‹ Un vilain monsieurChapitre 8 sur 13 · L.N \ 1LAI.\ M().\.-ILLK · texte numérisé non relu

L.N \ 1LAI.\ M().\.-ILLK

— Vous allez me coniproinellre. objeclail Parville, avec un sourire.

Alors I-ranlz seseluffail aux larnus. ce bon Franlz !

El puis il y avait la lo^^e, les Iruils ;4lacés, 1 ouvreuse, le livret Suzanne avait la manie de demander les livrets qu'elle lisait avec plus de soin, certes, (jue ne fout les com]x>siteurs, j»ainienl insoiicii ii\ des |)a rôles de leurs collabos

Robert ne pouvait pas s eu ln\r a moins de trois ou (juatrc louis par soirée ; et Suzanne lui accordait, au bas mol, six ou sept soirées dans le mois. Quel é^^oîste. ce Franlz ! Ecrivons ; vingl-cinci louis de |)lus, ou plutôt de moins, par mois.

Vingî-cirui louis et trente deux louis font onze cent «piarante francs, je ne crains pas de l'affirmer.

E' vous m'accord.'rez bien (pie. |)arailèles aux dépenses de .Madame, les dé|)enses iW Hoby avaient auj^menté, verti^iineusemenl Qu:md on liabite un co'ur aussi joliment capitonné (pie celui de Suzetle, un si mi jjnon petit ctrur de luxe, c'est bien le moins (|ue l'on soigne ses cravates cl ses dessous !

Il y avait eu aussi |)as mal di' |)elils complets d'intérieur pour la chambre di* malade . . il y avait eu un délicieux pei gnoir pour la chérie... la no'.e du tapis sier... et encore beaucoup d'autres objets, toujours pour la chérie...

I-^l nous ne mentionnons (pic les déj)enses que l'on faisait ! Mais il ne faut pas oublier non plus les dépenses que l'on ne faisait pas.

— Ccrlainenii'nl . Nous j)arli(»ns dis llieà très, toid à Ihcure. . tenez. Siizamic a la parole :

< .Mon petit Hoby, vous (jui lUs journaliste, procurez-moi donc une loge |)oin' mener ce soir madame Xocheinmal enlendrf la belle Iléglon dans I) dila

l'arvillr «pii. nalurt'liemenl. a béehé Gailhard, trouverait indélicat de lui caroll»'r une loge d'aulailt plus que ce Toulousain astucieux refuserait probablement d ' niar cher lm|)ossible, mille regn

Donc, il file au burrau (\r localioii .\<»us avons une log • de tô é, six places, cenl deux francs ». I,n sueur au fronl, l*arvillc s'pxé fuie PuÎn il monle A la Presse pcmr télé pliittiir"

— Allô :

— Allô î

— J'ai les places.

— Quelles places, dearcsl ?

— L'Opéra. . Iléglon. . vous savez bien?

— Ah : (pie c'est ennuyeux !.. Imiwissiblid V aller !

— Quoi •*

— Im-po^ sible... Madame Xocheinmal dîne chez madame d'Amourédo Claire}.

Hendez les places.

— Im jn>s siblf

— Faut les rendre ?

— Oui. Venez-vous ce soir? Franlz a la migraine ; nous irons ensemble aux Varié lés Parait <|U»' la Uevue est d un raide î A ce soir, mon Hoby

Et voilà

Sans espoir, Parville tonla de rendre la lo;^ mais la pré|N>sée accueillil ses pro|>o sillons jf veux dire (pi'elle les f" -^ "sa - avec un frtinl séwre et un m I

minislralif ; il finit par refiler le < à

ini canjfloî moins « ' ehir qu an Imi « ni

UiN VILAIN MONSIEUR !

Même, il lui paya un demi-setier sur le zinc, par ironie.

Mais quoi ! Suzette est si élégante, si flat-

Méfiez-vous des femmes qui ne coûtent pas un sou!

teusement cliic î Sans compter que la voilà devenue une exquise petite bête d'amour aux performances voluptueusement remarquables (Frantz ne pourrait faire autrement que de s'en apercevoir, sans cette satanée migraine) !

Robert l'adore — il a bien raison ; — il l'adore si aveuglément qu'il ne s'aperçoit pas qu'elle le ruine.

