DÉPART D£ YOKOHAMA
Souvo-nada, la Mer-Intérieure. — Le détroit de Van-Diémen. — Usakka. — Hiogo. — Simonoseki.
C'est un triste moment que celui des adieux , et bien qu*oo acquière en voyageant l'habitude de bien des séparations, la douleur qu'on en éprouve, * pour être moins vive en apparence» n'eu est que plus profonde. En s'éloignant une première fois de ses amis, en leur disant au revoir, on s'imagine les retrouver tôt ou tard tels qu'où les a quittés, et Ton goûte même par avance, dès le jour du départ, la joie que Ton rêve pour le moment du retour. Plus tard rexpérience amène la disillusion. et jusUtie le mot amer : « Les absents ont tort. > En prenant
forcément Fhabitude de ne plus voir ses amis, on
s'accoutume iosensibleiiient aussi à ne plus penser à eux ; au bout de quelques mois déjà, leur souvenir ne se présente plus que de loin en loin; de nouvelles affections succèdent aux anciennes, et en remplaçant ses vieux amis par^'autres, on comprend qu'on soit remplacé dans leur cœur par de nouvelles amitiés : « Nature le veut par faveur de rinconstauce humaine. » £n disant adieu à ses amis pour longtemps, on doit craindre de leur dire adieu pour toujours.
Après un séjour de près de quatre ans dans les diverses contrées de l'extrême Orient, je me vis obligé de retourner en Europe. U Saitu^louis^ ce même navire qui m'avait condiiil de Nagasacki aux établissements russes de la Mandchourie, puis à
Hakodadé et à Yokohama, devait, au mois de septémbre 1862, me transporter à Shang-bai en me faisant passer par la Souvo^nada ou Mer-Intérieure du Japon, et ma permettre ainsi de compléter mon voyage autour de cet empire. Mes amis européens continuèrent jusqu'au dernier moment à m'entourer de cordiales attentions, à me témoigner cette franche bienveillance que tous les voyageurs ont obtenue d*eux et qui fait le cbarme de ces petites communautés étrangères reléguées aux dernières limites du monde civilisé. Quant & mes amis ja> ponais, ils semblaient tenir aussi à ce que j'empor-
tasse d^eux un affectueux souvenir : dès qu'ils connurent mon prochain départ de Tokohaoïa, ils vinrent en grand nombre prendre congé de moi; plusieurs d'entre eux* selon la coutume du pays, m'apportaient de pelitâ cadeaux, tel^ que des éventails» des tasses à thé, des coupes en bois verni; tous, en me quittant, prononçaient quelques formules d'adieu consacrées par Tusage et empreintes de cette grâce particulière, facile et naturelle, qui rend si agréables les relations sociales avec les Japonais. « Nous sommes affligés de vous voir partir, disaient-ils. Nous vous remercions de nous avoir connus. Nous vous prions de nous garder un souvenir amical» et nous espérons vous revoir bienlùu SeUmara maté tadcXma. »
Le jour de mon départ, M. de Gracffvan Polsbroecky mon excellent hôte, réunit la plupart des Européens et des Américains que j'avais plus particulièrement connus à Yokohama ^ et le soir nous montâmes tous dans un grand bateau illuminé par des lanternes de couleurs et qui allait me conduire à bord. Là nuit était belle; les eaux calmes de la baie reflétaient un ciel magnifiquement éloilé. Lorsque nous nous approchâmes du Saml-Leuisy Tun de nous entonna la vieille chanson écossaise, si populaire à l'étranger : Auld long sym; nous continuâmes tous en chœur, et cr fut ainsi que nous arrivâmes à l'échelle du navire ;
And bere\s a h and m y trusly fere,
And gi'es a haudo' thine, And we'll take a cap o'kindness yet
For auld lang sjne.
Mes amis montèrent avec moi sur le pont; là, je lear serrai la main une dernière fois, et leur dis à
tout hasard ; Au revoir 1 Bientôt après je les vis s*éloigner sur le bateau qui m'avait conduit à bord.
