CHAPITRE I
naûasàgki.
que des figures pâles et abattues. Shang-hal est une
ville singulièrement laide; tous ceux qui l'ont vue en conviennent. Située sur les bords du Wiiampoa, un de ces grands fleuves chinois qui roulent de lourdes eaux Jaunâtres à travers d'immenses plaines d*une fertilité merveilleuse, mais d'une monotonie désespérante, elle n'a rien qui attire ou qui retienne le voyageur. Aussi quilte-t-on Shang-baï dès qu'on
ne se sent plus forcé d'y vivre, cl nioi-mcine, une fois délivré des affaires qui m*y avaient appelé, j'eus hâte de me remettre en route. Aucun des amis dont i'iiospitaiité ingénieuse avait su me rendre le séjour [);irmi eux aussi agréable qu'il pouvait l'être n'essaya de me retenir. « Vous êtes heureux de quitter ce pays, disaient-ils; que ne pouvons-nous en faire autant! Bon voyage, et n'oubliez pas vos amis de Chine. » Je ne les ai pas oubliés et je ne les oublierai pas ; car nulle part je n'ai trouvé autant de bienveillance, autant de sûreté et de franchise dans les relations que dans ce petit coin de terre notnjné le Shang-hai seulement.
J'avais fait mes visites d'adieu , et je surveillais dans ma chambre le boy (domestique chinois) occupé à faire mes malles, lorsque je vis entrer M. W..., mon ancien compagnon de voyage dans le midi de la Chine et en Cochinchine. Il venait d'accomplir une longue excursion, durant laquelle il avait visité les principales villes de commerce
baignées par le Yang-tsé-kiang, et je n avais pas encore eu Foccasion de rinformer de mon projet de
retour en Europe. Aussitôt que je lui en eus dit quelques mots, il repoussa l'idée de ce départ précipité. Il m*apprit qu'il venait d'envoyer de Hongkong un bateau à vapeur à ISagasacki, et qu'avant de le vendre au gouvernement japonais il avait l'intention de s'en servir pour faire un voyage autour du Japon. Il m'engagea fort à l'accompagner, promettant de me débarquer à Nikûlajel'sk, si j'avais dessein de revenir en Europe par la Sibérie, ou de me laisser à Yokohama, où je devais trouver un bon navire en partance pour San-f rancisco. Ces deux routes étaient nouvelles pour moi, car fêtais venu .de France en Chine par la malle anglaise, voie d'Ègupte. Outre Tattrait de la nouveauté, elles m'offraient l'occasion de revoir quelques amis qui iiabitaient le Japon, où j'avais déjà séjourné pendant quelque temps. L'essentiel était d'abandonner Shanghai* J'acceptai donc sans trop hésiter l'offre de M. W. ... Il fut convenu que nous nous retrouverions dans les premiers jours de septembre à Nagasacki, et cpie là nous monterions à bord du Savnt^Lov^^ le bâtiment de M. W..., pour faire un voyage d'exploration et d'agrément autour du mystérieux empire gouverné par le mikado et le taikoun ^ .