ANGÈLE DE FOLIGNO
Rasbrock l'Admirable. (Œuvres choisies), traduction d'Ernest Hello. Un petit vol. in-16 de 288 pages pour le texte et la table, avec une indroduction et une vie de Rusbrock paginées I à LXXII. Paris, Poussielgue, 1869.
Rusbrock naquit en 1294 à Rusbrock, village situé entre Hal et Bruxelles. D'abord vicaire à Sainte-Gudule, il se retira dans la forêt de Soignes, à Grœnendal. Il fonda une abbaye oii il mourut le 2 décembre 1381.
Son œuvre écrite est considérable. Elle comprend : Le Livre des douze béguines, le Miroir du salut éternel, le Livre du Tabernacle spirituel, la Pierre étincelante, le Livre de la Suprême vérité, le Livre des sept degrés de V Amour spirituel, le Livre des sept Châteaux, le Livre du royaume des Aimés, le Livre des quatres tentations, le Livre des douze Vertus, le Livre de la foi chrétienne et V Ornement des Noces spirituelles, plus sept lettres, deux cantiques et une prière.
Rusbrock écrivait dans le dialecte de son pays.
Un chartreux de Cologne, Laurentius Surius, traduisit entièrement l'œuvre de Rusbrock, en latin. C'est de cet traduction latine qu'Hello, traduisant à son tour du latin en français, fit son livre avec des chapitres et des phrases pris en divers endroits.
Une seule œuvre de Rusbrock V Ornement des Noces spirituelles, fut intégralement traduite du flamand en français par M. Maurice Maeterlinck, (Un fort vol. in-18. Bruxelles, Lacomblez, 1891).
J'extrais de l'Introduction d'Ernest Hello :
Parmi ceux qui, dépassant les régions de la lumière humaine, sont allés demander un asile à l'ombre sacrée
du grand autel, les plus grands, d'après Denys le chartreux, sont saint Denys l'Aréopagite et Jean Rusbrock l'Admirable, saint Denys pose les lois de la théologie mystique, Jean Rusbrock les applique, saint Denys présente la lumière, Jean Rusbrock allume la flamme. Tous deux sont aveugles par excès de lumière; immobiles par excès de rapidité. Tous deux planent sur la montagne, tous deux baissent la tête pour essayer de se faire entendre. Leur parole est un voyage qu'ils font par charité chez les autres hommes. /Mais le silence est leur patrie. La splendeur de leur langage est la condescendance de leur bonté; la ténèbre sacrée où ils étendent leurs ailes d'aigle, est leur océan, leur proie et leur gloire.
Un océan de flamme qui brûlerait sur place, ressemblerait un peu au style de Rusbrock.
C'est plus haut que l'azur, plus profond que la nue, et les quatre horizons seraient pour lui un vêtement trop étroit. Mais, dans cette grandeur, tout est précis. C'est toujours énorme, ce n'est jamais vague.
Les majestés aériennes de ces contemplations embrasées sont plus fécondes que les entrailles de la terre, plus douces que la respiration d'un enfant endormi.
En dehors de la vérité, les ascensions éloignent celui qui monte de ceux qui demeurent dans la plaine.
Mais les ascensions des grands contemplateurs orthodoxes les font plus tendres pour le petit, plus tendres pour le pauvre, plus intelligents de ses besoins. Ceux-là, ne vont pas au pays de la gloire sans rencontrer l'amour au cœur de la contemplation.
Jeanne Chezard de Matel. (Œuvres choisies mises en ordre et précédées d'une introduction par Ernest Hello.) — Un volume in-12 de 205 pages pour le texte, comprenant en outre une préface paginée de II à LXVIII, Paris, Palmé, 1870.
Jeanne de Matel écrivait, comme ceux qui écrivent, pour une ou deux personnes. Elle écrivait les choses comme les choses se présentaient à elle, dans l'indifférence absolue de la forme. Sa phrase était souvent obscure, entortillée, pesante, quelquefois inintelligible, quelquefois même elle n'écrivait pas. J'ai respecté profondément l'idée, le caractère, le sentiment, l'esprit de sa parole; mais sous peine de faire un livre illisible, j'ai dû, dans l'éloignement absolu de toute ornementation et de toute rhétorique, donner le style absent.
