‹ Un voyageur des pays d'en haut [microforme]Chapitre 14 sur 19 · FA LA · texte numérisé non relu

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attirer vers eux que les tribus au sud et au sud-ouest de la baie; les autres continuèrent à porter leurs pelleteries aux Anglais. Ceux-ci avaient recours aux menaces pour empêcher les sauvages d’aller vers les Français. Legardeur de Saint-Pierre dit, dans un rapport daté de 1750 :

‘“ Les sauvages aiment d’inclination les “ Français, mais ils craignent beaucoup plus “ les Anglais. En voici une petite preuve : “les Anglais, fâchés de n’avoir pas en quan- “ tité des pelleteries à la baie d'Hudson, en- “ voyèrent des colliers à ces sauvages pour “leur défendre, sous peine de périr, d’en “ porter ailleurs que chez eux. A quoi “ n'ayant pas obéi et étant mort huit cents ‘ personnes d’un rhume, ils furent tous saisis “ de peur et se dirent les uns aux autres que # le Manitou les avait afligés à la prière des “ Anglais.

‘Je ne manquai pas de leur dire, que,

“ils continuaient à ajouter foi aux pré-

“ tendus sortilèges des Anglais, M. le général “ leur père les abandonnerait, ne voulant pas “avoir des enfants insensés, qui écoutent “ d’autres voix que la sienne.”

La compagnie de la baie d'Hudson avait une organisation comme un gouvernement.

Le pouvoir central de cette compagnie était à Londres; c'était là que siégeaient le gouverneur général et les membres du conseil. Tout ce qui regardait les intérêts de la compagnie, jusqu'aux moindres détails, était discuté et réglé devant ce tribunal, qu'on nommait comité général. Rien de nouveau ne pouvait être entrepris dans le pays sans auparavant avoir reçu lapprobation du comité de Londres,

La compagnie avait à son service une petite flotte, d'habiles marins, des forts flanqués de bastions en pierre et défendus par des canons. Elle avait un sand nombre de serviteurs employés à ia garde des forts et à la traite

avec les sauvages, Chaque fort était confié

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aux soins d’un officier de la compagnie, lequel agissait comme représentant du gouverneur.

Le gouverneur en chef pour le pays avait l’intendance sur tous les forts de traite.

Les règlements dans les forts étaient d’une sévérité extraordinaire, et cette discipline dura aussi longtemps que la compagnie se borna à faire la traite sur le littoral de la baie, c’est-à-dire jusqu’à l'époque de l’arrivée des Français à la Rivière-Rouge et dans l'Ouest,

Pendant tout un siècle, les employés de la compagnie de la baie d'Hudson avaient tellement peur des Indiens, qu’ils n’osèrent jamais pénétrer dans l’intérieur du pays.

Dans les forts, les officiers ne consentaient que très rarement à laisser pénétrer les chefs indiens au dedans des fortifications; mais surtout, on ne leur permettait jamais d'y passer la nuit. Ces excès de prudence étaient de nature à indisposer les sauvages; aussi

n’accordaient-ils aucune confiance aux An-

glais. Une telle politique d'isolement fit considérer les employés de la compagnie comme des étrangers qui ne cherchaient riea autre chose que de réaliser de gros profits, sans le moindre désir d’être utiles aux sauvages.

Le comité de la compagnie à Londres sentait toute l'importance d'aller établir des comptoirs dans l’intérieur du pays, et de ne pas se borner, pour le commerce, à attendre les sauvages sur les bords de la mer. Il fit offrir de fortes récompenses à ceux d’entre leurs serviteurs qui consentiraient à faire une excursion chez les tribus ; mais la crainte des sauvages était telle chez les Anglais, que, malgré la prime offerte pour une telle entreprise, personne n’osa accepter.

Un seul, Henry Kelsey, fit, en l’année 1691, un voyage vers l’ouest, qui dura cinquantecinq jours, aller et retour, en compagnie de quelques familles indiennes. Ce voyage n'eut

aucun résultat; et l’on comprend qu’il n’eut

pas le temps de pousser loin sa découverte, En effet, une marche de vingt-six jours, dans un pays inconnu, ne peut guère mener plus loin qu’à trois cents milles. *

Kelsey avait réussi à faire promettre aux sauvages d'apporter leurs pelleteries aux forts de la compagnie, mais vers les années 1708 et 1711, le comité de Londres écrit de nouveau d'envoyer des messagers pour attirer les sauvages et pour les engager à ne fréquenter que les forts anglais.

Jusqu'à la découverte de la Rivière-Rouge par le chevalier de La Vérandrye, en 1734, les Français n’ayant encore des comptoirs que le long des grands lacs, laissèrent toujours un commerce assez lucratif aux Anglais de la baie d'Hudson, malgré l'opposition qu’ils leur

faisaient par leurs coureurs des bois. Mais

* Nous aurons occasion, dans un ouvrage que nous préparons, de parler de ce voyage, auquel un historien anglais (le rév. Brice) a donné une impoitance ridicule. Nous nous contentons ici de le signaler.

après cette époque, et principalement après 1758, lorsque La Vérandrye eut bâti des forts à l'embouchure de la rivière Winnipeg, sur la rivière Assiniboine et sur le lac Bourbon, les sauvages de l'Ouest cessèrent peu à peu d'aller à la baie, préférant s'approvisionner dans les nouveaux forts, ce qui leur épargnait des voyages de plusieurs centaines de milles.