U SaifU-Louis était plein de passagers qui se rendaient à Shang-bal, et toutes les bonnes places avaient été retenues longtenips à l'avance. Je trouvai cependant un canapé vide; je m'y jetai tout babillé, et malgré le bruit des conversations je m'endormis profondément. Vers le matin, je m'éveillai;
une chaleur lourde et désagréahle régnait dans la
cabine«* Je montai sur le pont. La clocbe d'un des navires de guerre en rade de Yokohama sonna quatre heures ; les matelots firent entendre leur cri accoutumé : aUisweU; puis tout rentra dans le silence. Aux premières lueurs du jour» le Saint-Louis parut s'éveiiler ; on chauffa la machine et on fit les
préparaliis du départ. Bientôt j'entendis le chant particulier aux matelots lorsqu'ils lèvent Tancrei et à cinq heures nous quittâmes le port.
Les bateaux à vapeur qui se rendent de Yokohama & Nagasacki et de là à Shang-haï peuvent passer par le détroit de Van-Diémen au sud de i'ile iiiou-
siûUy ou par la Mer-Intérieure (Souvo-nada) qui sépare la grande tie de Nippon des lies de Sikok et de Kiou-siou. G*est celte dernière route que choisit le Saint-I/ms; mais quelques mots sur la première, que j'avais prise en 1859, lorsque j'allai de Yokohama, à Nagasackî) ne seront pas, je le crois, sans intérêt.
Le détroit de Van-Diémen a trente milles de long snr une largeur moyenne de vhv^i milles. Le passage présente peu de diliicuité, même aux bâtiments à voile, quand on le suit de Test à Fouesl, car le navire est porté alors vers la sortie du détroit par un courant qui a une vitesse de deux milles à l'heure. Ce courant est probablement le môme que celui qui, dérivé du grand courant équatorial, remonte au nord, le long de la côte orientale de Formose, rentre dans l'océan Pacihque par le nord de Farchipel de Lou-tchou, et va se confondre avec le courant de Kamtchatka, au nord du Japon. Si le détroit de Van-Diémen n'est pas renommé par sa beauté, c'est qu*il n'ebl pas connu : la mer, couverte de jonques et d'embarcations de pèche, baigne des plaines cultivées, des collines boisées, de hautes montagnes aux formes hardies et grandioses; le ciel, chargé de ces immenses nuages d'un éclat extraordinaire qui sont dus au voisinage des volcans en activité, imprime à tout cet ensemble pittoresque un caractère de beauté singulière. La plus re-
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marquable des montagnes est le pic de Horner, h rentrée occidentale du détroit ; de forme triangniaire et tronquée au sommet suivant un pian parallèle à la base, elle est d'une régularité telle qu'on la croirait l'œuvre des lioinmes, si l'imposante grandeur de ses proportions ne forçait de l'attribuer à la nature. Le pic Horner forme la pointe sud-ouest de File de Kiou-siou. A vingt et un milles au sud* deux volcans , dont une fumée épaisse cache les sommets pendant la plus grande partie de Tannée^ s'élèvent sur une 4néme ligne , séparés l'un de Taulre par une distance de quinze milles. L'un situé dans nie de Kouro-sima, a 2l3â pieds de hauteur; l'autre, dans l'île d'ivoga-sima, atteint à 2345 pieds. Entre ces deux lies et plus au sud se dressent trois énormes rochers, hauts de 2 à 300 pieds, et dont l'aspect désolé se marie admirablement avec le ca* ractère sombre de cette partie du paysage.
Lorsqu'on a dépassé le pic Horner (en venant de Nagasacki pour se rendre à Yokohama), on voit s ouvrir au nord une baie profonde de trente milles, large de dix milles, et au fond de laquelle se trouve la ville de Kago-sima, Tun des plus considérables entrep6(s du commerce de l'ile Kiou-siou^ On sort du détroit de Van-Diénien en doublant le cap Tchit-
1. C'est cette ville de Kago-sima, la capitale de la principauté de Satzouma, qui a été bombardée eu 1863 par une escadre anglaise.
chatchef, la pointe la plus méridionale du Japon ;
ensuite on navigue au sud des îles de Sikok et de Nipon, et après avoir parcouru une distance de 600 mil-
les, on entre clans le golfe de Yédo. Cette route de Nagasacki à Yokohama par le détroit de Yan-Diéinen se fait d'ordinaire^ en bateau à yapeur, dans Tespace de quatre ou six jours ; la distance entre les deux ports est de 800 milles.