J'ai dû beaucoup choisir; ce travail ne porte aucune atteinte à l'individualité de la mère Jeanne de Matel.
J'ai traduit Angèle de Foligno et Rusbrock V Admirable, du latin en français. J'ai dû faire sur Jeanne de Matel un travail qui n'est pas sans analogie avec celui-là. Dans mes traductions j'ai fortement conservé le génie du texte latin. A plus forte raison en face de certaines phrases illisibles qu'avait ébauchées Jeanne de Matel, j'ai pu, sans rien enlever de ce qu'elle a, lui donner ce qu'elle n'a pas.
Ernest HELLO.
(Préface de /. C. de Matel).
Le Jonr da Seigoeor. Un volume in-12 de 72 pages avec une préface très courte. V. Palmé, éditeur, 1871.
Cette brochure, assez médiocre et passablement insignifiante, n'avait pas été signalée par moi dans la première édition de mon livre. Je l'avais trouvée, mais reliée à la suite de Rusbrock et avais ainsi supposé qu'elle était un commentaire ajouté à la belle traduction d'Hello. Puisqu'elle existe en un volume et qu'elle ne fut publiée en réalité que deux ans après le Rusbrock, il faut lui donner sa véritable place, ce que je fais aujourd'hui.
L'Homme. Paris, Victor Palmé, 1872. Un volume in-8 comprenant 2 feuillets prélim. pour le faux-titre et le titre — une introduction de Henri Lasserre paginée II à XXVIII et 444 pages pour le texte et la table.
Hello fut un écrivain extraordinairement doué dans le sens de la pensée ; il a au plus haut degré l'accent qui transporte la pensée des profondeurs à la lumière. La forme purement littéraire (l'arrangement définitif des mots) lui manque et malheureusement il s'applique toujours à la chercher.
Hello est inégal et pas seulement parce que chez lui des choses sublimes coudoient des choses médiocres, mais parce que d'une manière générale il ne sait pas graduer et ignore la pondération.
« On dirait, dit Léon Bloy, qu'Ernest Hello ne connaît pas d'autres procédés que l'enthousiasme. Dans Paroles de Dieu, livre sans ordre qui n'est qu'un essai d'interprétation de quelques versets du Saint Livre, on le voit s'arrêter subitement devant un texte comme on s'arrête devant un homme extraordinaire, et cette clameur du ciel, il la répercute aussitôt en poussant des cris de la terre.
Il sent à des profondeurs inconnues le
néant de la parole de l'homme en présence de la Parole de Dieu et dénonce à toute page le blasphème effrayant de l'antagonisme supposé par l'orgueil. Enfin, il n'en revient pas que Dieu ait parlé et que les hommes aient
trouvé ensuite quelque chose à dire
Néanmoins quelques chapitres de l'Homme trahissent
rétonnant pouvoir de ce cerveau hanté du mystère, s'il avait plu à Dieu de le pondérer. »
Voici des extraits de deux chapitres de PHomme; le premier a pour titre « l'Indifférence ».
« L'indifférence pratique tient à peu
près ce langage : « J'ai la peste, il n'est pas impossible que la peste soit la conséquence de l'erreur et du mal : Vous le dites et je ne le nie pas. 11 est certain que je suis sur la route de la mort : il est possible que je sois sur la route de l'enfer, et que tout cela vienne de l'erreur. Il est vrai que je m'ennuie, que les sensations s'émoussent avec l'âge et que la mort viendra. Cette pensée est désagréable. Cependant si Dieu me proposait de quitter un instant ces choses ennuyeuses, monotones, menteuses, mourantes et mortelles, qui me conduisent au désespoir présent et au désespoir éternel, puis de les échanger contre la vie, la joie et la béatitude, je refuserais : je ne t'écouterais même pas me parler. J'irais jouer un jeu qui m'ennuie et je lui dirais : va-t'en. Va-t'en maître de l'extase et propriétaire de la joie, va-t'en soleil qui te lèves dans des flots de pourpre et d'or! va-t'en, majesté, va-t'en splendeur! va-t'en. Va-t'en ! toi qui as sué le sang au jardin des olives ! Vat'en toi qui as été transfiguré sur le Thabor! Va-t'en! je vais au café, où je m'ennuie. »
Pourquoi y allez-vous?
