ACTE I, SCENE VIII
PABLO
Oh ! très-sûr... 11 a fait partie deux ans de la bande de José Maria... un bien brave homme, allez.
RENIFLARD.
Mais ce José Maria était un chef de brigands.
PABLO
Oh ! c'est la jalousie de la police qui faisait courir ces bruits-là ; José était un homme généreux, brave, salant, charitable, plein d'honneur, et qui n'admettait ' dans sa société que des gens choisis.
RENIFLARD, à part.
C'est égal, je n'aimerais pas à rencontrer mon domestiquele soir, au tournant d'une rue... (Haut.) Aubergiste, fournissez-m'en un autre.
PABLO
Comment, vous ne voulez pas de celui-là ?
RENIFLARD.
Non... j'en désire un... plus rassurant.
Pardon, seigneur, si je prends la parole... mais je ferai observer à votre seigneurie que me refuser ainsi, sans motif, est une injure !... Quelle raison avez-vous pour ne pas m'admet tre à votre suite ?
RENIFLARD, à part.
Au fait... (Haut.) C'est bien... Aubergiste, laisseznous... (Pablo sort. A Benito.) Comment t'appellestu ?
BENITO
Je ferai remarquer à votre seigneurie que je ne la tutoie pas.
RENIFLARD »
Mais...
BENITO
Je n'aime point les familiarités.
RENlFLARD.
Soit!... Comment vous nomme- t- on î
BENITO
Don Ben i lo Juan de Dios Domingo Mendieta de Al far n a te y Cazorla y Orosco y Benavidez.
RENlFLARD.
Ah ! je suis fixé... Mais si ça ne vous blesse pas, je me dispenserai de vous appeler de tous vos noms.
BENITO
Oh ! appelez-moi seulement Benito Juan de Dios Domingo Mendieta de Alfarnate... Par ce moyen, vous économiserez y Cazorla y Orosco y Benavidez.
RENlFLARD.
Ah! très-bien, merci... De quel pays étes-vous?
BENITO
Je suis Biscayen.
RENlFLARD.
Mille bombes !... Et Combien me demanderez- vous pour entrer à mon service?
BENITO
Deux piécettes par jour... Mais je veux avoi* mes nuits libres.
RENlFLARD.
Et pourquoi donc ?
BENITO
J'ai des affaires de cœur.
RENlFLARD.
Au fait, je n'ai pas besoin de domestique quand je dors... c'est conclu... Vous allez entrer tout de suite en fonctions... (H tire une paire de bottes de son partemanteau.) Cirez-moi ces bottes.
Hein? plaît-il ? que dites-vous ?
RENlFLARD.
Je dis : Cirez-moi ces bottes.. . C'est limpide, j'espère.