‹ Un village normand sous l'ancien régimeChapitre 3 sur 15 · II. — DU NOM DE LA COMMUNE d'hÉRICOURT · texte numérisé non relu

II. — DU NOM DE LA COMMUNE d'hÉRICOURT

En 1030 ou environ, le nom d'Héricourt figure pour la première fois dans un document écrit. Mais il résulte de découvertes archéologiques, rappelées par M. Hellot, que les Romains et les Franks ont eu des établissements dans cette partie du pays des Calètes.

D'après l'abbé Duquesney, les habitants donnaient presque toujours à leur paroisse le nom de Saint-Mellon, et l'appellation primitive d'Héricourt n'aurait guère été employée que dans les actes publics.

Guilmeth a prétendu, sur un mot de la Noticia Galliarum, d'Adrien de Valois, que l'agglomération d'Héricourt était nommée Vicum sancti Malloni, boui'g de Saint-Mellon. Guilmeth a été suivi, de confiance, par M. l'abbé Cochet, par M. rab!:é Tougard, par M. l'abbé Sauvage.

M. Hellot, qui avait compulsé des milliers de documents antérieurs à 1630, sans trouver ce nom une seule fois, a douté de l'exactitude de la citation. Il a ouvert la Noticia Galliarum, a lu, et nous avons lu après lui, le passage dont voici la traduction textuelle : « La Guiteflède ou Yiteflède est la Vitefleu ou Vitefleur qui prend sa source à Héricourt on village de Saint-Mellon ^ ».

Valois a donc dit qu'à la fin du xvii^ siècle, le village d'Héricourt était aussi appelé « bourg de Saint-Mellon ». Rien de plus, rien de moins. Guilmeth a mal lu et les abbés Cochet, Tougard et Sauvage ont eu tort de le croire sur ^ arole.

Nous admettons avec M. Hellot que les cérémonies chrétiennes célébrées à la source de la Durdent n'ont pas commencé avant 1691, et qu'elles remplacent les céré-

1 Guitefleda vel Vitefleda est Vitefleu vcl Vitefleur, qui oritur apud Ilcricurtem seu viciini S. Malloni. (Hadriani Yalesii, Uistoriographi regii Noticia Galliarum ordine litteraruin digestu; Paris, 1075, p. 116, col. 1.

monies que les Gaulois et les Romains y célébraient au temps du paganisme. Pourquoi les a-t-on fait revivre? Pourquoi l'Eglise a-t-elle incliné son immense pouvoir devant des superstitions rurales? Malgré moi, je pense à la fontaine miraculeuse de « Monseigneur saint Mellon », à la procession du lendemain de la Pentecôte, aux nombreux pèlerins, aux collecteurs d'offrandes.

Grâce aux pèlerins, nous avons deux noms pour désigner la paroisse d'Héricourt. Mais comment appelait-on ce village au temps des Gallo-Romains? Gravinum? M. Hellot n'ose pas l'affirmer.

Pour d'Anville, Lapie, l'abbé Cochet, M. William Martin, Gravinum est Grain ville-la-Teinturière. M. Ernest Desjardins hésite entre Grainville-la-Teinturière et Normanville.

La table de Pentinger place Gravinum à 10 lieues gauloises (22 kilomètres) de Juliobona ou Lillebonne et à 10 lieues d'un point qui n'est pas indiqué. La carte ne donne donc pas les éléments d'une détermination certaine. Or, Lillebonne est à 28 kilomètres de Grainville, à 27 d'Héricourt et à 22 de Normanville. Pour Héricourt et Grainville, la différence étant énorme, Normanville semble s'imposer. Mais Normanville était une simple station, tandis que Grainville, au croisement des routes romaines de Lillebonne à Sainte-Marguerite et de Veulettes à Rouen, devait avoir une certaine importance. Sans hésiter, nous éliminons Héricourt, mais nous n'osons choisir entre Normanville ot Grainville.

Du commencement du xi'^ siècle à la fin du xvii^, le

nom de la commune d'Héricourt subit de nombreuses transformations. Il change sans cesse, retourne parfois en arrière pour revenir à une forme plus moderne. Au XVIII® siècle, la forme Héricourt l'emporte, sans effacer cependant la vieille appellation Hérecourt.

Il résulte des nombreux exemples recueillis par M. Hellot que l'étymologie latine Hericuria (maison du maître) est inexacte. Les plus anciennes formes Herolcurt et Herolcort sont Scandinaves et doivent s'expliquer par cour ou enclos (THérold ' .

Page 1