UN RIRE DE CINQUANTE-CINQ MILLIARDS
Sous ce titre, un journal a osé publier une image de la plus énorme infamie, « photographie prise après un banquet du Club des quatre cents, ce cercle fameux des multimillionnaires américains. »
« On peut évaluer à cinquante-cinq milliards la fortune des joyeux soupeurs réunis ici pour rire à gorge déployée. »
Cette somme gigantesque, supérieure au total des budgets de tous les Etats du monde, suppose, pour chacun de ces soupeurs, une moyenne de 150 millions — ramassés dans quelles ordures ! Elle représente les larmes et le sang des deux tiers au moins de plusieurs générations sur la surface entière du globe !
C'est cela sans doute qui les fait rire, ces effrayants animaux dont les faces de croquants bâtards apparaissent d'autant plus abjectes. On se sent désarmé et découragé en présence de ce défi à la Justice, de cette incroyable horreur; Dieu est trop loin et trop silencieux, vraiment...
Mais que penser d'une nation où pullulent et triomphent de tels malfaiteurs dont l'impunité déshonore la conscience humaine?
Une Lettre inédite de Léon Bloy : /
Cher ami,
Est-il donc vraiment impossible que vous passiez une nuit chez moi? Nous en sommes tristes ma femme et moi, ayant cru la chose très simple.
Qu'est-ce que 4 ou 5 h. quand on a tant de choses à se dire? Quand on ne s'est jamais vu, vous savez qu'il faut
beaucoup de temps pour se mettre à l'aise, pour établir le contact des âmes et c'est seulement lorsque ce résultat est obtenu qu'il faut brusquement se séparer. Quelle misère! Puisque vous tenez tellement à Léon Bloy, cela doit vous être possible.
Supposez un instant que je sois un vice, une passion criminelle, vous avez fait assez de psychologie pour savoir que la chose vous serait facile. D'ailleurs vous vous trompez peut-être. La nuit que vous ne passerez pas chez moi, vous serez forcé de la passer ailleurs, peut-être sans aucun avantage et alors, encore une fois, quelle misère!
Votre
A CONSULTER
La préface du Révélateur du Globe parut dans le Constitutionnel du lundi 4 février 1884.
Paul Ginistry : «L'année littéraire. — Fasquelle, 1893.
Remy de Gourmont : « Le It livre des Masques » — Paris — Mercure de France — 1898.
Le Cardonnel et Vellay : « La littérature contemporaine » Mercure de France — 1905.
Le livre de Charles Buet « Souvenirs sur Barbey d'Aurevilly » contient un chapitre consacré à Léon Bloy.
« Les Marches de Provence » numéro spécial « Léon Bloy » nombreux portraits.
Ce numéro, rare aujourd'hui, parut en Octobre 1912. L'enthousiaste et intelligent directeur de cette revue, M. Aurelien Coulanges sut grouper des critiques et des écrivains pour collaborer à son numéro exceptionnel. Aux professionnels s'ajoutèrent quelques amis et cela composa un ensemble d'opinions fort curieux. Voici les noms des principaux collaborateurs au numéro des « Marches de Provence » :
AurélienCoulanges, JeanneLéonBloy, Jeanne Termier- Boussac, Rachilde, Emile Baumann, Edmond Barthélémy, Alfred Pouthier, Jacques Maritain, René Martineau, Peter Van der Meer, abbé Pient Cornuau, abbé L. Petit... etc.-
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« Mes cris sont mes trésors, ils sont ma Hchesse immortelle. >
Ernest He^lo.
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Bttnest H^llo
Ernest Hello est né à Lorient le 4 novembre 1828, dans une maison située à l'angle du Cours des Quais et de la rue de la Cale-Ory.
Il commença ses études à Lorient, les continua à Rennes et les termina à Paris, au lycée Louis-le-Grand, où il fut un élève remarquable.
Son père, conseiller à la Cour de Cassation, voulut qu'il fit son droit, il obéit et fut reçu avocat à dix-huit ans. Mais jamais il n'exerça. Il lui eut été impossible de défendre une cause dont il eut connu l'injustice. Et ce trait est suffisant pour peindre le caractère d'Ernest Hello et aussi le caractère de son talent.
... « C'est, disait Barbey d'Aurevilly, de ne rien faire comme personne, non par pure originalité littéraire ou calcul d'art, mais par une originalité bien autrement grandiose et profonde, l'embrasement d'une foi religieuse qui, dans un temps où l'enthousiasme est tué dans tous les esprits et dans tous les cœurs, est la plus étonnante, la plus stupéfiante de toutes les originalités.... »
Après quelques années d'études complémentaires, Hello se lia très intimement avec Georges Seigneur, polémiste de quelque talent et tous les deux fondèrent Le Croisé, revue mensuelle qui dura un an environ.