Parce que j'en ai l'habitude. »
Le second chapitre que je veux citer a pour titre L'Homme médiocre.
Le trait caractérisque, absolument caractéristique de l'homme médiocre, c'est sa déférence pour l'opinion publique. Il ne parle jamais, il répète toujours. Il juge un homme sur son âge, sa position, son succès, sa fortune.
Il peut avoir du talent. Mais l'intuition lui est à jamais interdite.
Il n'a pas de seconde vue, il ne l'aura jamais. Il peut apprendre, il ne peut pas deviner
Il admet quelquefois un principe ; mais si vous arrivez aux conséquences de ce principe, il vous dira que vous exagérez.
Si le mot exagération n'existait pas, l'homme médiocre l'inventerait.
L'homme médiocre pense que le Christianisme est une précaution utile, dont il serait imprudent de se passer; néanmoins il le déteste intérieurement ; quelquefois aussi il a pour lui un certain respect de convention, le même respect qu'il a pour les livres en vogue. Mais il a horreur du catholicisme ; il le trouve exagéré ; il aime bien mieux le protestantisme qu'il croit modéré. Il est ami de tous les principes et de tous leurs contraires.
L'homme médiocre peut avoir de l'estime pour les gens vertueux et pour les hommes de talent.
Il a peur et horreur des saints et des hommes de génie; il les trouve exagérés.
Il demande à quoi servent les ordres religieux, surtout les ordres contemplatifs. Il admet les sœurs de Saint- Vincent de Paul, parce que leur action se fait, au moins partiellement, dans le monde visible. Mais les carmélites, dit-il, à quoi bon?
Si l'homme naturellement médiocre devient sérieusement chrétien, il cesse absolument d'être médiocre. Il peut ne pas devenir un homme supérieur, mais il est arraché à la médiocrité par la main qui tient le glaive.
L'homme qui aime n'est jamais médiocre.
L'homme vraiment médiocre admire un peu toutes choses ; il n'admire rien avec chaleur. Si vous lui présentez ses propres pensées, ses propres sentiments rendus avec un certain enthousiasme, il sera mécontent. Il répétera que vous exagérez ; il aimera mieux ses enne-
mis s'ils sont froids que ses amis s'ils sont chauds. Ce qu'il déteste par dessus tout, c'est la chaleur ....
L'homme médiocre est le plus froid et le plus féroce ennemi de l'homme de génie. Il lui oppose la force d'inertie, résistance cruelle; il lui oppose ses habitudes machinales et invincibles, la citadelle de ses vieux préjugés, son indifférence malveillante, son scepticisme méchant, cette haine profonde qui ressemble à de l'impartialité ; il lui oppose l'arme des gens sans cœur, la dureté de la bêtise
Il ne s'emporte jamais. Au
fond, il voudrait anéantir les races supérieures; il se venge de ne le pouvoir pas en les taquinant ....
il pique avec des épingles et se réjouit
quand le sang coule.
Tandis que l'assassin a peur, lui, du sang qu'il verse, l'homme médiocre n'a jamais peur. Il se sent appuyé sur la multitude de ceux qui lui ressemblent ».
{L'Homme. Livre premier, page 56.)
Un autre chapitre intitulé ; « L'Avarice », suffirait pour assurer à l'Homme une des premières places dans la littérature contemporaine.
Ce livre, très justement le plus lu d'Ernest Hello, a été réimprimé par la librairie Perrin en un vol. in-18.
Physionomies de Saints. — Un volume in-18. Paris, Palmé, 1875. Comprenant 431 pages de texte et une préface paginée I à XI.
Il suffit de lire les titres des ouvrages étalés aux vitrines des librairies catholiques, pour constater la pauvreté intellectuelle de leurs auteurs. Depuis les simples plaquettes jusqu'aux plus copieux in-octavos, tout cela s'empile en de tels paquets de niaiseries qu'on se demande comment il se trouve encore des néophytes assez courageux pour y chercher une initiation.
Comment se fait-il, qu'un livre tel que celui-ci ne soit pas dans toutes les bibliothèques chrétiennes? On ne peut l'expliquer que par cette haine de l'Art et de la Beauté qui semble l'apanage de la société catholique.