— « Elle ne me coûtera pas un sou »... avait-il pensé jadis, alors qu'il cherchait des excuses à son désir. En effet, elle ne lui coûtait pas un sou.

Méfiez-vous, ô jeunes gens de bonne famille, méfiez-vous des femmes qui ne coûtent pas un sou !

Et puis, tenez, non ! Ne vous en méfiez pas ; ça ne servirait absolument à rien.

tionnement du dit budget pour que vous ne vous avisiez pas tout de suite (du moyen qu'essaya noire ami.

— Il fixa sa matérielle à cinq louis ?

— Vous avez mis le doigt dessus.

Eh ! qu'eût-il pu faire d'autre ?

Réduire ses dépenses ? Il avait déjà tout réduit ; et puis, jamais ça n'aurait suffi. Emprunter de l'argent? C'était bon en 1830!

Aujourd'hui, pour pouvoir emprunter deux cents louis, il faut donner des garanties sur cent vingt mille livres de rente. Taper quelqu'un ? D'abord Robert n'aimait pas ce sport, et puis vu la situation qu'on lui croyait, ça n'aurait pas paru naturel ; enfin, pour taper, faut être deux, et que l'un des deux ait quelques louis de trop.

« J'allais justement te demander le même service». On la connaît cette phrase-là! Je sais, Robert aurait bien pu emprunter de l'argent à Frantz, mais le procédé lui sembla indélicat. Les jeunes gens sont si mous aujourd'hui !

C'est pourquoi Parville, sept fois par semaine, à des heures éminemment nocturnes — Suzie accaparant ses anciennes heures

Sans se rendre compte nettement que c'était Suzanne la jeune cause première, Robert constatait, en se mordant les lèvres, le désarroi de son budget.

Or, je vous ai trop bien expliqué le fonc-

Son budget !.

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UN VILAIN MONSIKIH !

do jeu - à dis licures si iiofl urnes (luilics en étaient matinales, Hoberl chercha la matérielle de cinq louis.

Oh ! que malaisée, pour qui ne possède

pas une solide mise de fonds, la matérielle de ein(| louis ' On est forcément amené à des im- |)rudencx's, à des inconséquences, à des « paroi i niasse en avant (}ui en ont lourd sur la constince. Dangereux ! très dangereux !

Or. Rohcrt su bit une série désaslreuse,et, rien en crûsse, derrière, ne le soutenant, ce fut la <Iécoiifilure II saffo'a, s'auaya, s'énerva ; il réunit toutes les avances possi blés au SaimUilc, emprunta sur des romans dont il n'avait écrit (pic le titre ; il lira à six et s y tint à quatre, ou bien eut des prudences crispées... rien ! Il continua de perdre.

Vim

rirn

Robert diiKUit che/ les Li/.ery Suzanne' propose de grimper jusqu'à la Pucelh' à cin(| pattes » entendre le célèbre Wilfricl Arsouille <Ians ses Chansons randitivs, le clou du jour, un succ^'.s fou, mon cher, deux < Rail ifs épatants de Jean Lorrain, et le roi (h- I*orlugal y est allé im^ognilo promener sa frisure.

» Ah ! là î \h ' pense Robert, eJi làlanl son gousset d'im doigt mélancolitpie

l'ranlz commence par déclarer qu il a trop beaucoup trop la migraine p<uir les ac-

compagner : Suzanne donne à son « Boby • un coup de genou sous la table.

— Mais vraiment le cousin Kdouard devrait une fois aller avec vous. Ne devrait -il pas, Hoby ?

— Certainement, concède Robert, résigné à tout.

Le cousin Kdouard rougit.

— Vous l'avouerai-je ? ce,s cabarets artistiïpies et littéraires, où il est de mode maintenant d aller coudoyer les couches les plus basses de la société...

— Hé! interrompt .Maugis, is'plainl qu'on parle pas clair, le cousin Bette: c coudoyer des coucher ■■> !

— Oui, ces endroits m'effraient, reprend l'excellenl homme ; j'avoue en toute simj)li(ilé (pie je my sens dépaysé, et coinprendrez-vous ma pensée si j'ajoute que je m'y sens de trop ?

— Oh î tais-toi, Royer - Collard, gémit Maugis ; j't'en prie, ferme ça !

— Il |)arail (pie c'est si joli, ces chansons : s écrie Suzanne.

