LES ENVIRONS DE TO&OHAMA
Kamakoura. Lo Daî-bouts. — loosima*
Après quelques heures d'un bon sommeil sur les
belles nattes qui composaient mon lit dans l'auberge de Kanasava, je fus réveillé à pointe du jour par mon 6eWo, qui, sans témoigner la moindre lassitude de la course supplémentaire de la veille» me remit le revolver et l'argent que je Tavais envoyé chercher à Yokohama. Je me levai aussitôt, et à la suite d'un déjeuner à la japonaise, composé de riz et de thé« je me mis en route par le beau chemin qui mène à Kamakoura. Le temps était magnifique. Donnant les rênes de mon clieval au beito, je traversai len-
tement à pied le joli village de Kanasava. Je passai devant un vieux temple entouré de figuiers des pagodes, dont les puissantes branches descendent jusqu'à terre et reprennent racine, formant ainsi un véritable édifice de verdure.
Après avoir frauclii la colline sur laquelle est bâti le palais du prince de Kanasava et traversé un village dont les maisons bordent un ruisseau qui va se jeter à peu de distance dans la mer, je débouchai au milieu d'une grande plaine, terminée par une longue ligne de hauteurs boisées* A rentrée de la plaine se trouve un cimetière; un convoi funèbre qui s'y ren* dait défila devant moi ; en téte» deux prêtres récitaient des prières ; puis venait le cercueil, en forme de boite carrée, et porté sur un brancard par quatre hommes; derrière, suivaient les parents et les amis du déiuiit, tous habillés de blanc, couleur du deuil en Japon comme en Chine.
Le cérémonial des enterrements tel qu'il est observé par certaines sectes bouddhistes et sintistes « est simple et touchant. Le cercueil, orné de fleurs, est porté au temple et placé devant TauteL Les prêtres récitent des prières et entonnent des chants funèbres; puis à un monienl donné un des assistants sort du teitiple et rend la liberté à un pigeon blanc qu'il avait tenu enfermé dans une petite cage. Cet acte symbolique terminé, tout le monde quitte Té*
glise. Le cercueil est placé sur un brancard et porté
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au cimetière. li est d'usage de marcher alors à grands paSi sans parter ni pleurer. Ces oon?ois blanes, passant vite et en silence, ont quelque chose de singu- Uèremetit lugubre et laisseni dans ràttie un^ vitre impression de tristesse et de douleur. Je dois remarquer cependant qu'en général les Japonais en-»
tourent la mort de moins de regrets que ne le font les peuples chrétiens.
Sur le haut des collines, à Textrémité de la plaine, je m'arrêtai quelques instants dans une maison de fM, où je fus servi par une vieille bonne femme qui me vendit et m'expliqua le plan de la cité sainte " de Kamakûura. Les maisons d$ iM sonti comme je Tai déjà fait observer, extrêmement nombreuses dans toutes les parties du Japon. Le choix des sites où on les construit d'ordinaire caractérise bien un goût généralement répandu ches les Japonais : le sentiment des beautés de la nature. Chez aucun autre peuple, je ne Uai vu développé à ce point. Dans tous les lieux accessibles d*où rœîl peut embrasser un paysage attrayant» une maison de thé invite les passants à s'arrêter pour jouir un instant du speclacie qui se déploie devant eux. Sur les routes fréquentées, rétablissement devient une , grande auberge où une vingtaine de jeunes filles alertes font le service des nombreux voyageurs.