Hello avait trente ans lorsqu'il publia son premier livre. Il avait épousé le 12 novembre 1857, M*"^ Zoé Berthier.
M. et M"'*" Hello s'installèrent au château de Keroman, aux environs de Lorient. Là s'écoula la vie de l'écrivain. Ce fut là qu'il mourut le 14 juillet 1885.
Il y a, à Keroman, au fond du grand jardin planté de beaux arbres, un petit pavillon dont les fenêtres sont ouvertes sur la mer.
Hello avait fait de ce pavillon son cabinet de travail.
Tous les matins, après la messe de sept heures, il s'y réfugiait et jusqu'à onze heures il écrivait.
Quelquefois il vint à Paris, s'y installa même un hiver, fréquenta Barbey d'Aurevilly, Paul Féval, Léon Bloy, Charles Buet et Henri Lasserre.
Presque tous ont parlé de lui; trop souvent de sa tournure bizarre, de ses longs cheveux et de sa silhouette hoffmanesque.
Barbey d'Aurevilly a excellemment loué l'écrivain. Léon Bloy a dit l'essentiel en parlant de l'âme d'Hello et c'est lui que je veux citer :
« De quelque ridicule qu'on se soit plu à l'accabler, Ernest Hello fut, au moins, cette merveilleuse rareté qu'on appelle une âme et certes l'une des plus vivantes, vibrantes et intensément passionnées qui se soient rencontrées sur notre planète
Il était de
ces êtres infiniment rares qui attendent encore le triomphe terrestre de Dieu et son visible règne. La seule pensée de mourir auparavant le révoltait comme une injustice, ayant conçu dans un abîme de prières l'assurance d'être le créancier de cet événement »
La réputation d'Ernest Hello a grandi depuis quelques années, mais il n'a pas encore celle qu'il mérite.
On le connaît mal, on le veut étudier comme un penseur, tel qu'un philosophe plus ou moins profond. On veut le classer et il est inclassable. On lit ses livres pour y chercher des démonstrations et on n'y trouve que des cris.
Il faut être artiste pour aimer Hello. Un philosophe ne le comprendra jamais. Un littérateur, s'il n'a la puissance artistique d'un Barbey ou d'un Bloy, ne le goûtera que superficiellement. Il en fut toujours ainsi et pour cela ses livres magnifiques ont été froidement accueillis.
Hello en souffrit cruellement et ses gémissements sont souvent ceux d'une âme blessée.
M. Senai, TAIIemagoe et l'atbéïsme au XII' siècle.
Un vol. in-8, Paris, Douniol, 1859. Comprenant 173 pages pour le texte, le titre et le faux-titre, un feuillet pour la table.
C'est, de tous les livres d'Hello, celui qui peut être considéré comme le mieux écrit.
UHomme, toujours cité comme étant son meilleur ouvrage, contient en effet des parties tout à fait supérieures, mais il manque d'unité. Renan, l'Allemagne et Fathéïsme, a plus de tenue du commencement à la fin.
Ces quelques lignes en résument assez bien l'idée générale :
. . . . « La doctrine de M. Renan consiste à n'en avoir pas, comme la doctrine de plusieurs autres consiste à faire des phrases
La France, qui ignore la philosophie et croit sur ce sujet tout ce qu'on veut bien lui dire, a amalgamé les insinuations de M. Renan avec la bêtise sentimentale représentée par Rousseau, père de l'opéra-comique et la bêtise méchante représentée par Voltaire, père de la Chanson. Au point de vue de l'exégèse, la France en est encore à Strauss, cet enfant malveillant, qui est oublié depuis longtemps de l'autre côté du Rhin.
L'Allemagne a usé et rongé ses propres erreurs; il est temps qu'elle vienne à la vérité qui ne s'use pas. Il faut qu'elle recommence. Elle ne peut recommencer que par le germe des germes. Elle cherche la synthèse. L'Eglise universelle, unité vivante, lui tend les bras.