— Très joli, confirme .Maugis. très * c'est noblement français \ Il y a là un sou fie qui vous enlève, et l'on y sent l'àimfrançaise palpiter largement...

— Voius êtes stupide !

— Merci, madame. J allais vous f;nre la psychologie de lespril vraiment franr'ais ..

— Non ! non !

— Cet esprit à la lois léger et proftuid, souple et ferme tout enseuible. frondeur et cependant respectueux des idées hautes et pures...

-- .\ssez ! Assez, Maugis ' <ri.- Suz mne (pii rit aux larmes.

— (^omme c'est curieux, pense le coumu Kdouard, p(>ur une fois «pie je ctimprends ce qu il dil, on le fait laire !

— I)éi>êehez-vous, Make liaste, boulleke ' conseille l'raniz.

— Oh' nous avons bien le temps! 'dit Robert.

Le cousin Kdouard. debout. harlxHe dans ses songeries Urustpiemenl, ii iiiterr»)ge

— Monsieur .Maugis, sous des apparences un |Kni, comment dirai-jc. un peu Xr'w

je vous sais de !• ' r

réellement qu'en i

promettre Irrémédiablement ma dignité de

fonctionnaire, il me soit loisible de iles accompagner dans ce...

— Y a pas d'erreur, vieux, tu peux atteler !

— Ma dignité de fonctionnaire.

Décidément, le pauvre homme ne se fera jamais à cet idiome : il se rasseoit, vaguement épeuré, et, sans doute pour corriger l'amertume du destin, empile cinq morceaux de sucre dans sa tasse «de café.

— Si vous n'aimez pas ça,, mon ambassadeur, propose Maugis, on pourra faire monter de la bière !

^Soupir du cousin Bette, avec des yeux au plafond).

Cependant Frantz cra,niponn6 son Boby pour lui montrer une nouvelle estampe, un Rops qui rappelle Reynolds.

— C est une excessivement belle épreuve ; n'est-elle pas ?

Voyez seulement comme il y a dans ces détails une finesse que je n'avais jamais encore vue.

— Certainement, acquiesce Robert.

— Non, mais, regard' une fois cette draperie ! Quite wonderfiiî, isn't it ?

— Oui... oui...

— Que je vous montre aussi mon nouvel ouvrage que je... ça, je suis sûr qu'il vous plaira... il sera pour vous si vous l'aimez... Oh ! Je ne sais pas mettre la main dessus, my dear ! Ces domestiques ça est tout de même quelque chose !

Suzanne rentre, chapeautée, gantée :

— Vous savez... mon jupon vert, Boby... avec des dentelles et des petits choux roses...

— C'est toi qui es un «petit chou rose», va ! pense Robert.

— Eh bien, on m'a encore manqué 'de parole... Oh ! je suis bien décidée ià ne plus retourner dans cette maison-là, c'est se moquer du monde !

— Evidemment !

— Là... je suis prête... Rentrez-moi mes manches, Frantz ; non, vous plutôt, Boby, lui il ne sait pas... Vous venez, cousin ? Bonsoir Maugis... La voiture est là ?... C'est odieux, ces fiacres !... c'est pas la Ipeine d'avoir des chevaux pour...

— Chère amie, les chevaux sont déjà sortis ce matin, vous savez, et ils se fatiguent si terriblement pour un rien ! Certainement ils prendraient froid à attendre là-bas, dans la rue...

— On pourrait les faire entrer dans l'antichambre, insinue Maugis, conciliant.

— Enfin ! soupire Suzanne.

— Vous avez voulu ces chevaux, chère amie, je vous ai dit, vous isouvenez-vous, qu'ils seraient trop fragiles...

— Belle épreuve, n'est-ce pas ?

Danh ck caiiahkt km vogub. Skkttil.

IN VlL.nlN MoNSIELH !

Ça, c'est une discussioii clussicjiie eiilre l'raiilz et Suzanne, la question ties clievaux !

- Oui, vous avez raison. Déiî/ehonsnous !

Robert donne l'adresse. C'est au diable, et un confrère, à 1 énoncé de cette destinalion furieusement éloignée, crie, railleur: Hon voyage, vieux > ! au cocher à chapeau blanc qui mène le trio vers la rue Ronsard IMe arrondissement) où ta|)age. sous le vocable de < la Fucelle à cin(| Pattes , le <al)ar('t en vogue imposé au snobisme par Wilfrid Arsouille. Le fiacre roule Robert songe, enseveli sous les ju|)es de Suzie (jui jase, inlarissable, comme la pluie contre les vitres...