Non seulement on ne lit pas Hello, mais si on le lit on chosit de préférence le plus discutable de ses livres, Le Siècle, composé d'articles très différents et souvent très médiocres.
Ses « Physionomies de Saints » sont pourtant, par excellence, l'œuvre d'idéal capable de saisir les cœurs les plus froids et de satisfaire les imaginations les plus ardentes : et il est introuvable dans les librairies catholiques, très rare ailleurs. C'est en réalité une Vie des Saints.
Hello nous apprend dans la préface pourquoi il s'est servi du mot Physionomie :
Une des grandes erreurs du monde, dit-il, consiste à se figurer les Saints comme des êtres complètement étrangers à l'Humanité, comme des figures de cire, toutes coulées dans le même moule. C'est contre cette erreur que j'ai voulu particulièrement lutter.
Le monde surnaturel comme le monde naturel contient l'unité dans la variété et tel est le sens du mot Univers.
J'ai essayé de montrer que plusieurs Saints sont plusieurs hommes et qu'il n'y a qu'un seul Evangile.
Voici maintenant un extrait du chapitre intitulé : Les Rois Mages, dont l'accent caractérise plus particulièrement qu'aucun autre l'auteur du livre.
Quel drame que leur voyage! Imaginons-nous des rois qui, tout-à-coup, sur la foi d'une étoile, abandonnent leur palais, leur trône, leur pays! Quelle foi dans ce départ! et quelle jeunesse! quelle ardeur! quelle recherche de la lumière! Ils devaient être bien libres de toute attache extérieure, de toute habitude, de toute étiquette et de tout préjugé, ces hommes qui, au premier signal, quittent le repos oriental et la tranquillité de leur demeure souveraine pour les fatigues et les dangers d'un énorme voyage et abordent, sans hésiter, tout l'inconnu qui est devant eux!
Ils ne reculent pas; ils ne disent pas : Demain : ils partent aujourd'hui
L'étoile seule disait la route. Elle était la seule compagne silencieuse et mystérieuse. Le voyage lui-même dut être silencieux. L'étoile était l'image de la lumière intérieure qui brillait et conduisait. L'Epiphanie était leur lumière.
L'Epiphanie! quel mot! la manifestation!
Ils n'ont ni peur ni respect humain.
Ils disent la chose comme ils la savent, sans ménager rien ni personne
Les Rois Mages étaient assez grands pour être simples. Ils pensent parce qu'ils croient. Ils parlent parce qu'ils croient ; ils trouvent parce qu'ils croient ; et pendant que leur foi naïve rencontre Celui qu'elle cherche, Hérode, l'habile homme, le malin, le calculateur, le fin politique égorge tous les enfants qu'il ne tient pas à égorger et laisse vivre uniquement Celui qu'il veut faire mourir.
Que se passa- t-il dans la crèche?
Quelle forme prit l'adoration vivante et jeune de ces hommes savants et forts!
Et enfin ces quelques lignes empruntées aux admirables pages consacrées à « Sainte Anne » :
. . . . L'histoire de sainte Anne est peu connue, le silence enveloppe sa figure. Ce silence est profond, majestueux, sublime comme le silence du sanctuaire. Ce silence est une louange inconnue
Sainte Anne semble cachée derrière les éclats de la lumière comme derrière un voile impénétrable... L'Immaculée-Conception lui sert de rempart. Elle disparaît derrière Marie.
. . . . Les livres saints parlent d'Anne, mère de Samuel, ils ne parlent pas d'Anne, mère de Marie. On dirait que la parole recule quand l'Incarnation du Verbe approche d'elle
Anne, mère de Marie, est un des types de la prière, de l'attente et de la consécration.
{Physionomies de saints, Sainte Anne).
Paroles de Diea. Un vol. in-12, Paris, Palmé, 1877, 507 pages pour le texte et la table, préface paginée de I à XX.
Ce copieux volume est la réunion de réflexions qui sont elles-mêmes le résultat de méditations sur quelques textes sacrés. Il se divise en quatre parties : L'Ancien Testament, le Symbolisme de l'Ecriture, le Nouveau Testament, les Larmes dans l'Ecriture.
