L.—LES ILES NON FRANÇAISES
Je partis de New-York le cinq février, À bord de la Guiana, bateau tout neuf et parfaitement aménagé pour les pays chauds.
Les passagers, parmi lesquels se trouvaient deux prêtres et plusieurs laïques catholiques, étaient aimables. Après deux jour. nées froides, la température s'adoucit sensiblement. Eutiu, le dix, au matin, nous entrâmes dans le port de Saint-Thomas,
Rien n’est beau À mon avis, dans toutes les Antilles, comme le coup d'œil que présentent À l'entrée de la rade, la ville et l’île de Saint-Thomas,
Qu'on s'imugine un piton volcanique entièrement couvert de verdure: c’est l'île ; et, À ln base de ce piton, un cratère rond, entr'ouvert, noyé dans l’eau bleue de la mer : c'est le port. Au pied du pic, répandue sur trois pointes, s'étale la ville de Charlotte-Amélie, toute peinte en juune, en rouge, en bleu. Les maisons jolies 'efforcent À grimper aux flance abrupts de la montagne ; et l'on se demande comment l’on y accède, sans chemins ni escaliers apparents, Plus loin, des forts, des casernes forment comme un cadre austère À ce ravissant tableau,
Nous sommes descendus à terre et nous avons fait un tour 18 Ja campagne. Cet îlot est presque inculte ; il n'a de vie et dim} ortance que jar le commerce. Toute la population, une douzaine de nnlle âmes, est concentrée dans la ville, Cette petite cité est propre, bien bâtie, ea rue principale bordée de vastes magasine, autrefois remplis de marchandises, mais aujourd’hui presque vides,
Nous avons rendu visite aux Pères Rédemptoristes qui sont chargés de la paroisse catholique ; nous avons reçu d’eux l’accueil le plus corial, et nous avons visité leur résidence et leur église, parfaitement propres et conveuubles.
On compte tix mille catholiques à Saint-Thomas, parmi lesquels une colonie de pêcheurs normands, émigrés de Saint-Martin ou de Suint-Barthélemy, qui vivent assez misérablement, ruinés au’ils sont par la boisson,
Les Rédemptoristes missionnaires aux Antilles appartiennent à la Province de Belgique et dépendent du diocèse de Roseau, Dominique, qui leur a été récemment confié par le Saint- Siège. Les prêtres séculiers, leurs prédécesseurs, parvenaient difficilement à se recruter. Ces bons Pères ont pour principe de vivie au moins deux ensemble, sans compter les Frères coadjuteurs. Ils prétendent que le climat est moins mauvais qu’on ne dit et que la plupart des maladies proviennent d’imprudences. Ils w’ont qu’à se féliciter du dévouement de leurs paroissiens, noirs en grande majorité ; et, si ce n’était de leur abominuble pratique de concubinage prolongé, entre futurs époux, ils n'auraient