DE LA MANDCHOURIE
Tsou-sima. — Port-May ou Vladivostock. — Sa garnison. — Lès Mansas, — Olga-Bay ou Port-Micliel-Scymour. — Aspect de la côte de ia Mandcliourie. — Passiat-Bay. — Koussounaï, — Imperator-Bay. — Doui. — Castries-Bay. — Nikolaïefsk.
C'est à Nagasackiy dans le voisinage du grand centre commercial de Shang-haï, que l'Européen qui projette de visiter les côtes du Japon peut se préparer dans les conditions les plus Tavorables à ce voyage. Nagasacki ebt une ville bien connue maintenant des étrangfers^ pour employer le terme qui désigne au Japôh comme eu Chine les hommes de rOccidenl, et ce qui lui vaut cette préféi ence, ce
n*est pas seulemeat une situation des plus pittoresques, c*est encore un climat d'nne incomparable salubrité. A partir de ^agasacki commencent les journées lalK>rieuses d'un voyage autour du Japon. Si on se dirige de cette ville vers Uakodadé> puis vers Yokuhama et Yédo, on ne tarde pas à trouver la nature moins clémente, en même temps que s'accusent plus vivement les défiances et les passions locales.
Nous quittâmes liagasacki un samedi, le 26 octobre 1 861 . La matinée était fraîche, presque froide, et à peine eûmes-nous dépassé les deux Ilots dlwosima, qui masquent rentrée de la baie de Nagasacki, que la brise, qui soufflait avec violence, nous obligea de quitter le pont et de nous réfugier dans le spacieux salon du Saint-Louis. Je m'y trouvai dans des conditions particulières de bien-être; seul passager à bord d*un grand et beau navire, je pouvais y prendre toutes mes aises. J'avais pour compagnons de voyage M. W.*., le propriétaire du Sain^LauiSt homtne aimable, intelligent et très-inslruit, et le capitaine R..., un vieux marin qui avait navigué sous toutes les latitudes, visité toutes les contrées du globe, et qui à un esprit vif et enjoué joignait une rare expérience et une mémoire prodigieuse. Notre navire portait le pavillon étoile de l'Union américaine. L'équipage se composait d'Anglais, de Hollandais, d'Américains, de quelques Malais et Chinois
ét d'un cuisinier noir. Il y avait aussi un matelot
français à bord, maii» ou ne le vit que vers la fin du voyage» au milieu d*une tempête qui nous assaillit
dans la nu r du Japon. Jusqu'à ce moment, il ne . bougea du cachot» se refusant obstinément à travailler, vivant de biscuit et d*eau, et passant la journée à jurer» à crier, à chanter. Il n'est point facile, lorsqu'on n'a pas vécu parmi eux, de comprendre à quel degré les matelots poussent quelquefois l'entêtement ; pendant longtemps, tous les éf-
lorts pour leur faire entendre raison rcbtent vains,
et c'est seulement lorsque de dures privations» des châtiments sévères, ont affaibli leurs forces phy- . siques» que» vaincus sans étie domptés» ils redeviennent dociles.