Dans des lieux plus écartés, c'est tout sim[)lcment une maison en miniature, bâtie en bois et en papier
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et couverte d'un toit en cli.iume; une famille, composée du père, de la mère et d'une nichée d'enfants, gagne là sa vie. Dieu sait comment. Jusque daos les endroits qui paraissent tout à fait abandonnés, et où les caprices de la fantaisie conduisent le promeneur par des sentiers couverts d'une herbe épaisse qui semble n'être jamais foulée, sur le bord des ruisstaux, près des lacs et des cascades que Ton rencontre fréquemment, sont disposés de gracieux bosquets, quelquefois vides, mais le plus souvent habités par une vieille femme qui • a établi sur un banc son modeste ménage ambulant ; quelques tasses, des théières et un chibats ou brasero. Pour un szmiy c*est*à<-dire pour la centième partie d'une pièce de monnaie qui ne vaut pas quatre sous, le voyageur japonais reçoit en échange une tasse de thé et une petite coupe de riz; il ne s'éloigne pas avant d'avoir fumé quelques pipes pendant qu'il jouit silencieusement du spectacle qu'il a sous les yeux*
Ën descendant des collines au sommet desquelles je m'étais reposé, on traverse une nouvelle plaine dont les beaux arbres, les champs bien cultivés, les nombreux villages, les termes ei les tom|)les iorment un tableau d'une grande richesse et d'une agréable variété. Au bout de cette plaine se trouve la ville de Kamakoura, célèbre dans les anciennes annales du Japon. Au douzième siècle, elle servait
de résidence à Yoritomo, général iameuxpar ses exploits et son ambition, et qui contribua beaucoup à faire passer le gouvernement du pays des nmins du mikado entre celles des chiogouns ou taïkouns.
A la suite d'une grande bataille livrée dans le voisinage de Kamakoura, cette ville fut presque entièrement détruite ; cependant elle a coaservé de magnifiques vestiges de son antique splendeur. Les rues y sont aussi larges que les plus belles de Yédo ; les ponts, construits en pierre, ont résisté au temps et à Tabandon; le vaste parc qui environne les tem* pies est le plus beau que j'aie vu au Japon. Une longue allée, bordée de chaque côté par un double rang d'arbres centenaires, conduit jusqu'à rentrée du bocage sacré. Avant d'y pénétrer, le pèlerin passe sous plusieurs portails en granit qui, dans leur simplicité nue, sont d'une beauté imposante. Un fossé large et profond protège ks approches du parc; sur l'eau qui l'alimente s'étalent les feuilles et les fleurs du lotus et du nénufar. On passe ce fossé sur deux ponts, l'un en pierre de taille, l'autre en bois verni de couleur rouge. Au delà des ponts une place vide, de médiocre étendue, précède un vaste édifice défendu par des portes massives couvertes de plaques en cuivre : c'est la principale entrée du parc. Une douzaine de moines, ayant cet air stupide et insolent (jne donne un pouvoir incontesté et immérité, y montent la garde et examinent
ceux qui entrent ou qui sortent. De cet endroit on
embrasse d'un coup d'œil les principaux édifices du monastère de Kamakoura : à droite et à gauche s'élèvent deux temples antiques; en face, un magnifique escalier en pierre mène à une plate-forme qui sert d'assise à trois autres temples; celui du milieu, le plus grand et le plus beau» est la sainte et vénérée mia de Kamalcoura. Le parc renferme • encore beaucoup d autres édiiices de ce genre, bien bfttiS) richement ornés et parfaitement entretenus, une belle pagode et plusieurs corps de logis qui servent d'habitations aux moines et aut nonnes de
la communauté.
Il ne me fut pas permis de visiter Tintérieur de ces divers édifices. A peine avaiS'-je mis le pied sous la porte d'entrée du parc qu'il se fit dans toute Tenceinte un mouvement extraordinaire ; on s'em* pressa de fermer, & l'aide de contrevents en bois, non-seulement les temples^ mais aussi les habitations des prêtres et des prêtresses de la mia. On me donna plusieurs raisons de cette mesure tout à fàit inusitée : les uns me dirent que le couvent renfermait des femmes adultères de haute naissance, qu'elles y expiaient leur faute, et que la vue des hommes leur était interdite; d'autres, dont Texplication plus simple est bien plus probable» me firent entendre que les moines de Kamakoura ne voulaient pas admettre dans Tenceinte sacrée les barbares
chrétiens, dans la crainte que leur présence ne portât atteinte à la sainteté du lieu et ne diminuât le respect qu'avait pour cet édiiice le peupl^ japonais. Je ne puis passer sous silence un monument unique que contient le parc de Kamakoura : c'est une large pierre, haute d'environ trois pieds» et sur laquelle la nature a grossièrement sculpté les parties sexuelles de la femme ; elle est entourée d'une enceinte en bois et se dresse à Tombre d'un vieil arbrci Cette idole étrange, qui est tenue en grande vénération par tout Fempire, porte le nom à'OmankO'Sema. De toutes parts on y vient eu pèlerinage, et on ; dépose de précieuses offrandes. Les femmes stériles surtout y vont demander la fin d'une infirmité qui est regardée en quelque sorte comme honteuse ; les nouveaux mariés, les jeunes filles et même les enfants y font aussi leurs prières. L'arbre qui encadre de
ses branches VOmanko^sama est couvert iïcx-voio. On m'a assuré qu'il n'existe dans aucune autre partie du Japon de monument semblable.