C'est particulièrement dans Paroles de Diea qu'Hello se révèle comme un grand mystique, rôle déplacé à une époque qui n'a plus que le sens pratique et ne se glorifie plus que de cela.
Malgré la préférence qu'il faut accorder à l'Homme et à Physionomies de saints, malgré aussi ses défauts de construction. Paroles de Dieu, peut être considéré comme un des meilleurs ouvrages de l'auteur et en même temps un de ceux où ses procédés habituels sont le plus apparents.
Pater mi, probetur Job usque ad finem : ne desinas ab homine iniquitatis.
Les amis de Job sont des types immortels et vraiment merveilleux. Ils ne manquent pas d intelligence; ils manquent seulement de cœur; ils ne comprennent pas et leur intelligence qui pourtant est vive, lucide, exercée, directe et ouverte, les trompe parfaitement et absolument. Un peu de cœur leur ouvrirait les yeux. Leurs pensées paraissent pieuses, raisonnables, probables; la probité, la vraisemblance, sont au milieu de tous leurs discours. Le mot probable est peut-être avec le mot rigoureux celui qui s'adapte le mieux à eux. Ils ont réponse à tout ; ils sont souvent embarrassants ; ils ne sont jamais embarrassés.
Une piété apparente préside à leur parole. Et tout leur est caché.
Un éclair partant du cœur leur ouvrirait l'horizon absolument fermé pour eux.
Ils disent tant de choses vraisemblables, rigoureuses, concordantes et graves, qu'il n'y a rien à leur répondre. Rien ! excepté un mot peut-être :
— J'avais faim et vous ne m'avez pas donné à manger; j'avais soif et vous ne m'avez pas donné à boire.
Cependant ce mot suprême ne s'applique pas à eux dans toute sa rigueur. Ils ont visité le malade et leur premier mouvement a été bon; ils ont pleuré d'abord.
Ils avaient pleuré au commencement du livre, et à la fin du même livre, Dieu qui compte tout, mais surtout et par dessus tout les larmes ; Dieu qui peut-être, pourrait s'appeler le Dieu des Larmes, demande à Job ses prières, voulant pardonner aux discours de ces hommes, qui d'abord avaient pleuré.
{Paroles de Lieu. — Job et son cri).
Coûtes extraordinaires. Un vol. in-18 de 393 pages. Préface de l'auteur paginée II à XII. Paris, Palmé, 1879.
J'ai voulu, dit Hello, dans sa préface, donner le corps d'un récit aux vérités que j'exprime habituellement : ceux qui, dans mon livre de V Homme, ont lu« le Veau d'Or, » ne seront pas étonnés de lire « Ludovic » dans mon livre de Contes. La science sans Dieu et la science avec Dieu étudiées aussi dans le livre de YHomme, seront reconnues par le regard intelligent qui se fixera sur les « Etrangers »... etc. etc..
La faiblesse d'écriture d'Ernest Hello apparaît davantage encore dans ces contes que dans n'importe quel autre livre. Toutefois, la profondeur et le mouvement de la pensée y sont extraordinaires. — Caïn, qu'as-tu fait de ton frère? est considéré de cette façon, un chefd'œuvre inouï.
Les plateaux delà balance. 411 pages pour le texte. Préface paginée de I à IV. Un vol. in-12, V. Palmé, 1880.
Barbey d'Aurevilly écrivit à l'apparition de ce livre, un de ses plus remarquables articles de critique. Je crois qu'il n'est pas inutile de montrer ici ce que le catholique auteur de Y Ensorcelée, pensait d'Ernest Hello, à propos des Plateaux de la Balance.
Monsieur Hello, à chacune de ses publications, a été signalé et salué par moi comme un de ces esprits qui, dans un temps donné — hélas toujours trop long! — doivent vaincre les affreux et nombreux obstacles que toute supériorité, dans quelque genre que ce soit, trouve fatalement devant elle J'ai particulièrement montré dans M. Ernest Hello, l'intuitif dans l'Histoire et l'inventeur, l'homme d'imagination dans ses contes. Aujourd'hui c'est une autre face de cet esprit multiface, sur un fond identique que je vais montrer; aujourd'hui je vais parler du moraliste et du critique, mais du moraliste et du critique dont on n'a plus actuellement la moindre idée — car voilà le caractère du talent de M. Hello, c'est de ne rien faire comme personne, non par originalité littéraire ou calcul d'art mais par une originalité bien autrement grandiose et profonde, l'embrasement d'une foi religieuse qui, dans un temps où l'enthousiasme est tué dans tous les esprits et dans tous les cœurs, est la plus étonnante, la plus stupéfiante originalité.
