- (^esl la fillette à lacjuelle I{obert raillait les méfaits de StruweljH'ter.

- (^)mme le temps passe '

- N'est-ce pas ?

- El alors, le mari, c «si ParviLle luimême ?

- Mon Dieu, oui. l'ex-Hoby. Et c'est rue irançois I<r (piils vont déjeuner, chez Suzanne, l'ex-Suzetle qui se défiiid encore. et au besoin attaque, cxir c'est elle cpie Orelchen accuse, non sans raison, de ne pas vouloir dételer.

- Quant à I-'rantz, alors! il joue au tennis?

— Comme il a fait loiile sa vie.

- Kl les autres '

- La semaiin" d^riiure tous no.s amis se sont «'Ulassés sous la cou|x>le jKjur entendre le discours de réception de Jim Smiley. fort en beauté, ma foi sous les vertes palmes, cl i|lli sucer le ;iii Micccssriir d Auat'de

.1, .Nlau^i<i fTUf^ril ri no iniuiriil ijiir Im .1111111111 plus

tard. {.\ote de l'édttrur]

France Baichard lui a fichu, le lendemain, un solide éreintemenl dans le Scandale.

~ Kl Palamède ?

— Oh ! lui, carrière superbe ! Il a été mêlé à toutes les sales histoires <le la fin de l'autre siècle et du commencement de celui-ci. On l'a nommé commandeur de la Légion d'Honneur en attendant mieux II a déjà bénéficié de trois non-lieux... Il Irouve toujours moyen de bénéficier, ccl animal-là •

— VA le cousin Kdou:u*d '

— Il est mort du diabète

Ah ! (pie cela me contrarie, ce que vous me diles-là !

Que voulez-vous, faut se faire une raison .. Il aurait quatre- vingt dix ans passés aujourd'hui.

— C'est vrai ! C'e-sl vrai ! El puis il sucrait tant son café !

— Tout va s est bien arrangé en somme.

— Pas trop m;U

— C'est la vie, et...

Musique de Scène).

Sur le /rrmisscmrnt ilts htir/M\s - système Li/on ■ une fiùtr s'rp/<)re\

... et, en réfléchissant sur les événements j)ri-<Mtés. on y trouve un exemple, et même plusieurs, de la justice providentielle. Ainsi, les malheurs des personnages (pii prennent jK)ur guides les lois de la mor;de et les inspirations de la conscience, ces nialheurs-là ne sont (jue des épreuves passagères (pii donnent des droits à la protection céleste, autant dire des lettres de chauffe tirées sur la Justice immanente et «pi'ellc ne laisse jamais protester, tandis (pie les êtres pervers, prava indoie on jk'uI aussi employer le génitif . les méchants finissent toujours, après im bonheur <pii .s éojuUcomme un torrent, par succomber sous le jHuds de leurs propres forfaits '

Je ne sais pas ce (pie vous |KMiM»re2 do cette homélie conclusive, mais elle m'a donné plus de mal à é<Tire cpie tout le reste de cet ouvrage, et c est sur elle «pie je comple — absolument — pour pxtscr à la I>oslérilé.

Tuluy

liiiprimrrir dr P<»I%*J —

«srlnc ri lll«r — Tr li I .f i < <lir !l2

• et l.^morr) Il .'il. rur du Rurbrr. Pari».

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Echéonce

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