Après une longue promenade dans le parc de Kamakoura, je retournai à l'hôtellerie, où le betto m'attendait avec mon cheval. Le long du chemin, un grand nombre d'enfants s'attroupèrent autour de moi et me suivirent avec des rires joyeux et en criant : fo-djin/ tihdjinl Cette foule turbulente était cependant iuuflcusive, et toutes les fois que je nie retournais^ elle se dispersait en tous sens, me lais-*
gant libre de mes mouvements et m'amusant autaot
que je Tamusais. Un a évidemment tort lie se plaindre, comme on l'a fait souvent, de la curiosité dont les étrangers sont Tobjet au Japon : cette curiosité sans doute est souvent gênante, quelquefois indiscrète, mais elle n'est certes pas plus grande que celle dont le public des grandes cités européennes a entouré les ambassadeurs japonais.
A Tauberge, je trouvai Tinévitable yakounine; il ne montra pas moins d'empressement que son collègue de Kanasava à s'iniormer de beaucoup de choses qui me concernaient, et qui, selon moi, ne l'intéressaient en aucune façon; mais la ch ii inanic promenade que je venais de faire, la beauté des paysages que j'avais vus, la douceur de la température, tout enfin, jusqu'auiL clameurs joyeuses des enfants, m^avait mis de fort bonne humeur, et j'accueillis le yakounine de manière à me rendre tout à fait populaire à Kamakoura.
Il y a peu de gens aussi faciles à égayer que les Japonais : toute plaisanterie, bonne ou mauvaise, provoque leurs éclats de rire, et, semblables aux enfants, lorsqu'ils ont commencé de rire, ils continuent sans raison. Ma convei satiun avec leyàkour nine de Kamakoura eut lieu dans la grande salle de la maison de, thé, devant une assemblée nombreuse. Elle ne put être fort logiquement conduite, puisque j'entendais à peine ce qu'on me disait, et que Je
pouvais difficilement me faire comprendre ; mais
eussé-je eu Yhwmour de FalstaÛ, je n'aurais pas mis mon auditoire en plus joyeuse disposition que je le lis en répondant aux questions du yakounine tout ce qui me passait de plaisant par la téte. Je pus en partant lire sur tous les visages la plus franche bienveillance, et déjà j'étais à cheval et loin des hôtes de la maison de thé, que leurs éclats de rire retentissaient encore à mes oreilles.
Au delà de Kamakoura s*étend une plaine bordée à droite par une rangée de collines. Le long de ces collines sont éparpillés des villages et des fermes au-dessus desquels s'élèvent plusieurs temples renommés. Le plus remarquable porte le nom de
' Quarto II- liatsedera-kaikoso ; il renferme une statue colossale de la déesse Quanon-sama» placée derrière Tautel principal, au fond d'un obscur sanctuaire. Deux lanternes en papier, suspendues à vingt-cinq pieds de haut devant la figure de la déesse, éclairent ce lieu d'un aspect singulièrement mystérieu}(.
