‹ Un voyage à la Guadeloupe [microforme]Chapitre 3 sur 12 · TP NOTE EN · texte numérisé non relu

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guère de reproche À leur faire. Ces panvres gens allègnent pour excuse, au moins à la Gundeloupe, que les frais occasionnés par les noces sont excessifs N'est-ce pas plus tôt un legs déplorable de l’ancien esclavasre ?

Les missionnaires n'ont également qu'à se louer de l'attitude pleine de détérence des gouvenements anglais et dunois à leur égard. Quand à leurs revenus, ils sont encore insuffisants, car les noirs sont pauvres ; et les subsides de Belyiques sont nécessaires. Néanmoins ils ont reçu dans certuines Îles ces donations qui pourvoient à la desserte locale, et ils ont pleine contiance dans l'avenir. La grande menace pour ces missions est la disparition presque totale de la race blanche, que les maladies déciment et que la crise économique décourasge.

L'île de Saint-Thomas appartient an Danemark, ainsi qne Sainte-Croix, sa voisine, et fait partie d'un petit groupe d'îlots dits des Vierges, Elle jouit naguère d'une grande prospérité, à raison de sa position stratégique À l'entrée da golfe du Mexique. Tous les navires passant dans ces parages y faisaient escale, et déposaient dans ses entrepôts des marchandises qu'on distribuait ensuite dans les îles. Les transformations opérées duns la navigation par la vapeur ont été préjudiciables à ce nort qu'on ne fréquente guère que pour se ravituiller en charbon, La Barbade est devenue le centre commercial et stratégique des flottes angluises. Les Américuins, cependant, et les Allemands visitent encore assez régulièrement Saint-Thomas.

Ces deux puissances ont, en ettet, sur l'île, des vues politiques. Le bruit se répandit mêre, il ÿ a quelques années, que les Etats- Unis allaient acquérir Saint-Thomas. Des raisons d'ordre sentimental, ou, plutôt, l'opposition secrète de l’empereur Guillaume, ont empêché la ratification du traité presque conclu.

Dans la soirée du 11 février nous quittâmes Saint-Thomas et primes lu direction de Sainte-Croix. Quel beau voyage ! Les îlots surgissaient de la mer autour de nous, comme par enchantement. Après quatre heures de navigation, notre navire stoppa au large de Sainte-Croix, en face de la petite bourgade du We:t- End, et je me fis conduire chez les Pères Rédemptoristes, où je passai la nuit.

Ces religieux ont deux paroisses, l'une au West-End, l’autre dans la petite ville du Bassin : en tout six mille catholiques, sur une population de vingt mille habitants, la plupart de couleur.

5 Le lendemain, après la sainte messe, j'ai visité une partie de l’île, et j’ai eu le plaisir de voir, à côté des champs de cannes à

sucre, de vastes plantations de coton sur lesquelles on fonde de grandes espérances,

Sainte-Croix passe à juste titre pour la plus sulubre des Antilles, Cette île à une histoire qui ne manque point d'interêt pour nous Français,

Occupée d'abord par les Hollandais 1643, qui venaient de s'étublir À Suint-Eustuche et à Suint-Martin, elle fut prise, trois ans plus turd, pur les Anglais, Les Anglais en furent chassés à leur tour, 1650, pur lex Espagnols de PoctoRico. Ceux-ci n'eurent point meilleure fortune ; eur, que'ques années plus turd, Monsienr de Poiney, gouverneur général des îles francnises, fit partir de Saint-Christoyhe, sous les ordres de M. de Vangalon, une expédition qui descendit heureusement À Sainte-Croix et s'empara de toute l'île,

La nouvelle colonie, plus heureuse que bien d'autres, prospéra, tel point que, oh 1659, deux missionnaires domivicains, les l'ères du Bois et Leclere y furent appelés et s'y installèrent À demeure en qualité de curés.

Malheureusement, Sainte-Croix se trouvait en dehors de la route régulière des vaisseaux du Roy et de la Compagnie des Indes qui visitaient annuellement les Antilles; ce que voyant, les colons prirent l'habitude de trafiquer en contrebande avec les Danois de Saïnt-Thomas, À leur grand profit, mais au grand détriment de la Compagnie qui détenait le monopole du commerce. La Compagnie harcela lonc longtemps le gouvernement de ses lamentations et de ses Jlaintes contre les habitants de Sainte-Croix.