Le Somi-Louis, en partance pour Shang-hai, via Nagasacki, quitta Yokohama le S septembre 1868. Le vent, d'abord favorable, avait permis de sortir rapidement du golfe de Yédo ; en pleine mer, il devint contraire, et il fallut plus de trois jours pour atteindre le canal de Kino, qui conduit, entre les îles de Nippon et de Sikok, dans la Mer-Intérieure. Ce détroit, long de 80 milles, est trés-iarge à l'em» bouchure. Vers le milieu, il est coupé en deux bras par rUe d'Avasi-sima ; le bras oriental, par lequel passent les navires, mesure à l'entrée 5 milles de large seulement. Avasi-sima, qui a 30 milles de long sur 10 de large, appartient au prince d*Ava, un des dix-liuit pairs ou grands daunios du Japon. Ce prince entretient sur Tile une forte garnison, en partie chargée de la garde des portes de la Mer- Intérieure.
A Pextrémité nord du détroit de Kino, la côte de Nippon slncline brusquement vers Touest et forme un angle an sommet duquel on Toit apparaître
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Osakka, ia plus opulente ville de commerce de Pempire. D'après les traités, cette ville devait être ouverte le l^jauvier 1864 aux étrangers, qui n'auraient pas manqué de 8*y installer, si la promesse s'était réalisée; mais la diplomaùe japonaise, en obtenant l'ajournement de l'ouverture de Yédo, réussit également à faire retarder rouverture d'Osakka. Dans un temps prochain cependant, cette ville ces*
sera de nous èlre interdite : on comiaîl trop Timportance, les richesses d'Osakka, l'esprit entreprenant et libéral des habitants, les seuls négociants du Japon» À ce qu'on assure» qui, dans leurs rapports avec l'aristocratie, aient su conquérir une certaine indépendance pour ne pas insister avec fermeté sur l'exécution d'une des plus importantes clauses des traités de 1859.
On n'a pu Jusqu'à présent obtenir sur Osakka que des renseignements assez vagues. Cette ville est le plus beau fleuron du domaine du talkoun, de l'empereur temporel, comme on persiste en Europe à désigner le lieutenant du mikado. Il la tait administrer par un O'^bomgo ou gouverneur; Osakka, l)âtie daus une plaine fertile, à quatre milles audessus de l'embouchure du fleuve Jodo-Kava et sur le to-hcùdOf la grande voie qui traverse l'empire depuis Nagasacki jusqu'à Hakodadé, est éloignée d'environ kilomètres deKiolo ou Miako, capitale du Japon et résidence du mikado. D'après un plan
japonais que j'ai eu sous les yeux» elle aurait une cil conférence de 16 kilomètres. Le nombre des habitants s'élève, au dire des indigènes, à un million. Le Jodo-kava , qui la traverse en se divisant en plusieurs bras, n'est navigable que pour des bâtiments d*un faible* tonnage.
Une ville voisine, Hiogo, sert de port maritime à Osakka : c'est là que les jonques débarquent leurs marchandises, qui sont transportées à leur destination par voie de terre ou sur de petits chalands. Les rues d'Osakka sont larges, tirées au cordeau et coupées à angle droit; les habitations des marchands y dépassent en dimensions» en luxe» en commodités, celles des autres bourgeois japonais; ceux-là ont su s'affranchir jusqu'à un certain pomt de la tyrannie des règlements somptuaires, dont l'observance est partout rigoureusement exigée. Osakka possède un magnifique château, résidence des anciens oMogauns^^ un vaste théâtre, beaucoup de temples, el, comn^c Yédo, une quantité innombrable de maisoiis dethéeld^ lieux de plaisir.
Non-seulement Osakka est la principale ville de commerce du Japon, mais on peut même la comp-
1. Hiéas, le fondateur de la dynastie des talhouns ou chio- (Souns actuels, vint «'étabUr k Tédo. Plusieurs de ses prédécesseurs avaient résidé à Osakka , notamment le fils de Taiko-sama, FIdé-Jori, victime de l'ambition d'Hiéas, son tuteur, qui Tassassina.
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ter parmi les grandes cités marchandes du monde. Elle a des relations fort étendues, et on assure que la plupart des marchands japonais établis à Yoko* hama ne sont que les agents des maisons d*Osakka. Les artisans et les artistes partagent avec ceux de Kioto le renom d*ètre les meilleurs et les plus habiles du pa^s : ils labriquent des meubles et ustensiles en bois verni, ils sculptent l'ivoire, le bois, la pierre; ils coulent le bronze et travaillent avec beaucoup d'imagination et d'adresse l'or, l'argent et les
autres métaux précieux. Ils excellent surfout à fabriquer les armes blanches et à tisser les plus riches étoffes de soie ^. A Osakka est Tentrepôt des thés japonais, à Kioto celui des soies gréges. Toutefois il est probable qu'après rétablissement des étrangers on y fera d'importantes aliaires en soie.