Dans le voisinage de ce temple se trouve, au milieu d'un petit jardin et entouré d*arljres, le Dài-bouts de Kamakoura, l'idole la plus intéressante que les étrangers puissent voir au Japon. C'est une statue en bronze haute de cinquante pieds et représentant un Bouddha; la base de ce monument n*a pas moins de cent vingt pieds de circonférence, et tout Tensemble de cette figure gigantesque est d'une
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symétrie parfaite. L'intérieur même de la statue
loraie une espèce d oratoire qui a trente pieds de long sur vingt de large. Autour de Tidole on a disposé de larges plaques de cuivre sur lesquelles on a gravé avec une rare perfection quelques passages des livres sacrés du Japon.
Après avoir admiré le Daii^ouU et acheté son image, qui, au dire du gardien du traiple, devait me guérir de plusieurs maladies et me préserver de certaines autres, je me rendis au grand trot à Inosima, située à cinq ou six kilomètres du DaibanOê. Le chemin suit le rivage de la mer à travers une pleine sablonneuse et u oiire aucun iulérèi particulier.
Inosima est une île volcanique d'environ 2 kilomètres de circonférence et exhaussée de trois cents pieds auHlesBus du niveau de la plage à laquelle elle se rattache, comme il a été dit, par une étroite lagune. Bile a une population fort mêlée qui se compose de quelques familles de pécheurs et d'un nombre considérable d'aubergistes, de marchands de curiosités, de moines et de voyageurs. Les pécheurs sont disséminés le long du rivage, les aubergistes et les marchands se sont établis dans la petite ville qui sert de chef-lieu, et les moines ha* bitent les nombreux couvents et temples qui couvrent la plus grande partie de Tile, notamment les hauteurs. Parmi ces temples, qui sont tous en
grande véuération et où i'oû se rend eu pèlerinage des provinces les plus éloignées du Japon, les plus remarquables sont consacrés aux déesses Bentensama et Quanon-sama ; ils sont r un et Tautre entourés de bosquets et de maibous de thé dont reuiretien ne laisse rien & désirer.
Il était iiiidi lorsque je descendis de cheval devant la principale hôtellerie dlnosima* Un jeune homme s'offrit à me servir de guide; et, comme je voulais rentrer le même soir à JLanasava, je partis aussitôt avec lui pour faire Tascension de Ttle et visiter en passant les plus curieux édifices. La ville que je traversai est construite sur le flanc escarpé de la montagne. Dans la plupart des maisons on vendait des coquillages, des poissons volants séchés, des coraux et autres produits de la mer; tout cela ressemblait A autant de jouets d'enfants, se donnait à bas prix et ne valait pas grand' chose. Les pèlerinsy ji ce que m'apprit le guide, avaient l'habitude d'acheter ces bagatelles pour les suspendre dans leurs maisons en guise de talisman contre Tinfluence des mauvais esprits.
Au sommet du rocher, à l'endroit d'où Ton jouit d'un magnifique panorama, je ne pouvais manquer de trouver une maison de thé ; il y en avait une en effet, et à la porte on avait dressé sur un tréteau une longue-vue de iabrique indigène et à l'aide de laquelle je distinguai la jolie ville d'Oo-sima et le
cap d'Idsou, où est siluée la ville de Simoda, célèbre dans rhistoire de nos premières relations commer-* ciales et politiques avec le Japon*. Non loin de la maison de thé s'élèvent les temples de Quanon-sama et de Bentem-sama. Je les visitai à la hftte et ils ne me paraissent guère mériter Tattention du voyageur, surtout lorsqu'on connaît déjà le temple de Quanonsama à YédOy le modèle, en quelque sorte de tous les édifices consacrés à la m6me déesse. Je remarquai pourtant un trophée en manière d'ex-voto et d'une nature singulière : à la porte de l'un des tem-
[)lcs, ou avait suspendu des sandales en paille de toute dimension. C'est une oUrande à l'adresse d'une divinité dont le nom m'échappe, et dont les pèlerins japonais avaient voulu s'assurer la protection durant leur voyage.