Le cousin Kdouard tâche à ne pas êlre trop secoué par ces oscillations (|ue le Jouriid Officiel ne manquerait pas d'éti- <iueler : < Mouvements en sens divers >.

Tout an i c, même les l'r- ^^ haines ^ X ( Un. liante - ^ j r\u(\ sous au ^ cocher).

Les trois caho:és sex.i'pent nud a dénient du sapin, et se trouvent devant une porte disjointe, pavoisi'e de drapeaux franco - russes poun|uoi,Seigneur, pour- (pioi ' hideu sèment peinturlurée de (ocho.is tiès gras et de messieurs à ras-

«juctle très haute tpii sétoniutnl et s irritent d être un motif d'ornenu-nlalion. Hoby la |M>usse : elle grince, prol« sle, gémit, avec des pleurs de violon pochard ; deux marches de pierre gluantes cl jpii vacillent On «iilre Su/aïuie n a jamais pu arriver à l'heure

Suznnttr chapeauter, i/autrr.

pour entendre le premier acte de Hiiij lilas. ou 1 Ouverture des Maîtres Chanteurs, mais elle est très en avance dans ce bouge.

Pour le moment, (le < chers camarades > ojKTent et amusent le tapis. Wilfrid Arsouille ne viendra que plus lard.

— Kentrez-moi mes manctteif

Suzette sourit, s'assied sans inquiétude sur d'incpiiélaiiles chaises, et regarde de ses tendres viux bleus cette longue s;dle surbaissée, noirâtre, aux boiseries crasseus» s Sur les murs des affiches s ennuient, «les

nudités aussi maigres ou gr; — sou

pies (Ihérel, Laulrec tératoh'. Chou-

brac ensellés -- insuffisamment evocalrices de visions gaillardes .. cl puis encore de grandes taches jaunes et vertes, cpie rontiennent des cadres bhuics, |>;ir crainte v.i un «loute des débordements de couleur, l ii vieux monsieur respeitable, et res|K*clé assurément, s'extasie tout haut devant ça il doit fréijuenler chez I)t • ■• ' •• ' • • » — • de RouleviUe, ce con tout près du pLifond, et venu Dieu n ut

d'où, et commen' ' • :- ; • tronih«*ii«

bossue et |>ous . — l'A Cl-

trombone a l'air do savoir un secret. Kn guise de lustre, un cwhon n»s<- ' • «Iruche gonflée, p.iid l).in\ le f»milieu d'une extrade dra|>t*e d .mUrniopie

pisseuse, le piano pleurniche sous les attouchements d'un tapeur sans linge ; autour, prennent des poses les « chers camarades » en cheveux un peu sales, un peu graisseux ; une bonne fille, bandeaux botticelliens — encore ! — seins piriformes descendant bas dans sa robe-gaîne, un doigt rêveur .au coin de la bouche, tourne les pages de l'accompagnateur haut boutonné ; devant des tables de bois, assis sur des chaises de bois, avec des attitudes de .statues de bois, un public très chic boit : robes roses et bleues, habits noirs, huit-reflets, vernis. C'est le « jour ». Bock: cinq francs.

(Le garçon apporte trois bocks ; donc, quinze francs sans le pourboire).

— J)êpechons-nouH !

Au fond, due au pinceau coruscant d'Arsenne Durand, flamboie l'icône éminemment symboliste et tachiste de la Pucelle à cinfj Pattes elle-même. Ça doit être ressembla n:.

Suzanne a regardé de tous les -côtés.

— Ça a beaucoup de cachet, déclare-telle.

Et elle écoute.

— Nous allons entendre maintenant notre camarade Evariste dans ses œuvres.

Suzanne lùi jnniaispu arriver à l'heure...

Le camarade Evariste est orné d'une TedingoLe à collet de velours étoile de pellicules, dont la longueur de jupe ne s'explique que parce que les manches sont trop courtes ; prétentieux et malpropre, ce garçon, qui doit faire salir son linge à Londres, se dandine avec des mouvements de tête si fiers, si nobles que tous ses cheveux en tremblent et s'essaient à singer de petites vagues ; et puis il a des ascensions de mains si Icnles, si émues, si... Oh ! ces mains noires ou s'égarent des bagues :

Tel que vous me voyez, la semaine dernière

J'ai dîné chez Félisque Faure ; On a bu i\ l'alliance quelques faux-cols ed' bière

En siir.nii des arêtes d'hareng-saur.