Bref, un beau jour, 1196, sur des ordres venus de Versailles, du Casse, gouverneur de Saint-Domingue, se présenta avec 8a flotte devant Sainte-Croix, embarqua de force tous les colons, et les transporta dans sa grande île, avec leurs missionnaires. Les habitations furent incensiées, et les animaux, abandonnés dans les campagnes, ne tardèrent pas À pulluler à l’état sauvage.

Ce fut alors que les Danois de Saint-Thomas s'emparèrent du territoire abandonné, qu'ilsw'ont plus quitté jusqu’à nos jours.

Telles étaient, au dix-septième siècle, les désastreuses conséquences du monopole commercial des compagnies dont notre Canada lui-même a eu tant à se plaindre.

Nous quittâmes Sainte-Croix daus la soirée de 12 février, et nous arrivâmes le lendemain matin, À sept heures, en rade de Basse Terre, capitale de l'île Saint-Christophe. Cette rade est ouverte et exposée au mauvais temps. De fait, on ne trouve

dans les Petites Antilles, pourtant si nombreuses, que trois ou quatre ports bien abrités,

Je connuissuis Suint-Christophe, pour y avoir passé quelques jours, dans mon premier voyage, chez un excellent prêtre 4 rs dais. Ce prêtre a été remplacé pur les Rédemptoristes. T n'ya dans l’île qu'une puroisre, mais les Pères disent régulièrement la messe au gros village de Sand Point. L'ile de Saint-Christophe, St. Kitts, comme disent les Anglais à qui elle appartient, ne compte, nvee su sœur jumelle, Nieves où Nevis, que quaraute mille habitants. De ces quarante mille habitants trois mille à peine sont catholiques, mais parmi ces derniers se trouve un certain nombre de riches Portuguis dont je raconterai tout à l'heure l'histoire,

Le commerce annuel de Saint-Christophe s'élève À un million de dollars, beau chittre pour l'époque, en réalité preuve éloquente de la décadence irrémédiable de toutes ces îles dont Saint- Christophe fut judis la reine et la maitresse,

Ce n’est pas, certes, que l'on puisse aucunement comparer l'administration des Antilles danoises, holiandaises où anglaises à l'administration déplorable de nos colonies françaises ; non. L'ordre règne partout, en dehors de chez nous ; les nègres, tout hbres qu'ils soient, ne sont ni électeurs, ni vagabonds, ni révoltés ; ils respectent la police et les autorités, Mais, c’est un fait que le sucre ne se vend plus nulle part À des prix rémunérateurs, et que les blancs désertent des pays dont les désavantages climatériques ne sont plus compensés par des avantages financiers. Pourquoi risquer sa vie sans espoir de fortune *

L'histoire de Saint-Christophe mérite d'être racontée.

Lorsque Christophe Colomb et ses compagnons découvrirent les L'etites Antilles ils se contentèrent de leur donner des noms et poussèrent plus avant leurs courses. Saint-Domingue, Cuba, la Terre Ferme avaient, en effet, un autre intérêt pour eux que ces îlots microscopiques perdus dans l'océan ; d'autant plus que les dits îlots étaient peuplés d’une nation belliqueuse, les Caraïbes, qui détendit son indépendance jusqu’à la mort.

*e ne fut done qu’au dix-septième siècle que les peuples tard venus au festin du Nouveau-Monde en recueillirent les miettes et songèrent à coloniser les Antilles.

Un aventurier normand, moitié héros, moitié corsaire, partit un jour du port de Dieppe, 1625, sur un brigantin de quatre canons, à la conquête des trésors quo les galions Espagnols rap-

portaient chaque année d'Amérique en Espagne. II s’appelait d’Esnambue, et soixante hardis COMpagnons s’attachèrent À ea fortune,

Malheureusement, ou plutôt heureusement, le premier galion qu’ils rencontrèrent était si gros qu’ils ne réussirent point À le Capturer, et que, après un rude combat, ils se virent obligés de relâcher À Saint-Christophe Pour réparer leurs avaries, Le pays leur parut merveilleux ; ils résolurent d'y reste, La première

