ACTE I, SCENE VII
RENIFLA RD
Comment, ce que j'aurai apporté?... 11 faut donc que ce soit moi qui alimente vos casseroles de ma propre substance?
PABLO
Sans doute. Est-ce que je suis votre domestique, par hasard ? Pour qui me preuez-vous?... Je pratique l'hospitalité à la manière antique : j'offre aux voyageurs le couvert, le sel et le feu, en dédommagement de quoi ils me laissent quelques douros au moment de partir.
REN1FLARD.
Ainsi, il n'y a ici ni viande, ni poisson, ni légumes?
PABLO
Nous avons trop de ibi dans la Providence pour prendre des précautions injurieuses contre elle. Chaque jour amène sa manne !
RENIFLABD.
Où est-elle, cette manne ?
PABLO
Allez dans le village , et tâchez d'acheter quelque chose ; le boucher est au bout de la rue, le boulanger an coin de la place. Il est vrai que vous ne trouverez personne, tout le monde est à la course de taureaux.
BENIFLARD.
Allons, bon !... Mais vous, aubergiste, comment vivez-vous?
PABLO
Moi?... Je déjeune d'un verre d'eau, jedtne d'une cigarette et je soupe d'un air de guitare.
REH1FLARD.
Allons, je me passerai de dîner aujourd'hui... Je vais me coucher. Donne-moi une chambre.
PABLO
Une chambre?... Voilà ta plus belle delà maison.
RENIFLARD.
Ça, une chambre!
Qu'y manque-t-il donc?... Elle a un plancher, un plafond avec une superbe rosace , et quatre murs, ce qui constitue une chambre dans tous les pays du inonde.
RENIFLARD.
Je voudrais une couchette... Je ne l'exige pas à bateau, ni en palissandre incrusté... mais suffisante pour reposer ce qui me reste de chair.
PABLO
Cette natte est excellente ! vous n'y serez piqué que par les moustiques.
RENIFLARD.
C'est consolant... Au moins, pourrai-je avoir un domestique?
PABLO
Ceci rentre dans la classe des possibilités... Je connais par là certain drôle qui fera votre affaire.
RENIFLARD.
Amenez-le- moi.
PABLO
Rien n'est plus facile...
11 siffle.
RENIFLARD.
Cette façon est quelque peu cavalière... En France, ce ne sont pas les hommes qu'on appelle ainsi.
PABLO
Voilà !