Si Platon était la préface humaine de l'Evangile, Moïse en était la préface divine : mais l'Eglise possède seule le Verbum caro fadum dans sa plénitude, Dei virtutem et Dei sapientiam : et cette synthèse est fidèle à ellemême »
La liberté met entre la nature et nous
l'abîme qu'a oublié Shelling. L'évolution de la nature est nécessaire, la nôtre est libre. Le péché est l'infidélité de l'être créé vis-à-vis du type idéal de lui-même que Dieu contemple dans son Verbe. L'ordre est dans nos mains, nous le troublons quand nous voulons, et alors Dieu qui nous respecte trop pour assujettir nos volontés à l'ordre, mais qui se respecte trop pour assujettir l'ordre à nos volontés, fait jaillir un ordre nouveau du désordre introduit par nous
La simplicité fausse, celle qui plaît au
plus grand nombre, n'offre qu'un terme à l'esprit, ne présente qu'un côté des choses. Le XVIII^ siècle avait cette apparence de simplicité. Voilà pourquoi Voltaire passe généralement pour un auteur clair, bien qu'en réalité, il soit absolument inintelligible.... La position de Voltaire vis-à-vis du christianisme est franche; c'est l'aveuglement complet. C'est la tranquillité qui vient de la stupidité absolue. N'entrevoyant rien, il évite jusqu'au trouble. D'ailleurs, son cœur aide son esprit. Voltaire, pour le définir en passant, est un imbécile malpropre.
Renan, l'Allemagne et l'Athéisme, passim.
Le Style. Un volume in-12 de 230 pages. Paris, Palmé, 1861.
Sous ce titre à été publié un ensemble d'articles parus dans « Le Croisé », revue mensuelle, depuis disparue, à laquelle collaborait Ernest Hello. (La collection du Croisé est devenue rarissime.)
Le « Style » ne se trouve pas communément en librairie, mais il est probable qu'il ne sera jamais beaucoup recherché, la plus grande et la meilleure partie ayant été reproduite dans VHomme.
Le reste comprend quelques chapitres qui donnent une trop faible idée d'Hello pour mériter une citation.
M. Reoan et la Vie de Jésus. Chez Palmé, 1863. Une plaquette in-8 de 23 pages pour le tit. le f. tit. et le texte.
C'est une petite réfutation du livre de Renan et une sorte de complément au livre cité plus haut. M. Renan, l'Allemagne et l'athéisme au XI X^ siècle.
« Le seul intérêt de ce livre est de montrer, écrit l'auteur, jusqu'où peut aller chez un savant, l'ignorance, et chez un incroyant la crédulité. Les dangers de l'ignorance et de la crédulité sont plus grands qu'on ne le croit, il est bon de les signaler »
Aogèle de Foligno. (Le livre des visions et instructions de la bienheureuse). Traduit par Ernest Hello. Un petit volume in-18. Poussielgue, 1868. Réédité en 1895 parla Société de St-Augustin, Desclée, de Brouwer et C'«.
Angèle de Foligno dictait et son confesseur, le frère Arnaud, de l'ordre de saint François, écrivait. C'est ce texte qui fut traduit par Hello.
Le frère Arnaud fit en outre précéder son œuvre de deux prologues également traduits par Hello.
J'en extrais le passage suivant qui indiquera le caractère du livre de la bienheureuse Angèle.
. . . . Moi, frère Arnaud, après avoir écrit ce livre, je priai Angèle de demander à Dieu si je n'avais rien écrit de faux ou d'inutile
. . . Elle répondit : J'ai demandé plusieurs fois à Dieu si dans ce que j'ai dit et dans ce que tu as écrit il y avait mensonge ou inutilité. Or voici quelle réponse me fut faite et quelle certitude me fut donnée : « Tout ce que j'ai dit, tout ce que vous avez écrit, tout cela est vrai; il n'y a rien de faux, il n'y a rien d'inutile, mais il y a insuffisance. Les choses n'ont pas trouvé la perfection dans nos paroles. La hauteur et la douceur des visions ne pouvaient être renfermées dans le langage humain ...»
. . . J'engage le lecteur à ne pas s'étonner si les paroles ardentes de l'amour remplissent ce livre. La Sainte Ecriture en est pleine aussi... Le lecteur sentira d'ailleurs qu'au milieu des transports et des sublimités, la grâce divine préserva si parfaitement Angèle de l'orgueil, que la hauteur des révélations approfondit l'abîme de son humilité.
Citation du livre d'Angèle :
« Tout ce qu'on dit de cette Passion, tout ce qu'on raconte, tout cela n'est rien auprès de ce qu'a vu mon âme. Et je ne peux pas beaucoup plus que les autres la dire comme je l'ai vue.
J'ai vu dans ma vision, trois fois épouvantable, que la Mère des douleurs, bien qu'elle ait plongé dans la Passion plus à fond que tout autre saint, plus à fond que le disciple aimé, j'ai vu de mille manières qu'elle est incapable de raconter la chose comme elle est; le disciple bien-aimé en est incapable aussi ».
« Et si quelqu'un me racontait la Passion telle qu'elle fut, je lui répondrais : C'est toi, c'est Toi qui l'as soufferte! »