Faits de dix-neuf chapitres ou comme on dit maintenant, dans ce temps de journalisme et d'éparpillement, d'articles qui, peut-être, ont passé dans quelque Revue catholique où leur beauté, cette beauté fatale des choses chrétiennes, a été étouffée dans l'obscurilé qui est présentement leur destin, ces Plateaux de la Balance, n'ont pas d'autre unité que l'âme de leur auteur, et c'est cette
âme, enthousiaste comme on ne l'est plus et qui palpite partout en cette dispersion de sujets différents, qui les relie entre eux et en fait un livre
Les chapitres intitulés : la Lumière et
la Foule, les Sables mouvants, les Caractères, les Passions, la Charité intellectuelle, sont de ces choses qu'il est difficile de nommer parce qu'elles n'ont pas d'analogue en littérature.
Le côté que j'oserai appeler divin de cette critique échappera sans nul doute à ceux qui ont le mépris insolent et bestial du mysticisme de l'auteur
. . . . Le mysticisme, cet état si spécialement élevé dans la croyance religieuse et ses surnaturelles illuminations, est tout ce qui doit faire le plus horreur, si ce n'est mépris, à la raison définitive de messieurs les hommes. Si demain M. Ernest Hello, par le fait d'une volonté qu'il n'aura pas puisqu'il est un mystique, pouvait soudainement renoncera ce mysticisme qui est la vie de son cœur et de sa pensée et fouler aux pieds le flambeau à la lueur divine dont la clarté n'éclaire que lui, vous verriez le sourire s'arrêter sur les lèvres impertinentes des sceptiques, l'éclat de rire bête ravalé par la bouche ouverte des incrédules et des blasphémateurs !
Mais, malheureusement pour la sagesse et l'orgueil des hommes, l'auteur des Plateaux de la Balance, restera le mystique Hello dans sa nuit invisible de flammes, avec son amour, son enthousiasme et sa foi. Il restera méconnu, inconnu ; et de ce que la gloire qu'il a attendue si longtemps ne lui vient pas, il se mettra à genoux une fois de plus, et ce sera tout.
(Barbey d'Aurevilly, Les critiques ou les juges jugés....)
128 ERNEST IIELLO.
CEUVRES POSTHUMES
Le Siècle. (Les hommes et les idées). Un vol. in-18, librairie accadémique Perrin, 1895. 491 pages pour le texte, la préface d'Henri Lasserre et la table ; 2 ff . pour le titre et le faux-titre.
Réunion d'articles dont quelques-uns n'auraient jamais dû être imprimés. A citer : La Ville où l'on n'a pas le temps, Saint-Christophe... Un Saint... etc., etc.. Le chapitre intitulé La Réalité fut le premier article d'Hello au journal américain Le Propagateur Catholique, en
Philosophie et Athe'ïsme. - Perrin éditeur. 1 vol. in-12. C'est une œuvre posthume de philosophie dont la publication n'ajoute rien à la gloire d'Hello qu'on a pris trop souvent pour un philisophe et qui me parait être le contraire.
13d ERNEST HELLO.
A CONSULTER
Joseph Serre : Ernest Hello. U homme, le penseur ^ Vécrivain. Un vol. in-18 avec portrait. Paris, Perrin et C'°
Léon Bloy : Ici on assassine les grands hommes. Une plaquette in-8° avec portrait. Paris, Mercure de France, 1895.
Remy de Gourmont : Le II"" livre des Masques. Un volume in-18 avec portraits. Mercure de France, 1898.
« .... A l'extrémité du dernier rameau d'un grand arbre élu par la foudre^ pend toujours un fruit de délectation ou d'épouvante en qui l'essence précieuse fait escale avant de disparaître à jamais. »
' Lbok Bloy.
Vific^ 5^/^i.^-/f^^.
Extrait du manuscrit « El Desdichado », qui est devenu « Souvenirs occultes » dans les Coules cruels (variante).