Hiogo, le port d'Osakka, devait également être ouvert le l^ janvier 1863 ; il iie le sera qa*aprè8 la franchise d'Osakka. C'est déjà une ville florissante, qui compte environ lôO 000 habitants; le port peut abriter les plus grands navires, et au point de vue de nos relations commerciales il sera probablement un jour à Osakka, mais sur une plus vaste échelle,
1. Les plus belles porcelaines japonaises sont îatmqiàéÊB dans ' les prorâees de Fisen et d'Owari. Celles de Fisan appindssoit sur le marché da Nagasaoki; celles d'Owari sont tranapoiiées à Tédo et à Osakka.
ce que Yokohama est aujourd'hui à Yédo, à savoir l'entrepôt des marchandises expédiées d'Europe et d* Amérique.
La côte orientale d'Avasi-sinia, qui se développe devant Osakka et Hiogo, forme avec la côte de N1(h poti un triaugle de 200 kilomètres de circonférence, et qui enferme un des pins beaux lacs du monde. Nous y entrâmes au moment où le soleil descendait dans la mer, embrasant les hautes monlagnes qui apparaissent k l'horizon, dorant les champs et les prés, rougissant les ilôts, et enveloppant le paysage entier d'un glorieux manteau de pourpre et d'or. La mer était calme et Fair d'une tra||isparence extraordinaire. Sur la côte de Nippon, j'aperçus plusieurs palais de daimios^ recounaissables aux grandes murailles blanches qui les environnent. Sur la côte de l'île admirablement boisée d'Avasi-sima, je distinguai des forts bien entrete«nus, des villes et des villages, dès temples et des fermes. Nous laissâmes derrière nous un grand nombre de jonques à la lourde mâture et de barques à la poupe efûiée et bardée de lames de oui* vre; lears grandes voiles carrées étaient détendues, et k l'ombre reposaient des iiommes à moitié nus, à la peau basanée, attendant la venue de la nuit *
pour se livrer à la pêche aux flambeaux, très-commune dans tout le Japon. Quelques-uns de ces hommes étaient négligemment occupés à raccom-
moder des filets, d'autres fumaient ou dormaient ;
ils levaient les yeux en nous voyant passer, et plusieurs nous saluaient d'un geste ou d'une parole amicale. De temps en temps nous rencontrions de gros bateaux chargés^ de marchandises; de vigoureux rameurs les conduisaient en accompagnant leur travail d*uu chant monotone. La paix, le bienfitre^ le bonheur, semblaient régner partout. Les passagers du Saint- Louis étaient montés sur le pont> et si imposante était la beauté de la nature qui se déroulait sous leurs yeux, que tous, même les plus bruyants, se recueillirent et devinrent graves et si<lencieux.
La Mer-Intérieure» la Sauvo-nada des Japonais, située entre les 33« et 35« parallèles de latitude nord et les 131* et 136« degrés de longitude est, a 400 kilomètres de longueur; dans les endroits les plus larges, elle atteint une étendue de 100 iulomètres; dans certains passages, elle se resserre an point de ne pas présenter plus de 10 kilomètres de large. Enfermée entre les trois grandes lies du Japon» Nippon, Sikok et Kiou-siou, elle correspond avec la mer japonaise par les détroits de Kino et de Boungo à Test et à Touest de Sikok, et avec la mer de Corée par le détroit de Van-Capellen, qui n'a que 5 kilomètres de long sur 3/4 de large. La 1^- Intérieure contient un grand nombre d'iies volcaniques, presque toutes habitées et bien cultivées;
les principales sont Siodo, Navo, Nanga et Yatou-
siro. Ces lies ne font pas obstacle à la facilité de la navigatioD, et par la yariété des aspects elles coupent Funiforraité et einpôchent Tennui du voyage. Il semble, en passant de Tune à l'autre, qu'on pénètre dans une longue suite de lacs.