Le dommage que les Français, introduits dans l'intérieur du pays, causèrent aux Anglais de la baie, fut énorme ; néanmoins nous ne voyons pas que ceux-ci se solent décidés à s'éloigner des bords de la mer pour aller faire concurrence aux nouveaux traiteurs chez les tribus de l'Ouest.

Les Français, jusqu'au moment de la conquête, occupèrent les forts qu'ils avaient bâtis à lu Rivière-Rouge. Vers 1763, ces postes furent abandonnés, et les sauvages furent obligés de reprendre la route de la baie

d'Hudson pour se procurer les marchandises

dont ils avaient besoin, et pour échanger leurs pelleteries,

En l’année 1766, quelques traiteurs canadiens reprirent le commerce des pelleteries, un moment interrompu, Ils se rendirent d’abord au Grand-Portage, sur le lac Supérieur, pour faire leurs échanges, et revinrent le printemps suivant très satisfaits de leur voyage. Ce succès enhardit les autres, En 1767, un aventurier nommé Curry, doué d’un grand esprit d'entreprise, et très audacieux, résolut de pénétrer jusqu’à l'extrémité des terres anciennement découvertes par les Français, ou du moins aussi loin que ses forces et ses moyens le lui permettraient. Il se procura des guides qui connaissaient bien le pays, et partit du fort Bourbon, se dirigeant vers le nord-ouest, Cette entreprise hardie lui réussit parfaitement, malgré les difficultés sans nombre qu’il eut à surmonter et les dangers qu'il eut à courir. Le printemps sui-

vant, il revint à Montréal avec une cargaison

assez riche pour le dispenser de retourner chez les sauvages,

À partir de ce moment, les Anglais se répandirent dans l’intérieur de ce pays, principalement dans les endroits où les Français avaient eu des établissements.

Cependant ces expéditions de commerçants isolés les uns des autres se firent avec tant d'avidité et d’inconséquence, qu'en peu de temps la traite devint aussi ruineuse qu’elle aurait pu être lucrative. La concurrence de tous ces rivaux fut en même temps une ruine pour la compagnie de la baie d'Hudson.

En l’année 1775, un nommé Joseph Frobisher, négociant de Montréal, tenta lui aussi une expédition dans le Nord-Ouest, mais vers un point où les autres traiteurs n’avaient pas coutume de se diriger.

il alla rencontrer, sur les bords de la rivière Churchili les Indiens de l'Ouest qui se rendaient au fort Churchill, sur la baie,

porter leurs pelleteries; ce ne fut pas sans

er

beaucoup de difficultés, dit McKenzie, qu'il décida les sauvages à traiter avec lui, malgré l'avantage qu’ils y trouvaient ; mais c’est que l’année précédente ils avaient contracté des dettes envers la compagnie, et ils comprenaient, tout ignorants qu’ils étaient, qu’en ne portant pas leurs pelieteries aux commerçants anglais, ils manquaient à la justice. Cependant, pressés par Frobisher, ils finirent par lui vendre le produit de leur chasse. De retour à Montréal, Frobisher vendit sa cargai-

son et réalisa un profit net de cinquante mille piastres.

Un te: succès ne pouvait manquer de jeter l'émulation parmi les autres commerçants.

Tour à tour ils tentèrent des expéditions qui furent loin d’être aussi heureuses que celle de Frobisher. Mal servis par les traiteurs qu'ils employaient, ils firent plus souvent des pertes que des profits.

Malgré tout, il était facile de voir que ce

genre de commerce, fait avec intelligence, et

par une compagnie bien organisée, offrait d’incalculables avantages.

Durant l'hiver de 1783 à 1784, quelques

marchands de Montréal formèrent une société

à laquelle ïls donnèrent le nom de Compagnie

du Nord-Ouest. La direction de cette société fut confiée à deux maisons de commerce de Montréal, celle de Benjamin Frobisher et celle de Simon McTavish. Le nombre des actionnaires fut d’abord limité à seize ; plus tard on l’éleva à vingt,

Deux membres de cette société, Pangman et Gregory, mécontents des parts qu’on leur avait assignées, se séparèrent bientôt des autres pour faire le commerce à leur compte ; mais après deux années d'essais, voyant leur peu de succès, ils se réunirent à la compagnie du Nord-Ouest.

En peu de temps celle-ci prit des développements si étonnants qu’elle domina en souveraine depuis les grands lacs jusqu'aux

montagnes Rocheuses. Bientôt elle franchit

cette barrière pour établir des forts Jusque sur les bords de l’océan Pacifique. En même temps, elle étendit ses opérations vers le nord, empiétant de plus en plus sur les privilèges que réclamait la compagnie de la baie d'Hudson.

En l’année 1798, des difficultés ayant surgi dans la compagnie, il se fit une scission qui occasionna la formation d’une société connue en Canada sous le nom de Societé X F, mais toutes deux finirent par s'entendre, et se réunirent en l’année 1805.

À partir de ce moment la compagnie du Nord-Ouest n’eut plus d'autre rivale que la compagnie de la baie d'Hudson, et ce fut contre elle qu’elle dirigea toutes ses batteries,

Maintenant, pour continuer son commerce avec quelque avantage, il fallait que la compagnie de la baie d'Hudson s'éloignât des bords de la mer pour suivre sa rivale jusqu'à

l'autre Océan, à travers tout le continent.

Elle se mit donc à bâtir des forts de dis- (9)

tance en distance vers l’ouest, dans tous les endroits les plus favorables à la traite, surtout aux endroits où la compagnie du Nord- Ouest avait des comptoirs. C’est de ce moment que date la guerre à mort que se firent ces

deux compagnies jusqu’à l’année 1821.

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