Villiers de rîsle-fldam.
Jean-Marie-Mathias-Philippe-Auguste de Villiers de risle-Adam est né à Saint-Brieuc le 7 novembre 1838. Il étudia au Collège de Saint-Brieuc, puis à Laval et à Rennes. Enfant il lisait peu mais essayait d'écrire. Il débuta par des vers et ses parents confiants dans son génie, n'hésitèrent pas à quitter avec lui la Bretagne. En 1856 tous vinrent s'établir en un petit appartement de la banlieue de Vaugirard.
Villiers fréquenta à l'hôtel d'Orléans, rue Richelieu, son cousin, père de son futur biographe, M. du Pontavice du Heussey. Ce fut là qu'il recontra Baudelaire qui fut sa première grande admiration littéraire.
Plus tard il se lia avec les romantiques de la Revue fantaisiste surtout avec Léon Dierx et Mendes.
Enfin, dans les dernières années de sa vie il fut mêlé au mouvement symboliste, très connu et admiré de la jeunesse littéraire. Tous les vrais écrivains furent ses amis — Verlaine, Mallarmé, Léon Bloy.
Son goût pour la musique de Wagner, ses dons d'improvisateur firent qu'il fréquenta aussi des compositeurs et très particulièrement M™* Augusta Holmes et Emmanuel Chabrier.
Après la mort de ses parents, Villiers n'avait aucune ressource matérielle et vécut misérable et fier. Ce qu'il dut faire pour subsister seulement tandis que se succédaient sous sa plume Les Contes Cruels, Tribulat Bonhomet et V Eve future est inimaginable.
Il mourut à cinquante et un ans d'un cancer à l'estor
mac, alors qu'il revoyait les épreuves d'Axel, son dernier ouvrage qu'il voulait modifier dans le sens chrétien, en supprimant le suicide d'Axel et de Sarah.
Parmi les ouvrages concernant Villiers de l'Isle-Adam qu'il sera bon de consulter pour connaître son caractère et sa vie je citerai de préférence le livre de M. Rougemont publié par le Mercure de France, biographie complète et précise, indispensable à tout admirateur de Villiers; puis la Vie Anecdotique et pittoresque de Villiers par M. Fernand Clerget, d'une lecture très agréable et ornée d'un très grand nombre de gravures ; puis les Figures d'Evocateurs de M. Victor Emile Michelet.
Enfin, au point de vue littéraire, les notes de M. Remy de Gourmont et la brochure deLéonBloy La Résurrection de Villiers de l'Isle-Adam dont j'ai parlé plus haut. Et il faudra lire aussi du même Léon Bloy l'extraordinaire portrait qu'il a fait de Villiers dans La Femme pauvre.
Sous les traits de Bohémont de l'Isle-de-France, l'auteur de Tribulat est évoqué comme il ne le fut et ne le sera jamais.
Depuis sa mort on a parlé assez souvent de Villiers, mais sans cependant parvenir à lui donner sa vraie place. L'ironie des Contes Cruels froisse ou déroute les lecteurs pour lesquels Bonhomet, tout comme Homais, est un héros et un sage.
Pourtant il est certain que dans quelques jours un monument Villiers va s'élever à Saint-Brieuc. Souhaitons que bientôt il en aille de même à Paris et que la publication des œuvres complètes de Villiers de l'Isle-Adam vienne affirmer définitivement le rang qu'il doit occuper dans les lettres françaises.
Deux Essais de Poésie. - Une plaquette in-8 de 16 pages. — Paris, Tinterlin et O^, rue Neuve des Bons-Enfants, 1858, rarissime.
La première de ces deux pièces est intitulée Ballade. Elle ne fut pas reproduite dans la première édition des Premières Poésies, 1859; mais seulement dans la seconde, Lacomblez 1893.
La seconde intitulée Zaïra fut reproduite dans les deux éditions (Sheuring et Lacomblez).
Premières Poe'sies, 1856-58. Un petit in-8, Lyon, Scheuring, 1859. 180 pages comprenant le texte, les titres et faux-titre, la dédicace au comte A. de Vigny, et la table.
Ce livre de jeunesse (l'auteur n'avait pas 20 ans lorsqu'il parut) est très rare et très recherché des bibliophiles.