Aù même Moment, par un hasard extraordinaire, un Anglaie, le capitaine Overnard, débarquait à l’autre extrémité de l’île et s’y établissait, Les deux tronpes, au lieu de ge battre, prirent le parti de 8e Partrger équitablement Je nouveau territoire, (Ce

parti, si sage en aPparence, était gros de complications futures et devait faire verser des flots de sang, Quoi qu’il en soit, Saint- Christophe devint pour les deux nations le centre de leur pouvoir dans les Indes et la résidence des Rouverneurs généraux. Nous n’avons point À raconter ici les désastres habituels de toutes les fondations nouvelles, les guerres acharnées que se frent les colons des deux Peuples, la prospérité merveilleuse * Jaquelle l’île Parvint, et ça cession finale À l'Angleterre, 1775. Il vaut mieux insister eur leur origine,

La France, À cette époque, était &ouvernée par un grand home, ou, plutôt, par deux grands hommes, Richelieu et le Père du Tremblay, la fameuse « Eminence grise.»

Le Capucin, à qui la politique ne fit jamais oublier la religion, venait précieément de recevoir de Rome pleins pouvoirs pour fonder des missions de son Ordre en Orient, et même en Amérique, depuis le Canada jusqu’au Brésil.

Aussi, lorsque d'Esnambuc, de retour en France, fit rapport à Richelieu de ce qu’il avait vu et de ce qu’il avait fait, Je puissant ministre le recut-il avec bienveillance et entra-t-il dans ses idées de fonder un empire francais d’A mérique.

Une Compagnie fut Promptement organisée, sous le nom de Compagnie des Indes occidentales, à laquelle le Roi octroya droits et privilèges sur toutes les terres vacantes dans ces parages, depuis le dixième jusqu’au dix-huitième degré de latitude septentrionale.

Un des premiers actes de Ja Compagnie fut de réclamer des missionnaires Capucins et dominicaine Pour ses nouveaux domaines ; les derniers étaient destinés À la Guadeloupe, comme nous verrons plus tard.

ds cas RE

Les premiers Capucins qui partirent pour les Antilles n’eurent qu'une obédience provisoire, car les arrangements entre la Compagnie, l'Ordre et la cour de Rome ne furent définitivement réglés que le 4 juin 1626. Ces premiers missionnaires, qui vinrent de Paris, s’'embarquèrent en 162:; ; ils ’appelaient le P. Pacifique de Provins, supérieur, et les l’ères Mare et Jérome. Le Père Marc ne résista pus longtemps au climat ; il monrnt en 1636, À Saint-Christophe, laissant derrière lui une réputation de sainteté.

Cette mission fut alors confiée aux Capucins de la Province de Normandie, compatriotes de la plupart des émigrants, plus capables, par conséquent, de s'adapter À leurs mœurs, La première expédition, juin 1636, se composa des religieux suivants : R. P. Raphaël de Dieppe, supérieur, Joseph de Caen, Archange de Changoubert, Baptiste des Andelys, Pacifique d’Eu, plus, le Frère Paulin de Rouen.

D’Esnambue accueillit affectucusement les religieux, et leur fit deux établissements, l’un à la Basse-Terre, l'autre À la Capesterre. Ils eurent, en plus, deux chapelles À desservir: À l’anse Louvet et à la Pointe-de-Sable, le Sand Point d’aujour l’hui,

Ces bons religieux, dit l'historien du Tertre, furent los premiers à pré. cher l'Evangile à Saint Christophe, car les aumôniers des troupes qui les précédèrent se contentaient de dire la messe et de visiter les malades ; et ils édifièrent tout le monde jusqu'à leur expulsion,

Cette expulsion, je la raconterai tout à l'heure,

D'Esnambuc mourut en 1637, après avoir vu le glorieux épanouissement de son œuvre, C’est, en effet, sons son administration, que les Francais, jaloux de voir les Anglais s’annexer successivement Nieves, Antigua et Montserrat, s’emparèrent de la Guadeloupe et de la Martinique, les plus belles et les plus importantes îles de tout le groupe des Petites Antilles. Le successeur de d’Esnambuc au gouvernement général fut M. le Marquis de Poiney, dont les procédés administratifs sont demeurés légendaires.

Un jour, en effet, nous ignorons pour quel motif, il cessa de plaire à la Compagnie et il fat démis de ses fonctions. Mais Poincy n’était point d'humeur accommodante, et il savait qu'entre Versailles et lui s'étendait un vaste Océan. Aussi, lorsque le nouveau titulaire, M. de Thoisy, débairqua À Saint-Christophe, refusa-t-il tout net de le reconnaître et de lui remettre le gouverne: ment.

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