A quatre iieures de l'après-midi» nous nous trouvions en pleine mer» hors de ce réseau d'Iles et d'Ilols qui s'étend le long des côles du Japon et qui rend la navigation de ces parages aussi pénible que dangereuse. Le vent était devenu favorable» et nous voguions rapidement vers Tsou-sima, la première halte de notre voyage. Cette île est éloignée d'environ cent milles de Nagasacki par le nord-nordouest. Gouvernée par un prince tributaire du taîkoun, elle n'est pas ouverte au commerce éli angcr. Un peu auparavant» elle avait été .visitée par des navires de guerre russes, et cette apparition mat«* tendue avait donné lieu à de nombreuses conjectures
sur la politique moscovite dans rextréme Orient Tsou-sima est d'mie hante importance au point de vue stratégique et commercial. Ce&t en même temps une des plus belles ties du Japon, habitée par une population nombreuse, riche et intelligente. Située entre la Corée et Tarcbipel japonais et divisant le détroit de Corée en deux passes, celle de Broughton à l'ouest et celle de Rrusenstem à Test, elle commande rentrée méridionale de la grande mer intérieure appelée Mer du Japon. Cette . mer est devenue d'un grave intérêt pour la Russie, car elle baigne une partie des vastes territoires dont le général Ignatief, ministre plénipotentiaire du tsar, a su arracher la possession à la faiblesse de la cour de Pékin lors de la conclusion des derniers traités entre la France, l'Angleterre et la Cliine«
Quelque temps avant notre départ de Nagasacki, au mois d'août 1861, Tamlrai anglais sir James Hope croisait sur la cAte occidentale du Japon; ayant fait relâche à Tsou-siina, il y trouva, à son extrême surprise, trois bateaux à vapeur russes. En
procédant dès lors à une inspection plus exacte de la baie, il découvrit que les Russes avaient formé un véritable établissement sur la côte, dans le voisinage de Fat-chou, chef-lieu de i'îie. Gouiine ce port n'était pas compris dans le nombre de ceux que les traités venaient d'ouvrir aux étrangers, l'a-
mirai pensa qu'il avait le droit de s'informer dans quel dessein les Russes avaient débarqué là plutôt qu'ailleurs. Us répondirent qu'ils étaient occupés à relever une carte marine» et que Tentretien des nombreux malades qui encombraient le puai de leurs navires les avait forcés de s'installer à terre, que du i esie ds ne prolongeraient guère leur séjour à Fat-cbouy et qu'ils ne tarderaient pas à se rembarquer. Les Japonais de leur côté, questionnés à ce sujet, n'avaient point donné de la présence des Russes une explication aussi naturelle, et ils s'étaient même montrés uu peu inquiets de ce voisinage. Sir James Hope s'empressa de rapporter cette nouvelle à Sliang-dai. Aussitôt, par l'organe du Narth China Herald, du DaUy Press et des autres journaux de la Chine, elle se répandit parmi les communautés étrangères. A quelque temps de là, on apprit que les Russes, ne se souciant probable-* ment pas d'attirer sur eux Tattention d'un public très-soupconneux et très^lairvoyant, avaient subitement pris le parti d'abandonner leur récente conquête. Jls ne s'éloignèrent pas d'ailleurs sans protester de leurs intentions pacifiques et sans re-^ jeter sur les Anglais eux-mêmes le projet d*établissèment qu'on leur avait prêté, projet dont la présence des bâtiments russes dans les eaux de Tsousima aurait fait avorter l'exécution. Quoi qu'il en soit de ces griei|^réciproques , l'île devait à la ja-
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louse surveillance dont les Anglais et les Russes
s'honoraient à Tenvi d'être délivrée de ses envahisseurs et d'appartenir de nouveau et tout entière à ses maîtres naturels.
Nous ne connaissons hen du dénoûment de cette affaire, et, en approchant de Tsou-sima, nous explorions à l'aide de nos lunettes la mer et le rivage dans Vespoir d'apercevoir à Thorizon les couleurs du pavillon moscovite. La baie ét<iit sillonnée de jonques et de bateaux de pèche, les anses de la côte abritaient des bâtiments japonais de toute espèce, mais nous ne vîmes aucun navire européen. Nous reportâmes alors toute notre attention sur la contrée qui se déroulait à nos yeux : à première vue, elle nous parut être digne des éloges que lui ont prodigués les rares voyageurs qui l'ont visitée en passant.
L'île de ïsou-sima s^étend dans la direction du nord au sud, entre les degrés 129-130 de longitude est el 34-35 de UilUude nord, sur une longueur de trente-six milles ; sa largeur moyenne est de huit milles. Un bras de mer la divise en deux parties à peu près égales, et qu'on a nommées Tsou-sima du nord et Tsou-sima du sud ; ce détroit, large à Foccidenl, mais resserré et non navigable de l'autre coté, forme un golfe magnifique au fond duquel a été bâtie la ville de Pat-chou. Elle compte quelques milliers d'habitants, et sert de point de transit aux
relations commerciales que le Japon entredeot avec la Corée. Tsou-sima est de formation volcanique. Le climat est sain et tempéré. Le paysage, riche et varié, présente une succession de montagnes et de collines cultivées, ])oisées et coupées de vallons qu*arro8ent des rivières limpides. Au centre de l'île, à une hauteur considérable au-dessus de la nier, on trouve des lacs dans le voisinage desquels règne sans cesse, même pendant les plus fortes chaleurs de Tété, une température agréable. Tsou* sima est un des endroits les plus salubres de Textréme Orient ; mais celte lie est trop éloignée et de 'Shang-hal et de Saigon pour que l'acquisition en puisse être désirable pour les Anglais ou les Français. Les Russes au contraire s'en accommoderaient volontiers, et y trouveraient un point de relâche on ne peut mieux placé sur leur chemin, lorsqu'ils se rendent de la Chine à leurs possessions de la Mandchourie et de l'Amour.