NOTKK rAMAIIAPK W H.KMll» .\H*OllLLk UA.N» M» it-LUltH

UN VILAIN M<L\>ii:i i;:

Lu salle se pâme à celle i>oi^înanle mélopée Le pauvre cousin Edouard soupire; Suzanne opine :

— Comme c'esl drôle! Ça plairail beaucoup à madame Nocheinnud.

— Ça a beauonip de cachet, déclare-t-elle

Puis, penchée vers Roberl, elle ajoute loul bas, lendrement :

— Tu le souviens de noire premier dîner ?

Les couplets se suivent et se ressemblent ; le camarade Kvarisle termine. * de^ueulando ' :

Aiis>i nu*i d'puiH r'iriiipn là j'suis di'v'nii diflicilc niiaïul rhi'/ un ami y a pas d' hisqur,

Moi j dis « Kslr' qu'on s'fuui irinul ! .!«■ quiu' cv domicile Kl j' vas boulotirr rhcz Féli<iqiie ! ■

Les bravos crépileiil In nain de trente ans, petites jambes, j^ros derrière. |)elils yeux, jjros nez écrasé, circuh' entre les tables avec des brochures Ses offres s'érailli-nt

— Demandez: Jhouluttc chez Frlis(jin\ par Mvarisle, paroles et musique !

— Oh ! je voudrais garder celle-là ! supplie Suzette, irrésislibh'inent câline

— Pssl ! . fait Hoby

(Tenez, je ne tirerai pis un rltel de la répétition des effets ; elle vouhd les - garder» toutes, CCS vésaniques inepties ! (|iLinze à vingl sous, ça fait <piin/e francs). .Vu camarade Kvarisle succé<Ia le c;imale Théolime dans ses œuvres) et puis Ja niarade Jeanniiie dans s «s «nruvres

Suzanne trouva la bière mauvaise ; elb? ne se trompait pas.

— Si on demandait des cerises à 1 eaude-vie ?

— Garçon !

(Trois cerises a i eau de -vie j cent sous, (piiiize francs sans le pourboire;

— Notre camarade (.-aniiiie i'oulot, dans ses œuvres !

— Oli ! il a bien l'air d un poète, celui là ' affirma Su/ie. avec uin' conviction jk'U flatteuse ]>our 1 idée du Poète en soi.

Le camarade Poulol reini>orta le plus vif succès dans la Cumplninte des petits \ichons fnis //ïtîr.s Puisla camarade Jeannine reparut — ses bandeaux exci-

^ talent I admiration de Suzanne :

^ on eût dit des œillères de che

val d omnibus — elle distilla des slroi)hes touchantes, où il était

? exposé que la pâfpierette, fraîche

cl coquette. ét«)ile les prés verts (juand, vaiiupicur des hivers el

des soucis moroses, avril, iH're des roses.

est enfin revenu. L'as-tu vu ' l'as-lu vu? LnfiJi daigna paraîîre, dans un murmure

de la salle frémissante, Wilfrid .Vrsouille

lui-même, les joues flascpies e' blêmes, un

T^rn

Troi* '

,r II' ni I fMM J r

mal blanc ea habit. H ne chantait pas, il déclamait à peine. Son geste sinuait avec l'élégance du bon vendeur de parfumerie. Il annonça, d'une voix vaselinée :

« Chanson pour la douce ».

Tous les corsets de la salle craquèrent, le piano soupira et la draperie 'dandrinople, au souffle des attentes anxieuses, ondula avec douceur comme une étoffe poitrinaire. Aux murs, les affiches semblèrent s'intéresser, et les nudités se pencher pour mieux

Le camarade Evaristc dans ses œuvres.

voir, et les grandes taches jaunes let vertes se fondre d'attendrissement. Troublé, l'antique trombone vacilla, inquiétant le public par son manque habituel aux lois de la convenance et de l'équilibre.

Le maître distilla :

Quand nous sommes ensemble...