Après avoir quitté le sommet de la montagne, je pénétrai dans une grotte creusée fort avant dans le rocher, et que la superstition populaire désigne comme la demeure d'un grand nombre de divinités. Celte groUe, étroite et basse, a presfjuc trois quarts de kilomètre de long ; elle est garnie d'idoles, et, à certaines époques de Tannée, on y célèbre des fêtes qui tiennent une place importante dans le
1. C'est à Simo ia q ie M. TowDsena Harris, le ministre des États-Unis, et M. Henry Heusken, son secrétaire, vinrent résider après la couciusion du premier traité entre le Japon et TAmérique. ^
calendrier japonais. Au milieu à peu près, dans un enfoncemeut humide» obscur et malsain, j'aperçus, accroupi sur une litière de paille à moitié pourrie, un moine. Il se réchauffait au feu d'un brasero sur lequel bouillait une théière ; il fumait, et par terre, à coté de lui, on voyait une de ces boites en bois vernis taillées en forme de tirelire, que les bonzes frappent à temps égaux en récitant leurs prières* Une lanterne en papier accrochée à la muraille éclairait cette scène. J'allais m'apitoyer sur le sort d'un liomme que ses croyances religieuses condamnaient à vivre dans ce lieu infect ; mais j'appris qu'il habitait une jolie maison en plein air sur le plateau dlnosima et qu'il ne passait tous les ans qu'un nombre de jours très-limités dans son affreuse cellule. J'aurais été, en effet, bien surpris qu'il en fût autrement, car, d'après ce que j'ai vu, je ne crois pas qu'il soit aisé de découvrir au Japon une seule victime du fanatisme religieux. Sous ce rapport, les Japonais ressemblent beaucoup à leurs voisins et anciens maîtres les Chinois : superstitieux en lhéo«* rie, ils se montrent, dans la pratique, plus affranchis de préjugés religieux que les nations les plus raisonneuses de l'Occident.
La lumière du jour me surprit agréablement, lorsque je sortis de la grotte. Une trentaine d'hommes et de petits garçons complètement nus guettaient mon retour pour m'inviter & mettre leur
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adresse de plongeur à répremre. Je jetai quelques tempos (moûuaie de biilon qui vaut quatre sous en- ▼iron)âans un trou assez profond ^ à proximité de la grotte et en communication arec la mer. Les plongeurs restèrent trente ou quarante secondes sous l'eau» et ne reparurent pas une seule fois à la surface sans avoir retrouvé la pièce qu*ils avaient été chercher. Ils nageaient avec une aisance merveilleuse et me rappelaient les fameux plongeurs d'Aden et de Ceylon, qui sont capables, dit-on, de nager plusieurs heures sans ressentir beaucoup de fatigue. Les plongeurs dinosima forment une sorte d'association placée sous la direction d'un ancien. Lorsqu*ils n^ont pas occasion de pratiquer leur exercice favori, ils se livrent à un genre de pêche assez pénible : armés d'un couteau, ils descendent au fond de la mer et en arrachent des coraux et des coquillages qu'ils vendent aux marchands de la ville. Ce sont des hoir» mes robustes et bien bâtis, mais d'une figure passablement laide, et qui m'ont semblé plus sauvages que le reste de leurs compatriotes.
Je repris pour m*en retourner le chemin que j'a*
vais déjà suivi, et au bout d'une heure et demie j'étais à Kanasava. Là je trouvai le consul hollan* dais, mon hôte de Yokohama, qui était veau en bateau à ma rencontre. Il me dit qu'à Yokohama
ou avait répandu le bruit (^ue quatre cents lonines
allaient nuitamment attaquer la ville et massacrer les étrangei*s. Sans attribuer beaucoup de croyance à ce conte invraisemblable, il avait cependant voulu m*évi(er les risques d'une longue excursion à travers un pays accidenté et me proposait de revenir avec lui par mer à Yokohama. Je m*empressai d'accepter cette offre aimable, et, après avoir remis mon cheval au bettOf qui pendant vingt heures n'avait guère fait autre chose que marcher et courir, je montai sur rembarcation, et je fus transporté en trois heures» à travers les baies de Mississipi et de Yokohama, à Bentendori-no-hattoban, le débarcadère du consulat hollandais à Yokohama.