Nous quittâmes le golfe de Fat-chou après nous y êlre arrêtés pendant quelques heures; le soir de notre départ, nous avions perdu File de vue, et le lendemain malin, 28 octobre, nous étions loin de la terre, et nous naviguions dans la mer du Japon* Sons ce nom, il faut entendre plutôt un immense lac qu'une mer, car les îles Saghalien, \éw, Nippon, Kiou-siou, la presqu'île de Corée et la côte de la Mandchourie renferment presque entièrement.
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Son étendue est de neuf cents milles de long sur
quatre cents de large. Nous y passâmes près de cinq jours, ne voyant qu'une fois terre (ille Dagilet), et nous arrivâmes le l*' novembre devant le port russe de Viadivostock, situé sur la côte de la Mandchourie à la pointe méridionale de la péninsule Mouravief {Âlbert'Penimula sur les cartes anglaises), entre 131^ 58' de longitude est et 43^ 3' de latitude nord. L'entrée de Vladivostock ou Port-May, coiiime les Anglais Font appelé du nom d'un de leurs officiers de marine, est difGcile. Après avoir doublé la pointe de TAiguille , on pénètre dans un canal, le détroit de Hamelin , qui sépare la péninsule Mouravief de la petite île i^outiatine.
Le détroit de Hamelin contient quatre ports assez spacieux; mais le dernier seulement, celui de Yladivostock, est fréquenté par les bâtiments russes. La |)asse de ce port n'a qu'un demi-mille de larçe ; elle est remarquable par les masses rocheuses qui en défendent les abords et qu'une action volcanique a étrangement déchirées. Vladivostock a l'étendue du port de Nagasacki : il a un peu plus de trois milles de long, de Touesl à Test, sur trois quarts de mille de lai'ge, et il est abrité contre tous les vents* Les collines qui l'entourent sont d'une hauteur médiocre : elles ne s'élèvent guère à plus de trois cents pieds au-dessus de la mer, et dans beaucoup d'endroits elles s abaissent au point de se confondre avec
la plage même. On y voit une maigre végétation; quelques bouquets de chênes, de pins, de bouleaux, de frênes et de noyers les couvrent çà et là. Tout est triste et morne. U n*y a dans les environs aucune trace de culture, et les pauvres liabitations qui composent réiabiissement russe semblent perdues dans Fimmense solitude qui les environne. En été, lorsque tout s'épanouit et que les vastes plaines forment un tapis de verdure, le paysage peut être agréable; mais nous sommes loin des automnes verdoyants de Nagasacki : ici , dès la fin d'octobre , l'hiver règne, il fait un iroid piquant; lesaxbres» dépouillés
de leurs feuilles, sont couverts de givre, et nous
n'apercevons d'autres êtres vivants que des corbeaux dont le croassement ajoute encore au caractère lugubre du paysage.