Je renvoie pour tous commentaires sur Villiers de risle-Adam poète, au petit chef-d'œuvre de Verlaine : Les Poètes maudits, nouvelle édition. Paris, Vanier,l88S.
Les « Premières Poésies » furent réimprimées en 1893 par l'éditeur Lacomblez, de Bruxelles.
Les strophes suivantes, qui font songer au Lamartine des Harmonies, sont extraites de la première pièce du volume intitulée « Barcarolle » :
« Allons chante, ô poète... avant que les années « Que le passé va prendre et qu'un Dieu t'a données « Sous leur manteau funèbre aient glacé ton essor ; « Puisque de ta douleur tes romances sont nées « Puisque tu peux chanter encore !
« Mais si tu sens pleurer ton cœur sous ton sourire, « Oh! puissent se briser les cordes de ta lyre, « Et ton chant se mêler au chant des matelots!... « ...Souffre seul !... Et tout bas si ton âme soupire, « Livre sa plainte au bruit des flots ! ... »
Et pourtant nous avons, frères, dans cette vie, D'indicibles instants pleins de mélancolie.
Où l'homme consolé.
En contemplant les cieux dans leurs ombres splendides Leur jette avec amour, les paupières humides,
Un regard d'exilé !
Amis!... rêvons alors, oh! rêvons en silence Le cœur demi-noyé d'amour et d'espérance !...
Cela dure si peu ! Quand la réalité soulèvera son voile...
Et bien!... le songe ira là-bas, dans une étoile...
Et nous dirons : « Adieu ! »
Golfe de Gênes, mars 185...
Isis. Un vol. in-8, Paris, Dentu, 1862, comprenant 226 pages pour le texte plus le tit. le f. tit. la dédicace et la table.
Primitivement, Isis devait avoir pour titre : « Tullia Fabriana » et n'était que le premier volume d'une œuvre qui devait en comprendre six, avec « Isis » pour titre collectif.
Dans la préface de Tullia Fabriana, l'auteur s'exprimait ainsi : « Isis est le titre d'un ensemble d'ouvrages qui paraîtront, si je dois l'espérer, à de courts intervalles : c'est la formule collective d'une série de romans philosophiques; c'est rX d'un problème et d'un idéal, c'est le grand inconnu. L'œuvre se définira elle-même une fois achevée ».
Villiers renonça à ce travail dont il reconnut bien vite la puérilité.
Malgré ses imperfections et son invraisemblance, Isis est déjà une œuvre de haut style et annonce l'auteur d'Axel et de V Eve future.
Le livre presque introuvable en édition originale a été récemment (1900) réédité par la librairie internationale en un joli volume in-18 illustré d'une couverture de Rosenfosse. Il a été tiré dix exemplaires sur Hollande.
Elen. Drame en trois actes, en prose. Un vol. in-8°, Paris, 1865. — Imprimerie Poupart, Davyl et C'^, rue du Bac, comprenant 24 pages pour le texte en deux colonnes, plus le titre, le faux-titre et un feuillet.
Une deuxième édition (maintenant aussi rare que la première) parut l'année suivante (1866) à Saint-Brieux, chez Francisque.
Epigraphe : Ici gît Clarimonde
Qui fut de son vivant La plus belle du monde.
Th. GAUTIER.
Je crois que ce serait une erreur de se supposer une idée exacte du génie de Villiers. après la lecture de ce drame romantique où les défauts du poète sont plus apparents que ses qualités.
L'édition originale est très rare.
En 1896, l'éditeur Chamuel en publia une nouvelle en un volume in-8, avec, en frontispice, un portrait de Villiers sur son lit de mort, par Franc Lamy.
En tête de l'ouvrage se trouve une très belle pièce de vers, également publiée en 1883 dans les Contes cruels sous le titre de : Au bord de la Mer.
Toutefois les deux textes ne sont pas absolument semblables; je préfère celui des Contes cruels, et Verlaine qui a cité entièrement la pièce dans les Poètes Maudits, s'y est conformé.
Voici ces vers (texte des Contes cruels), — je citerai ensuite les V% 5«, 13% 17^ et 20« strophes qui ont subi des variantes dans l'édition d'Elën 1866 et aussi par conséquent dans celle de 1896.