(Chère que vous en .semble?) (Ma jument marche l'amble; Kt toi, dis, marches-tu ?j

La salle frissonna. Un grand silence

tomba, comme ils disent. Wilfrid Arsouille sourit à peine, s'inclina à peine.

— Deuxième couplet :

J'en-tends ton cœur qui tremble...

(Chère que vous en semble?; (Ma jument marche l'amble; Et loi, dis, marches-tu?)

— Ça a beaucoup de cachet ! chuchota Suzanne, oppressée.

— Troisième couplet :

Ça rime mal ensemble...

(Chère que vous en semble?) (Ma jument marche larable ; Et toi, dis, marches tu ?

C'en est trop ! L'enthousiasme crève. Arsouille salue, sourit, resalue, resourit. Robert ne peut s'empêcher, lui aussi, de sourire avec indulgence : c'est vraiment beau de se payer la tête du public avec cette ampleur !

— Je ne regrette pas d'être venue ! lance Suzette, convaincue.

— Mon cher ami, confesse timidement le cousin Edouard, je ne suis pas sûr d'avoir absolument compris tous les couplets. Que signifient ces mots répétés avec insistance : « Mardi es- tu » ?

Le nain macropyge offre des exemplaires de Chansons aandides^ couverture illustrée d'Arsenne Durand.

— Psst 1 fait Robert, qui a remarqué les yeux gentiment quémandeurs de sa chérie.

(Trois francs cinquante, et le Tom Pouce n'a pas de monnaie: soit quatre francs).

Wilfrid Arsouille, condescendant, promène sa gloire emmi les groupes ; il s'avance vers Suzanne qui feuillette les Chansons Candides avec extase.

— Madame désire-t-elle que je lui écrive une dédicace ?

— Oh ! monsieur !... Vous êtes bien aimable, je...

Wilfrid Arsouille (il doit craindre la méningite) écrit la dédicace tout de gô :

« A un Ange aux yeux de saphir l »

Il paraphe et rend l'exemplaire en souriant :

— C'est vingt francs !

(Robert s'exécute).

^onj^t^ôS

— DlTKS IHINI.. M.iMY. Ml OM ALLAIT KNUiHK Al TMfc FAMT ?

IN VILAIN \inNsn:rn !

— Est-ce que vous chantez encore, monsieur ? demande avidement Suzie.

— Oh ! impossible ! lironches si d'jlicates î Une clianson par soirée seulement.

Il lui baise la main. Robert fl. envie de le gifler.

— Nous allons entendre notre camarade Evariste nous chanter sa délicieuse ballade I Protocole... mi'mr le fer! >

— Nous pourrions peut-être nous en aller ? hasarde Robert.

— Oui. Mais alleiids (ju'il ail fini de chanter, ça pourrait le blesser.

On attend, puis, exil le trio.

Le ciel cligne gaillardenieiit des étoiles, la grosse lune ricane sans bruit, en fètarde trop grise pour parler. Ici-bas le Rat-Mort Mincelle, la nuit, de mille feux ; des sapins passrnl, sautelant, muets sur leurs pneus ; ics calicots dégorgent le répertoire des beuglants, ri, sur les bancs (pii en ont vu bien d autres, des couples excités comme si on leur avait frotté les nerfs avec du Massenel, des couples sachant cpie ça ne [lur( qu'un moment, se dépêchent, têtes penchées (ô coccinelles) ! de se livrer oililent à létude comparée des langues . t\ anles.

— Dites donc, Boby, si on allait encore autre part ?

I'i'>bert, sans élan, interroge :

Où ?

Sur le mur en face, derrière un bec de gaz. une affiche crit; silencieusement. Tout en haut d'un moulin aux couleurs véhémentes, le vent soulève les jujkîs d une fill'tte, et taquine ses jambes, et, sondeur, lultine ses dessous, et chatouille et far fouille... En même temps, d'un souffle ' •', il jette dans l'espace un bords-plats lapin. Et les ailes du moulin tournent, tournent et tournent, immobiles. Paris, làbas, tout là-bas, se devine dans la brume. -^ Oh! nol)y, le moulin de la (lalette? Allons nu moulin de la G;dettc ; c'était déjà mon rêve de jeune fille I

lioby pense à Musset, à lui-même, reic le cousin Bette, (fui regarde ses " s, et Suzie (|ui cherche des yeux 'cur. Il ravale un sou|)ir.

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