L'établissement russe de Vladivostock se composait én novembre 1661 (et probablement rien n*y a été changé depuis) de neuf maisons en bois et d'une maison en pisé, habitées par deux officiers et soixante-dix soldats. Ces pauvres gens mènent là une triste vie, et je n'ai pu m'empècher de les plaindre cl d'admirer lo courage résigné avec lequel ils supportent leur exil. Dès que U SairU-Louis eut jeté l*ancre, on appareilla une chaloupe et nous nous rendîmes à terre. A peine avions-nous mis le pied sur la plage que nous vîmes sortir de la plus belle maison un jeune homme en uniforme d'officier de
marine, qui venait au-devant de nous d*un pas rapide. Il nous aborda avec cettepolitesse tout à la fois cérémonietise et empressée qui est particulière à certaines classes de la société russe, et nous pria d*entrer dans sa demeure. C'était une maison bâtie en fortes murailles de pisé et couverte d'un toit de chaume. Un matelot nous ouvrit la porte, fit le salut militaire et nous conduisit au salon. La pièce qu on décorait avec ce titre était une grande chambre basse, blanchie à la chaux et chauffée par un énorme poêle ; les fenêtres étaient fermées» et sur toutes les fentes ou rainures on avait collé de larges bandes de papier; la porte était garnie d*épais bourrelets. Il fallait qiie le froid fût bien intense au dehors pour qu'on en ressentîl les atleintes dans
une chambre $i hermétiquement calfeutrée. U y
régnait une atmosphère lourde, une chaleur épaisse qui portait à Tindoieuce. L'ameublement était des plus simples : à peu près au centre, une table ronde couverte d'un vieux tapi^; sur cette table, des verres et des tasses, des cigares et des papyros (cigarettes), un livre ouvert et quelques journaux : derrière la table, un sofa qui portait les traces d*un long usage ; dans un autre coin, une sorte de guéridon carré pour écrire, et dessous, en manière de tapis, une magnifique peau d*ours sur laquelle on n'avait jamais mis les pieds ; au-dessus du guéridon, accrochée à la muraille, pendait une biblio-
thèque volante contenant des traités de navigation
et de météorologie, et aussi quelques roiiiaus français. Près d*une fenêlre, il y avait encore une table, œuvre de quelque matelot, et sur ce meuble à peine dégrossi, ainsi que sur le rebord de la fenêtre, on voyait péle-mèle des casquettes d'uniforme, une blague à tabac, des boites a cigares el plusieurs volumes dépareillés "des œuvres de Pouchkine, Gogoly Lennoiitof et Krylof. Le long des murs, ou avait suspendu de mauvaises estampes représentant le tzar el des menibres de la famille impériale; ces portraits officiels alternaient avec ceux des pa* rents et amis du maître de la maison, reproduits par la photographie. Un trophée d'armes décorait un antre côté du salon : il se composait d*une bonne carabine et d'un revolver, de deux sabres d'oificier, d'une paire de pistolets, d'une casquette d'ordonnance, d'une paire d'éperous, d'une cravache et d'une lunette marine ; un baromètre à droite et un thermomètre à gauche complétaient ce trophée, qui n'avait aucune prétention à TefTet pittoresque.
Notre hôte fit les honneurs de son logis avec une politesse extrême. Il nous offrit des cigares et des cigarettes, fit apporter du vin, de l'eau-de-vie et du thé, et ne prit place sur la plus mauvaise chaise de la chambre qu'après nous avoir commodément installés sur le sofa et sur un vaste et confortable fauteuil qui faisait encore partie du mobilier. Bien-»
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tôt an jeune homme entra : c'était un officier de la
petite garnison et l'unique compagnon d'exil de notre hôte, qui remplissait à Vladivostok les fonctions de gouverneur. Ce dernier était un honmic d'une trentaine d'années, & la figure mobile et intelligente, mais assombri!» par Tennui de Tisolement. Il ne laissa pourtant échapper aucune plainte : c'est avec une m&le résignation qu'il paraissait supporter son triste sort. Il prêta une oreille attentive aux nouvelles que nous lui apportions, et se confondit en remercîments pour un paquet de journaux anglais et français qu'on lui laissa. Depuis quatre mois, il ne savait absolument rien de ce qui se passait au dehars, et encore ce qu'il avait appris de plus récent remontait presque à une année. Mes compagnons de voyage ayant manifesté Fintention de faire un tour de chasse, il sortit avec eux, et je demeurai en tète -à- te Le avec le lieutenant de Vladivostok. C'était un adolescent qui comptait vingt ans à peine et qui avait Tair souffrant et fatigué ; mais quand je me permis de l'interroger sur le genrede vie qu*il menait, il ne voulut pas convenir qu'il était rongé d'ennui. « La besogne ne nous manque pas, dit-il. Il faut surveiller la conduite des soldats, la construction des maisons nouvelles, la culture des champs et des jardins; tout cela exige du temps, et nous ne l épargnons pas, car ce que nous faisons, nous le faisons lentement, à notre aise. Si la saison