Nous traversâmes en quarante-huit heures ce charmant archipel, et le soir du 9 septembre nous nous présentâmes à l'entrée du détroit de Van- Gapellen. Lt Saint-Lmis jeta Tancre en face de la ville de Simonoseki, et attendit le moment favorable au passage du détroit, que traverse un courant trè&> rapide. Quelques voyageurs abordèrent à teire, d'autres se livrèrent au plaisir de la natation. Un missionnaire protestant voulut profiter de cette halte forcée pour distribuer à la hâte aux bateliers japonais, qui étaient venus à Tenvi offrir leurs services, des traductions de quelques enseignements sur la religion chrétienne : Tun d'entre nous, qui savait avec quelle rigueur le gouvernement du Japon poursuit encore ceux de ses sujets qui paraissent incliner au christianisme, avertit les bateliers que ces écrits ensdgnaient la doctrine des chrétiens; tous, à l'instant même, s*empresisèrent de les jeter à l'eau.
Simonoseki est une riche et grande ville, renommée surtout par ses maisons de thé, qui sont regardées comme les plus belles du Japon. Ancienne-
meaty les ambassadeurs hollandais s ; arrêtaient eu se rendant de Nagasacki à Yédo fiar Toie de terre ; mais, depuis la conclusion des derniers traités, elle n'a été visitée que par sir Rutberford Âlcock et sa suite, lors du dernier voyage que les Européens ont fait à travers le Japon (mai 1861).
Les environs de Sunoiioseki sont charmants et la Mer- Intérieure forme, dans le voisinage de la ville, un lac d'environ SOO kilomètres de circonférence, qui/ pour la beauté k la fois calme et grandiose, ne le cède en rien au lac d'Osakka. Cet endroit, où nous passâmes une nuit paisible, a été, depuis, le théâtre d'un conflit sanglant* Un prince japonais, irrité sans doute de la présence des flottes anglaise et française dans le golfe de Yédo S eut Taudace d'attaquer un bateau à vapeur américain, le Pembroke, qui allait de Yokohama à Shang-kai. Le Pembroke^ bâtiment marchand et assez mal pourvu d'armes et de munitions» ne dut son salut qu à l'habileté de son capitaine et à la rapidité de sa marche. Peu de jours après, le 9 juillet 1863, un vaisseau de guerre français, le Kien^hang^ qui portait la malle du Ja* pon en Chine, subit le feu des batteries japonaises
1. La présence de la flotte anglaise tians le golfe de Yédo avait pour but d'appuyer les demande:^ du colonel Neal , charge par le gouvernemenl anglais (robienir satisfaction d'une attaque meurtrière faitp en septembre 1862 sur quatre sujets anglais, doQi un a?aii été tué et d«ux autm ghè? emout blMsés.
établies sur la côte septentrionale du détroit de
Van-Capellen, dans les^ domaines de Mats-daïra, prince de Nangato. A la suite de ces agressions» trois navii cs de guerre français, américain et hollandais, la Sémiramis^ h Wyoming et ia Médute, se rendirent tour à tour à Simonoseki, bombardèrent la ville et les forts, détruisirent les batteries, incendièrent un village, firent sauter le magasin de poudre, tuèrent un certain nombre d'iiommes, et coulèrent la petite flotte japonaise qui stationnait dans ces parages. Ainsi procède Tœuvre de la civilisation*
Nous quittâmes Simonoseki à la pointe du jour ; le courant nous porta rapidement à rextrémitè du détroit de Yan^Gapellen. Les pilotes japonais qui avaient guidé le navire à travers la Mer-Intérieure nous quittèrent et nous entrâmes dans la pleine mer, renonçant au projet de nous arrêter à Nagasacki et dirigeant notre course vers Shang-hal. Une. forte brise nous chassait loin du Japon; avant le coucher du soleil, je vis disparaître les dernières montagnes de Kiou-siou, ci à la tombée de la nuit, mon œil n*embrassait plus que le spectacle grandiose et désolant de l'immensité des eaux. Je dis alors adieu à ce pays, qui m*avait été hospitalier, que j*avais vu à une époque des plus intéressantes de son histoire, au commencement de la grande révolution causée par l'intrusion de l'élément étran-
ger dans la société japonaise et que je quittai au
moment où l'assassinat de M. Lennox Richardson allait lui attirer des châtiments sévères de la part de rAngteterre et précipiter les changements politiques qui se préparaient depuis trois ans. Cette révolution n'est pas encore terminée; cependant, quel qu'en soit rissue, « Tempire du soleil naissant » restera éternellement beau, et la vigoureuse race qu'il nourrit conservera les qualités éminentes qui font d'elle la première et la plus intéressante nation de rextrôme Orient.
FIH.