le permet, noas entreprenons des excursions dans
rintéricur, nous allons chasser; le gibier à poil et à plumes n*e$t pas rare ici : outre les perdrix» canards, bécassines et faisans , il y a les lièvres, les renards et les hermines, et dans les jours de chance on peut tuer un ours ou rencontrer un tigre'. Pen-dantrhiver, le froid est très rude» et la neige, qui tombe en abondance, nous emprisonne dans nos demeures. Nous restons alors où il fait chaud. Les journées sont courtes. On dort beaucoup; on fume et on lit tant qu'on peut, on goûte longuement les plaisirs de la table. Un jour succède à l'autre; les semaines, les mois s'écoulent sans qu'on s'en aperçoive. On ne s'amuse guère, il est vrai, mais on ne i^ennuie pas non plus; on Tit à peine. Un beau matin le soleil du printemps rayonne à travers les vitres; on s'éveille comme d'un long sommeil, et on oublie volontiers qu'où est resté presque mort pendant six mois. »
Dans l'opinion des Russes, Vkidivoslock passe pour le principal des ports qu'ils possèdent sur la côte de la Mandchourie, parce qu'il serait aisé, sans trop de dépenses, de le mettre en communication avec le fleuve Amour et de le rattacher par là à la
1. Le tigre de ces paisges est de même espèce que celiii du Bengale, Cest dû moins ce que m*e affirmé le savant botaniste MaiimoTitcb, qui a exploré la Mandchourie et les dépendances du fleuTo Amour avec beaucoup de succès.
mère patrie. 11 sunirait, pour atteindre ce résultat, • d'ouvrir une route qui relierait le fleuve Sin-fuJ, tributaire du port de Vladivostock, au lac Hankaï. Les navires frétés pour Nikolaïefsk, dont les glaces interdisent l'accès durant la moitié de Pannée, dé* barqueraient alors à Vladivostock leur cargaison» composée d'articles européens destinés à la popu* lation de Nikolaïefsk et de produits ja[ionais et chinois destinés à la Russie occidentale. Ces marchandises, une fois parvenues au lac Han-kaï, seraient facilement transportées au fleuve Amour, qui communique avec ce lac au moyen des rivières Sun-, gatchi et Oussouri.
Autour de Vladivostock s'étendent de belles prairies, et dans les environs, à Alberl-Peninsula, on trouve de beaux bois de construction. Qn y a découvert aussi du minerai d'or ; mais jusqu'à présent prairies^ bois et métaux ne servent à rien» car Vladivostock, comme toute la côte de Mandchourie, est totalement dépoi^rvu de relations commerciales avec le reste du monde, et ne renferme qu'une population misérable et clair-semée. Dans rétablissement même et dans le voisinage, il y a quelques centaines de Chinois de la jiireespéce: onlesappelle Marnas» Ce sont la plupart du temps des prisonniers évadés des colonies pénales et militaires du nord de la Chine, qui ont passé en Mandchourie l'un après l'autre^ sans argent, sans famille, et qui tirent de
la chasse et de la pèche leurs majgres moyens d'existence. Dans certains endroits, i]^ se sont groupés en villages et se livrent aux travaux de la catupagne ; d'ordinaire on les rencontre isolés on par troupes de trois ou quatre. Ils observent enlre eux les lois de Thospitalité ; mais, condamnés à vivre au ban de la société, sans femmes ni enfants, ils sont descendus au plus bas degré de Fécheile des créatures humaines, et restent plongés dans un état de dépravation abjecte. Ils sont d'ailleurs vigoureux, patients et résignés, et dans les rares relations qu'ils ont nouées avec les Kusses, auxquels ils vendent des fourrures et du gmseng S ils se montrent animés de cet esprit commercial qui caractérise leur race entière* Jevis quelques if a/uo^ à bord du Saint- Louis; ils apportaient des fourrures qu*ils désiraient échanger contre du riz ou contre de l'argent en barre. Ils étaient hideux de saleté et de laideur, et il y avait dans leur regard faiouche et craintif quelque chose de la béte fauve. Le gouverneur de Vladivosluck nous dit que, somme toute, c'étaient des êtres inoâ'ehsifs, bien qu'il ne fallût pas se fier à leur honnêteté. Il tolérait volontiers leur présence dans les environs de la colonie, et les trouvait toujours prêts à lui rendre, pour la plus modique rétribution, tous les services dont ils étaient capables.